30 janvier 2008
Bonne maman
Je suis une maman extraordinaire, exemplaire, exceptionnelle. Mieux qu’une bonne maman, je suis LA maman. Je frise la perfection. Je la frise seulement parce que la perfection, c’est l’ennui. Et je suis tout sauf une maman ennuyeuse ou ennuyante.
Mes enfants peuvent compter sur moi, quoi qu’il arrive. Toujours là, toujours présente, à leur écoute, aux petits soins, j’étais faite pour être mère, y’a pas, j’assure !
Il y a deux ans. Rahan était parti en catastrophe voir ses parents à l’autre bout de la France, parce que son père était au plus mal. Il y a deux ans, Boudeuse avait treize ans. Boudeuse qui n’est (presque) jamais malade a fait une infection pulmonaire avec un généreux 40 de fièvre pendant une semaine. Le temps qu’on lui fasse une radio des poumons, le temps qu’on lui trouve le bon antibiotique. Bien entendu, outre l’inquiétude monstrueuse pour moi, c’est arrivé au moment où il ne fallait pas que ça arrive. Oh, bien entendu, comme dit Rahan, « ça » n’est jamais le bon moment. Ok, mais il y a des moments où c’est le summum de mauvais moment. Et j’étais en plein dedans. J’étais seule avec mes enfants et je me tapais un monstrueux contrôle fiscal au bureau, un truc aussi dingue que dans les films américains et ça a duré six mois. Six mois au cours desquels je travaillais six jours sur sept, et 12 à 14 heures par jour. Et vlà t’y pas que ma fille tombe malade.
Alors j’ai super assuré à cette époque, et je vous le dis, je peux être fière de moi. Au lieu de rester auprès de ma fille brûlante de fièvre, je la laissais de 10 à 12h puis de 13 à 15h Toute seule pour aller bosser. Alors ? elle est pas belle ma casquette de super maman là ? hein ?
Mais bougez pas. Quelques années plus tard, j’arrive à faire encore mieux. Parce que c’est ça ma vie, battre les records.
Jusqu’à fin février, je vais galérer sec au boulot.
Les deux personnes qui devaient m’aider au boulot m’ont posé lapins sur lapins et l’une d’elle m’a même carrément lâchée depuis noël. L’autre, qui devait me remplacer à ma dernière semaine de vacances, n’a pu venir qu’une fois au bureau. Une matinée. La surprise fut de taille à mon retour de stage, puisque personne n’avait prit la peine de me prévenir alors que je reçois des coups de fils à longueur de temps pour des peccadilles. Bref. Outre ma semaine de boulot en retard à rattraper, je me retrouve avec toutes les déclarations de fin d’année à faire (retraite, urssaf, assedic, dads), les paies avec les nouveaux taux de l’année à mettre en place, le bilan, certainement deux ou trois trucs importants que j’oublie là maintenant tout de suite, sans compter le quotidien qui se suffit déjà à lui-même, mes révisions pour l’examen ultime du mois prochain, et ce putain de rapport de stage (coeff dix quand même hein) à taper, dont je n’ai encore pondu qu’un plan boiteux tellement j’ai envie d’abandonner.
Me voici donc à nouveau dans une période sainte où je me dis que là, ce n’est surtout pas le moment que quelque chose arrive. A moins d’un décès (le mien) je ne peux pas m’absenter du boulot. Et demain pire que tous les jours, puisque je reçois un éminent personnage toute la journée qui fait le voyage pour moi depuis le nord de la France pour un rendez vous pris depuis un mois. Là encore, je suis dans le summum du ça ne pouvait pas tomber plus mal. Rahan, lui, est sur les rotules, heures sup tous les soirs, il travaille même le samedi en ce moment tellement c’est la folie dans son boulot.
Ce matin, Timousse m’appelle totalement paniqué « maman regaaaaaaaaaaaaaarde ! ça me gratte, z’ai des boutons tous rouzes partout ! » Cet après midi, le verdict est tombé chez le pédiatre : varicelle. En plus je déteste cette maladie, c’est vraiment celle que je déteste le plus parmi toutes les maladies infantiles !
Alors comme je suis une merveilleuse, une génialissime maman, demain, au lieu de rester auprès de mon petit qui a tout de même besoin de soins, j’ai réussi à trouver une jeune fille qui viendra chez moi s’occuper de MON fils à ma place, parce que je ne suis pas foutue de poser une journée de congé pour assumer mon rôle de mère. Demain, je vais bosser parce que je me suis persuadée que je ne pouvais pas faire autrement. En moi, il y a une voix qui me dit que je ne peux pas faire autrement. Et une autre qui me murmure que si j’étais une si bonne maman que ça, j’aurais trouvé le moyen de rester avec mes enfants au lieu d’aller bosser.
Je n’arrive même pas à assumer ma décision. Je ne suis même pas en accord avec ce que je fais.
Si je ne suis pas fichue de m’occuper de mes enfants quand ils sont malades … si je ne suis pas fichue de poser dix jours de congés pour le soigner, mon fils, à votre avis ? je vais attendre quel type de catastrophe pour m’autoriser à m’absenter de mon travail ? J'ai presque peur de répondre à cette question.
Ouais, y’a pas. Ce soir, je me discerne la palme de la meilleure maman de l’univers.
Il y a quelque chose de terrible en moi.
Il y a quelque chose de terrible en moi.
Quelque chose qui m’excite et qui m’effraie à la fois. Quelque chose de ténébreux, un obscur secret que je suis seul à partager, que j’abrite jalousement.
Un secret qui me ronge et me nourri. Mère m’a dit un jour que nous étions deux dans son ventre, elle nous voyait chaque mois évoluer sur l’écran noir et blanc de l’échographe. Je l’imagine, nous observer sans l’ombre d’une émotion. Mère n’a jamais ressenti la morsure de l’amour. Qu’il soit animal ou maternel. Mère m’a raconté qu’au jour de ma naissance, c’était comme si je lui arrachais les entrailles, comme si je la dévorais de l’intérieur. Et je suis le seul à avoir crié. Mon frère n’était qu’un corps sans esprit. Mère a toujours affirmé que durant nos neuf mois de gestation, je lui avais grignoté le cerveau.
