16 mai 2008
Décalage horaire
Deux heures du matin, le sommeil est fâché avec moi, il m’a abandonnée sous les draps froissés et le tic tac du temps me rappelle cruellement qu’il défile sans moi.
Je me sens toute à l’envers. Toute à l’envers à l’intérieur. Plus rien n’est à sa place, tout se bouscule. Chacune de mes émotions veut passer au premier plan.
Elles ont six ans, elles se battent pour être les premières dans la cour de récréation, lorsque la cloche annonce qu’il faut se mettre en rang avant de retourner en classe.
Mais j’ai perdu l’instit le maître. Plus personne ne tient ces petits monstres qui n’en font qu’à leur tête.
Je m’éparpille et cherche à maîtriser alors que tout m’échappe.
Trois heures. J’ai l’impression de me tenir devant un miroir et que mon reflet vit ma vie à ma place. Miroir tricheur, miroir trompeur. A la fois moi et l’inverse de moi.
Menteuse.
Je dis oui quand ma tête hurle non. Je souris quand ça saigne dedans. Je dis que tout va bien alors que je perds pieds. Je voudrais parler et je m’isole.
Je suis à l’opposé de moi. La lumière me manque mais je reste dans l’obscurité.
Quatre heures. Nous sommes au bout du monde. Il s’est très vite fait au décalage horaire, mais moi je continue à vivre à l’envers. Je le regarde dormir et j’envie sa plénitude. Il pose une main sur moi, je veux le repousser mais je ne le fais pas. Il se tourne vers moi, je l’ai réveillé. Je voudrai qu’il se rendorme mais il me prend dans ses bras, je voudrai ressentir son désir, je n’éprouve rien. Il a envie de moi. Je déteste cette expression dans sa bouche, j’ai la sensation d’être mangée. Mangée sans faim, parce qu’il le faut. Je devrais lui dire non et attendre qu’il se rendorme. Mais je le laisse faire. A l’intérieur, je me recroqueville.
Cinq heures. Je voudrai lui dire que je ne veux plus, je ne peux plus, mais je choisis le silence. Lui dire que j’ai mal, mais j’occulte la douleur. Je me suis perdue dans ce voyage, je suis restée là-bas. Au bout de l’autre monde.
Six heures. Je ne dormirais plus. Je ne sais plus qui je suis. Mais je ne suis pas celle qui vit à ma place. Celle qui vole ma vie et me l’émiette. Je n’ai pas la force. Je voudrai me lever mais je reste à deviner le jour qui se lève à travers les persiennes. Dans une heure nous serons debout. Je voudrais du café et boirais du thé. Il me demandera si j’ai bien dormi et je répondrais oui. Je choisirais un jogging, il m’imposera la robe. Et je passerais la journée à combattre le sommeil qui me gagnera peu à peu. Pour le chercher en vain la nuit prochaine. Et les jours s’ajouteront aux jours, comme une lente agonie.
Je continuerais à vivre avec lui et contre moi.
Je m’efface peu à peu, comme un souvenir qui s’estompe. Je ne suis plus moi, je deviens elle. Une enveloppe. Une image. Elle me grignote. Vivante dehors et morte dedans.
Sept ans. L’enveloppe s’est brisée et la lumière explose. J’ai cassé mon miroir, mes sept ans de malheur. Ecarté la vivante et mis sous terre la morte. Et me voici moi. Je me découvre. Sans lui. Je vis.
Participation presque in extrémis à l'atelier des impromptus litéraires :http://http://www.impromptus.fr/dotclear/index.php?2000/01/01/1970-le-theme-de-la-semaine
14 mai 2008
Moi, petite Déesse
Lors d’une conversation sur les Dieux et Déesse divers et variés, une copine (qui ne connaît pas du tout l’existence de mon blog) nous a un peu parlé de Kâlî.
Le choix de mon pseudo n’a bien entendu rien à voir avec cette déesse, puisque l’orthographe est différente. C’est une coïncidence. Mais pour ceux qui ne savent pas, chez nous, « uccia » veut dire « petite » affectueusement (ma petite maman chérie même si elle mesure 1 mètre 90 … quoi que chez nous peu de femmes mesurent 1 mètre 90 …. Quoi on est des nains ?), ceci reviendrait à dire que je suis une petite Kali. Affectueusement parlant le petite. Bon ok je suis aussi petite par la taille, mais cessez ces diversions et restons sur l’affectif.
La conversation battait son plein, et l’une de nous demande ce que veut dire exactement Kâlî. Ceux à quoi ma copine répond sommairement « celle qu’on apaise avec le sang. Kâlî est la force agressive et destructrice qui réside en chacun de nous ».
J’ai retenu un cri.
Cette sommaire description me rassure, je ne suis pas Kâlï, c’est confirmé. Je suis une petite Kali (affectueusement parlant le petite)
- Celle qu’on apaise avec le sang. Ce n’est pas parce que je me suis amusée à écrire des textes un peu gores ces dernières semaines qui ont soulevés quelques protestations que je suis atteinte au point de n’être apaisée qu’avec le sang. Et puis d’abord il n’y a pas de sang dans mes textes. Bon ok, juste un peu mais pas du sang auquel vous pensez. Et puis d’abord, la vue du sang me terrorise. Alors si vous pensez que tomber dans les pommes (surtout si Bruce est dans le coin pour me prodiguer les premiers soins genre bouche à bouche tout ça …) donc, si vous pensez que tomber dans les pommes à la vue du sang revient à être apaisé, c’est que c’est plutôt vous qui avez un sérieux problème. Et peut être même êtes vous l’un de ces serial killers que j’aime tant à mettre en scène.
Ca, c’est fait.
- Kâlî est la force agressive et destructrice qui réside en chacun de nous. Je ne suis pas agressive. Le premier qui rigole, il s’en prend une. Je suis la douceur incarnée. Je suis une personne gentille, foncièrement gentille. J’ai le cœur sur la main, je ne perds jamais mon sang froid, je règle tous mes problèmes par ma douceur légendaire, je ne m’engueule jamais avec personne et ne dis jamais de gros mots bon ok arrêtez de vous marrer ok je suis peut être un peu agressive oui ok ça peut m’arriver oui ok je suis agressive cette phrase manque tellement de ponctuation que vous ne la lirez jamais jusqu’au bout de toute façon.
