Au fil de l'eau

"Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants."

25 juillet 2007

Scoop

Ce n’est vraiment pas facile d’élever une ado. Oui je sais, je vous imagine l’air surpris à lire ces quelques mots. Oui je sais, je vous annonce le scoop du mois là, je sais. Peut être même de l’année.

De toute façon, et là je vous balance un nouveau scoop, ce n’est pas facile d’élever un enfant, même tout petit.

On est sans cesse en questionnement.

Est-ce que j’ai bien fait là ? je ne me suis pas planté là ? j’ai pris la bonne ou la mauvaise décision ? oh là là ! j’ai peut être été trop sévère là … ou pas assez. Je n’aurais pas du lui coller une baffe là ! j’aurais du lui en coller une tiens ! Et s’il ne m’aimait plus ? mais pourquoi j’ai voulu des gosses moi ?????

Et bien en fait, pour avoir les deux à la maison, le petit et l’ado, je m’aperçois que les mêmes questions reviennent inlassablement.

Ce sont toujours les mêmes conflits, ils sont juste à échelle différente, et il faut les gérer autrement. Je vais passer moins facilement sur l’insolence de la grande, alors que le petit, il lui suffira de me demander « dis maman ? tu me pardonnes ? ». Ce que ne fait pas la grande. (sauf si elle est allée vraiment trop loin)

Dans un sens, la grande, je crois que je peux toujours attendre qu’elle me présente des excuses. Il faudrait déjà que dans sa toute puissance, elle s’imagine avoir pu se rabaisser à avoir fait (dit) une connerie (oups ! pardon, un gros mot !) réclamant réparation hein !

Dingue comme elle peut à la fois manquer de confiance en elle et se faire les griffes sur moi. Les psys ont beau écrire dans des manuels pour parents paumés, recevoir les mêmes parents en consultation, nous dire et redire que c’est normal, que l’enfant, l’ado, doit affronter ses parents (et trouver quelqu’un d’autre à contrer de temps en temps c’est trop demander ?), que l’enfant, l’ado doit se construire en se détachant des parents (sur qu’en cherchant bien y’a un autre moyen de se détacher du parent sans lui rendre la vie impossible), que c’est souvent le parent qu’il aime le plus à qui il s’en prend le plus (il peut aussi lui prouver autrement comment il l’aime, ce parent, sur que le parent comprendrait) que l’enfant, l’ado, a besoin de limites (ah boooooooooon ??? ben on dirait pas hein !) et même qu’il vous est reconnaissant de les fixer ces limites (euh … j’aimerais bien la ressentir moi cette reconnaissance parfois) que l’enfant, l’ado, a besoin de ce conflit pour se positionner (euh … moi je lui explique sa place si il veut hein, sans conflit hein !) etc … ben moi je dis bordel (et même pas je dis oups pardon sur ce coup là).

Donc ça veut dire qu’au minimum, on va passer quelque chose comme vingt ans de nos vies à fixer des putains de limites qui seront sans cesse repoussées ???

Ok. Petit aparté, y’a une flopé de gros mots qui vont arriver là, alors je le dis une fois pour tous ceux qui arrivent et on n’en parle plus ok ? OUPS PARDON UN GROS MOT ! Voilà. Fin de l’aparté.

Imaginons.

J’ai une maison, je décide de bâtir une clôture tout autour de cette maison.

Je me fais bien chier à la bâtir cette clôture hein ! Avec de temps en temps, une aide extérieure, en bénévolat, ou rémunérée, mais une aide conséquente. Avec d’autre temps en temps une autre aide extérieure que même pas je l’ai demandée une aide maladroite d’un parent, un ami, un collègue, un étranger dans la rue qui passe et qui pense que là, ma clôture elle pendouille il va la redresser. Non mais de quoi je m’occupe ? Et cette aide catastrophique, elle vient fiche par terre des mois de boulot. Cool, ça me met en forme moi.

Je n’ai pas encore terminé de la bâtir cette clôture, que déjà y’a de la maintenance. Parce qu’un bout, juste devant la cuisine là, un bout vient de se casser la gueule.