Moi je pense plutôt que je l’ai aspiré, qu’il est en moi, que j’héberge nos deux cerveaux sous le même crâne, mon crâne. Je l’entends pleurer la nuit lorsqu’il fait noir, il a peur. Et je crois bien qu’il a peur de moi. Comme mère avait peur de moi. Je l’entends gratter dès que je m’assoupi, dès qu’il pense que je baisse la garde, comme s’il voulait s’évader de cette cage trop étroite. Parfois, il me parle, il me supplie. Comme c’est étrange de voir son corps inerte dont seul le rythme léger de sa respiration trahi un soupçon de vie végétale. Comme c’est étrange de le voir immobile, un filet de bave à la commissure des lèvres, les yeux fixant le vide. Comme c’est étrange de le voir et de l’entendre hurler dans ma tête.
Mère le protégeait depuis toujours. Elle le couvait comme une poule s’obstine à couver un œuf qui ne pourra jamais éclore. Elle le protégeait. De moi ? De moi. En ce temps là, je l’entendais moins. A peine un petit couinement de porcelet.
Mais mère est morte la nuit dernière. Et tandis qu’elle griffait l’air de ses ongles sales, comme si elle pouvait accrocher un peu d’oxygène pour en remplir ses poumons atrophiés, tandis qu’elle hoquetait de douleur, une vague brûlante de plaisir a envahi mon bas ventre.
J’ai aimé ça. Et lui, il hurlait dans ma tête, et ça aussi j’ai aimé.
Il a pleuré toute la nuit. J’ai très mal dormi. Je suis très en colère. Ce matin, il n’y a plus que lui et moi dans cette petite chambre sombre qui pue déjà la mort. Je regarde son corps inanimé. Et j’entends sa peur grandir dans ma tête. Ce qui ne fait qu’alimenter mon plaisir.
Il y a quelque chose de terrible en moi. C’est lui qui me le dit. Il prend vraiment trop de place. Je vais le regarder mourir, j’espère en tirer plus de plaisir qu’avec mère, je l’espère. Et je me demande, je me demande s’il continuera à hurler dans ma tête lorsque son corps ne sera plus qu’un monceau de chair sans vie.
Et s’il continuait ?
A ceux qui ont réussi à lire jusqu’au bout sans prendre la fuite, (peut être juste poussé par la curiosité avez-vous tenu à lire la fin non sans vous demander « mais qu’est ce qui lui prend à la kaliuccia ???) je participe à ma façon à un jeu d’écriture proposé ici : http://les-poemes-de-pandora.over-blog.com/article-16104468-6.html#anchorComment
Sauf que normalement, faut passer par un atelier et que …. Je n’ai rien compris à la manip’ à suivre …. Ben oui, c’est tout moi. J’espère juste que Pandora ne m’en voudra pas.
Et maintenant que j’ai publié cette note, je me dis que … y’a peut être vraiment quelque chose de terrible en moi …. Gniark gniark !
28 janvier 2008
L'art de ne pas s'engueuler
Ame sensible, surtout ne lis pas cette note, je suis très très très énervée.
Pfffffffff j’en ai marre !
Marre marre marre !
Je ne peux même pas m’engueuler avec ce mec !
Merde !
Avec ma fille, par contre, super fastoche. Suffit que je la regarde ou ne la regarde pas, que je lui parle ou ne lui parle pas, que je respire ou ne respire pas … en fait, suffit que je la croise (ou ne la crois pas) pour que ça explose. Putain ce que ça peut être chiant un ado merde ! Mais c’est pas possible qu’un ado puisse être aussi chiant, nombriliste, Dieu, merdeux, susceptible, personnel, ma gueule avant les autres, égoïste, fainéant …. Merde ! merde quoi ! j’étais pas comme ça moi à son âge !
Quoi ? Non ! je n’étais pas comme ça moi à son âge ! Merde ! Pour un dixième de ce qu’elle me fait, je me faisais décapiter moi ! Et mon père qui n’arrête pas de me dire qu’on récolte ce qu’on a élevé JE L’AI PAS ELEVEE COMME CA ! Insolente, jamais contente, à faire la gueule en se levant parce qu’il faut se lever, à faire la gueule en se couchant parce qu’il faut se coucher … à faire la gueule tout le temps ! Et son blog que je lui ai enfin créé, si je vais voir, elle fait la gueule, (oui ! tu me surveilles, t’as pas confiance en moi) si je ne vais pas voir, elle fait la gueule (oui ! tu t’intéresses pas à ce que je fais et patati et patata !) NANMEO ! Merde ! J’étais pas aussi chiante moi ! Merde ! Bon peut être que je l’étais. J’ai dis peut être. Mais j’ai oublié. Ca fait très très longtemps. Et puis si je l’ai été, ça n’a pas duré aussi longtemps. Ou alors j’ai oublié aussi. Et puis d’abord y’a prescription. C’est du passé.
Alors que là, elle c’est le présent avec un grand p. En plus, elle a réponse à tout la gueuse ! Elle m’a tellement prit la tête hier pour une histoire de boite du cdrom des Sims qui avait disparu alors que c’est elle qui vit dans un bordel monstrueux qu’un cafard n’y retrouverait pas ses petits. Que j’ai failli commettre un infanticide. Y’a pas que les nouveaux nés qui sont en danger de mort avec leurs parents à bouts, moi je vous le dis ! Alors suuuuuuuuuuuurtout ne me demandez pas pourquoi, mais comme elle ne trouvait pas la boite QU’ELLE a foutu quelque part et QU’ELLE a perdu parce QU’ELLE est BORDELIQUE ben on a fini par s’engueuler. Pour changer.
Du coup, de rage, j’ai récupéré mon ordi. Je lui ai dit allez hop ! tu es punie, je vais t’apprendre à me respecter moi ! tu me rends MON ordi, tu es punie de MON ordi pour le week-end. Limite si elle ne me l’a pas balancé sur la table en me le rendant.