Mais bon destructrice, faut pas que déconner merde. Quoi que. Dans la boite où je bosse, y’en a bien quelques un qui m’associeraient volontiers ces deux termes. Quoi pas que dans la boite où je bosse ?
Trouvant la traduction quelque peu faible (non je n’ai pas inversé, je n’ai pas dit fiable, j’ai dit faible), je suis allée sur le site Wikébiiiiiiip (faut pas faire de pub qu’ils ont dit) et j’ai lu ceci :
« Déesse mère destructrice et créatrice ». Expliquez moi comment on peut détruire avant de construire. A moins de passer le film à l’envers moi je ne vois pas. Ou alors, c’est comme avec les sacs poubelles de Tonga Soa, on fabrique des pulls avec (cherchez pas, sa mémoire est souvent défaillante mais elle devrait s’en souvenir de ce coup là) et là ça s’appelle du recyclage. Ben oui parce que Tonga Soa, elle a lu sur son sac poubelle noir que ça se recyclait pour faire des pulls « Oh ? on fait des pulls avec des sacs poubelles ? » Oui Tonga Soa, bien sur, surtout lorsqu’ils ont été utilisés. Non non, elle est rousse Tonga Soa. Que j’espère que jamais elle ne m’offrira des pulls. Mais bon le recyclage, à l’époque de Kâlî, ça ne devait pas encore exister. Que je crois que je vais me faire décapiter là.
« Kâlî est considérée comme la force qui détruit les esprits mauvais et qui protège les dévots. »
AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH ! enfin quelque chose d’intelligent. Là, je veux bien. Je suis une petite (sur le plan affectif j’insiste) Kâlî. Une héroïne quoi. Alors vous pauvres petits lecteurs humains faibles et couards, dévotissez moi. Allez hop, vous serez mes fidèles. Vous me prierez chaque jour que la petite (sur le plan affectif) Kâlî fait afin qu’elle vous protège contre les méchants trolls.
« Celui qui la vénère est libéré de la peur de la destruction ». Pas moi qui le dit hein, c’est wikébiiiiiip ! Donc allez hop, vénération. Et je vous épargne le don du sang pour m’apaiser, il existe toute une liste de petites choses sympathiques (qui coûtent une fortune et qui sont peut être de la merde mais je m’en tape si c’est pas moi qui paye) qu’il me plairait de vous laisser m’offrir rien que pour que je vous protège.
« Elle est représentée nue, avec la peau noire, le regard féroce et la langue tirée, portant un long collier, descendant parfois à ses genoux, composé de crânes humains, dansant sur le corps de Shiva Soumis, allongé sur le dos. »
Eh oh … sans déconner … putain de fantasme non ?
Dansant sur le corps de Shiva soumis, allongé sur le dos. Et Shiva, cherchez pas, c’est son mec. Dooooooonc je n’ai certes pas (encore) de collier de crânes humains mais bon ce n’est pas grave, ce n’est pas trop mon truc, par contre il m’arrive d’avoir des colliers descendant à mes genoux. Et je m’imagine très très bien mon Rahan soumis allongé sur le dos et je lui danse dessus. La langue tirée, ça ne fait pas très sexy … quoi que … mais le regard féroce ça j’adore. Gniark !
J’aurais bien utilisé le corps de Bruce soumis pour danser dessus aussi, mais ils disent que c’est son mari. Faudrait que je cherche si elle a un amant.
Tout ça pour vous dire qu’ils ne disent pas que des conneries chez wikébiiiiiip, preuve en est, que je veux bien être une descendante même très très éloignée de cette déesse qui m’est de plus en plus sympathique.
Me reste plus qu’à trouver le collier un peu de teinture, et proposer ce délicieux plan à Rahan.
Et voilà. Et dire que tout ça est parti d’une conversation très très très intello avec des copines. Comme quoi on ne se refait pas, je n’évolue bien que dans mes délires insipides et égocentriques.
Mais bon. On est déesse ou on l’est pas.
Faudrait peut être que j’arrête le rhum moi …
13 mai 2008
Coup de gueule incompréhensible mais je me comprends.
Ca fait un moment que je tourne et retourne le problème sous tous ses angles, mais voilà je ne sais toujours pas comment l’aborder.
Tant pis, je me lance. Ce sera décousu mais au moins ça restera moi.
Il y a une nouvelle mode aujourd’hui, enfin ça doit durer cette mode mais moi je ne la ressent que maintenant, c’est de montrer du doigt les parents.
Il fut un temps, il y a eu cette mode où les parents étaient systématiquement culpabilisés lorsque leurs enfants avaient des problèmes. J’ai même entendu dire une fois que les enfants qui naissaient autistes étaient des enfants non désirés pendant la grossesse, que la mère les avait rejetés pendant neuf mois et que donc le gamin s’était fermé au monde extérieur. C’est bien. Les parents n’ont pas assez à porter la différence de leur môme et à la vivre au quotidien, il faut en plus qu’on aille leur dire qu’ils sont responsables. C’est tellement plus facile, quand on ne comprend pas.
Et puis on a dit stop. Stop à la culpabilisation systématique des parents, on a décidé de leur tendre la main quand ils se cassaient la gueule dans la piscine plutôt que leur enfoncer la tête sous l’eau.
Mais aujourd’hui, il y a cette nouvelle mode. Comme on a commencé à dire d’un gamin un peu vivant qu’il était hyperactif, mais putain est ce que vous avez déjà vu un hyperactif, un vrai dans votre vie pour vous autoriser à sortir des conneries pareilles hein ? je vous le demande ? comme on a commencé à dire ça donc, on a commencé à montrer du doigt tous les parents un peu trop « cool » et à les taxer de démissionnaires.
Vous voyez, j’ai changé un peu la présentation de mon blog (merci Tonga Soa) pour pouvoir réafficher ma citation favorite : « avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants »
Et ma note d’aujourd’hui, elle va super bien avec ce changement, je trouve.
