Vivante
Je suis vivante.
Je ne fais pas la gueule.
Ni grève d’ailleurs.
Je suis juste dépassée.
Par tout un tas d’évènements plus ou moins graves, plus ou moins prenants, plus ou moins chiants.
Dont certains assez graves-prenants-chiants dont je ne peux pas parler.
Mais y’a pas mort d’homme. Pas encore.
Et dire que je suis venue vivre sur mon île parce que je ne supportais plus le stress de la capitale.
Ahem.
Pour le coup, c’est complètement raté.
Mais bon.
Y’a des bonnes nouvelles aussi. De très bonnes même.
Mon frère est en rémission. Ca, c’est LA bonne nouvelle. D’ailleurs, ça devrait me suffire pour danser la polka jusqu’à la fin de l’année sans plus jamais faire la gueule. Et ne plus rien avoir à raconter ici.
Sauf que la vie, elle reprend son rythme, elle n’en a rien à foutre la vie, si toi tu as envie de fêter la rémission de ton grand frère. Elle continue. On ne va pas s’en plaindre hein ?
Et ben si ! j’ai envie de m’en plaindre moi parce que quand une bonne nouvelle arrive, ce serait cool que tout reste sur pause pendant quelques mois (années … décennies) afin de te permettre de te remettre de tout ça. Que ce putain de contrecoup, une fois la tension retombée ne te fasse pas tomber. Ce serait cool.
Et admettons que la vie soit moins salope, et qu’en même temps qu’une bonne nouvelle, elle accepte la pause … figure-toi que chez toi, y’en a qui en profitent pour mettre sur avance rapide. Surtout si chez toi tu as une jeune fille qui se prend encore pour une ado et un imberbe qui se prend déjà pour un ado.
Timousse a reprit le chemin des écoliers après deux semaines et demi (oui oui …) de vacances. Il en a profité pour
1- Régresser.
Genre. Le gosse, il plonge dangereusement vers ses onze ans quand même hein ! Et bien tout, absolument tout, du brossage des dents à la préparation pour le cours de voile en passant par l’enfilage des chaussures, tout, absolument tout devient sujet à discussion. Monsieur parlemente. Monsieur conteste. Monsieur refuse. Monsieur nargue.
Monsieur va finir par s’en prendre une sévère.
Moi qui me targuais haut et fort d’être L’Autorité chez nous, voilà que je découvre que Monsieur ne craint réellement qu’une personne. Rahan. En même temps, ça me soulage d’un poids t’as pas idée, depuis que Rahan a reprit les choses en main.
Genre aussi, le gosse, il plonge toujours dangereusement vers ses onze ans, il recommence à utiliser un vocabulaire hyper restreint qui me GA-VE !
- C’est pas moi
- Z’ai rien fait
- Ze me fais tout le temps engueuler alors que z’ai rien fait
- Z’ai pas fait exprès
Aaaaaaaaaaaaaaaaaaargh !
Il lui reste juste à me demander l’éternel, épuisant, insupportable, inadmissible, intolérable, inacceptable
- Qu’est qu’on manze ce soir ?
Pour que je pète un câble.
Et second point … quoi ? t’as déjà oublié qu’on en étant qu’au petit 1 ???
2- S’autonomiser.
Enfin essayer. Tant qu’il s’autonomise en me préparant mon café du matin et en confectionnant tout seul le gâteau au yaourt pour l’école le lendemain alors que je rentre à 20 heures du boulot et que c’est là que j’apprends qu’il faut apporter un gâteau pour le gouter …. Ça me va.
Mais y’a des trucs, je ne peux pas.
- Maman, ze vais voir Henry-Stéphane pour zouer avec lui.
- Ok. Tu reviens s’il n’est pas chez lui
- Oh ben non, ze pourrais me promener un peu dans la ville s’il n’est pas là !
- Tu ??? non mais tu plaisantes ? tu as 10 ans !
- Et alors ? ze vais avoir 11 ans d’abord et ze connais la ville !
- Mais oui mais non ! tu ne vas pas en ville comme ça tout seul pour rien.
- Mais c’est pas pour rien !!! ze me promène !
- NON !
- C’est pas zuste ! ze me fais engueuler et z’ai rien fait ! Bon. Et si il est là, ze rentre à 19h30.
- 19h00 Timousse. Tu le sais que c’est 19h00
- 19h30
- 19h00
- 19h30
- 19h00 !!!!
- 19h30
- Continue et tu rentres à 17h30 !
- Mais il EST 17h30 !!!!
- Ben comme ça, tu es déjà rentré
- 19h30
- NON !
- C’est pas zuste !!!! ze me fais engueuler et z’ai rien fait !
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHH !
J’ai du faire du mal dans une autre vie, beaucoup de mal.
Pendant ces fameuses vacances, Boudeuse s’est installée pendant une semaine sur le bateau d’amis avec scooter bout de ponton. Le bateau était à terre, Timousse et moi en studio, la famille était déchiquetée. Durant ces vacances, nous avons reparlé avec Boudeuse et scooter bout de ponton de leur hébergement futur pour la rentrée prochaine.
Tu te souviens que j’ai dit niet nada no nein des nèfles, dans tes rêves que je vais vous payer votre petite vie en couple. Tu te souviens qu’il n’en était pas du tout question, je les voyais arriver tous les deux, avec leurs grosses sandales, se prendre un studio pour vivre à deux pendant que les parents paient le loyer et tout ce qui va avec.
TROP FACILE !
Ben ils m’ont eue à l’usure. Je crois que je vieillis. Je leur ai donc donné un ultimatum, vu qu’ils sont grands et majeurs et indépendants (sauf financièrement). Je leur ai dit de trouver eux-mêmes le studio.
Scooter bout de ponton m’a d’abord parlé de l’amie de ses parents qui leur proposait un studio pas cher, équipé, tout allait bien.
Au bout d’un mois, ne voyant rien venir, je suis allée aux nouvelles. Ben ça ne se faisait plus, l’amie en question a une fille qui prend le studio. Ok. Les jeunes ne paniquent pas, la vie est belle, tout va bien.
Scooter bout de ponton m’affirme alors que son père va s’occuper de chercher un studio pour eux. Qu’il en a trouvé quelques uns déjà, pas de souci, fallait que je m’attende à 1 200 € par mois, à diviser par deux, c’est de la rigolade. J’ai failli m’étrangler avec mon rhum.
Mais ils sont pas bien ces mômes hein !!!!
Trois semaines plus tard, ne voyant rien venir, pas même à 1 200 €, je suis allée aux nouvelles. Le père n’a rien trouvé. Mais ils vont chercher les jeunes, ils ont déjà repéré un studio ici, un autre là.
- Et vous avez appelé ?
- Ben non pas encore.
Oh putain !!! on n’est pas rendus !
Il y a quelques jours, nous déjeunions avec mes collègues et le sujet est arrivé sur le studio.
Et là, là tu vois, là j’ai complètement victimisé.
J’ai commencé à pleurnicher que j’étais fatiguée. Que ce putain de studio, en fait PERSONNE ne le cherchait. Et que je savais TRES BIEN comment ça allait se terminer. Des promesses, des promesses, des putains de promesses et de je-vais-le-faire et RIEN ! et comme d’habitude, sur la tronche de qui ça allait tomber ??? hein ??? je te le donne en mille ! Gagné ! La mienne. Que ça veut s’émanciper, ça se dit indépendant, mais c’est quand même MA POMME qui va se coltiner la recherche.
Que j’ai pas envie. Rien que d’aller sur le site, tous ces putains de sites qu’on m’a conseillée de visiter J’ AI PAS ENVIE ! je ne sais même pas localiser cette putain d’université sur le map de merde alors, je ne sais même pas retrouver une rue où serait situé un studio. J’ai pas envie d’appeler, de marchander, de préparer des dossiers avec fiches de paie et tout le tralala j’ai pas envie. Déjà, ça me fait chier que ma fille parte mais alors m’en occuper en plus, j’ai pas envie.
Et que personne, pas même Rahan hein ! personne ne s’inquiète de la situation. On est en mai et tout le monde s’en fou !
Et dès le lendemain, une fois que j’avais bien vidé mon sac, je me suis mise au travail.
Je n’ai pas allumé mon ordi, faut pas que déconner. J’ai d’abord tablé sur le bouche à oreille. J’ai envoyé 4 sms. A des gens qui sont dans mon cas, à une amie qui vit à côté de la ville où devrait aller Boudeuse à la prochaine rentrée.
Mon message était très simple,laconique, bref même, ce qui peut te donner une idée de l’envie que j’ai de chercher ce putain de studio.
Mon message disait « toi qui vis dans le coin, connais-tu des gens qui louent des studios pour étudiants à partir de septembre ? » J’ai essuyé trois non-désolé-bon-courage-dans-tes-recherches.
Et mon amie, celle qui vit juste à côté, elle m’a répondu. Elle m’a même rappelée. Et elle m’a dit :
Oui. Moi. Je viens juste d’en acheter un et j’allais le confier à une agence en juin.
Eh oh ?
Sans déconner ????? c’est pas avoir le gruyère bordé de spaghettis ça ????? hein ?????
T’y crois toi ?????
T’en as, ils galèrent comme c’est pas permis …. Moi je râle, je tempête, je pleure, je crise, j’envoie quatre messages et je trouve un studio ????? non mais oh ?
A 15mn à pied de l’université. Quartier étudiant. 22m². Tout équipé. Pas de caution parce que c’est des potes. Moins cher parce que c’est des potes. Pas de dossier de merde à monter parce que c’est des potes.
QUE DU BONHEUR !
Et mon amie de me dire non-mais-te-sens-pas-obligée-hein ! Non mais tu rigoles ?????????? je lui aurais lavé les pieds si elle avait été en face de moi ce jour là !
Bon.
Ca ne m’a pas empêché de faire ma merdeuse en rentrant chez moi le soir. D’annoncer fièrement à Boudeuse
- Ca y’est, j’ai commencé à m’occuper du studio
- Ah ? et tu en as vu des biens ?
- Mieux que ça. J’en ai trouvé un. Avec Mezzanine et tout.
Et depuis, je suis une héroïne. Même aux yeux des parents de scooter bout de ponton qu’on a rencontré pour en parler et qui sont RAVIS.
Je m’embrasse la main tiens !
La grève façon Timousse
Je ne sais pas ce que va devenir ce gosse mais on y va. On y va tout droit.
Nous savons déjà qu’il passe en 6ème, j’ai reçu son dossier d’admission.
Je me demande bien ce qu’on va utiliser comme carotte pour que nos gosses travaillent maintenant …
Tu le sais, si tu me lis depuis longtemps que les rentrées scolaires ne se passent JAMAIS comme on veut. Si tu ne le sais pas, je vais juste te résumer (quoi ah ! ah ! ?????) les grandes lignes.
Ca a commencé avec Boudeuse, la pire rentrée étant la 6ème. Je connaissais la carte scolaire, je savais dans quel collège ma fille devait entrer. Et le jour de la rentrée, on est restées toutes seules dans la cour, ils avaient appelé tout le monde sauf Boudeuse.