Une heure après, elle sort de son antre à cafard pour goûter avec son frère. Et que vois-je ??? sur SON lit ??? MON ordi allumé ! J’ai trouvé la chose tellement culottée que j’ai failli m’étrangler de rage. D’ailleurs, je devais être comique à voir, j’en avais des hoquets, les yeux écarquillés, je montrais l’ordi du doigt, MON ordi sur SON lit, alors qu’elle était punie ; mais aucun son ne sortait de ma gorge. Juste un gargouillis indescriptible. Et elle, elle avait un air satisfait que ma main me démangeait pour ne pas venir à la rencontre de ce putain d’air satisfait ! Et Timousse, il me regardait médusé « articule maman, z’entends rien ! ».
Fort heureusement, avant de ne me rendre totalement et à jamais ridicule, j’ai eu le réflexe de vérifier si MON ordi était toujours dans sa sacoche, et il y était.
Donc j’ai repris mon souffle
- Je croyais t’avoir dit que tu étais punie
- Tu m’as punie de ton ordi, pas du mien !
Retenez moi hein, retenez moi !
Bref. Avec Boudeuse, y’a rien de plus simple que de déclancher une engueulade.
Avec lui, rien à faire, impossible de s’engueuler. Mais qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ?
Timousse, remarquez, c’est pas plus facile. Timousse, il a trouvé le chemin de mon cœur et la porte de ma culpabilité. Timousse, si je lève un peu la voix en ouvrant son cahier scolaire et en voyant qu’il a écrit en pattes d’éléphant sur une ligne pour pattes de mouches, Timousse il me regarde avec sa petite bouche tremblante, la lèvre inférieure légèrement en avant (tain je craque) ses yeux se remplissent de larmes (tain je fond) et il assure en hoquetant « mais maman, z’ai fait du mieux que z’ai pu ! »
C’est bon qu’est ce que vous voulez que je lutte contre ça moi ? En plus, y’a le père qui vient le consoler comme si j’avais dis un truc immondissime, ce tout petit maltraité que le pauvre ce n’est pas de sa faute, il ne faut pas le gronder pour si peu …
TAIN MAIS JE L’AI PAS ENGUEULE ! je me renseigne je peux ? Mais c’est bon, j’ai le cœur en miettes, je referme le cahier « ce n’est pas grave mon chéri, la prochaine fois tu pourras encore mieux » de toute façon, ça ne pourra pas être pire. Ou alors, peut être que mon fils est gaucher et que sa maîtresse, elle lui attache le bras gauche derrière le dos toute la journée pour l’obliger à écrire de la main droite ! « tu te rends compte, si ta mère apprends que tu es gaucher, elle ne s’en remettra jamais ! » Prise d’un doute soudain, j’ai collé un stylo dans la main gauche de Timousse, et je lui ai demandé d’écrire son prénom. Y’a pas de doute, il est droitier. Ca pouvait être pire que le « mieux qu’il a pu »
Bref. Il est impossible de m’engueuler ou de faire la gueule à ce mec. Et pourtant, je vous jure que j’y mets de la bonne volonté.
Nous avons eu un problème de WC les connaisseurs en bateau apprécieront, Rahan a passé trois heures à tout démonter pour trouver des trucs bizarroïdes coincés dans les tuyaux d’évacuation. TAIN BOUDEUSE ! qu’il se met à hurler FAUT DIRE A TES COPINES QUE DANS LES CHIOTTES, ON NE JETTE QUE DU PQ ET RIEN QUE DU PQ ! PAS DE SERVIETTES HYGIENIQUES, PAS DE TAMPONS, PAS DE COTON RIEN QUE DU PQ !
- Maman ? c’est quoi des serviettes hyziéniques ?
- T’occupes Timousse, tu le sauras bien assez tôt quand tu nous présenteras ta petite copine et qu’en guise de bonjour, ton père lui demandera de ne pas les jeter dans les chiottes, tu vas voir comme tu vas apprécier ce moment mon chéri !
- TU M’ENTENDS BOUDEUSE ????
- ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii (toujours sur le ton de j’ai pas d’maiiiiiiiiins, merci Calu de m’avoir rappelé cette superbe pub)
- En même temps, (là c’est moi qui interviens), on a eu ta mère pendant un mois à bord …
J’sais pas pourquoi, ça a séché Rahan net. Il est sorti du coin intime avec ses gants mapa rose et un air complètement … aware ….
Ok, c’était un coup bas, ok, j’avoue. Donc je rappelle à Boudeuse que quand ses copines viennent, elles ne doivent jeter que du PQ et rien que du PQ (oui elles ont le droit de faire leur petite affaire juste avant, mais après, rien que du PQ.)
Enfin bon. Rahan n’est sorti que vers quinze heures de son cauchemar, en plus l’a pété un joint dans la pompe électrique et nous voilà donc à nouveau avec une pompe manuelle. Au grand bonheur de Timousse qui a aussi peur du bruit de la pompe électrique.
C’est le moment qu’a choisi Boudeuse pour réaliser ce que venait de lui dire Rahan et là, horrifiée, elle me regarde « il a trouvé quoi de coincé dans les tuyaux ? » C’est vrai que quand on y pense … Bon, pour rassurer les personnes sensibles, je dois dire qu’après enquête serrée, nous avons découvert qu’il s’agissait de lingettes, celles qui nettoient le minois de Timousse … « mais z’ai fait du mieux que z’ai pu ! »
Bref, j’en reviens à l’objet de ma note, il serait temps, tout le monde se barre. Allez, avouez, elles vous manquaient mes longues notes !
Impossible de m’engueuler avec ce mec. Après son travail pollué, il prend une douche, mange et se sieste. Je me retrouve avec Timousse et lui fait faire ses devoirs tandis que je travaille un peu pour m’avancer au boulot. Boudeuse, elle, boude, bien entendu, dans sa cabine.
Le soir, Boudeuse boude toujours dans sa cabine, Timousse est hypnotisé par un dessin animé débile, je me suis acquittée de la tonne de tâches ménagères, je vais servir le repas, et Rahan est scotché à son ordi depuis qu’il s’est levé. Trop, c’est trop. Et qui je suis moi ? Je me vois, toute seule au milieu des trois, chacun dans sont petit truc, et personne ne s’intéresse à moi.