Il y a effectivement de plus en plus de parents perdus, dépassés, submergés par leurs gamins. Et qu’est ce qu’on fait ? on les montre du doigt. Eh oui, on recommence. Bon ok. Y’en a, c’est vraiment grave, ceux qu’on nous montre chez super nanny ou chez le grand frère. Ok. Là, ça frise la pathologie le môme qui dort dans le lit avec la mère et vire le père la nuit, le môme qui impose ce qu’il va manger à 5 ans, qui connaît à 15 ans le code de carte bleue de ses parents, qui insulte ses parents, qui les frappe même …
Mais moi je dis qu’il ne faut pas tout mélanger non plus. On peut être dépassé par son gamin sans être obligatoirement démissionnaire. On cherche. Vous savez ce que ça veut dire vous chercher ? vous croyez qu’il y a un mode d’emploi à la naissance de chaque môme ? Mais non, c’est mieux de montrer ces personnes du doigt, de les juger, de dire en se gaussant « ah bon ? ces parents ne savent pas qu’avoir des enfants, c’est aussi les éduquer ? »
Ben si connasse, ils le savent ces parents, seulement ils ont une histoire ces parents peut être, ils ont un environnement qui fait que ….
J’ai eu deux enfants. Je me suis pris tellement de tarte dans la gueule moi, justifiées ou non, qu’à la naissance de ma fille, je me suis jurée de ne jamais lever la main sur mon petit bout d’amour tout fragile que je tenais dans les bras. Boudeuse était une enfant facile, ce fut une chance pour moi. J’ai quelque fois dérogé à ma règle et ai réalisé que ces quelques fois, l’exaspération guidait mon geste plus souvent que la nécessité. Et je m’en suis terriblement voulu. D’ailleurs, elle même n’a pas oublié. Tellement on peut les compter ces fois là.
Mais c’était facile avec Boudeuse, c’était très facile. Même son adolescence ne me perturbe pas plus que ça, c’est une enfant facile et puis voilà. J’ai laissé couler pas mal de choses avec ma fille, et tout c’est bien passé. Ca n’a pas du tout été le cas avec Timousse.
Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai eu honte dans la rue, à trainer un petit truc minuscule qui salissait encore sa couche, rouge de colère et hurlant comme si je l’égorgeais juste parce que je lui interdisais de courir sur la route. Parfois je rentrais chez moi tellement à bout que je le jetais presque dans les bras de son père ce bidule gigotant et je m’effondrais en larmes. Larmes de honte, de colère, d’impuissance. Et Rahan le pauvre, il se retrouvait avec un moins d’un mètre gesticulant dans les bras et sa femme en crise pleurnichant sur son épaule.
Je sais qu’il y en a qui s’en tape des caprices de leurs mômes, moi j’en suis incapable. Je le vis comme une injustice, une humiliation, je sens le regard désapprobateur des autres peser sur moi. Quoi que je fasse, je croise un regard plein de jugement. Que je lui colle une calotte sur les fesses de nerfs, que je le traine derrière moi sans rien dire, que je hurle plus fort que lui … quoi que je fasse, il y a toujours un connard (ça marche tout aussi bien au féminin) qui fait une remarque. Il faut s’en foutre ? ben je n’y arrive pas et puis c’est tout. Faites pas chier, je suis en crise là.
La mode aujourd’hui, c’est de nous balancer dans la tronche qu’on sait pas s’y prendre avec nos monstres, qu’on ne sait pas leur poser des limites, qu’on ne sait pas punir par peur de désamour.
Putain si c’était aussi simple que ça, on convoquerait les parents à la naissance et on leur donnerait le truc et basta.
Faudrait peut être cesser une bonne fois pour toute de faire un amalgame entre les parents vraiment à côté de la plaque et les parents juste dépassés. Quoi je l’ai déjà dit ?
Y’a une histoire avant, pendant un enfant. Il y a souvent une histoire douloureuse d’ailleurs chez les parents dits laxistes. Alors oui, j’avoue. Timousse, j’ai fui le conflit très vite avec lui. Parce que j’ai eu peur. Peur de reproduire peut être. Il y avait un avant qui me pèse encore dont je porterais les marques à vie. Il y avait un pendant douloureux qui me forçait à me concentrer sur ma fille pour la maintenir en vie. Il y a eu un pendant durant lequel je regardais son père crever dans un hôpital de merde et jamais de ma vie je ne me suis sentie aussi seule qu’à ces moments là. Et il y avait des connasses dans la rue qui ricanaient de mon incapacité à tenir correctement ma progéniture.
Alors oui, j’étais une conne de maman incapable de donner des limites à son gosse parce qu’il m’était plus facile de céder au moindre caprice plutôt que l’affronter en duel vu que je n’avais plus la moindre énergie pour ça.
Et oui, par la suite, Rahan et moi avons été perdus devant ce petit garçon aux yeux et au sourire ensorcelant qui nous marchait sur la tête à trois ans.
Timousse comprend très vite les limites que nous lui donnons mais il tente régulièrement de les transgresser. Ce qui a été beaucoup moins le cas avec sa sœur.
C’est comme ça, les enfants sont différents. Ils arrivent dans nos vies à des moments différents. Et toute notre éducation est à revoir à chaque enfant. Il nous faut nous adapter, mais rien n’est simple. On n’a pas toujours la force. On a réagit pour Timousse quand il a eu trois ans. On a agît quand il en a eu quatre. Parce qu’avec Rahan, on se disait que si on le laissait continuer comme ça, à quinze ans il nous marcherait sur la tête. A quinze ans, il serait un ado tortionnaire et il nous mangerait le nez.
Et aujourd’hui Timousse a un putain de caractère, parce que c’est SON caractère, mais on s’en sort beaucoup mieux avec lui.
Donc, vous les bien pensants qui passez votre temps à vous demander si nous, parents, avons bien compris qu’élever un enfant voulait dire aussi lui donner des limites, sachez que je vous emmerde. Et qu’il est super facile à mon humble avis de montrer les faiblesses de l’autre plutôt que regarder sa propre connerie dans un miroir.
Je vous emmerde parce que vous faites certainement partie de ces mêmes bien pensants qui ne bougent pas quand le môme du dessus hurle sous les coups d’un parent maltraitant. Parce que vous êtes ces mêmes bien pensants qui riez devant les remarques humiliantes d’un parent castrateur vis à vis de son enfant. Et votre silence vous rend coupable.