Et j’apprends avec stupéfaction que la carte scolaire a changé, Boudeuse dépend d’un autre collège. La zone de chez nous. De toute façon, sa rentrée était foutue, on se présente donc dans l’autre collège l’après midi. Et là, j’ai vraiment prit peur. Fallait voir la faune qui végétait à la sortie ou à l’entrée, comme tu veux, le jour même de la rentrée. Des gamines de l’âge de la mienne (11 ans donc) clope au bec, tatouages et piercing, jupe tellement mini qu’on la confondait avec un string et des garçons du même âge roulant des mécaniques, insultant les minettes, se battant déjà devant le collège, tout en perdant leurs pantalons, bouteilles de bière à la main, cran d’arrêt dépassant de la poche. Alors c’était certainement de la provoc, mais je n’imaginais pas ma fille minuscule et taillée dans une allumette survivre une semaine en ces lieux. Et quand je suis venue la chercher le soir, elle m’a suppliée
- Maman, sors moi de là.
Bon. Elle n’a remit les pieds dans un collège qu’une semaine plus tard, après une longue bataille avec l’inspection académique. Que j’ai gagnée. Elle est allée dans le collège que j’avais choisi. Mais ce n’était pas sans angoisses et menaces du collège de me dénoncer pour non scolarisation d’enfant.
Après, tu sais que la scolarité de mes enfants n’est qu’une suite de batailles qui chaque année m’ont fait puiser dans mes réserves énergétiques.
Aujourd’hui, je me sens vieille et fatiguée.
Comme je ne voulais pas que la même situation se présente pour Timousse, j’ai préparé son dossier d’inscription avec l’adresse d’une amie. Cette même amie qui m’avait permis de faire inscrire Boudeuse dans le collège que je voulais. Pour moi, c’était logique que son frère suive le même chemin. C’est le collège le plus proche de chez nous, même s’ils ont une putain de côte à se farcir pour y accéder.
Et ben ils ont ENCORE changé la carte scolaire. Que soit disant que maintenant, on peut faire ce qu’on veut, mon gruyère !
Sur le coup, j’ai été vaguement totalement énervée. Bon ok, ce n’était pas le collège qui m’a fait si peur 9 ans plus tôt. C’est un autre, à l’autre bout de notre petite ville. Le collège petit bourgeois par excellence.
Putain ! putain de merde même tiens ! je me suis fait chi-er à monter un putain de dossier pour RIEN !
J’ai deux gosses, et à eux seuls, ils vont écumer tous les collèges et lycées de la ville !!!!
Je suis maudite ou quoi ?????
Après trois heures de palabres et un rhum bien tassé, nous avons décidé avec Rahan que cette année, nous n’allions pas nous prendre la tête.
Correction. Que JE n’allais pas me prendre la tête. La seule objection de Rahan étant que Timousse aurait plus long à marcher. Ok ai-je répondu dans un sourire brumeux. Tu te charges de monter le dossier et tu te farcis les rendez-vous à l’inspection académique ? Cette simple question a permis à Rahan de concevoir la marche plus longue de Timousse, qui se passerait en plein centre ville, avec possibilité de prendre l’un des deux uniques bus desservant ladite ville.
Timousse ira donc dans le collège bourgeois de la ville.
Oui, je sais, j’ai rendu les armes bien vite. Mais tu vois, la seule idée de reprendre une bataille contre l’administration avec en fond la certitude qu’au bout de 15 jours, ses profs vont nous convoquer pour de nouvelles conneries de Timousse me fatigue déjà. Je suis vieille et fatiguée, j’assume.
Timousse quant à lui, s’en contre cogne. Les options que proposent les collèges ne le passionnent pas plus que ça. Et vu son niveau scolaire, je préfère encore qu’il se focalise sur les matières obligatoires.
Oui parce qu’avec le dossier de passage en sixième, on a aussi eu le bulletin de Timousse. Qui m’a annoncé très fièrement avoir calculé sa moyenne générale et obtenu un
- Taddddddddddddddaaaaaaaaaaaaaaaaaaaam ! alors maman, tu vas être contente ! z’ai douze de moyenne zénérale !
- ………………….
Soupir.
D’autant que Timousse n’a même pas su calculer correctement sa moyenne générale, il a 13.25 en fait. Ce qui reste une moyenne très moyenne, n’oublions pas qu’il est en primaire !!!!
- Bon ok, z’ai baissé en histoire.
- Effectivement. 1.5 le premier trimestre. 1 le second. Le troisième, tu auras 0.5 avec un peu de chance …
- Z’aime pas l’histoire !
Soupir.
- Tu as compris quand même que c’est cette note mémorable qui te fait chuter ta moyenne ?
- Z’aime pas l’histoire !
Hugmpf
Et tu sais pourquoi je te dis qu’on n’a pas fini d’en baver ?
Jeudi après-midi, nous avions donné trois €uros à nos chérubins pour qu’ils aillent voir une pièce de théâtre. Le soir, je vois mon fils jouer avec un pistolet que je n’avais jamais vu (et pour cause, je suis contre ce type de jouet).
Il se l’était payé avec les trois €uros.
- Mais enfin ! ils étaient pour la pièce de théâtre !!!
- Ben oui mais zustement ! z’ai du me consoler parce que figure-toi que la pièce de théâtre, et ben on n’est pas allés la voir !
- Tu as été puni ????
- Z’ai dit ON ! la maitresse à annulé la sortie !
- Vous avez été puni ?
- Non. Il pleuvait ! Tu trouves pas ça un peu fort toi ??? elle a annulé la pièce de théâtre parce qu’il pleuvait ! on n’est pas en sucre quand même !
- Et donc, l’argent que je te donne pour la pièce de théâtre, tu l’utilises pour t’acheter un jouet ???? sans me demander ??????
- Maman ! tu sais bien que ze rentre avec papa le soir. Papa était d’accord.
Un coup d’œil à Rahan qui sourit niaisement comme un gamin prit en faute.
- Mais toi aussi tu trouves ça nul que le théâtre soit annulé à cause de la pluie hein ?
- Ben je trouve ça décevant pour vous.
- Et ben voilà. Alors tu sais quoi ? ben on devait aller au théâtre de 13h30 à 14h30.
Et là, il croise fermement ses bras sur son petit torse musclé en peluche du Japon …
- Et ben pour la peine, z’ai décidé de ne pas travailler pendant l’heure où on devait aller au théâtre !
- Tu as décidé quoi ????
- Z’étais pas content ! alors pendant une heure, pendant que les autres travaillaient, moi ze suis resté sans rien faire, et z’ai imaziné la pièce de théâtre !
- Mais enfin Timousse ! tu n’as pas le droit de faire ça ! ce n’est pas à toi de décider si tu travailles ou pas !
- Il ne fallait pas annuler la pièce de Théâtre ! c’était pas prévu qu’on travaille pendant cette heure là !
Au bout d’une heure de discussion sur le sujet avec un Timousse tellement obstiné et sur de son fait, je n’ai plus rien trouvé à lui dire
- C’est bien. Comme ça, le jour où vous irez voir la pièce de théâtre, toi tu resteras en classe pour rattraper cette heure de travail
- Aucune chance ! z’ai pas dit que la sortie était reportée, z’ai dit qu’elle était annulée !
Au secours hein ! au secours !
Nouvelle voiture, même vie
La semaine dernière, je suis rentrée chez moi au volant de ma voiture pour la dernière fois.
Même pas de regret. Je pensais que j’allais être triste, parce que mine de rien et quoique je m’en défende, je suis relativement matérialiste.
Disons qu’il y a des objets auxquels je suis attachée. Disons que je donne des petits noms à mes voitures. Parce que je me dis que quelque part, elles ont une âme et que si je ne leur cause pas gentiment, elles peuvent m’en faire voir.
A vrai dire, attention je vais te choquer mais … à vrai dire, les voitures ne me font pas bander.
Oups !
Mais en même temps, c’est vrai quoi.
Déjà, je suis incapable de reconnaître une voiture. Je les trouve toutes moches. Ca pue une voiture, c’est bruyant. Si je pouvais, j’irais bosser en vélo. Mais vu le trajet, c’est impossible. Si je pouvais, j’irais bosser en transport en commun. Mais si ma boite paye la taxe pour les transports, y’a pas un arrêt de bus ou de train à moins de trois km … que en plus, le train c’est deux fois par jour (t’as pas intérêt à le louper) et le bus, c’est toutes les trois heures …Si je pouvais, j’irais bosser en 125. Mais maintenant, faut une licence en plus du permis de conduire et il n’est pas question que je reprenne des cours de conduite.
Donc je vais bosser en voiture.
Et là, ma voiture, avec sa panne qu’ils n’arrivaient pas à réparer, ça devenait vraiment pénible. Voire dangereux.
Alors la semaine dernière, j’ai fermé ma voiture pour la dernière fois sans un regard en arrière. Lundi soir, Rahan est parti avec dans le sud de la France pour la donner en reprise.
Et il est rentré jeudi matin. Je le hais un peu. De m’avoir laissée trois nuits SEULE !
Et jeudi matin, il est rentré avec notre nouvelle voiture.
Neuve. Eclatante. Qui va dormir dans la rue. Qui ne va pas rester très longtemps comme elle est, puisqu’elle va dormir dans la rue. J’ai réussi à tenir bon pendant un moment, refusant de m’endetter pour une voiture. Et puis on a trouvé un compromis, sachant que je me suis laissée convaincre parce que
- Ca commençait à me gaver sévère de rouler dans ces conditions
- L’hybride correspond à mes convictions écolos et à mon portefeuille.
Bon.
Tu sais quoi ?
J’ai une putain de pétoche.
Je suis une petite vieille moi, je n’aime pas qu’on change mes habitudes. Je ne comprends pas les gens qui peuvent conduire dix voitures différentes dans la même journée. Quand tu sais qu’au bout de 10 ans, je n’avais toujours pas le gabarit de ma voiture dans l’œil …. Je crois que c’est comme le mal de mer ça.
T’en as, ils te disent de pas t’en faire quand tu as le mal de mer. Tu finis par t’amariner.
Et ben tu sais quoi ? hein ? ce sont des conneries !
Je ne me suis jamais amarinée. On navigue une heure et j’arrive toute verte. Ben c’est pareil pour la voiture, je n’ai jamais réussi à me mettre son gabarit dans la tête.
Ca me fait chier d’avoir une voiture neuve. On va trop se prendre la tête dès les premières rayures. J’ai presque hâte qu’elle soit cabossée de partout pour ne plus avoir les boules.
Quoi je négativise j’invente-les-mots-que-je-veux ?
Bon.
Cette voiture, c’est un ordinateur. Et si tu me connais bien, tu sais comme je suis à l’aise avec les ordinateurs …
Déjà, j’ai demandé à Rahan de déconnecter A VIE le régulateur de vitesse. J’ai failli me foutre en l’air un jour avec une voiture de location, dont le régulateur de vitesse était bloqué à 20 km/h !!! Bon ok, c’est moi qui aie bidouillé des touches que je me demandais ce que c’était MAIS QUAND MEME ! c’est méga dangereux !