Et là, je m’énerve. Fort.
- C’est bon ! j’en ai marre ! Je suis toute seule là ! je vais me casser une semaine et vous planter tous les trois, vous ferez ce que vous voudrez, mais moi je me casse !
Timousse et Rahan me regardent comme si j’avais un truc là sur le nez. Et je sors. Dans le froid très froid. Juste devant le bateau. Rahan éteint la télé, l’ordi, va chercher Boudeuse, et sert le repas. Et cinq minutes après, il vient me chercher.
- Tu n’as pas froid dehors ?
- Si !
- Ben rentre alors.
Croyez pas, je laisse un peu durer. Et je rentre. Gestes secs, regards noirs, personne ne bronche. Et Rahan, vous savez ce qu’il fait Rahan ???? il me sert dans ses bras !
Merde ! comment voulez vous que je m’engueule moi ! Merde !
25 janvier 2008
29 ans ...
A ton âge, je venais au monde. Dans lequel te trouves-tu dis ?
A ton âge, je quittais un monstre pour aimer à nouveau. Est-ce que tu l’aimais ?
A ton âge, j’aurais pu mourir sous la haine d’un amant éconduit. Un amoureux bafoué aurait il eu raison de toi ?
A ton âge, je m’apprêtais à tout abandonner pour recommencer une nouvelle vie. Et toi, tu termines la tienne.
A ton âge, j’avais un enfant, comme toi. Un enfant si jeune, si fragile. Le tien n’aura plus son père pour le regarder grandir.
A ton âge, il m’aurait été insupportable d’imaginer ma fille privée de moi. As-tu pensé à ton fils ?
A ton âge, je rêvais voyage et liberté. Tu courrais vers quoi ?
A ton âge j’avais des bouffées de haine. Les tiennes t’auraient t elles tuées ?
Si j’avais du mourir à ton âge, j’aurais abandonné ma fille et cette idée m’est insupportable. J’aurais brisé le cœur de ma mère, et cette pensée m’est intolérable.
Si j’avais du mourir à ton âge, bien des larmes auraient été versées, et mon amour naissant aurait avorté. Mon fils n’aurait pas vu le jour et je n’aurais pas revu mon île.
Où allais tu ? qui retrouvais tu ? qu’as-tu fais ? que n’as-tu pas fait ? le saurons nous jamais ?
Est-ce que c’est important ?
Déjà les sanctions tombent, déjà certains te montrent du doigt. Pas encore jugé, déjà condamné. Pas encore pleuré, déjà maudit.
Pas moi. Je me moque de ce que tu étais ou pas. Je me moque de ce rendez-vous auquel tu te rendais … ou pas. Toute question n’appelle pas une réponse. Et à celle-ci je n’en veux pas.
Ce soir, je pense à un père qui ne se pardonnera jamais de ne pas avoir vu. Je pense à une mère dont les seins nourriciers lui font si mal. Je pense à leur douleur, et à leur manque de toi. Ce soir, je pense à un frère qui cri peut être déjà vengeance, je pense à une femme qui te cherche dans son lit trop grand.
Ce soir, je pense à ton petit garçon qui n’a pas pu te dire au revoir. Je pense à ce tout petit homme qui grandira dans l’ombre d’un père trop absent. Ce bout de chou innocent à qui l’on a peut être pas encore dit que son papa, son papa chéri ne rentrera plus le soir, n’effacera plus ses chagrins d’un baiser chaud, n’ira plus en mer avec lui.
Je pense à ce petit être qui se demandera peut être toute sa vie ce que tu faisais là, et pourquoi cette mort si violente.
Tu l’attendais ? il t’attendait ? Tu lui tournais le dos. Il a du se sentir si fort. Que lui as-tu fait pour qu’il en vienne à cette horreur ? Tu étais assis, sur les marches d’un lieu où l’on sauve les vies. La tienne t’a été volée, lâchement, dans la tête, dans le corps. Il t’a enjambé, et il est parti. Il t’a enjambé. J’ai cette vision horrible. Il a enjambé ton corps alors que tu n’étais pas encore mort. Comment a-t-il pu ?
Peu importe ce que tu as fait ou pas pour mourir comme ça. Moi je pense à ton fils. Ma colère et mon chagrin se mélangent.
Est-ce que tu pensais à ceux qui t’aiment en allant à ce rendez vous ? et lui, est ce qu’il a pensé à eux ? Il est donc si facile de briser tant de vies en quelques secondes ?
Ce soir, comme tous les soirs, mais un peu plus que les autres, ce soir j’ai serré mon fils si fort contre moi que nous aurions pu ne faire plus qu’un, comme lorsqu’il était dans mon ventre.
Ne peut-on vous protéger, ne peut on vous empêcher de nous briser le cœur qu’en vous portant ?
Ce soir, j’ai regardé ma fille devenue une si jolie ado, et je suis heureuse de ne pas avoir quitté la vie à ses plus belles heures.
Où que tu sois, vas en paix. Les tiens ne la connaîtront plus, mais tu ne le sauras jamais. Je voudrais tellement apaiser leur douleur. Je leur souhaite juste d’avoir des réponses à tous leurs pourquoi.
24 janvier 2008
Voile, chocolat et thé
Hier, j’ai laissé Timousse à son cours de voile. Les conditions météos étaient idéales. Un temps superbe, une fin de Libecciu, soit un vent bien établi mais pas trop fort pour que les petites barcasses ne s’envolent pas …
Après avoir jeté mon dévolu dans la boutique de thé, je me suis installée à une des nombreuses terrasses de café de la ville pour lire un peu. A l’abri du vent un peu trop frais à mon goût, j’étais bien. J’aime ce café pour le délicieux chocolat chaud qu’ils y servent, et pour les petits gâteaux de chez nous qui l’accompagnent.
Quand la petite équipe est rentrée de son périple en mer, j’ai pu constaté qu’il y avait eu un démâtage sauvage ... Sept bateaux, six voiles … Ouch ! peut être y avait il un peu plus de vent que je ne pensais.
Les enfants étaient frigorifiés, mais les joues rouges et les yeux pétillants témoignaient silencieusement du plaisir qu’ils venaient de vivre.