Et qu’on ne vienne pas me dire que si on parle autant des parents qui ne donnent pas assez de limites (pas assez de VOS limites) et moins de ceux qui en donnent trop, c’est parce que le premier est plus fréquent que le second.
On parle d’un phénomène de mode. On va dire d’un parent qui laisse couler certaines choses qu’il est laxiste. C’est la mode. On montre du doigt. Et si on parle moins des parents maltraitants, ce n’est pas du tout parce qu’il y en a moins. D’abord qu’est ce qu’on en sait ? si on en parle moins, c’est parce que c’est tabou. C’est tout.
Nous, nous étions des gosses super sages qui passaient les repas de noces à table avec interdiction de nous lever, interdiction de parler, interdiction de tourner la tête, interdiction d’être des enfants. Ah ça nous étions super bien élevés. Tous les autres gamins jouaient, couraient, dansaient, pas nous. Nous étions là sans bouger. Et bien mes enfants, ils se lèvent pendant le repas au restaurant, ils vont regarder les poissons danser dans l’aquarium, ils vont demander eux même leur grenadine au comptoir et même si ça vous emmerde, je vous emmerde encore plus. Ca ne les empêche pas d’être polis, de dire s’il vous plait, merci, bonjour, au revoir. Même si parfois j’ai du mal à faire baisser le volume de leurs cris. J’ai du mal mais j’y arrive. Des fois, pas toujours.
C’est bon, ça, c’est dit.
D'arbres en mât
Je ne vous cache pas qu’on s’est engueulé comme un vieux couple, au point qu’un des animateurs sur place m’a gentiment demandé de lui fiche la paix et de lui faire confiance.
Glups.
Je ne vous cache pas qu’on m’a tout aussi gentiment fait remarquer que j’avais confiance en ma fille, à qui je fous depuis toujours une paix royale dans ce type d’activité, mais il faut dire qu’elle se débrouille trop bien.
Il faut dire aussi que Boudeuse, elle a toujours été super prudente, mais surtout très zen.
Ce qui n’est pas le cas de Timousse. Timousse qui trépigne, tape du pied, gigote dans tous les sens à plusieurs mètres de haut au-dessus du sol quand ça ne se passe pas comme il veut. Timousse qui a un moment voulait faire demi-tour sauf qu’il ne pouvait pas faire demi-tour.
Timousse qui quand j’ai arrêté de m’engueuler avec lui a assuré. De quoi je parle ? de ça :
Je n’ai pas compté les mètres qui séparaient mon petit homme de la terre ferme, j’ai eu mal au ventre, au bord de la crise d’asthme, j’ai eu le vertige, mais surtout j’étais fière de lui.
Une fois que j’ai écouté le gentil monsieur, j’ai pu voir que mon fils utilisait parfaitement ses « moustecons » et était vraiment sensibilisé sur la nécessité de respecter les consignes de sécurité.
Et pour terminer en beauté, Timousse qui, perché tout la haut, me dit « maman, ze suis trop fier de toi comme maman ! tu as touzours des supers idées ! »
Et le lendemain, c'était mon tour.
M’enfin il ne s’agissait pas de la même cime.
Un bon moment accrochée tout là-haut, à poser une nouvelle poulie et y faire passer la nouvelle balancine vu que la toute dernière a littéralement explosé lors de notre dernière sortie en mer.
Allez, je vous la refais depuis le début pour que vous compreniez un peu mieux. La mauvaise nouvelle c’est que nous sommes restés bloqués au port pendant ce sympathique viaduc.
Vu que lorsque Rahan a décidé de me hisser en haut du mât il a trouvé que le winch faisait un bruit peu catholique.
Ce à quoi je lui ai rétorqué que oui bon d’accord, mais lorsque je l’utilise pour remonter l’annexe à bord ou hisser la grand-voile, il fait le même bruit. Ce à quoi il m’a fort à propos répondu que c’est l’annexe qu’on hisse à ce moment là …
Bon, j’en ai déduis que je comptais plus à ses yeux que l’annexe, ce qui pour un homme des âges farouches est pas mal du tout.
Donc, Rahan s’est mis en tête de démonter le winch. « Matériel de merde qui coûte une fortune, plein le cul de bosser le week-end »….
C’est ce jour là que j’ai décidé d’accompagner mes enfants se promener dans les arbres et jouer à Tarzan. (qui est par moment bien moins sauvage que Rahan !).
A notre retour, Rahan n’était pas du tout calmé, au contraire.
Le hic, c’est que le winch n’a pas voulu venir tout seul, c’eut été trop simple. Qu’entre temps, la pompe de cale de la douche a rendu l’âme et qu’on s’excuse d’avoir besoin de se laver … « matériel de merde qui coûte une fortune, plein le cul de bosser le week-end » et que le moteur a hurlé un besoin urgentissime de vidange. Et je vous épargne le petit outillage qui a la bonne idée de tomber en panne à ce moment là, les rallonges électriques qui ne veulent plus fonctionner juuuuuuuuuuuuuuste quand on en a besoin …. Oui oui c’est ça, vous avez compris, matériel de merde qui coûte une fortune, plein le cul de bosser le week-end.
Quand le winch a bien voulu se laisser aller, c’est son support qui a décidé de faire de la résistance.
Donc, nous avons opté pour le plan B.
Le lendemain, pour me hisser au mât, Rahan a du faire tout un savant montage (plein le cul de bosser le week-end) avec des poulies (qui coûtent une fortune) pour accéder à un autre winch (qui, vu qu’il a bien fonctionné, n’est pas du matériel de merde). Et c’est là que j’ai fait ma part du boulot.
En attendant, le winch qui a lâché en premier est toujours en pièces détachées.
Sans winch pour hisser la voile, point de virée en mer en perspective.
M’en fou. Samedi soir, notre ami pêcheur nous a offert du poisson fraîchement pêché. Outre le fait que la chose ne nous ait pas coûté une fortune, il était trop bon.