Par contre, j’ai demandé à Rahan de laisser le GPS. Je m’éclate avec ce truc. Bon ok, je n’y touche pas du tout. Je le mets en route, il me dit où je suis. Je trouve ça génial ! moi qui ne connais toujours pas le nom des rues de ma ville … des fois je passe et je dis « aaaaaaaaaaahhhhhhhhh c’est là la rue bidule !!!! »
T’affoles pas, 10 mn après j’ai oublié. Mais ce n’est pas ça le truc le plus génial. Le plus génial, c’est que tu te vois te déplacer sur l’écran. Ça c’est méga génial. Et qu’il te dit à combien est limitée la route où tu es. Pour vérifier qu’il ne racontait pas de conneries, j’ai prit plusieurs chemins différents. Je lui ai tendu des pièges, vu qu’on a des petites portions de route limitées à 50 puis à 70 …
BEN IL LES CONNAIT !
Le truc t’engueule en plus quand tu dépasses la limitation de vitesse …
Je m’en fou. Tant qu’il ne me cause pas, il restera mon pote.
En même temps, je dois t’avouer que je ne risque pas d’en avoir besoin du GPS
- Je conduis pour aller bosser … à 11km de chez moi.
- Pour aller voir mes parents … y’a UNE route qui traverse l’île.
- Je refuse de conduire en dehors de l’île.
Mais ça fait rien, il y est d’office alors je m’amuse. Ca va m’occuper dans les embouteillages.
Alors je t’explique la grande classe. Tu te places devant ta voiture et grâce au bidule que dois avoir sur toi, elle se déverrouille toute seule. Tu rentres dans ta voiture et … c’est là que les emmerdes commencent. Pour moi. Je pige pas la logique : je suis morte de trouille.
D’abord, faut pas oublier d’appuyer sur un bouton pour les rétros latéraux se mettent en place.
Ensuite, faut que tu freines. Ce qui n’a rien de logique, vu que tu es à l’arrêt, sur un parking et que tu n’as pas encore mis le contact. De toute façon, t’as plus de clé de contact. Donc, tu freines et tu enfonces le bouton power. Et là …. Ben tu sais pas que le contact est mit parce qu’elle est complètement silencieuse. Pour enclencher la marche arrière, faut freiner. Et t’as une manette que tu dois amener vers l’avant de la voiture.
Et tu sais ce qui arrive à ce moment là ??? tu pousses un hurlement. Parce que ta voiture, elle reconnait ton précieux et se met automatique sur ton répertoire musical. Et c’est pas de la musique classique que j’écoute. Et c’est pas en silencieux que je l’écoute. ET .. EN PLUS t’as un écran où tu vois tout ce qui se passe derrière ! Ben je te jure que c’est méga flippant !
Bon. Tu fais ta marche arrière. Et t’as un petit bip bip qui te dit que tu recules. Et ça tombe bien, parce que tu freines à un moment. Vu qu’il faut freiner pour pouvoir passer la marche avant.
Sauf que.
Hier soir, seule pour la première fois dans ma voiture, ayant oublié la moitié des explications de Rahan, genre ce bouton là, il fait ça et ça … mais t’en auras pas besoin … j’ai fait tout ce que je viens de te dire. Et je me suis arrêtée. Et pour passer la marche avant, faut balancer la manette vers l’arrière du véhicule.
BEN JE M’EXCUSE MAIS MERDE ! C’EST PAS LOGIQUE !
Donc, j’ai enclenché la marche avant. En poussant la manette vers l’avant. Donc, en vrai, j’ai reculé.
PUTAIN CA COMMENCE BIEN !
Fort heureusement, il n’y avait plus personne sur le parking. Fort heureusement, j’avais toute la place du monde. N’empêche que ça fait un sale effet quand tu accélères pour avancer et que tu te retrouves à reculer !
Après, je suis partie, fière, tête haute, frimeuse à mort. En vrai, je suis tellement raide au volant de ma voiture que t’as l’impression que je conduis avec un balai dans le gruyère.
Y’en a qui disent que dans deux jours, une semaine (un mois pour les femmes m’a dit un gros macho) j’allais m’y faire. Ben si c’est comme pour le gabarit et le mal de mer … je suis pas dans la merde.
Non parce que je cherche encore les vitesses. Quand j’accélère, j’ai la main qui cherche le levier et le pied gauche qui tâtonne LE VIDE. Quand je ralentis, je veux rétrograder. Hier, en cherchant à rétrograder, j’ai tellement paniqué que j’ai freiné avec le pied gauche !
Putain mais elle est où c’est pédale d’embrayage ??? et mon pied gauche est arrivé sur le frein. A côté du droit.
J’ai trop peur !
Heureusement que Rahan a coupé le son du GPS parce que SI EN PLUS ELLE DEVAIT ME CAUSER LA BAGNOLE, je ne répondrais plus de rien !
Ce matin, je suis arrivée au boulot. Seule. Avec ma voiture. Mes collègues attendaient. Ils sont sortis. Rahan était avec eux. Et ça regarde, et ça bidouille, et ça me fait couper ma boite de nuit pour écouter le silence.
T’en as un qui parlait avec Rahan. Et comment elle charge, et la consommation, et la puissance …
- Mais par contre, on ne l’entend pas. C’est dangereux ça. Si elle est en ville, le piéton ne va pas entendre la voiture.
- On parle de Kali là. Si c’est Kali qui conduit, on va l’entendre arriver. Bruit du moteur ou pas. Elle n’aura qu’à rouler les vitres ouvertes. Même fermées remarque. On entend qu’elle et sa musique.
Je sais pas encore si je dois me vexer.
Ou pas.
Tu chantais pas !
Les beaux jours arrivent. C’est sympa. Ca vient aussi avec les emmerdes.
On commence à avoir de plus en plus de passage et je ne parle pas (encore) des touristes.
Je parle des petits cons qui s’emmerdent et viennent dans la journée en repérage pour alléger ton bateau le jour suivant.
Et en plus, ils sont tellement cons ces petits cons, qu’ils ne sont même pas discrets quand ils viennent en repérage. Du coup, tu les repères.
La semaine dernière, je rentrais reposée de notre virée moto/plage. Rahan m’avait déposée et était parti rentrer la moto. Et je vois quatre silhouettes au loin en train de s’amuser à l’arrière de mon bateau.
Je suis partisante de la non-violence. Je demande toujours aux gens de s’en aller gentiment. Je me dis que quand tu demandes les choses gentiment, tu as plus de chance d’être écoutée. Oh ça ne leur plait pas toujours, même si tu parles gentiment. Ca ronchonne, ça râle, ça insiste parfois, ça demande pourquoi, ça me dit même « bon on le fait mais c’est uniquement parce que tu as été polie madame ». Je ne relève même pas. Le tout, c’est qu’ils s’éloignent.
Alors quand j’ai vu ces quatre jeunes de quelque chose comme 16/17 ans, plus grands que moi (ce qui en soit n’est pas difficile) en train de pêcher … faire les cons … tenter de regarder à l’intérieur des bateaux et de chez nous … crier … monter sur les bateaux … cracher un peu partout … jeter les mégots sur le ponton … étaler leurs fringues sur MON bateau … j’ai pensé que j’allais leur demander très gentiment de s’en aller. Parce que faut pas que déconner, ils étaient 4.
Et j’ai été très gentille.
- Bonjour jeunes gens, je vais vous demander de vous déplacer et d’aller pêcher un peu plus loin s’il vous plait.
C’est gentil non ? c’est poli non ?
- Mais la dame qui est là, elle nous laisse pêcher ici !
- Ah vous devez vous tromper. La dame qui est là depuis 10 ans, c’est moi et je demande toujours aux gens d’aller pêcher plus loin.
- Pourquoi ?
- Et bien parce que je vis ici et le bruit que vous faites me dérange, parce que vous perdez des hameçons que les chiens du coin avalent (ben oui, y’a des chiens bouffe-tout), parce que vous perdez des hameçons et qu’on peut se les prendre dans les mains ou dans les pieds et aussi parce que j’ai du matériel de plongée à rincer et que vous êtes juste à l’endroit où je dois rincer. Et entre autre parce que je ne peux même pas rentrer chez moi.
C’est bien expliqué non ? en plus, je l’ai dit très calmement, très gentiment, très patiemment, très doucement, avec le sourire et tout et tout.
- Les chiens on s’en branle
- Et t’as qu’à rincer ton linge plus loin.
- …………….
Y’a quand même eu un moment de doute en moi. Un très court moment, une nano seconde durant laquelle je me suis demandée si je restais correcte ou si j’explosais de suite.
- Ok. Alors messieurs, la parenthèse gentille est fermée. Maintenant j’ouvre la parenthèse méchante. VOUS VOUS CASSEZ DE LA !
Ca a au moins le mérite d’être clair non ?
Ben même pas. Ca a dégénéré.
Complet. On a eu droit aux échanges profondément débiles, quand tout le monde dit n’importe quoi tellement la colère t’emporte. Et moi, moi je ne criais pas. Je hurlais. J’ai rarement hurlé comme ça, je m’en suis pété les cordes vocales et c’est pas une image. Y’a un truc qui a claqué dans mon cerveau quand ils m’ont appelée Marine. Et il a complètement explosé ce truc quand l’un deux s’est appuyé contre un petit bateau et m’a regardée dans les yeux
- Espèce de salope !
Je suis redescendue de mon bateau comme une folle. Trois paires de bras ont tenté de m’attraper mais je me suis dangereusement approchée du merdeux qui venait de m’insulter. Il m’a poussée des deux mains. Genre toi la nana, tu ne fais pas le poids. Et il avait raison, ses trois copains se resserraient autour de moi. Et je l’ai choppé d’une main le petit con. Bon, j’ai levé haut la tête parce qu’il était vraiment plus grand que moi. De ma seule main droite, je lui ai enserré le visage. J’ai vu ses joues se gonfler et se plisser. Et tu sais quoi ? il y avait tellement de rage en moi que je l’ai soulevé de terre. Je ne sais pas du tout où j’ai pu trouver cette force, mais je l’ai soulevé de terre. Il a levé une main pour me frapper, il a du réfléchir et l’a rebaissée. Je l’ai relâché parce qu’un éclair dans ma tête m’a dit que putain, ils sont peut être quatre et quatre plus grands et forts que moi, mais n’empêche que si je colle une baffe à l’un d’eux, c’est moi qui vais avoir des emmerdes. Regarde un peu la prétention, mais surtout l’inconscience dont je peux faire preuve quand je pète les plombs …
Ca ne m’est jamais arrivé d’avoir envie de frapper quelqu’un avec autant de force.
Alertés par les cris, un couple de voisins peace and love est venu voir pour tenter, en douceur, de calmer le jeu. Genre me dire à moi Kali-faut-pas-que-tu-t’énerves-comme-ça. Et puis ils sont retournés chez eux. Même pas je leur en veux. Les connaissant, je sais qu’ils ont fourni l’un et l’autre un effort surhumain pour venir voir ce qui se passait. Ma fille et scooter bout de ponton qui étaient à bord, enfermés parce que les jeunes regardaient à travers les hublots avant que je n’arrive et quelque peu effrayés de se retrouver contre 4 qui criaient et s’apostrophaient avaient aussi fichu la musique à fond pour ne pas les entendre. Ce sont mes hurlements qui les ont fait sortir.