Cet après midi, une amie est venue me rejoindre, et nous avons dégusté ce fameux thé blanc.
Sa réputation n’a rien de surfait. Une exquise boisson duveté que nous avons dégusté avec tout l’honneur qui lui est du.
Mercredi prochain, je retourne en acheter du nature.
..
Promis, très bientôt, je reviens avec des notes plus intéressantes. Mais là, je trouve la vie un peu trop brutale ces jours ci pour réussir à aborder autre chose que des sujets sans grands intérêts.
.
Du thé de toutes les couleurs
Il y a quelques jours, j’ai découvert une nouvelle boutique de thé. Et chez nous, c’est tellement rare que s’ouvre une boutique qui vende autre chose que des vêtements de marque, que lorsque ce petit bonheur arrive, je m’y précipite.
La première fois que j’y suis allée, j’étais comme une enfant un peu intimidée.
Je crois bien que c’était la première fois que je rentrais dans une boutique spécialisée dans la vente de thé. Alors il a fallu que je laisse mes yeux s’émerveiller de tous ces bocaux pleins à craquer de feuilles de toutes sortes, de toutes formes, de toutes couleur.
Je me suis enivrée des parfums qui s’échappaient dès qu’un thé était présenté à une potentielle cliente. Il y avait trop de monde ce jour là, je n’ai pas eu envie de trop chercher. Alors j’ai laissé mon odorat me guider, et j’ai choisi un thé vert aux fruits exotiques.
Depuis, je sais que je préfère le thé vert au noir, bien moins amer ou âpre, c’est comme vous voulez, à mon goût.
En discutant de cette boutique avec Tonga Soa, j’apprends que la demoiselle n’aime pas trop le thé vert. Mais que celui qu’elle aime le moins est le noir. Pour une personne qu’il me semblait connaître comme une dégustatrice de thé, je suis stupéfaite. Il y a le thé vert et le thé noir. Comment peut elle boire du thé et n’aimer aucun des deux ?
Donc, après lui avoir rappelé combien elle pouvait être chiante à être difficile comme ça, je lui demande en plaisantant si elle boit plutôt du thé rouge. Ah ah ah ! fière de ma blague je suis.
Elle me répond « oui et d’ailleurs, tu en as bu chez moi ».
Merde ! me voilà bien idiote, j’apprend qu’il existe plusieurs couleurs de thé. Du vert, du noir, du rouge, que même j’en ai bu du rouge …. Et même du blanc !
Aujourd’hui, je décide donc de retourner visiter cette boutique. Je suis plus à l’aise, les lieux me sont familiers.
J’adore les personnes qui vendent des produits, qui sont passionnés par ce qu’ils font, qui savent ce qu’ils vendent et qui savent vous faire partager leur amour. Ces gens là, je resterais des heurs à les écouter parler et vanter leur produit. Rien à voir avec le vendeur des grands magasins qui est balancé au rayon crèmerie alors qu’ils n’ont jamais goûter autre chose que de la mimolette en tranches sous cellophane.
Je pense à cette librairie avec son chat nonchalant, et tous ces mots sur les livres, écrits de la main de la libraire, mieux qu’un résumé, mieux que le conseil d’un ami. Une invitation à partager un petit bonheur.
Je pense à ce disquaire, lorsque je vivais à Paris. Je rentrais dans sa boutique avec mon walkman à cassettes. Je lui faisais juste écouter un morceau que j’avais enregistré sauvagement à la radio. Un morceau qui me faisait vibrer passionnément. Et en quelques secondes, il me donnait le nom de l’artiste, le titre de la chanson, le nom de l’album …
Et là, je suis dans cette boutique de thé, les sens en éveil, et ce Monsieur un peu froid au premier abord, ce Monsieur a les yeux qui pétillent lorsque je lui demande son aide.
Du thé rouge. Ce n’est pas du thé. C’est une plante d’Afrique du Sud, il me le propose nature ou aux épices, je choisis les épices à cause de la cannelle. Nous l’avons goûté ce soir ma fille et moi. J’ai adoré sentir les parfums de tous ces épices remplir ma bouche délicatement. J’avais la sensation que ma langue venait de subir une transfusion de cannelle. Mais ma fille, elle m’a demandé de lui trouver le même thé qui n’est pas du thé, nature.
Le Monsieur un peu froid au premier abord, ce Monsieur dont les yeux ont pétillé à ma demande d’aide, ce Monsieur a eu un regard passionné lorsque je lui ai demandé s’il avait du thé blanc. S’en est suivi un cours sur la cueillette du thé. Je n’ai pas retenu la moitié de ses explications, mais j’ai adoré me laisser porter par la magie de son partage. J'ai tout de même appris qu'il existait toutes sortes de couleur de thé .... Il m’a ouvert quelques bocaux. « D’abord le regard » m’a-t-il dit. Regardez bien ces feuilles, leur forme, leur pliure. Et d’un air de conspirateur, il a ouvert le bocal de thé blanc. « Regardez maintenant ».
Bon j’étais super déçue, il n’était pas blanc le thé. Enfin pas blanc immaculé comme je m’y attendais. Mais c’est vrai, son apparence n’a rien à voir avec ce que j’ai vu jusqu’alors. Les feuilles sont plus rondes, plus gonflées. « ce ne sont pas les feuilles, ce sont des bourgeons ».
Il en a versé quelques unes au creux de sa main. « Ensuite, le toucher. Donnez moi votre main. » Velouté. C’était si agréable que je n’avais pas envie de me séparer de ces quelques feuilles que je faisais danser dans ma paume. J’étais comme un tout petit tripotant son doudou.
« Et maintenant, le parfum ». Et j’ai plongé mon nez dans tous les bocaux qu’il me présentait, tour à tour surprise, émerveillée, étonnée, mais jamais déçue.
Tandis qu’il glissait le thé blanc dans le sachet, il me précisait que ce thé là, il ne pouvait pas se boire comme tous les thés.
« Vous ne pouvez pas vous dire que vous allez vous faire un thé comme ça, vous installer devant la télé, et le boire comme un verre d’eau.