06 mai 2008
Sur le dos du dragon
La nuit où j’ai volé sur le dos du dragon, cette nuit là tout a commencé. La fête foraine battait son plein et la foule se bousculait pour accéder au nouveau manège pour adultes. "
« Sensations fortes assurées ! » Hurlait l’animateur dans son micro. « Venez tous découvrir notre nouvelle attraction, entrez dans le monde magique des légendes médiévales, attention ! Âmes sensibles s’abstenir ! Laissez vous emporter …. »
Je lui aurais bien arraché son micro des mains, et sa langue avec pour qu’il se taise enfin, mais je me suis contenté de me concentrer pour que mon esprit chasse ses cris et ainsi ne plus l’entendre. Je suis très fort à ce jeu là, je suis très fort pour isoler mon cerveau de toute action néfaste et perturbante. Je l’ai toujours fait, depuis tout petit. Il le fallait.
Un flot de têtes, de troncs, de bras et de jambes se précipitait vers les dragons et autres monstres moyenâgeux pour les prendre d’assaut, laissant à peine le temps de s’en extraire des corps titubants aux regards hébétés. Sensations fortes. Je me suis contenté d’attendre patiemment mon tour. J’ai tout mon temps, j’ai toute la nuit.
Mon flegme a enhardi quelques petites évaporées qui n’ont pas hésité à chaparder ma place, ne laissant derrière elles que l’effluve de leur parfum entêtant. Je leur aurais bien arraché leur vêtement et leur peau avec, pour que cette odeur provocante disparaisse. Je me suis contenté d’ignorer leur sourire faussement contrit. Mon tour viendra. J’ai tout mon temps, j’ai toute la nuit.
Et mon tour est venu. J’ai pris place sur le dos du dragon, aux côtés d’un couple dégoulinant d’un amour écœurant. Ils se pressaient l’un contre l’autre mélangeant leurs salives goulûment comme si leur vie en dépendait, en attendant le départ. Je leur aurais bien arraché …
Le manège s’est ébranlé, les détachant l’un de l’autre, ils n’ont pas eu besoin de moi. Et le dragon a prit son envol, sans un froissement d’ailes. En cet instant, tout a disparu. Le blabla de l’animateur, les lumières de la fête, le couple insatiable, les hurlements de terreur, le crépitement des flashs, la structure même du manège. Il n’y avait que lui et moi, le dragon et moi, ma monture et moi, nous faisions corps, nous n’étions qu’un et je fermais les yeux pour laisser l’ivresse m’envahir. Je volais. J’étais libre enfin. Et le monde tout entier était à mes pieds, gesticulant. Oh oui ! J’étais le maître du monde.
C’est alors que je l’ai vue, elle, une des évaporées. A vrai dire je l’ai sentie. Elle s’agrippait à moi comme la rescapée d’un naufrage, plantant ses ongles dans mon avant bras. Jusqu’au sang. Je la regardais brailler silencieusement, bouche ouverte, yeux exorbités. Je regardais le sang sur mon bras et ses griffes plantées dans ma chair. Et brusquement le silence s’est tu, laissant place à ses hurlements, aux beuglements de l’animateur, aux cris d’effrois, à ma souffrance ... le tout me frappait en plein fouet.
Ma voisine ne lâchait pas sa prise, se rapprochant comme si elle voulait se fondre en moi. Sa pression s’est fait caresse, je n’ai plus senti la douleur. Juste une douce chaleur dans le bas ventre. Sa chaleur. Elle m’allumait ! Elle a levé vers moi des yeux énamourés sans cesser de hurler. J’ai fermé ses cris de ma bouche tandis que mes mains serraient son cou, à peine de quoi lui faire perdre connaissance, jusqu’à ce qu’elle tombe inerte dans mes bras.
. . .
La foule n’a vu qu’un homme portant sa compagne un peu trop sensible.
Dans le silence de sa voiture, assis derrière son volant, il regarde longuement la silhouette lointaine de son nouvel ami, fier et majestueux et il se fait la promesse de revenir très vite voler avec lui. Très vite. En retenant une grimace, il passe une main rugueuse sur son avant bras. Celui-ci ne porte pas la moindre trace. Pas une seule goutte de sang.
Ce sont ses gémissements qui le tirent enfin de sa torpeur. Il caresse doucement les longs cheveux blonds et dit d’une voix basse « ne sois pas si pressée ma douce, je vais m’occuper de toi, nous avons tout notre temps, nous avons toute la nuit.»
Alors que la nuit les grignote, le hurlement qu’elle pousse n’a plus rien d’humain. Mais il ne l’entend pas. Il est très fort à ce jeu là.
Et voilà, c'était ma participation à l'atelier des impromptus littéraires http://www.impromptus.fr/dotclear/
En vrac
La semaine dernière, j’ai fait une lettre que Boudeuse devait remettre à son prof principal, lettre dans laquelle je demandais l’octroi d’un rendez-vous assez rapidement afin de converser ensemble de son orientation. Celle de Boudeuse l’orientation hein, pas celle du prof.
J’ai écris une lettre parce que Boudeuse était arrivée en retard au collège et s’était donc fait confisquer son carnet de liaison.
Le lundi, Boudeuse a oublié.
Le mardi, Boudeuse a oublié.
Le mercredi, Boudeuse a perdu la lettre. Boudeuse a donc été punie.
Le vendredi, Boudeuse n’a pas vu son prof. Mais elle a récupéré son carnet de liaison.
Je note donc ma demande de rendez-vous sur le carnet de liaison de Boudeuse, que ça elle ne va pas le perdre. Pas de fioriture ni de formule de politesse, on va droit au but sur les carnets de liaison et donc je demande un rendez-vous en lui laissant le choix : « tous les jours à partir de 9h30, sauf le mercredi. » Ca vous semble clair ? Pour moi ça l’était en tous cas. Prof nous avait dit « n’importe quel jour à n’importe quelle heure, je suis disponible pour vous rencontrer ». Moi je suis une gentille maman, je lui laisse le choix. N’importe quel jour, sauf le mercredi et pas avant 9h30.
Réponse du prof hier soir : Mercredi à 9h00.
…
Mercredi à 9h00
…
Dites ? vous croyez qu’il se fout de ma gueule ? Non moi je me demande comme ça hein, juste s’il se fout de ma gueule parce que y’a des jours vous voyez, j’ai vraiment l’impression que ça n’arrive qu’à moi ça ! J’sais pas, ce doit être marqué sur ma tête « alors elle, vous pouvez la rendre dingue, elle l’est déjà et en plus elle aime ça ».