J’imagine passer vingt ans de ma vie à la bâtir cette clôture, en réparer les accros, à me maudire parfois d’avoir passé un mois en mer à me reposer, en abandonnant la clôture, et avoir l’impression qu’à mon retour, tout est à refaire.

Là tout de suite, je pense au type de la mythologie qui se tape un truc à remonter qui redescend sans cesse. Et le con, il y retourne.

Et bien moi, je vous dis, y’a des fois, je fatigue. En plus, ce n’est même pas valorisant, y’a toujours un con (pas celui qui remonte et redescend hein un autre con, parce qu’il y en a un paquet de cons sur terre) y’a toujours un con donc, qui remarquera LA faille. Un truc que j’aurais loupé. Et ce con, il ne verra que ce truc, pas le reste hein, non, juste le loupé. Il mettra le doigt dessus, il en parlera autour de lui.

Mais pire que tout, c’est le gamin qui aura vu cette faille dans la clôture le premier. Vu que son leitmotiv au gamin, c’est de chercher (et trouver) la faille dans laquelle il pourra se glisser. Presque, on pourrait penser qu’il est payé pour ça le môme ! Et une fois passé de l’autre côté de la clôture, il me narguera de son petit air suffisant « j’ai été plus fort que toi –eu ! nananère –eu ! »

Non parce qu’il faut savoir que Timousse, son passe temps favori, c’est tester la solidité de la clôture. Et ce, à un moment où je m’y attendrais le moins s’il vous plait, sinon ce ne serait pas rigolo hein !

Boudeuse, en fait, lorsqu’elle était toute petite et portait encore des couches, elle m’avait pourtant donné quelques signes. J’aurais du m’en douter. Toute petite donc, elle avait une collection de légos de toutes formes et de toutes tailles. Avec Rahan, nous passions des heures avec elle, à genoux sur le sol de sa chambre, à construire sous ses yeux émerveillés des tours aussi immenses que fragiles. Et lorsque nous posions la dernière pièce, que nous nous écartions un peu de notre œuvre pour l’admirer béatement, Boudeuse nous offrait son plus joli sourire, un rien sadique, et sans nous quitter des yeux, balançait ses mains dans tous les sens pour organiser un effondrement en règle de notre édifice. Et entre deux éclats de rires cristallins, ces rires qui font la particularité des tous petits, elle nous chantonnait « et voilà ! c’est tout cassé ! »

Et bien voilà. C’est exactement la même chose pour ma putain de clôture vous voyez ? Sauf que l’aspect ludique a disparu. En tout cas, du côté parental. Les gamins, ils regardent notre clôture, et d’un coup de paluche « hop ! c’est tout cassé ! »

Et qu’est ce qu’on fait ? ben je vous le donne dans le mille. On reconstruit. On remonte ce qui est retombé quoi comme l’autre con.

Si le plus petit accepter certaines règles nonobstant le fait qu’il tente d’y déroger régulièrement, l’ado elle, commence à avoir plus que du mal à accepter la vue ne serait ce que de loin, d’un tout petit bout de la clôture. Si avec le petit, il suffit d’expliquer le pourquoi de l’emplacement de la clôture juste à cet endroit là et suuuuuuuuurtout pas à un autre (non n’insiste pas où je t’en colle une !) l’ado, elle, s’en va chercher frénétiquement une cisaille dans le jardin pour y faire un trou béant.

Si l’arme favorite du plus petit est de trépigner sur place des fois que les vibrations occasionnées par son débordement ne fasse s’effondrer la clôture, l’ado elle, utilise une technique (selon elle) plus subtile : le faisage de gueule. En général accompagné de regards munis de rayons lasers tueurs. Le faisage de gueule consiste à ne montrer à ses parents que son côté désagréable. Leur faisant oublier qu’il n’y a pas si longtemps que ça, l’ado (qui n’en était pas encore une forcément) hurlait de rire sous leurs attaques de poutous poutous dans le cou.

L’ado est persuadé que le faisage intensif de gueule vaincra là où l’action cisaille aura lamentablement échoué. Vu que les parents, vieux cons mais pas si cons que ça, auront tôt fait de découvrir les dégâts causés par la cisaille, auront confisqué la dite cisaille après avoir réparé fissa la clôture.