Ce thé, c’est le caviar du thé, il se déguste. Vous choisissez le moment, un moment intime. Pas d’enfants, pas de DVD, éventuellement une musique que vous adorez. Ce thé, vous le buvez avec une amie, et en le dégustant, vous ne parlez que de lui. »
Et bien. Je teste demain. Qui se joint à moi ?
PS : J’ai même acheté un bocal d’éclat de sucre au poivre de Penja, mais je n’ai aucune idée de la façon de le déguster ! Faudra que je retourne lui demander de m’en parler …
22 janvier 2008
Accident du travail
Vous allez rire … à force de travailler avec la souris sur des tableaux de bord tous plus fous les uns que les autres depuis hier …. J’ai super mal à l’index !
Ca existe ça en tant qu’accident du travail ?
Partie du corps touchée : Index droit.
Causes de l’accident : Utilisation excessive de la souris.
Y’a-t-il un tiers responsable de l’accident : Oui, mon Boss !
Vous croyez que je pourrais toucher une pension pour ça ?
Et non, je ne veux pas utiliser un autre doigt ! Des années que je bosse comme ça je ne vais pas changer mes habitudes d’un claquement de pouce contre majeur !
17 janvier 2008
Vivement le mois de mars
Demain soir, je termine une semaine d’examens. Mais non ! pas médicaux.
Des contrôles de connaissance qui mis bout à bout s’ajouteront à la note finale du mois prochain et me dirons si oui ou non mon diplôme me sera discerné.
Au bout d’un peu plus d’un an de stage. Pfiou !
J’ai l’impression d’avoir commencé hier. J’ai l’impression d’avoir commencé il y a une éternité.
Forcément, la date de cet examen, ça tombe mal. Avant la fin du mois, j’ai toutes les déclarations sociales à établir pour tous les organismes. Les déclarations annuelles. Avec obligation de vérifier chaque bulletin de paie à la loupe, parce que le logiciel n’est pas fiable et que je suis un peu trop perfectionniste.
Et puis le début d’une année civile, pour certaines entreprises, correspond au traitement des chiffres de l’année, le Bilan.
Le mois prochain, dans un mois pile poil, je passe l’examen final. Et pour cela, j’ai un énorme boulot qui m’attend et qui bien entendu s’ajoute à mon quotidien familial et professionnel.
Déjà que je trouvais ma vie bien remplie, je ne sais pas comment je vais pouvoir pousser les meubles et faire de la place à la préparation et à la révision de ce grand moment.
Mais il le faut. Donc, mes apparitions risquent d’être plus aléatoires.
Quand je disais que je détestais janvier février …
11 janvier 2008
Le sourire d'Isi
Isi a toujours été jolie et souriante.
Nous passions des heures à regarder ses albums photos la représentant bébé, puis petite fille. Puis brusquement jeune fille. Rien entre.
Je me souviens de nos fou rires et des coups qu’elle me donnait sur la tête lorsque je riais un peu trop fort des positions cocasses qu’elle affichait….
Elle avait gardé un peu de cette violence, Isi, et bien malgré elle. Même en jouant, elle pouvait être très brutale et il m’arrivait de me demander si dans ses coups pas toujours retenus, il y avait toujours le jeu ou …. Une infinie colère.
Isi avait d’immenses yeux sombres, des yeux de biches, et ils pouvaient être bien plus expressifs que les miens, plus clairs, et pourtant déjà bien vivants. Ils devenaient noirs et durs lorsqu’elle me parlait de son père, de son enfance, de son mariage et des enfants perdus. Il y avait en elle une haine terrible qu’elle ne contenait pas toujours.
Isi affichait sur chaque photo, le même superbe sourire. Un sourire de star, depuis toute petite. Je n’aurais jamais pu sourire comme elle. Je lui enviais secrètement la dentition parfaite qu’elle dévoilait en entrouvrant ses lèvres, quand mon père plaignait sincèrement le bitume qui me rencontrerait le jour où je ferais une chute de trois étages. Quelle idée aussi !
Parce que je connaissais de mieux en mieux Isi, parce que je reconnaissais ses sourires sincères de ceux plus travaillés, parce que je savais que ces derniers n’étaient là que pour dissimuler la souffrance ou la colère qui la submergeait, ce n’est qu’après avoir vu et revu ces clichés noir et blanc de l’adorable enfant qu’elle était, que j’ai remarqué que seule sa bouche souriait sur les photos.
Seules ses lèvres vivaient ce superbe sourire. La plupart du temps, ses yeux restaient froids et durs. Ce regard qu’elle avait lorsqu’elle parlait de son père, elle l’arborait déjà ses premières années de vie.
Le regard qui vous dit que cet enfant a déjà perdu l’innocence de son âge, il sait. Il sait que le mal existe, mais personne ne peut l’entendre. Il le sait, mais il ne peut l’exprimer. Il le sent au plus profond de lui même, même si on ne lui a jamais encore expliqué ce qui était bien ou mal, à part tirer la langue ou péter à table.
Il a déjà cette connaissance en lui, et il la garde en lui. C’est bien là le plus terrible. Garder en soi ce savoir, le cacher au fond d’une boite sombre, l’ignorer jusqu’à l’oublier, et le voir ressurgir dès que le mal revient à la charge.
La plupart du temps, ses yeux étaient tristes, horriblement tristes, à vous parcourir l’échine de frissons. Et ce n’était pas la perte d’un doudou qui remplissait ses yeux de chagrin, ce n’était pas une dispute avec sa petite copine d’école. C’était bien plus secret, bien plus terriblement secret.
Isi, même en plein été, était toujours vêtue de pantalons et de tee shirt à manches longues.
Ce petit détail serait passé inaperçu pour un étranger, mais je n’étais plus une étrangère. Et à si souvent feuilleter son album avec elle, de nouveaux éléments s’offraient à moi.
Isi, enfant, passait pour un garçon manqué. Ce qui lui a permit de porter très longtemps des vêtements longs. Mais sous les vêtements, ce n’était pas le corps d’une petite fille de dix ans qu’elle protégeait.