Donc, je reprend le carnet de liaison de ma fille et je fais de jolies phrases. Je demande à nouveau un rendez-vous n’importe quel jour SAUF LE MERCREDI et A PARTIR DE 9H30.
J’appréhende de plus en plus l’entretien (s’il a lieu un jour) parce je ne comprends pas un dixième de ce qu’il raconte, je ne maîtrise absolument pas ses tournures de phrases et je ne supporte pas le fait que lorsqu’il s’adresse à moi en parlant de Boudeuse, il l’appelle par son nom de famille !
On parle de MA gosse, de SON élève qu’il a depuis un an, et il l’appelle par son nom de famille. Même pas un truc devant hein, ni son prénom ni un Mademoiselle éventuellement. Non, son nom de famille direct. Ben moi j’aime pas. Alors si en plus il ne pige pas un truc SIMPLE que je lui demande, et bien j’appréhende vachement l’entretien.
Hier soir, petits câlins avec Timousse avant que ses jolis yeux ne se ferment pour une douce nuit.
- Tu sais maman, z’ai dis n’importe qui à la maitresse !
- Ah qu’est ce que tu lui as raconté ?
Dimanche, Timousse m’avait dit qu’il allait raconter son week-end à sa maîtresse, les baignades et la sortie en mer, les copains et le barbecue la nuit … et je me dis que comme il est dans sa période à dire tout à l’envers : au lieu de dire bonjour, il dit au revoir ça l’amuse beaucoup … il a du raconter n’importe quoi et vu sa tête, ce n’importe quoi doit être grave et ça se trouve, je vais me faire convoquer. Et si ça se trouve …
- Ben ze lui ai dit n’importe quoi
- Ben oui j’ai bien compris mais explique moi ce que tu lui as raconté !
- Tu vas pas te fasser ?
- Je ne sais pas, je n’ai pas envie de me fâcher, qu’est ce que tu lui as dit ?
- Ben tu sais, on montait les escaliers et z’étais le premier du rang, zusqu’en haut des escaliers, zusqu’à ce qu’on arrive devant la classe. Et là, Florent il m’a passé devant et il a dit que c’était lui le premier ! alors z’étais en colère. Et on s’est disputé. Et pardon maman, mais ze l’ai frappé.
- Aïe ! frapper ne résous pas tous les problèmes Timousse, tu le sais. Je ne suis pas contente de savoir que tu frappes, je ne veux pas que tu frappes et surtout pas juste parce qu’un camarade te passe devant.
- Pardon maman ze recommencerais plus.
- Et alors le rapport avec la maîtresse ? tu lui a menti c’est ça ? (oui je sais, je ne relève pas plus que ça pour la baffe filée à Florent, mais il est tard et puis je l’aime pas ce gosse, c’est pour toutes les fois où il a cogné sur mon fils)
- Non ! ze lui ai dit n’importe quoi.
- Mais tu lui as dit quoi ?
- Ben la maîtresse, elle est montée et elle m’a grondé d’avoir frappé Florent et moi ze lui ai dit n’importe quoi.
- Ben tu lui as dit quoi ?
- N’importe quoi.
- Oui mais c’est quoi n’importe quoi ?
- Pfffffffffffff ! (et là, Timousse se redresse légèrement agacé, il colle ses deux poings sur ses hanches pour me mimer la scène, il plante ses yeux dans le miens avec affront) z’ai regardé la maîtresse comme ça et ze lui ai dit « n’importe quoi ! »
- Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! tu lui as dit n’importe quoi ?
Ca va rassurer les gens du Nord ça, dans le Sud aussi on a du mal à se comprendre !
- Tu as dit n’importe quoi à ta maîtresse ????????
- Ben oui ! c’est ce que ze te dis depuis tout à l’heure !
- Bon, (pas le moment de se marrer, l’heure est grave, mon fils est un insolent et sa maîtresse ne mérite certainement pas cette insolence !) je ne suis pas contente du tout ! tu iras présenter des excuses auprès de ta maîtresse, et nous réfléchirons demain à ta punition.
- Ben ze lui ai déza dit pardon.
- Ah ? et elle t’a dit quoi ?
- Elle m’a dit « pour cette fois ci, ze te pardonne à titre excessionel mais que ça ne se, que ça ne se, que ça ne se reprodruise plus ! »
05 mai 2008
Tant d'amour à partager
(Je pique les mots de Pandora qui explique très bien le jeu, trouve-je.
Une lettre à double usage puisqu’elle a à la fois été écrite pour Paroles plurielles http://coumarine2.canalblog.com/ mais aussi pour participer aux vendanges poétiques de la cause des causeuses http://la_cause_des_causeuses.typepad.com/la_cause_des_causeuses_/ . La consigne est d’écrire une lettre à qui vous voulez, dont le thème est « l’éloge de l’autre ».
Moi je ne suis pas sortie des sentiers battus (pardon pardon) et je n’ai trouvé que ces mots, mais ils sont miens et c’est déjà ça :-)
Je ne me souviens pas que tu me l’aies dit mais j’entend encore ces « je t’aime » qui ont bercé mon enfance. Ni que tu m’aies serrée contre toi et pourtant je me sens encore bercée dans tes bras.
J’ai le souvenir de ton baiser tendre et chaud que j’emportais dans mon sommeil mais j’ignore si j’ai créé celui de ta voix douce fredonnant des airs enfantins.
J’ai ancré en moi ton regard anxieux lorsque tu posais une main fraîche sur mon front brûlant. Tu venais d’un temps où la fièvre emportait les êtres aimés, je le savais. Et moi je voulais retenir cette fièvre et que durent ces instants où tu n’étais qu’à moi.
J’ai grandi dans ton amour et il était si fort que les mots n’étaient pas nécessaires, tout en toi me le chantait. Ta main qui essuyait mes larmes lorsque mes chagrins d’enfant étaient trop gros, ta main qui préparait mon gâteau d’anniversaire, ta main que tu passais dans mes longs cheveux avant que je ne parte à l’école, ta main qui tenait la mienne lorsque nous marchions dans la rue.