Quand j’ai lâché le petit con et que je me suis retournée, j’ai vu les trois autres s’approcher à nouveau de moi. Je leur ai demandé en hurlant s’ils se sentaient si forts que ça à 4 contre une seule. Et en un quart de seconde, j’ai vu scooter bout de ponton et Boudeuse sauter à leur tour sur le ponton, affrontant du regard la bande, prêts à intervenir. Ca va vachement vite dans ta tête à ce moment là. Tu penses à des milliers de trucs en même temps. Tu te dis que putain, tes mômes, ils vont se faire massacrer. Boudeuse de sa petite voix leur demandaient d’arrêter de m’appeler Marine, qu’ils ne pouvaient pas dire ça de moi. Scooter bout de ponton s’agaçait de « tu ne la traites pas de salope, tu ne la touches pas ».
Alors j’ai prit tout le matos qui était sur le ponton. Cannes à pêches, couteaux (putain ! ils avaient des couteaux !) seau avec un malheureux petit poisson à l’intérieur … j’ai tout ramassé et j’ai tout jeté plus loin. En pétant des lignes certainement mais je n’en avais plus rien à foutre de rien.
C’est alors que deux héros sont arrivés. Notre ami Philou qui raccompagnait Timousse et lui avait demandé de m’attendre chez nos voisins et un monsieur que je croise parfois sur le ponton sans plus. Ils avaient le crâne rasé, les muscles saillant sous les tee-shirts. Pendant quelques minutes, ils ont tenté de les raisonner, leur ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas pêcher ici.
- On a le droit de pêcher ici ! on est chez nous, on a le droit !
- Non tu n’as pas le droit. C’est interdit, c’est noté à l’entrée du ponton « pêche et baignade interdites »
- Et ben je m’en branle, je sais pas lire !
Ohhhhhhhhhh misère …
Et rebelote que je suis une facho, raciste …
Là, Philou qui était resté très calme a levé le ton.
Imagine, le ton bien grave, qui sort de la poitrine gonflée à bloc. Parce que ça l’a énervé ça.
- Bon ça suffit les conneries maintenant ! on dit pas des conneries comme ça ! Allez oust, on s’en va maintenant !
Il y a un d’entre eux qui m’a regardée, plein de morgue
- D’abord, tu ramasses ce que tu as jeté !
Il secouait son index avec frénésie devant le tas d’affaires que j’avais balancées
- Tu ramasses !
Ah ah ! Si je n’avais pas été si furieuse, j’en aurais explosé de rire. Et puis la menace. Habituelle. Celle qui m’énerve à chaque fois.
- Je vais revenir, je vais le couler ton bateau de merde !
Là, j’ai ressauté sur le ponton, comme une folle, prête à mordre. Le jeune a fait un pas en arrière.
- Espèce de petit con ! si tu as des couilles, tu le fais maintenant ! tu le coules maintenant le bateau, devant moi ! comme ça je peux te massacrer sur le champ ! tu ne fais pas de menace, tu agis !
Je crois que j’en ai postillonné beurk !
- Et ta gueule, elle est imprimée dans ma tête ta gueule ! maintenant, il a une égratignure mon bateau, JE TE RETROUVE ! alors t’as plutôt intérêt à faire en sorte qu’il ne lui arrive RIEN à mon bateau ! PARCE QUE C’EST A TOI QUE JE VAIS PENSER s’il arrive une connerie à mon bateau !
Après coup, je me dis que je devais avoir l’air sacrément dingue à sauter sur place comme ça, en pointant mon doigt sur le nez de ce grand jeune homme, à menacer de le massacrer alors que s’il lui prenait l’envie de me foutre une baffe, même s’il me ratait, je m’enrhumais avec l’air qu’il allait déplacer !
Philou et le monsieur costaud se sont regardés et d’un commun accord, ils ont repris leurs grosses voix et ont ordonné à tout ce petit monde de s’en aller. Et ils les ont raccompagnés jusqu’au bout, puisqu’ils mettaient de la mauvaise volonté à partir. Philou, philosophe à ses heures, à leurs accusations elle-est-raciste-elle-m’a-insulté, répondait invariablement elle-a-dit-petit-con-c’est-pas-du-racisme-ça-c’est-une-vérité …
Et puis merde alors ! qui c’est qui m’a traitée de salope hein ???? Après leur départ, j’ai tremblé de rage pendant encore un bon moment. Rahan est arrivé juste après, assez furieux d’avoir été absent à ce moment là.
Outre le fait que je sois barge, rien de nouveau, inconsciente, je croyais que ça m’était passé ça, je suis surtout en colère. Pour la façon dont ils m’ont parlé, la façon dont ils m’ont tenu tête et le respect de rien qu’on peut avoir quand on est un petit con. Et qu’on se sent fort face à une femme seule. Et qu’on redevient un morveux quand des mecs débarquent.
Et j’ai prévenu Timousse. Que s’il s’avisait à caresser l’idée de devenir comme ça plus tard, je le pulvérisais avant même qu’il n’essaie de parler à une adulte comme ça.
Dans le fond, cette histoire lui a peut être servi de leçon, va savoir. Il sait maintenant de quoi son instit parle quand elle lui dit qu’il va devenir un mauvais garçon.
- Et puis tu sais maman, en partant ils ont dit « elle a fini de chanter la vieille ? »
- Ah ? ils ont dit ça ? (petits cons ! petits cons ! petits cons ! me traiter de vieille !!! moi !)
- Ben oui, ils disaient des bêtises hein !
- Ah merci mon chéri !
- Ben oui , tu chantais pas !
...
J’ai un peu de mal à raconter mes conneries ici-bas depuis que j’ai reçu le mail de Melle Bou.
Je n’ai aucune idée de la façon dont je peux amener le sujet, sujet que je ne maîtrise pas du tout. Parce que moi, j’ai eu beaucoup de chance. Mes enfants sont venus au monde, mes enfants n’ont eu aucune maladie génétique … je ne sais pas ce que peut être cette souffrance lorsqu’on apprend que son bébé est handicapé … je ne sais pas ce qu’est d’être confronté à un « choix » quand on l’apprend…alors qu’il bouge dans ton ventre …
Mais peut être que tu le sais, toi, et que tu pourrais aider Melle Bou à briser le silence.
Melle Bou vit un terrible deuil ces jours-ci et je pense que le mieux, c’est d’aller lire sa dernière note ici …http://lespissenlitsparlaracine.blogspot.fr/
Elle y parle de sa sœur, de l’amour qu’elles se portent, du terrible drame qu’elles vivent, avec leur famille, aujourd’hui.
Alors oui, ses mots sont durs. Oui, c’est assez difficile à lire. Mais c’est aussi la vie, parfois. Terriblement inhumaine.
Voilà. Lis et parle.
Je veux ma voituuuuuuuuuuuuuuuuure !
Je te l’ai dit que Rahan me harcèle pour qu’on s’achète une nouvelle voiture en insistant bien sur le fait que vu son âge et son nombre de kilomètre, ma voiture actuelle va commencer à nous plonger dans le début des emmerdes ?
Ben si t’as loupé ça, maintenant tu le sais.
La semaine dernière, la demoiselle a commencé à me faire des misères. Le début des emmerdes.
Lundi soir, je sentais comme un manque de puissance. Pas que je roule comme une malade sur ma petite nationale limitée à 90 km/h … mais j’avais toujours la sensation de rouler à trop bas régime. J’en parle à Rahan qui s’en cogne comme de sa première paire de chaussettes.
Nous avons un salarié qui bidouille un peu en mécanique et qui a bien voulu jeter un œil mardi matin, parce que je suis la nana qui lui file sa paie tous les débuts de mois personne ne peut me résister quand je demande un service.
Changement de bougies, nettoyage du filtre à air (je répète hein, je pige que dalle à ces trucs là, je sais tout juste où se trouve le bidule pour mettre de l’eau pour les essuie-glaces moi).
Je reprends ma voiture le soir, c’est encore pire. Démarrage difficile, keuf keuf le moteur, calage au premier feu rouge ohhhhhhhhhhh ça commence à me chauffer cette histoire … jusqu’au voyant orange qui s’allume. Celui qui ne te dit pas de quoi souffre ta bagnole, mais qui te conseille d’aller fissa chez ton concessionnaire. J’en parle à Rahan qui continue à s’en cogner et lui demande de la prendre le lendemain matin (vu que je ne bosse pas) pour la montrer au garagiste en face du boulot.
Rahan rentre le soir.
Le garagiste n’a pas eu le temps – pas pu – pas eu envie de s’emmerder la vie – oublié – choisi l’option qui te convient le mieux de venir s’occuper de ma voiture … lui, ses prochaines factures, il va se les coller dans le gruyère.
Rahan m’annonce que la panne empire entre la poire et le dessert.
Jeudi matin, je reprends donc ma voiture avec la ferme intention de rentrer dans le garage et de laisser ma voiture tourner jusqu’à ce quelqu’un se décide à me réparer cette putain de panne.
Sauf que. Dès que je ralenti, et remarque bien que je ne dis pas « dès que je freine », dès que je ralenti donc, la traitresse, la bougresse cale. Pas un bruit, pas un pouet, pas un peute-peute pour te prévenir, ELLE CALE. Tu sais qu’elle a calé parce que ça ne gueule plus dans les hauts parleurs … et accessoirement parce que comme tu vois que tu ne peux plus accélérer, tu jettes machinalement un œil au tableau de bord et tu vois que tout est allumé … Ca, je vais te dire, ça te met en forme. Tout le long du chemin, elle a calé. ELLE N’A FAIT QUE CA !
Et le pire, c’est quand t’es en train de rouler à 90 voire plus, que tu vois le rond point au loin et ces cons là qui confondent un céder le passage avec un stop, ces cons qui S’ARRETENT au rond point et toi tu dis NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON MAIS AVAAAAAAAAAAAAAAAAAANCE PUTAIN AVAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAANCE Y’A PERSONNE !!!!! NE RALENTI SURTOUT PAAAAAAAAAAAAAAAAAS !
Et merde, t’as calé. En pleine route. Et oui parce que moi, tu vois, j’ai essayé de faire ce que m’a dit Rahan, à savoir freiner et accélérer en même temps ET J’AI JAMAIS REUSSI ! c’est putain de chiant à faire ce truc ! En plus, je te rappelle que c’est quand même le même pied qui est censé faire l’un et l’autre. Et moi, je chausse du 37 fillette. Alors hein ! camembert !
C’est dans un bel état que j’arrive donc au boulot, après avoir redémarré ma voiture une bonne centaine de fois. Le garagiste n’est pas là, ça lui a certainement sauvé la vie. J’ai jeté les clefs dans les mains de Rahan qui a tout de suite senti que je n’avais même pas envie d’en discuter. Et que le début des emmerdes, ça pouvait très être plus pour lui que pour ma bagnole.
Deux heures après, j’apprends que la réparation prévue sur ma voiture s’élève à environ 2 000 €.
Sans la main d’œuvre.
Même pas en rêve. Comme le garagiste a peur que je demande à Boss de changer d’intervenant pour notre parc de véhicules m’aime bien, il a quand même prit ma voiture pour voir s’il ne peut pas s’en occuper pour moins cher. Il m’a bien expliqué ce qu’elle avait, mais je n’ai rien compris.
Depuis, jeudi soir, je roule dans la voiture de la boite. Celle qu’on utilise pour faire des petites courses au bureau … la poste, la banque …
Cette voiture, c’était la mienne. Il y a très longtemps. Rahan me l’avait offerte le jour de notre cinquième anniversaire de mariage. Ce même jour, je lui offrais des petits chaussons de bébé pour lui annoncer que mon ventre allait s’arrondir sous peu.