J’ai compris que ses larmes lorsque nous feuilletions ses albums photos n’étaient pas dues à la nostalgie de ce joli temps de l’innocence. Quelle innocence ? Alors un jour, en prenant mon courage à deux mains, j’ai demandé à Isi en plaisantant, en pleine bataille de coussins, « mais c’est quoi ce regard que tu nous fait là ? Tu participais au casting d’autant en emporte le vent ? ».
Isi n’a pas souri. Elle m’a brutalement répondu dans son langage cru qui me transportait et me bousculait à la fois « Ah ça ? c’est mon connard de père qui avait du encore jouer au rugby avec moi, et c’était moi le ballon. Mais pas la gueule, il ne touchait jamais ma gueule, ça se voyait trop sinon. Et maman lui disait que si les voisins venaient à savoir … »
J’avais vingt ans, et déjà ces regards sans vie de mon amie lorsqu’elle était enfant me perturbaient énormément.
C’est vrai qu’Isi m'a longuement parlé des coups qu’elle a reçu, des repas plein de terreurs où la télé restait allumée avec interdiction de la regarder, de son anorexie due aux coups de poings reçus à chaque bouchée, de la honte des marques sur son corps, des retards de son père le soir et où elle souhaitait que le téléphone sonne pour annoncer sa mort … Mais je ne vais pas en parler. Les détails ne servent à rien. De longues années, j’ai repensé à l’histoire de mon amie, à cette violence physique dont elle et ses frères et sœur ont été victimes, et je pensais qu’il ne pouvait exister que cette violence sur terre, et qu’elle était la pire de toute. S’en prendre à un plus faible, à son enfant, ça me révoltait.
Des années plus tard, j’ai retrouvé ce même regard dans d’autres yeux, des yeux aussi magnifiques que ceux d’Isi, aussi sombres et aussi grands. Je l’ai reconnu ce regard, un peu tard, mais je l’ai reconnu. Je l’ai reconnu trop tard parce que je n’imaginais qu’une seule maltraitance au monde. Et pourtant, il y a d’autres maltraitances qui peuvent détruire un enfant, des maltraitances qui ne laissent aucune trace sur son corps. Des êtres humains sont capables de détruire la chair de leur chair sans même poser la main sur eux.
J’ai eu mal en redécouvrant ce regard, mal parce qu’il me rappelait mon amie. Mal surtout parce que cet enfant se tenait devant moi, en chair et en os, et que j’aimais cet enfant.
J’ai eu mal de lire dans ses yeux tout ce qu’elle gardait à l’intérieur, tout ce qu’elle hurlait en silence, tout ce qu’aucun de nous n’avait entendu.
Cet enfant a eu beaucoup plus de « chance » qu’Isi, et a été reconnu enfant maltraité. Elle a eu beaucoup plus de « chance » qu’Isi, elle a reçu l’amour d’une mère et d’un père, un vrai. Elle a eu beaucoup plus de « chance », elle a été prise en charge. Mais je connais bien sa maman, elle ne s’en remettra jamais de n’avoir pas deviné, même si elle sourit presque autant qu’Isi aujourd’hui.
Parce que cet enfant, comme Isi, elle est et restera une enfant maltraitée. Ses plus beaux souvenirs d’enfance sont souillés de cette violence, qu’elle soit verbale ou physique. Et je sais que la nuit, même les vieux fantômes combattus reviennent hanter ses rêves. Et je sais qu’en dedans, elle hurlera toujours.
Et puis Isi, aucun juge ne l’a soustraie à son père malgré les marques sur son corps.
Un jour, Isi a eu 13 ans. Elle était jolie et formée. Et son père a été le premier à s’en apercevoir.
C’est ce que m’a raconté mon amie, lorsque j’avais vingt ans. Et devant mon air horrifié, elle a joliment haussé les épaules et m’a dit « c’est comme ça, c’est la vie. »
Et nous avons repris notre bataille de coussins en riant aux éclats. Mais nos yeux, je ne crois pas qu’ils riaient.
10 janvier 2008
La peur
Timousse vient de développer une toute nouvelle angoisse.
Jusqu’à cet été, il s’endormait avec une veilleuse. Parce qu’il se réveillait la nuit, pratiquement toutes les nuits pour boire un verre d’eau et que cette petite lueur le rassurait.
Depuis cet été, il ne se réveille plus la nuit, plus une seule fois, nous avons donc supprimé la veilleuse avec son accord.
Seulement voilà. Depuis les vacances de Noël, Timousse vit de véritables angoisses qu’il n’est pas toujours capable d’expliquer. Peut être sont elles arrivées avant, et ne les ai-je pas vues. Mais là il faudrait être totalement aveugle pour ne pas les remarquer.
Le soir du nouvel an, nous étions chez des amis dans la cuisine, à préparer des toasts pendant que Timousse jouait avec le fils de la maison, (j’aime bien ce terme, le fils de la maison) à peine plus âgé que lui. Ils étaient dans la chambre, juste à côté de la cuisine, et Timousse était en train de retirer ses chaussettes pour enfiler ses chaussons. Pour jouer, son copain farceur l’a enfermé dans la chambre, dans le noir, mais la farce n’a pas duré plus d’une minute. Parce que les hurlements de Timousse étaient tellement angoissés que pour ma part j’en ai eu des sueurs froides et que nous nous sommes tous précipités à sa rescousse. J’ai retrouvé Timousse par terre au milieu de la pièce, handicapé par ses chaussettes à demi retirées, rouge pivoine, tremblant de la tête aux pieds. Nous voilà bien, partagés d’un côté pour calmer un petit terrorisé, de l’autre côté pour rassurer un autre à peine plus grand qui s’est retrouvé tout con de voir sa blague tourner ainsi à un mini drame.
Il m’a fallu un bon moment tout de même, pour apaiser mon fils. Son petit corps était secoué de mouvements saccadés incontrôlables. Mais Timousse a fini par retrouver son calme. Et les deux monstres sont repartis jouer, rassurés l’un et l’autre, et dans la lumière. L’incident était clos et oublié. Je précise que Timousse n’a pas eu besoin de cet incident pour avoir peur du noir, elle a toujours existé cette peur.
Cependant, les angoisses se multiplient. Celle du noir bien entendu. La veilleuse a reprit du service, la porte doit rester ouverte, le rideau à peine tiré.