Tout cet amour que tu ne m’as pas dit, il m’a portée. Un amour muet qui m’a aidée à traverser bien des épreuves, à aimer la vie, à donner l’amour comme j’ai reçu le tien.
Beaucoup te pensent fragile mais moi je te sais forte. Il te fallait l’être pour vivre ce que tu as vécu et rester debout, toujours. Pour survivre aux souffrances de tes enfants. Tu m’as protégée à ta façon même si je ne l’ai pas toujours compris. Si je t’ai idolâtrée toutes ces années, au moins aujourd’hui es tu redevenue humaine, je sais tes erreurs, celles que je ne commettrais pas.
Si je devais dire mon plus beau souvenir d’enfant, je répondrais « l’amour de ma mère. Il était partout, dans chacun de ses gestes ».
Me voici mère à mon tour. Et pour la première fois, tu as dit m’aimer. Comme il était doux de l’entendre. Tu as dit m’aimer et tu m’as prise dans tes bras. Comme il était doux de te sentir.
Aujourd’hui, lorsque je dis à mes enfants combien je les aime, je lis dans leur regard ce que tu as du voir dans le mien, il y a bien des années. Alors je ferme les yeux ta voix s’enroule à la mienne, j’ai à nouveau dix ans, tu me prends dans tes bras et tu me dis « je t’aime ».
Merci d’avoir été cette maman.
Je t’aime.
Premier week-end en mer
Premier week-end en mer depuis des mois.
Quand j’ai su vendredi que nous allions sortir, plus rien ne pouvait me bloquer au port.
Lorsque je suis rentrée les bras chargés de courses vendredi soir, j’étais radieuse et déjà loin de ma ville dans ma tête. Boudeuse vient gentiment m’aider à porter les paquets et non, Boudeuse n’a rien à me demander, Boudeuse est dans sa bonne période.
Je lui annonce que nous larguons les amarres samedi matin, elle me répond « ah ça va pas être possible, j’ai cours de guitare samedi après midi ».
Vous avez déjà vu un gosse qui a commandé au père Noël une voiture de pompier et qui ne la trouve pas dans ses milliers de paquets cadeaux ? vous l’avez déjà vu, ce gosse capricieux piquer sa crise de nerf parce qu’il n’a pas LE cadeau ?
Non ? ben essayez d’imaginer.
Ce gosse, c’était moi. Moi je n’ai entendu que « ça va pas être possible ». Comment ça, ça va pas être possible ?
Je n’ai pas décoléré de la soirée.
Comment ça ? je paie des cours à ma fille, je l’ai inscrite le MERCREDI exprès pour que ses mercredis après midi soient agréablement occupés, pour répondre à une de ses passions, pour ne pas toucher à nos précieux week-end des beaux jours …. J’ai payé l’intégralité du mois d’avril et tous les cours ont été annulés (je ne veux pas savoir pourquoi) et pour rattraper le retard dont ILS SONT responsables, ils nous balancent un cours de rattrapage le SAMEDI qui plus est un samedi en plein milieu d’un pont ! (que je n’ai pas fait mais ça, ils ne sont pas censés le savoir). Merde alors ! de qui on se moque ?
Moi j’étais en crise, et Boudeuse me répondait « bon ben ça va t’énerve pas hein ! »
Et puis j’étais aussi agacée par Boudeuse qui m’annonce ça la veille au soir, quand je ne peux plus rien organiser (à part annuler ma sortie en mer ce dont il n’était pas question) et qui ne sait même pas à quelle heure elle est censée avoir cours ! ça c’est l’organisation de ma Vénusienne préférée.
Début avril, elle apprend qu’elle aura cours un 3 mai, même pas elle regarde à quel jour ça correspond, même pas elle se renseigne sur l’heure, ses copines la préviendront dans les temps. Et moi, je m’adapte. Ben non. Je ne m’adapte pas.
J’ai passé la soirée à demander à Rahan si j’avais raison (ou pas) de m’énerver ainsi. Pas une seconde Rahan n’a démenti.
Boudeuse me regardait sans trop bien comprendre, faut dire qu’elle n’avait pas encore pris son yop. Et moi je continuais qu’on bossait toute l’année, qu’on avait eu des journées merdiques cet hiver avec coup de vent sur coup de vent, qu’on ne sait pas encore de quoi sera fait le mois de mai, alors quand je sais que je peux sortir, faut pas me parler d’un cours de guitare en plein milieu pour me garder scotchée au port, ou je pète une durite.
Et Boudeuse de me dire « bon ben c’est bon, j’appelle mes copines. De toute façon, c’est une répétition générale, je connais mes notes, je réviserais toute seule ne t’en fais pas ».
Même pas eu le temps de chercher une copine qui pouvait me l’héberger samedi, elle avait trouvé sa solution. Et là, elle m’a scotchée.
Le lendemain matin, nous voici sur les flots, un bon petit vent idéal (sauf qu’on l’a dans le nez, donc on se tape la traversée au moteur). Boudeuse se lève et là je me dis que nous allons passer un difficile week-end.
Non parce que Boudeuse, vous voyez, depuis deux ans, partir avec nous ce n’est plus trop son truc. Et elle fait la gueule de se retrouver, je la cite « en pleine mer sans eau ni électricité »
….
….
Ca fait super plaisir hein ?
Bientôt, on va m’envoyer les services sociaux moi avec ce que je fais subir à mes pauvres enfants !
Et bien non. Boudeuse n’a pas fait la gueule. Au contraire. Elle était radieuse. Souriante et agréable dès le réveil.
A tel point que je me suis mise à culpabiliser dès 10 heures du matin. Mon caprice voiture de pompier m’est revenu à la figure vlam ! comme un boomerang. Je suis une mauvaise mère égoïste qui a privé sa fille de sa répétition générale de guitare parce que j’avais décidé de sortir. Et c’est bien la première fois que je fais passer mon plaisir avant les obligations liées aux enfants. Et c’est la première fois que je laisse assumer à 100% à Boudeuse ses « oublis ». Je n’en reviens pas d’avoir fait ça ! J’ai culpabilisé tout le week-end et Boudeuse s’est payé ma tête.