L’ado s’exerce donc de longues heures devant sa glace à allonger son menton jusqu’à le faire tomber par terre splatch ! durant ses pratiques intensives de faisage de gueule. Le dit menton finira par traîner lourdement à terre, creusant ainsi de larges et profondes tranchées, lui permettant de passer sous cette putain de clôture que, je le rappelle, vous vous êtes fait chier à construire depuis quinze ans.

Sauf que l’ado, comme toujours, se plante sur le degré de connerie de ses parents. Pas de chance pour l’ado, ses parents ne sont pas nés à l’âge qu’ils ont aujourd’hui. Ses parents sont nés bébés, comme l’ado (si si !  je vous jure) ils ont grandi, et même qu’ils ont eu quinze ans un jour … le premier qui dit lointain, je lui colle une beigne. Et non, la sénilité n’est pas assez installée pour qu’ils aient oublié ce doux âge.

Parce que ce que l’histoire ne dit pas à son début, c’est qu’avant de construire cette putain de clôture dont ils ne voient plus le bout, les parents auront posé de bonnes fondations, bien solides, sorties tout droit de leur propre éducation, de leur propre vécu et de ce qu’ils en auront retenu (et fait).

Et aussi profondes soient les tranchées creusées par le menton de leur ado, aucune ne pourra entamer les fondations conçues par les parents. Bon ok, elles seront peut être un peu ébranlées, les fondations. Mais pas au point de permettre à la clôture de s’effondrer. Après une ultime tentative de soufflements agacés, de gémissements de la mort, l ado repartira avec son menton sous le bras (parce qu’à force, ça pèse) définitivement persuadé d’être la plus grande victime du monde … jusqu’à la prochaine tentative.

Maintenant que j’ai bien fait flipper les pas encore parents laissons parraître le bon côté des choses, histoire de ne pas les dégoutter totalement. Non parce qu’il n’y a pas de raison qu’ils soient ad vitam protégés de ce type de galère hein !

Il est des jours où la clôture avance pas mal et où l’enfant et l’ado s’habituent à sa présence. Il est des mots doux, des caresses échangées, des secrets confiés, des histoires lues et racontées, des jeux qui n’en finissent plus, des fiertés que personne ne pourra nous voler. Il est des moments de pur bonheur qui ne s’expliquent même pas tellement ils sont forts.

Il est des jours où l’enfant et l’ado se posent à nos côtés, nous filent discrètement le calumet de la paix. Ils se posent à nos côtés, et comble de bonheur, ils contemplent avec satisfaction, ils admirent avec nous cette clôture qui a fait verser tant de sueur et de larmes. Ils posent leur tête sur notre épaule, et nous plongeons délicieusement notre visage dans leurs cheveux. En fermant les yeux et porté par tout l’amour qui habite nos cœurs, nous plongeons aussi facilement dans de délicieux souvenirs. Ces moments où le plus petit ne nous contrait pas encore, où l’ado n’était pas si rebelle. Ces merveilleux moments où notre enfant ne trouvait l’apaisement que dans nos bras.

Mieux que ça, il arrive que le plus petit ou l’ado décide de bâtir avec nous de petits bouts de cette clôture.

Et summum de la réussite, arrivera même peut être le jour où le plus petit et l’ado, devenus plus grands, nous seront reconnaissant d’avoir bâti et entretenu cette clôture qui fera un peu de ce qu’ils seront plus tard. Et nous oublierons alors toutes les souffrances vécues autour de la mise en place de cette clôture, parce que l’humain est ainsi fait, lorsqu’il aime, il ne conserve que les meilleurs souvenirs. La nostalgie de ces combats pourrait même venir nous chatouiller de temps en temps.

En attendant, j’avoue sans honte que ce n’est pas que je sois pressée de vieillir … mais presque.

Et de vous à moi, j’ai un peu hâte qu’ils aient des enfants à leur tour, que je me marre un peu à les voir se débattre avec leur propre clôture plus tard.

Posté par Kaliuccia à 00:08 - Nous - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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