Timousse a commencé à me montrer des déco de noël qu’il a installé lui-même dans sa cabine, et qui aujourd’hui l’effraient. Nous les avons retirées ensemble. Il ne voulait plus rentrer seul dans sa cabine pour allumer la lumière le soir, et m’a montré la raison de ce refus, des images représentant les personnages de ses derniers dessins animés, images qu’il avait lui-même accrochées pourtant. Nous les avons retirées ensemble, et accrochées à l’extérieur de son antre. Depuis, il veut bien entrer seul pour allumer la lumière.
Il ne voulait plus aller tout seul aux toilettes, se brosser les dents. Il a commencé par me demander de rester avec lui. Le premier soir, j’ai accepté, de toute façon je vérifie encore le brossage de dents parfois un peu trop rapide. Mais dès le deuxième jour, j’ai commencé à me sentir piégée par cette nouvelle angoisse, puisqu’il m’a fait la même demande, alors qu’il faisait jour. Et notre cabinet de toilette est équipé d’un capot, laissant passer une généreuse lumière naturelle au dessus de nos têtes. Alors quoi ? il n’y a aucun image dans cet endroit. Juste le strict nécessaire, parce que je tiens encore à ma vie et que j’ai déjà noyé notre intérieur de milliers de petits trucs inutiles, au grand désespoir de Rahan.
Alors quoi ? qu’est ce qui peut bien l’effrayer là ?
- La serviette
- Quelle serviette ?
- La serviette de papa, là, la grande. Elle me fait peur.
- Dis Lucette ? tu t’moques là ?
- C’est qui Lucette ?
- Laisse tomber. C’est quoi cette histoire de serviette ?
- Elle me fait peur je te dis.
Là, je souffle un peu parce que ça me dépasse qu’une serviette de bain totalement inoffensive effraie un petit bonhomme de six ans. Mais je prends le parti de tourner la chose en partie de rigolade. Donc j’engueule sévère la serviette devant un Timousse Hilare, et nous la retirons ensemble de la salle de bain le temps du brossage de dents.
Sauf que la serviette est revenue. Pas toute seule hein, ne vous affolez pas, nous ne sommes pas dans un savoureux roman de Stephen King !
Pour moi, l’affaire était oubliée. Mais le lendemain matin, nous allions être en retard à l’école parce que j’avais beau appeler Timousse, il jouait à Boudeuse dans la salle de bain, trois heures pour faire sa toilette. Donc, je viens voir en douce ce qu’il fabrique. Et là, je trouve Timousse tétanisé, la brosse à dents dans les mains, la bouche ouverte, Timousse hypnotisé par la serviette de bain qui avait retrouvé sa place.
Ok, on n’est pas sortis de l’histoire. C’est vrai qu’elle est franchement particulièrement moche cette serviette. J’ai toujours connu Rahan avec cette serviette, il la lave, la sèche, et la réutilise aussitôt, peut être même qu’il est venu au monde avec cette serviette Rahan, tellement il y semble attaché. Donc je l’ai toujours trouvée hideuse cette serviette, d’un mélange de vert et de marron sombres, mais bon, il l’aime sa serviette donc je garde le bonhomme avec sa serviette.
Sauf que là, nous avons un fils de six ans, et ce petit garçon est terrorisé par cette garce.
Une fois qu’il m’aperçoit, Timousse reprend son brossage de dents sans rien dire, comme si j’avais rêvé toute la scène. Mais il me demande tout de même de rester avec lui.
Dans la voiture, je lui demande de me parler de cette serviette. Il m’explique qu’il regarde les carrés, et que ça lui fait peur, mais il ne peut rien expliquer de plus. J’essaie de savoir si un dessin animé lui a fait peur, un truc que j’aurais loupé qui sait, je lui demande s’ils se sont racontés des histoires qui font peur à l’école avec ses copains. Je le rassure en lui racontant que moi aussi à son âge, des fois j’avais peur et que c’était mieux d’en parler pour trouver des solutions. Rien, il dit que non, il n’y a rien de neuf au soleil, mais il a une putain de pétoche de la serviette de son père. Nous décidons donc de virer définitivement la serviette de ces lieux. Timousse me lance un regard tellement lourd de reconnaissance que ça me fait mal au ventre.
Le soir même, j’ai regardé la chose. Effectivement, elle est faite de petits carrés. Je la trouve tellement moche que je n’avais jamais poussé l’introspection au point de remarquer ces petits carrés. J’ai viré la serviette de Rahan. J’ai montré à Timousse qu’à la place, j’en avais installé une nouvelle. Ok, moche aussi, mais bleu ciel et uniforme.
Depuis, Timousse rentre et sort tout seul de la salle de bain sans la moindre terreur dans les yeux.
Me voilà confrontée à deux problèmes.
D’abord, il va falloir que j’explique à Rahan qu’il doit faire le deuil de son immonde serviette (merci Timousse) et oui oui, je vais lui en trouver une autre.
Ensuite …. Je voudrais bien comprendre ce qui arrive à mon fils.
Depuis la serviette, c’est vrai, nous n’avons eu aucun incident. Si ce n’est qu’il conserve sa veilleuse.
Je ne suis pas certaine de bien agir à toujours vouloir apaiser ses peurs en trouvant avec lui des solutions. Ses angoisses commencent à m’angoisser, il doit le sentir, ce qui doit ajouter à son malaise. J’ai eu, enfant, à gérer tellement de frayeurs inexpliquées et inexplicables et j’ai tellement souffert de ne pas être prise au sérieux et de me dépêtrer toute seule avec, que j’essaie comme je peux d’aider Timousse à les exprimer. Je ne me moque pas, il est vraiment terrorisé, et ça me chamboule beaucoup trop, cette terreur silencieuse (peut être parce qu’elle est silencieuse justement)
Alors comme toujours, je fais comme je sens, mais je me demande si je n’ai pas tort. Si à ne pas vouloir le laisser seul face à des peurs qui le tétanisent, je ne suis pas en train de tout fiche en l’air.
Vous faites quoi avec les peurs des petits ?