Vous savez ce qu’elle m’a dit ?
Elle m’a dit « ça doit te plaire de culpabiliser, je ne vois pas d’autre explication. Même quand je te dis que tout va bien, tu culpabilises. Alors ça doit te manquer si tu ne trouves aucune raison pour culpabiliser. Moi, je suis bien. »
Et elle a montré qu’elle était bien pendant deux jours. Elle a même voulu barrer le bateau, s’est intéressée aux bases de navigation, a posé un milliers de questions intelligentes (qui ne commençaient jamais par pourquoi) elle m’a vraiment sciée ! Elle a voulu aller à la plage avec nous, elle s’est occupée de son petit frère, a révisé sa guitare (j’adore, j’adore quand elle joue) et a participé à tout. Elle a été le pot de miel du week-end.
Et dimanche soir, je l’ai serrée fort contre moi tellement j’étais ravie de son attitude, tellement elle a été adorable et sympathique et douce et …. Tellement elle a été ma fille.
Alors je lui ai dit combien j’étais heureuse qu’elle soit elle. A toujours me surprendre. Ca me fait oublier tous les moments plus difficiles.
Vous savez, sur un bateau, l’espace est si confiné qu’il suffit qu’un fasse la gueule pour que l’atmosphère soit pesante. Mais à l’inverse, il suffit d’une humeur radieuse pour que toute la famille se détende. Et Boudeuse, c’était notre rayon de soleil du week-end.
02 mai 2008
La charte des ados
Après la charte des plus jeunes, je pense à celle des ados.
Nos chers et tendres et merveilleux ado.
Vraiment, vous n’êtes pas sympa. Maintenant que notre bibliothèque est pleine de bouquins sur la petite enfance et la préadolescence et que nous pensions vraiment avoir franchi avec vous le pire …. Nous en sommes à nous demander si nous ne préférons pas encore la période des « pourquoi » et vos ricanements dès que vous entendiez les mots cacas tétés ou zizi. (quoique … est ce que ça a vraiment changé ça ?) Nous en sommes à nous demander si nous ne préférons pas la période des « faut pas dire merde, c’est un gros mot merde … » à vos merde tout court qui font aujourd’hui partie intégrante de votre langage, que quand nous assumons pleinement notre rôle de parent, en vous rappelant que « faut pas dire merde, c’est un gros mot merde » vous avez l’audace de nous répondre « tu le dis bien toi ! »
Merde alors ! Au moins à cette période étions nous des héros à vos yeux « maman elle sait tout fort, papa c’est le plus fort. » Maintenant c’est « pffffffff ! ils sont vraiment trop nuls ! »
Donc, maintenant que nous, parents, fournissons tous les efforts nécessaires à votre épanouissement, maintenant que nous mettons tout en œuvre pour que notre vie quotidienne ne se transforme pas en guerre civile, je vous propose quelques petits points à respecter de votre côté afin de rendre à chacun la vie douce qu’il mérite.
1- Maman n’est pas ma copine
2- Les copines de maman ne sont pas mes copines.
3- Arrêtez de hurler des arrêêêêêêêêêêêête sur votre petit(e) frère (sœur) qui vous emmerde. Oui oui je sais, ils vous emmerdent. D’ailleurs, nous avons bien compris, il sont venus au monde pour vous emmerder. Mais c’est vous qu’on entend hurler arrêêêêêêêêêêêête et ça, ça nous gonfle. Oui oui je sais, c’est toujours vous qui prenez parce que lui (elle) fait tout en douce … ben vous savez quoi ? hurlez arrêêêêêêête en douce !
4- Et d’ailleurs, arrêtez de dire que c’est toujours vous qui prenez.
5- Arrêtez de confondre le khôl pour les yeux avec l’anticerne. Ah c’est fait exprès ? Alors achetez de l’anticerne.
6- Redescendez sur terre et remontez vos pantalons, on s’en tape un peu de la couleur de votre slip.
7- Arrêtez de nous dire « pffffffffff t’es pas cool » on le sait. Et puis en même temps, évitez de commencer et de terminer toutes vos phrases par pffffffffff
8- Ne claquez pas cette putain de porte de votre chambre les mille fois par jour où vous vous y enfermez dès qu’on ose vous faire une remarque.
9- Il se passe plein de choses dans le monde qui ne dépende pas de votre petit nombril
10- Coupez votre Ipod quand on vous parle.
11- Le fait de parler plus fort que nous ne vous donnera pas raison… au contraire !
12- Non, si le groupe de petits jeunes qu’on vient de croiser est mort de rire, ce n’est pas parce qu’il se fou de votre gueule. (renvoi au N° 9)
13- Après les pourquoi métaphysiques, les pourquoi justificateur. Vous n’êtes pas juge d’un tribunal, nous n’avons pas à justifier toutes nos décisions.
14- Arrêtez de contester tout ce qu’on dit. Merde !
15- Oui, il nous arrive de prendre des décisions sans vous demander votre avis. Vous vous en remettrez.
16- Essayez de retirer de votre vocabulaire les expressions suivantes :
a. « j’ai pas fait exprès » Oh putain rien que de l’écrire, j’en les poils de l’échine qui se dressent !
b. « je vais le faire » Parce que nous, on y entend un futur proche alors que chez vous, ça rime plutôt avec un jour peut être. Et ne pas croire que si vous ne le faites pas de suite, on va oublier.
c. « j’ai oublié » Sinon on risque d’oublier l’argent de poche !
d. « c’est pas moi » On a assez avec le petit qui n’est jamais coupable de rien
e. « mes copains (copines) ont le droit » On l’a fait à nos parents et puis on s’en tape
f. « c’est mythique » Parce que dix fois dans la même phrase ça gonfle autant que le reste
g. « J’sais pas » Avec le ton de « j’ai pas d’mains »
h. « tu peux pas comprendre » Non, c’est vrai qu’on n’a jamais été ado nous.
17- Ne répétez pas à tout bout de champ « c’est pas juste ». On le sait, on fait exprès NOUS !
18- Papa maman paient un téléphone portable à ado AUSSI pour pouvoir joindre ado. Alors profitez pour retirer de votre vocabulaire « j’ai pas entendu » ARRETEZ DE NOUS IMITER !
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