Je l’aimais bien cette voiture. Vraiment. Aujourd’hui, je l’aime beaucoup moins.
Elle pue.
Tout le monde roule avec, transporte un peu de tout et un peu partout. Elle pue le pot d’échappement, la vieille voiture, l’huile, le je ne sais pas quoi et d’ailleurs, je m’en cogne. Du coup, je fume dedans pour faire partir l’odeur. Du coup, la secrétaire râle il-y-a-quelqu’un-qui-fume-dans-la-voiture ! COMMENT ELLE PEUT S’EN RENDRE COMPTE ??? ELLE PUE CETTE VOITURE ! Elle sait très bien que c’est moi. Je sais qu’elle le sait. Elle sait que je sais qu’elle sait. C’est elle qui a raison. Mais comme je suis en crise …
Le pare-brise est dégueulasse. J’ai bien tenté de le nettoyer comme tout le monde, en actionnant les essuie-glaces. Ils fonctionnent. Mais y’a pas d’eau. Le truc est en panne.
Y’a rien dans cette voiture, rien. Pas une bouteille d’eau, pas de brillant à lèvres, pas de crème pour les mains sèches, pas de bonbons à la menthe … mais pire que pire que pire que tout UNE RADIO DE MERDE avec des haut-parleurs de MERDE !
Genre tu montes à peine le son et tu crois qu’ils vont exploser. D’ailleurs … je crois en avoir explosé au moins un ce matin… rien qu’au bruit que ça fait ... En attendant, je comprends mieux pourquoi je suis la seule à ne pas déprimer en arrivant au boulot d’ordinaire, MOI AU MOINS J’AI DE L’AMBIANCE DANS MA VOITURE !
Je veux ma voituuuuuuuuuuuuuuuuuure ! avec ma musiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiique !
Elle est complètement mécanique. Même les vitres, faut tourner à la main. Alors ok je sais, y’en a plein qui ont des voitures comme ça encore aujourd’hui. Mais. D’abord, je m’en cogne, chacun fait ce qu’il veut. Ensuite, quand t’a pris l’habitude d’appuyer sur un bouton pour que ta vitre s’ouvre toute seule, ben je peux te dire que tu satures sévère quand tu dois tournicoter pour la baisser d’un demi centimètre ! du coup, je roule vitre ouverte. Et je ne la ferme pas en arrivant au boulot. Comme ça, la secrétaire râlera moins que ça pue la clope. De toute façon, elle pue. La voiture, pas la secrétaire.
Y’a un autre truc que j’avais oublié. Elle n’a pas la direction assistée. Putain quand je pense que j’ai conduit cette voiture enceinte de Timousse qui prenait tellement de place que sur la fin, je n’avais plus assez de place pour m’assoir derrière le volant et que j’ai manœuvré avec … ah non. Je ne manœuvre pas, c’est vrai. Voilà pourquoi j’ai toujours évité les créneaux et préféré les places en épis. J’ai gardé le souvenir de la voiture sans direction assistée.
Sauf que jeudi soir, je devais aller en ville pour une réunion. Et que j’ai du faire un créneau.
J’ai perdu environ 1000 litres d’eau par braquage. J’ai créé un embouteillage de 300 000 km tellement j’ai eu de mal à la garer. J’ai du revenir sur mes pas quand je me suis souvenue qu’elle n’avait pas la fermeture centralisée et que je pouvais toujours appuyer sur la clé, il n’allait RIEN SE PASSER !
Je veux ma voituuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuure !
Je suis arrivée à ma réunion avec vingt bonnes minutes de retard, ce qui n’est pas dans mes habitudes. Et t’as un peu la honte d’expliquer que c’est à cause d’un putain de créneau que t’es en retard … En repartant de la réunion, il faisait nuit. Je n’aime pas rouler la nuit. Sur le chemin du retour, j’ai pensé que je connaissais vachement de monde quand même en ville, vu le nombre d’automobilistes qui me faisaient coucou à coup d’appels de phares ou de pouet-pouet. Alors je répondais d’un signe fatigué mais poli, sans jamais reconnaitre personne.
Et pour cause.
Cette voiture, elle n’a pas l’allumage automatique des feux.
Tu crois que je suis un danger ???? PAS DU TOUT !
Je veux ma voituuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuure !
Ben je suis pas prête de la récupérer. Mais tant pis. Aux grands maux, les grands moyens. Avec Rahan, on a décidé de s’acheter une hybride. Oui parce que j’ai craqué pour l’hybride. C’est silencieux. Le bruit du moteur ne risque pas de couvrir celui de ta musique. Et je ne veux aucune remarque. Y’a un mec qui m’a dit que c’était chiant l’hybride parce que comme c’est une automatique, si elle tombe en panne, tu ne peux pas la pousser.
Parce qu’il s’imagine, le con, que ma voiture, je vais la pousser ????
Mais t’as des malades sur terre hein !
Bon sinon ce week-end, mon petit garçon a plongé pendant plus d’une heure pour pêcher les oursins avec deux adultes qui étaient bien heureux de l’avoir comme aide. D’autant que sous l’eau, ils ne pouvaient pas l’entendre parler. Courageux mon petit d’homme !
Et mon petit garçon, il a même piqué une tête. Quand moi, j’ai tout juste trempé mon orteil.
Quand le père, fidèle à lui-même, pratiquait son occupation favorite …
En rentrant de cette merveilleuse journée, je me suis pétée les cordes vocales à hurler sur quatre petits cons de 15/17 ans. Mais ça, c’est pour une autre fois.
Boudeuse .... Boudeuse.
Boudeuse. Ma fille ma bataille.
Alors Boudeuse, comme je te le dis depuis un moment maintenant, Boudeuse a décidé de prendre son envol, sa liberté, son autonomie.
Comme se trouver un studio avec scooter bout de ponton.
Payé par maman.
Avec Rahan, on lui a très vite retiré l’idée de son joli, très joli petit crâne.
Après étude poussée de la chose, j’ai finalement compris que ma fille ne se rendait pas vraiment compte de ce qu’elle disait. Puisqu’ils se sont finalement, elle et scooter bout de ponton, ralliés à mon idée première : la chambre d’étudiant.
Sauf que. J’ai fait la manip’ sur Internet, on est trop riches. On n’a pas droit à la bourse étudiant. Enfin Boudeuse n’y a pas droit. Et donc, idem pour la chambre d’étudiant. C’était bien la peine de se prendre la tête tiens !
Tu sais, quand tu arrives à ce moment là, tu te demandes si c’était pas moins chiant la période où la maitresse de CP te choppait en te disant «votre fille, elle n’écoute RI-EN ! elle plane toute la journée, elle rêve ! » Tu as presque la nostalgie de l’époque où ta gosse te rapportait ses contrôles de math avec une belle bulle. Parce qu’elle avait dessiné des cœurs, des fleurs et des oiseaux à la place du résultat … Quand tu penses que je vivais ces moments là comme si c’était la fin du monde … est-ce que tu peux imaginer dans quel état je suis aujourd’hui ???
Alors finalement, on va se rabattre pour un logement en colocation. M’en fou, j’ai gagné.
Et donc, voila mes ados plus tout à fait ados mais encore en pleine adolescence tout de même, en grande discussion.
Ils veulent se prendre en main. Tous les deux. Boudeuse m’a expliqué la jeunesse d’aujourd’hui. Parce que tu comprends, moi je suis une vieille qui n’a jamais été jeune et qui ne sait pas du tout ce que c’est d’avoir 20 ans.
Et Boudeuse m’a expliqué que la jeunesse d’aujourd’hui, elle aime son confort. Elle aime sa télé, ses DVD, son ordinateur, sa musique, la bouffe déjà prête et le linge lavé/repassé sur son lit, le moelleux du canapé des parents sur lequel elle peut se vautrer en se servant un cinquième jus de fruit dans un cinquième verre qu’elle ne lavera pas.
Alors pourquoi s’emmerder hum ?
Boudeuse veut donc un lave-vaisselle, son aspirateur de table, la meilleure invention du siècle dernier selon elle, puisque ça lui évite de passer l’éponge. Parce que l’éponge, tu comprends, ça pue. Elle veut son micro-onde qui lui permettra de réchauffer ses plats sans avoir de casserole. Parce que tu comprends, après il faut laver la casserole, ce qui veut dire éponge … et une éponge, ça pue. Même neuve, elle pue l’éponge, vu que c’est une éponge. Et que par définition, une éponge pue. Et les gants que tu peux éventuellement enfiler sur ses jolies mains aux ongles peints, pour leur éviter d’être en contact avec l’éponge qui pue … ben ils puent aussi.
T’es pas dans la merde avec ça hein !
Alors Boudeuse et Scooter bout de ponton, après avoir fait la liste de ce dont ils avaient besoin, en priorité et en plaisirs personnels, ben ils se sont rendus compte qu’il leur fallait un budget conséquent et que l’argent de poche que leurs parents respectifs pourront leur donner (remarque bien qu’ils comptent déjà sur un montant qu’on va leur verser sans même nous consulter tellement c’est une évidence …) ne leur suffira pas.
Alors, ils ont décidé … ils ont décidé … tadaaaaaaaaaaaaaam !
Ils ont décidé de travailler.
Scooter bout de ponton, c’est un bosseur par nature, il n’a peur de rien (et certainement pas d’une malheureuse petite éponge qui pue l’éponge) il est prêt à faire plein de petits boulots. D’ailleurs, il commence cet été, il est déjà retenu pour un boulot saisonnier.
Et alors là, je te jure, je te jure ! la conversation qui a suivi avec Boudeuse pour lui trouver un boulot à elle, je te jure qu’elle valait son pesant d’or.
Il faut dire, pour ne pas complètement me payer la tête de ma fille adorée, il faut dire que sur notre île, si t’es pas fonctionnaire, si tu bosses pas dans le tourisme, tu fais partie des 5% de la population qui a une vie active. Saisonnière ou pleine. Et dans l’activité de ces 5%, il y a le bâtiment. Et on ne prend que peu de saisonniers, ou alors comme manœuvre.
Scooter a commencé à lui parler de librairie. Je l’imagine bien dans une librairie. Ben non. Elle ne saura jamais renseigner le client. Le bâtiment, impossible. Il faut se lever à 5h du matin, il faut bosser au soleil et Boudeuse ne veut pas bronzer. Bon je déconne. Le bâtiment, impossible. Et moi d’ajouter que parfois, on doit nettoyer des trucs. Avec une éponge. Et je peux te dire que celle là, d’éponge, elle PUE VRAIMENT !
Un petit travail de bureau, même pas en rêve. Fonction publique ou privé. Le peu de place qu’il y a sont réservées avant même la naissance du gamin. Boudeuse a bien jeté un regard vers moi … mais la seule idée de passer sa journée sous mon autorité au bureau lui fait faire des cauchemars, ce que je peux comprendre.
Il nous reste donc … ah ben y’a les enfants ! C’était une idée de scooter bout de ponton.
- Tu pourrais garder des enfants, on gagne bien en gardant des enfants. (un petit bisou dans le cou, un petit bisou sur l’épaule …)
- Ils seront en vacances !
- Ben justement ! les parents travaillent. (un petit bisou dans le cou)
- Oui mais en vacances t’imagines ??? en vacances ! ça veut dire que je dois les garder toute la journée !
- Ben tu prends des tous petits ! ils ne feront que dormir. (un petit bisou sur le coude)
- QUOI ??? T’imagines ? faudra leur changer la couche !
Ah oui. Et une couche, crois-moi, ça peut puer bien plus qu’une éponge …
- Ah non non non, moi je ne change pas les couches !
- Bon. prends les plus grands alors ? (un petit bisou sur le nez)
- Quoi ? qu’est ce que je prends plus grand ?
- Les enfants. (un petit bisou sur le front)
- Et me retrouver avec deux, voire trois autres Timousse ??? ah non, merci bien, mon frère me suffit largement.
- Ben t’auras qu’à les sortir. (un petit bisou sur la main)
- Les sortir ? pour aller où ?
- A la plage, c’est l’été, tu vas à la plage. (un petit bisou sur l’autre main)
- AH NON ! JE NE VEUX PAS BRONZER MOI ! ça ne va pas avec mon style.
Remarque bien les efforts que fait ce pauvre scooter bout de ponton, moi je le trouve super patient. Même s’il m’énerve avec ses petits bisous …
- Alors il te reste le touriste. (un petit bisou sur la nuque)
- Le touriste ? quoi le touriste ?
- Ben oui, tu peux te faire embaucher dans un café, un restaurant. Serveuse. (un petit bisou sur le crâne)
- Serveuse ??? mais d’abord, je ne me souviendrais JAMAIS de toutes les commandes et ensuite je ne pourrais jamais porter les plateaux avec tout ce qu’il y a dessus ! je suis trop maladroite, je vais tout faire tomber dès le premier pas !
- Ah ? ben alors tu fais la plonge. (plus de petit bisou)
- C’est quoi la plonge ?
Là, je me tâte. Soit scooter bout de ponton est vraiment naïf de lui proposer ça, soit il commence à en avoir plein le gruyère et il cherche la provoc ….
- C’est la vaisselle. La plonge, c’est la vaisselle (avec plein d’éponges qui puent)
- LA VAISSELLE ???? MOI ???? des milliers de plats dégueulasses avec du gras partout ? ah NON !
Voilà. En vrai, leur conversation a duré une bonne heure. Sauf que déjà que certaines personnes se plaignent de la longueur de mes notes, si je te raconte tout ici, tu vas péter un câble.
Il en est sorti que pour le moment, Scooter va travailler. Boudeuse …. Ben Boudeuse, on verra.
- Non parce que tu comprends, en août on part tout le mois avec le bateau alors je ne vois pas comment je pourrais travailler.
- Il te reste juillet
- Ah non ! juillet on viendra juste de terminer le bac, j’aurais besoin de repos ! Et puis le week-end, on sort en mer ….
C’est peut être la première année depuis son entrée dans l’adolescence où ma fille sera heureuse de partir je la cite : en pleine mer, sans internet, sans eau ni électricité … fin de citation.
Vendredi soir, Boudeuse est sortie. Elle a retrouvé une amie pour préparer son dernier oral de bac blanc. Elles ont bien bossé et sont sorties toutes les deux boire un verre en ville.
Elle est rentrée vers minuit.
- Ben tu vois maman, je suis toute contente là. Je n’avais pas envie de sortir, je m’y suis forcée et en fait c’est bien.
- C’est sur, ça fait du bien de sortir avec des amis pour passer un peu de bon temps.
- Oui c’est vrai. Mais c’est pas pour ça que je suis contente. C’est parce que je suis rentrée. Je suis encore plus contente d’être ici quand je sors un peu, c’est bon de revenir.
…………..
……………..
…………………..
Ben on n’est pas rendus.
Avant, j'avais des principes ...
J’ai beaucoup pensé ce matin, dans ma voiture, en venant bosser. Parce que j’ai pris un autre chemin que celui habituel et que je me suis mangé quelques embouteillages.
J’ai une amie qui est l’inverse de moi.
Elle est super classe, tout le temps. Elle est de ces femmes qui peuvent porter un jeans râpé avec classe. Elle est grande, fine, élégante. Et pas besoin de se tartiner la tronche pour être bien. Elle parle propre, très. Et l’éducation derrière, tu la sens. Avec les principes qui vont avec, à fond. Les « ça ne se fait pas ». On n’est pas du même monde, du tout. Je fais paysanne à côté. Prends-le comme une image hein ! Ca ne nous empêche pas d’être proches. Faut dire qu’elle est d’une générosité comme j’ai rarement vu. La vraie, celle du cœur. Tu peux tout lui raconter, elle ne te jugera pas. Elle s’acharnera à trouver des solutions à tes petits problèmes du quotidien quand elle se bat, au quotidien, contre des situations qui te mettraient par terre. Je l’ai vue surmonter des affronts (pour lesquels je m’effondrerai) avec une dignité qui m’a laissée un goût d’admiration sans borne pour ce personnage.
Et pourtant cette amie, elle a pété un câble l’autre jour en discutant avec moi et ça m’a beaucoup amusée.
Je cite.
On vit dans une société de fachos ! Tout est règlementé, tout est interdit, tout est source de sanction. Plus le droit de fumer, plus le droit de boire, plus le droit de manger ce qu’on veut, c’est trop gras, trop sucré, il faut faire du sport, on est même bridés pour la conduite, avec des voitures surpuissantes et des routes qui ne nous permettent pas de dépasser les 70 ! Des radars, des flics à chaque coin de rue … On ne peut même plus s’envoyer en l’air sans capote et attestation qu’on n’est pas porteur du sida !
Fin de citation.
C’était d’autant plus amusant que cette nana, elle fume mais dans son coin, elle ne boit pas d’alcool ou très peu, elle mange un petit pois à chaque repas et niveau conduite, elle est au moins aussi pétocharde que moi. Quant à sa vie sexuelle, ça ne me regarde pas.
Mais j’ai bien compris que toute cette réglementation, par principe, peut un peu faire péter les plombs par moment.
Même si moi je m’en cogne parce qu’en société, je suis un caméléon, je m’adapte. Même si moi je me dis que si toutes ces règles et les sanctions qui ont été mises en place, c’est à cause de tous ceux qui ont abusé.
Et du coup, au fil de la conversation avec mon amie, sont revenues les expressions que je détestais quand j’étais enfant ou même plus jeune. Avant ont pouvait faire ceci, avant on pouvait faire cela …
En fait, en fait, en fait, on a fini par se dire que ces réglementations (parce que quand on commence à être de mauvaise foi, autant l’être jusqu’au bout) elles étaient faites pour emmerder ceux qu’on appelle les « bons vivants ». Elle te fait pas marrer cette expression quand on y pense ? C’est quoi les « bons vivants » ? ceux qui aiment faire la fête non ? faire la fête, c'est-à-dire pour beaucoup de « bon vivants » picoler, manger super méga gras, des barbecues qui filent le cancer, super méga sucré, cloper, picoler et manger encore … avec des potes …
Et pourtant, si tu regardes bien, si tu es ce bon vivant … ben tu mets ta vie en danger. Avec tous les cancers qui vont avec. Ou les maladies incurables. Et tu termines, si tu as le bol de vivre assez longtemps pour ça, avec une tonne de cachetons à prendre matin midi et soir … Et si tu ne crèves pas d’un cancer ou d’une maladie incurable, tu finiras par te farcir une interaction médicamenteuse …
Parfois, je me demande. Tu sais, j’ai bien essayé plusieurs fois de m’arrêter de fumer, j’ai même réussi. Quelques mois, deux ans, trois ans … et durant tout ce temps, j’ai du supprimer d’autres « plaisirs » que la cigarette. Parce que ça va avec. Plus d’alcool, ça me donne envie de fumer. Plus de grands bon repas, ça me donne envie de fumer. Plus de boisson gazeuse, ça me donne envie de fumer. Plus de barres chocolatées une-minute-de-plaisir-toute-la-vie-sur-les-hanches, ça me donne envie de fumer. Plus de café, ça me donne envie de fumer … Même l’après amour devient source de manque … (remarque bien que j’ai pas dit que je m’en étais privée de ce dernier point, faut pas que déconner).
PUTAIN DE BORDEL ! C’EST QUOI CETTE VIE ???
Je me suis retrouvée limite dingue, à un point que même dormir me donnait envie de fumer et j’ai fini par replonger. Et j’ai retrouvé mon rhum, mon café, ma bonne bouffe et mes putains de barres chocolatées. Alors je ne dis pas que faut suivre mon exemple, loin de là. Je suis heureuse de voir que ma fille ne le suit pas, mon exemple. Mais moi, j’ai connu tous ces « plaisirs » au temps où ils n’étaient ni interdit, ni mal vus.
Au temps où on nous laissait nous détruire sans rien nous dire.
Aujourd’hui, on nous laisse toujours nous détruire. En nous engueulant, en nous culpabilisant, en nous punissant.
Je repensais à tout ça dans ma voiture ce matin et quand mon esprit vagabonde, il va un peu dans tous les sens.
J’ai repensé, rien à voir je sais, à une pub qui montre un jeune couple qui se jure de ne jamais ressembler à ses parents, qui devient parents, dont les enfants se jurent de ne jamais ressembler à ses parents … La vie quoi.
C’est ce que je me suis juré, c’est ce que doit se jurer ma fille. C’est ce que se jurera mon fils.
N’empêche.
Quand j’étais enfant, j’étais révoltée contre les règles de vie que nous imposaient nos parents. Dormir à l’heure, rentrer à l’heure, manger à l’heure, terminer son assiette, faire ses devoirs, débarrasser, ranger sa chambre, se laver, brosser les dents, dormir à l’heure …
PUTAIN MAIS C’EST QUOI CETTE VIE DE MERDE ??? c’est ce que je me disais. Et il n’était pas question que je ressemble à mes parents, plus tard, avec tous ces petits moments bien régentés, ta vie au rythme de la montre, ta vie à un rythme qui ne convient pas du tout à tes envies : t’amuser.
Quand je suis partie de chez mes parents, je me suis juré que moi, j’allais dormir quand j’en aurais envie, me lever si je veux, manger si et ce que je veux, laisser le bordel si je veux et ne jamais regarder ma montre.
A vrai dire, la seule résolution que j’ai conservée, c’est ne pas ou peu regarder ma montre. J’en ai toujours une au poignet, mais je m’angoisse tellement du temps qui passe que je ne regarde l’heure que par obligation.
Pour le reste, je me suis un peu fait gruger. D’abord, parce que vivre dans le bordel, ça va bien 5 minutes pour montrer ton opposition et ta révolte, mais quand t’as plus maman derrière pour tout rattraper … ben c’est le bordel qui te rattrape.
Ensuite et surtout, parce que quand j’ai eu mon premier enfant … ben il a bien fallu que je m’organise. Quand je m’écoute parler … je m’aperçois que quand je rentre chez moi, je demande à mes enfants s’ils ont fait leurs devoirs, qu’ils se lavent les mains, qu’ils passent à table (ben oui, c’est L’HEURE), qu’ils aillent se brosser les dents, la douche c’est fait ? qu’ils aillent se coucher (ben oui, c’est L’HEURE).
Et je me dis que la vie, elle est étrangement faite quand même. Parce que quand t’es gosse, tu dois te plier au rythme que t’imposent tes parents … quand t’es parent, tu dois instaurer un rythme pour tes enfants, que tu vis aussi. Donc en fait, quand t’es gosse, tu es en crise après tes parents parce qu’ils t’imposent ce putain de manger à l’heure qui te gaaaaaaaaaaaaaave alors qu’en fait … ben ils se le sont imposés à eux même pour ton bien être.
C’est pas le bordel ça ? Sérieux ?
Et quand t’es parent, en tout cas un parent comme moi, que tu t’imposes ce rythme que tu as toujours détesté parce qu’il ne laisse que trop peu de place à l’imprévu … et que t’as besoin de folie, de paillettes, de bordel … ben tu deviens un peu barge comme moi. Excentrique le reste du temps pour compenser. C’est ça ou devenir complètement barge.
Et je me demandais alors … mais en fait, quand est-ce qu’on ne fait QUE ce qu’on veut ?
Je me suis dit alors que peut être que je le ferai quand mes enfants auront bien grandi et quitté le nid familial. Je me suis dit que je pourrais ENFIN fumer chez moi, ENFIN prendre ma douche à 3 heures du matin en chantant si j’ai envie, ENFIN pouvoir rester au lit toute la journée, ENFIN manger un truc qui traine au fond du frigo, ENFIN VIVRE COMME JE VEUX.
Sauf que.
J’ai repensé à mes parents. Qui ont du eux aussi subir le rythme imposé par leurs parents. Qui ont du eux aussi se jurer de vivre autrement. Qui ont eux aussi imposé à leurs enfants un rythme de vie … et qui se retrouvent aujourd’hui en tête à tête, sans personne à charge.
Et là tu te dis que ça y’est, ils ont retrouvé ENFIN cette liberté tant recherchée.
Ben que dalle.
Regarde les vieux, regarde-les bien.
Manger à l’heure, cachetons à l’heure, dormir à l’heure, se lever à l’heure, l’émission à l’heure, la vaisselle faite …
Plus jamais je ne prends ce chemin pour aller bosser moi ! C’est mauvais pour mon moral.
Une règle de grammaire
Nous sommes une règle de grammaire. Composée d’exceptions. Pas que nous sommes nous même des exceptions hein ! quoique … des fois y’a de quoi s’interroger. Mais à toutes nos règles, il y a des exceptions. Nous ne sommes qu’exceptions à la règle, voilà ce que nous sommes tous les quatre.
On a prévu de sortir le bateau pour son grand nettoyage aux vacances de printemps.
Comme je suis quelqu’un de très angoissé, je suis organisée. Comme je suis quelqu’un de très organisé, j’ai demandé à Boudeuse de commencer à chercher un endroit où se faire héberger pour un peu moins d’une semaine.
Non parce que je t’explique. Le bateau à terre, même pas en rêve tu y vis. Enfin si, y’en a qui le font. Rahan le fait. Mais moi maintenant, c’est niet. Et pour une première raison qui me semble à moi super valable.
Je refuse de faire ce que tu sais dans un seau.
Pas que je sois chochotte hein ! enfin si, en vrai je le suis. Mais c’est pas parce que je suis chochotte que je ne veux pas.
Mais j’ai passé l’âge d’avoir un pot de chambre qui pue, entre autre la javel.
J’ai passé l’âge de me maintenir en équilibre au-dessus d’un pot de chambre.
J’ai passé l’âge de descendre une échelle de 4 mètres, en équilibre, avec mon pot de chambre à bout de bras.
Déjà TOUT LE MONDE sait ce que tu y trimballes … et j’ai passé l’âge de répondre aux railleries.
Ensuite … imagine … rien qu’une seconde … que le couvercle du pot de chambre se casse la gueule juste quand tu commences ta descente … ou pire … imagine que le pot de chambre t’échappe des mains !!! LE CON ! Et comme il n’y a pas de lieu pour faire ce que tu fais au chantier … ce qui est en soi inacceptable, quand on sait le prix qu’on paye … tu dois te traverser tout le port avec ton pot de chambre à la con, passer à la capitainerie pour demander la clé des toilettes CONTRE RETRIBUTION et là seulement tu peux vider ton ce que tu sais.
Merci, très peu pour moi.
Et non, je ne veux pas de truc pour ce que tu sais chimique. J’ai déjà testé. Ca pue. Et c’est pas écologique. Et même si je cédais sur ce point …
Y’a un autre truc qui fait que je refuse ca-té-go-ri-que-ment de dormir à bord quand on est au chantier. C’est que tous les jours de 17h à 9h et tout le week-end, il y a trois monstrueux bergers allemands qui gardent le chantier. Qui eux, ne se baladent pas avec leur pot de chambre, ils s’en cognent, ils caguent partout. Qui aboient dès qu’un moustique lâche un pet à dix mètres d’eux. Qui ont de grandes dents et de grosses pates. Que rien que quand je m’approche de la grille, je me liquéfie en les voyant bondir vers moi. Que quand tu descends de ton échelle, ils t’attendent en bas !
Ca va pas la tête ?
Alors tout le monde aime à me dire qu’il n’y a rien à craindre, qu’ils sont gentils comme tout, mon cul, qu’ils n’ont jamais fait de mal à une mouche, sauf que moi je ne suis pas une mouche. Et je n’ai pas envie d’être leur exception tu vois ?
Donc, j’ai demandé à Boudeuse de voir si elle pouvait se faire héberger. Si moi je suis une angoissée qui s’organise pour calmer ses angoisses, je pense que Boudeuse est naturellement shootée, depuis sa naissance. Y’a un truc qui s’appelle l’adrénaline qui a déserté son corps. Si nous sommes une famille de personnes nerveuses, chacune à sa manière, Boudeuse est l’exception. Et aussi, Boudeuse interprète pas mal. Boudeuse a donc confondu les vacances du printemps avec celles de février. Et la semaine dernière, Boudeuse a donc préparé son sac pour s’installer quatre jours chez son copain. Parce que Boudeuse, elle ne m’écoute pas. Elle entend un léger bourdonnement quand je parle, mais elle n’écoute pas.
Le vendredi soir donc, après une ultime engueulade à cause de l’après bac …
Ah oui, parce que je ne t’ai pas dit ? figure toi que Boudeuse et scooter bout de ponton, ils ont décidé de vivre ensemble après le bac. Oui oui parce que scooter bout de ponton, il m’a dit super heureux l’autre jour :
- C’est merveilleux avec Boudeuse, on s’entend vraiment bien, on ne se dispute JA-MAIS !
- En même temps, ça ne fait que trois mois que vous êtes ensemble hein …
Quoi je suis une briseuse de bonne volonté ?
Donc, comme ils sont raides l’un de l’autre, ils ne veulent plus se quitter. Ca se voit déjà quand tu les croises. C’est un couple siamois. Mais pas les chats hein ! non, ceux qui partagent une même rate, un même poumon … Enfin bref. Ce fameux vendredi soir, grande discussion entre Boudeuse et moi.
- Un studio ? rien que ça ?
- Ah ben oui, les trucs pour étudiants, c’est nul et crade et on veut être indépendants.
- Hin hin. Et tu sais que ça coûte un bras ces trucs là ?
- NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON ! à Aix, les loyers ne sont pas chers !!!
- Oui ben retournez faire vos recherches, vous avez du vous tromper de Aix.
- Mais de toute façon, même les profs disent qu’il faut faire une colocation.
- Oui, une colocation. Ca veut dire plusieurs, pour se partager le loyer. C’est ça une colocation. Non non non, pas question, quand tu fais ta demande post bac, tu demandes une chambre d’étudiant.
- J’ai déjà fait mes vœux
- Ah oui ? et bien donne moi ton mot de passe pour que je puisse y accéder et voir ce qu’il y a de disponible.
- Ah non, ce sont mes études, tu n’as pas à avoir mon mot de passe.
- Boudeuse, ce sont peut être TES études, mais c’est MON portefeuille qui va te les payer ! Donc je suis en droit de savoir où tu as demandé à aller.
- Ben je te le dis si tu veux.
- Non, je veux le voir
- Mais t’as pas besoin de le voir ! je te le dis c’est bon
- BOUDEUSE FILE MOI CE PUTAIN DE MOT DE PASSE !
Merde alors !!! mais attends ! c’est pas fini ! la conversation revient au studio.
- Mais je ne veux pas aller en cité U, je veux un studio
- Boudeuse, je ne connais qu’un couple qui peut payer un studio à sa fille pour ses études, c’est mon boss et sa femme. Et je n’ai ni leur salaire, ni leur niveau de vie.
- Mais puisque je te dis qu’on va faire de la colocation
- Ah bon ? vous êtes 4 ?
- Non, on est deux.
- Aaaaaaaaaaaaaah ! suis-je bête. Et … qui va payer le studio ?
- Ben toi !
Alors pour la gouverne de Rahan, je dois dire que même lui d’ordinaire stoïque et silencieux a failli s’étouffer. Il a tenté d’expliquer à Boudeuse qu’un appartement, ça avait un coût, qu’il fallait le meubler, qu’il fallait verser une caution, qu’il y avait les impôts locaux, qu’il y avait les ordures ménagères, l’eau, l’électricité, Internet, le …
- Oh mais c’est pas grave, on va travailler cet été !
Ben putain, y’a du boulot ! Bienvenue dans le monde réel lui a répondu Rahan. Et d’ailleurs, faudra que je t’en cause un jour du job d’été vu par Boudeuse … Et Boudeuse de rester assise à … bouder, parce que sa mauvaise mère refuse de lui payer son studio pour qu’elle puisse vivre en couple à nos frais avec son scooter bout de ponton. Parce que sa mauvaise mère lui a dit que le jour où elle voudra vivre sa vie avec son mec, c’est qu’elle pourra subvenir à ses besoins. Que l’indépendance a un coût et que ce qu’elle envisageait de faire là, c’était tout sauf vivre indépendante.
Et moi de continuer à débarrasser, laver la vaisselle, passer un coup de balai, nettoyer la table … jusqu’à ce que ça m’agace …
- Dis-moi Boudeuse ? ça ne te complexe pas là de me voir m’agiter partout et de nettoyer, pendant que toi tu restes assises à me regarder ?
Dans mon langage, ça veut dire PARTICIPE BORDEL ! Et tu sais ce qu’elle m’a répondu ?
- Mais j’ai soulevé mon verre pour que tu puisses passer l’éponge !
NON MAIS OH !!! NON MAIS TU Y CROIS TOI ??????????? C’est pour ça que je me demande souvent si j’ai vraiment bien fait de pratiquer l’éducation non violente. Non parce qu’elle était vraiment sérieuse hein ! c’était même pas de la provocation ! Et ça veut vivre dans un studio en couple ???? AH ! je me marre !
C’est à ce moment là qu’on a entendu un grand bruit et ça a certainement contribué à sauver la vie de ma fille parce que j’étais prise d’une pulsion adoticide là tu vois ? Ca venait de la cabine de Timousse.
Et on voit un truc sortir … on voit la housse de sa couette se déplacer, titubant comme une âme saoule …
- Mais qu’est ce que tu fabriques Timousse ???
- Ze fais mon lit !
- Comment ça tu fais ton lit ? qu’est ce que tu fais dans ta couette ?
- Ben ze mets ma couette dans ma housse !
- Et tu marches … dans ta couette pour ça ?
Et en même temps, Rahan et moi tentons de le sortir de là parce qu’il s’est tout emberlificoté …
- Mais non, en fait normalement, ze le fais sur mon lit, ze rentre dans la housse … (Un visage rouge et ébouriffé est enfin extirpé de la couette) et ze tire ma couette derrière moi. Sauf que ze suis tombé du lit !
- Mais d’où te vient cette idée de faire ton lit … comme … ça ?
Et là, je regarde Rahan. Qui fait l’air de rien, récupère la housse de Timousse, attrape sa couette et s’engouffre à son tour dans la housse …
Putain la famille que je me cogne hein !
Donc, Boudeuse est partie en boudant et devait rentrer vendredi dernier. Vendredi, elle nous a appelés pour nous dire qu’elle ne rentrait que dimanche soir. Samedi, elle est venue nous voir avec son siamois, pour passer un après-midi DVD avec nous et dévorer mon cake aux noix et au miel. On s’est vus deux heures en 8 jours. Ben elle a réussi à nous faire exploser.
En démontant la Xuu parce qu’elle voulait prendre la carte mémoire ! Sans demander, genre je suis seule au monde et j’emmerde les autres. Et quand on s’est tous écriés que non, elle ne retirait pas la carte mémoire, on en avait besoin et quand elle a répondu que c’était à elle ….
J’ai un peu craqué. Ma fille me renvoie à mon cerveau reptilien, tout devient une affaire d’argent.
- C’est à toi ? tout ce matos là est à toi ? tu te l’es payé ? avec l’argent que tu gagnes en travaillant ? ou alors c’est Rahan et moi qui l’avons acheté pour que tout le monde en profite ? Et demander avant, juste pour le principe ? ça t’aurait écorchée ?
- Mais je vous l’ai dit en arrivant que j’allais prendre la carte mémoire ! (moi je n’ai rien entendu)
- J’AI DIS DEMANDER ! DEMANDER L’AUTORISATION OU SI CA NE DERANGE PERSONNE !
Et Boudeuse est repartie chez scooter bout de ponton siamois, en boudant. Et elle n’est pas rentrée hier soir, elle a reporté son retour à ce soir.
Et tu sais quoi ? ben j’appréhende ce soir. Presque. Et dire que je viens de refuser une séance gratos de relaxation ce soir …
Mère indigne, toujours
Tu sais quoi ?
Si une assistante sociale causait avec mes enfants, je finirais aux services sociaux.
Et on me retirerait la garde de mon fils. Vu que Boudeuse est majeure. Si si, je te jure qu’elle l’est.
Ok, ça ne se voit pas au quotidien, elle est toujours en pleine crise d’ado et ça a été légèrement tendu entre elle et moi pendant quelques jours. A vrai dire, je me suis même demandé si j’avais raison de prôner la non-violence dans mon éducation. Parfois, une bonne baffe quand même, ça doit AU MOINS soulager le parent.
En ce moment, ça va beaucoup mieux. Il faut dire qu’elle passe une semaine chez scooter bout de ponton.
Durant son absence, Timousse a demandé à ce qu’on ferme la porte de sa chambre. A Boudeuse. Il a dit qu’il avait la sensation que comme ça, elle était là. Sur le moment, j’ai été très émue. Mon petiiiiiiiiiiiiiiit garçoooooooooooooon ! sa grande sœur lui manque !!!
- Elle te manque Boudeuse ?
- Mouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
- Ben ! elle te manque ou pas ? ce n’est pas pour ça que tu veux qu’on ferme sa porte ?
- En fait, c’est surtout parce que ça me fait peur.
Il faut dire que le bordel qui y règne a vraiment de quoi effrayer. Mais en fait, ce qui fait peur à Timousse,
- En fait, c’est à cause du noir, c’est tout noir et z’ai peur.
- Mais je croyais que c’était terminé ta peur du noir ?
- Ben non ! En fait, c’est ta faute ! tu m’as reparlé de la dame électrique !
- Mais je croyais que tu n’avais plus peur de la dame électrique !
- En fait, ze l’avais oubliée mais tu me l’as rappelée.
En fait. Je suis un monstre qui raconte des histoires épouvantables à son fils pour qu’il fasse des cauchemars et refuse d’aller se brosser les dents si tout n’est pas illuminé sur son passage.
Si tu l’écoutes, c’est ça. En fait, c’est parce que mon fils a vu avec son copain un film tout à fait inoffensif, une série Z qui passait à la télé, chaine des enfants. Et ça causait fantômes. Et il y avait une femme fantôme qui passait à travers les appareils électriques. D’où « la dame électrique ». En fait, Timousse a une peur maladive des fantômes. Et comme ça faisait deux semaines que Timousse retournait se brosser les dents même en traversant le looooooooooong couloir sombre de deux mètres cinquante sept, j’ai demandé bêtement si ça allait mieux, s’il n’avait plus peur de la dame électrique.
Mais si tu interroges Timousse, il va te dire que c’est moi qui aie relancé sa peur, sadiquement. Parfois, quand mes enfants se racontent, je me dis que si on était dans ces films où une vie normale peut se transformer en cauchemar juste à cause d’un seul mot … ben je serais dans une sacrée merde. Comme quoi, la vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants. Du moins est-elle pas mal transformée.
Comme quand Timousse dit que nous ne sommes pas très attentifs …
Non parce que si tu écoutes ma fille, en fait ma fille … merde ! Timousse commence à me contaminer avec ses « en fait » … en fait ma fille … ben c’est une enfant battue.
Au début, je me disais que comme je ne lui en ai pratiquement jamais collé, de fessées, le peu qu’elle a reçu ont laissé un souvenir cuisant. Mais si tu l’écoutes bien, c’est une enfant battue.
Si si.
Elle ne te parle QUE des « baffes » qu’elle a reçus. Ok, un jour, j’ai vraiment perdu mon sang-froid. Elle avait 10 ans, elle avait disparu avec son petit cousin de 3 ans. En pleine campagne, comme ça, sans prévenir. On a hurlé leurs noms pendant plus d’une heure. J’ai cru mourir ce jour là. Alors quand on les a retrouvés … ben voilà quoi. J’ai perdu mon sang-froid.
Et Boudeuse, elle te raconte ça que la pauvre, elle se promenait simplement avec son petit cousin et qu’elle lui montrait les fleurs, les oiseaux, les arbres et que quand elle est revenue, une furie a voulu la pulvériser sur place.
Sinon, Boudeuse aime aussi à raconter à son petit frère comment, alors qu’elle avait son âge, je lui avais collé la tête dans la purée. Dans ces moments là, Timousse me dévisage sévèrement et il a tellement l’air de vivre la scène que je planque mon portable pour qu’il ne lui vienne pas à l’esprit de contacter le service des enfants maltraités. Et que la pauvre, c’était juste qu’elle n’avait pas faim et que moi je l’obligeais à manger sa purée et que quand j’ai collé sa tête dans la purée, elle pleurait parce qu’elle n’en avait dans le nez et qu’elle ne pouvait plus respirer. Et que moi, je lui répondais BIEN FAIT ! nouveau regard sévère de Timousse.
Sauf que. Ca ne c’est pas du tout passé comme ça !!!! En fait, Timousse sors de ce clavier ! en fait donc, Boudeuse mâchait, oui je dis bien MÂCHAIT la purée !!!! une purée maison toccu de bonne que je m’étais bien fait chier à préparer. ET ELLE LA MÂCHAIT ! Elle m’avait fait un caprice pour avoir une purée maison et quand je la lui ai servie, cette putain de purée, elle ne voulait tellement pas la manger qu’elle la mâchait cette putain de purée ! Et je ne lui ai jamais dit que c’était bien fait quand elle m’a dit qu’elle en avait dans le nez et qu’elle ne pouvait plus respirer ! je lui ai juste dit qu’elle n’avait qu’à respirer par la bouche !!!!
Alors oui, y’a des moments où j’ai effectivement perdu les pédales, mais ils m’ont bien cherchée !
Et quand je demande à Boudeuse de parler un peu d’autre chose que des sévices subis dans son enfance par cette indigne mère que je suis, elle raconte la fois où de colère, Rahan a déchiré ses cartes Pokétruc.
Il faut dire que parfois, Rahan est impulsif.
L’autre soir, Timousse m’interrogeait sur mes difficultés à aller me coucher. Vu qu’il se réveille parfois la nuit, il me voit encore réveillée et pas pressée d’aller dormir.
- Mais tu sais maman, si tu te couches si tard, c’est parce que tu as certainement des choses à cacher !
Faudrait quand même pas que Timousse s’amuse à aller raconter que je me couche tard parce que j’ai des choses à cacher hein ! Genre trafic de je ne sais quoi …
- Mais non, je t’assure, je n’ai rien à cacher ! je ne fais rien de particulier tu sais, je lis, je bricole …
- Non, ce que ze veux dire c’est que si tu te couches si tard, c’est parce que tu as des gros soucis dans ta tête et que tu y penses quand tu es seule la nuit.
Enfin bref. Ce matin, nous sommes arrivés au centre aéré Timousse et moi. Il y a un truc qu’on aime bien faire, surtout Timousse, c’est demander à la directrice du centre de vérifier sur sa montre que nous sommes mieux qu’à l’heure, c'est-à-dire avant 9h. Qu’on nous félicite, tout ça.
Et c’est là que j’apprends, horrifiée, que demain matin, nous devrons nous présenter AVANT 8 H pour que Timousse puisse partir passer la journée à la neige.
Putain !!! avant 8 H !!!!!
Ils veulent ma mort ???
Et Timousse de leur expliquer que le matin, il met deux alarmes pour lui, pour se réveiller. Qu’il se lève à 7h, prend son petit déjeuner. Et que jusqu’à 7h et demi, il me réveille. Maman-il-est-l’heure maman-il-faut-te-réveiller. Et qu’il m’apporte mon petit déjeuner au lit, sur un plateau et qu’il va faire sa toilette et qu’il va vérifier juste après que je ne me suis pas rendormie parce-qu’après-son-café-est-froid-et-maman-n’aime-pas-que-son-café-soit-froid. Et que tant que je n’ai pas bu mon café, il ne fait pas de bruit parce que je mets beaucoup de temps à me réveiller et que je ne parle pas.
PUTAIN LA HONTE !!!!
Alors. Tu causes avec ma fille de ses souvenirs d’enfance, elle te raconte que je lui ai collé la tête dans la purée … tu cause avec mon fils, il te raconte que je vis la nuit, pour faire des trucs en cachette et que du coup, le matin je ne me lève pas et que donc c’est lui qui doit tout gérer…
NON MAIS POUR QUOI JE PASSE MOI ????
Alors ce matin, quand la directrice du centre nous a annoncé que demain matin, on devait être là avant 8h, elle s’est tournée vers Timousse
- On compte sur toi Timousse ok ? tu dois réveiller ta mère pour être certain d’être à l’heure d’accord ?
NON MAIS PUTAIN LA HONTE HEIN !
Soit je change de centre aéré.
Soit je change de nom.
Soit je change de gosses.



