29 février 2008
La rancune
La rancune.
Nous devisions à la terrasse d’un café, au soleil bien entendu, sur la rancune.
Les personnes rancunières, ça énerve une certaine qui se reconnaitra si elle vient me lire.
Je me suis targuée de ne pas être rancunière. Toujours. C’est vrai que j’ai le « pardon » facile. C’est vrai qu’il m’en faut beaucoup pour me fiche hors de moi au point de me braquer à tout jamais. Je ne suis pas quelqu’un de méchant, j’ai même plutôt un bon fond je trouve. Sauf que faut pas faire quelque chose que j’estime moi pas du tout acceptable.
Sauf que en détaillant un peu le problème, j’ai fini par me dire que oui, j’étais rancunière. Si je me braque. Et quand je me braque, la porte est fermée. Définitivement.
Il faut donc que j’estime la personne coupable de m’avoir fait sciemment du mal pour lui en vouloir au point d’être incapable de parler d’elle ou de ce qu’elle a fait sans sentir la colère monter en moi.
Pire que de la rancune, je m’aperçois que je suis toujours en colère. Alors ce n’est pas la colère qui me nourrie, ce n’est pas la haine qui me ronge non, j’ai bien trop à vivre pleinement pour me lever chaque matin avec cette rage en moi. En fait, les personnes qui m’ont poussée dans ce retranchement, je prends garde à ne pas y penser. Ils ont rejoint certains de mes souvenirs noirs, quelque part au creux de ma mémoire et j’ai refermé la porte derrière. Néanmoins, la chose n’étant pas réglée, ma colère est toujours vivace dès que leur nom est prononcé.
Il y a peu de gens qui ont l’honneur de se trainer ma rancune au derrière.
D’abord, il y a lui qui m’a fait énormément de mal. Jamais je n’en reparlerais avec lui, il est incapable de se remettre en question. Nous irions inévitablement vers le conflit, nous ne pourrons rien résoudre, et je risquerais de perdre une personne chère à mon cœur. Parce que c’est lui qu’elle choisirait. Ou je risquerais de la blesser. Parce qu’elle en mourait si elle savait. Alors voilà, j’ai choisi le rôle de l’autruche et lui restera un éternel non-dit. Ceci dit je ne souffre pas de ce non-dit. Il y a des thérapies qui se font sans la personne incriminée. J’ai accepté mon statut de victime.
Ensuite il y a l’autre qui a voulu briser ma chair et mon sang. Si j’avais eu une once de courage, je vais vous dire, l’autre serait en tous petits morceaux éparpillés dans toutes les décharges de la terre. A sa place. Mais je n’ai pas eu ce courage et ai opté pour la distance. Sincèrement, atteindre la bassesse comme il a pu le faire, ça ne m’avait même pas effleuré l’esprit que la chose fut possible. L’autre, il est peut être la chose que j’abhorre la plus au monde. Oh oui, j’ai une immense colère qui me secoue lorsque je parle de lui. Et cette colère ne tombera même pas à l’heure de sa mort. L’autre, j’irais danser sur sa tombe si je le pouvais. Alors oui, je suis rancunière.
Enfin il y a les personnes qui ont partagé avec moi des moments de ma vie et qui me l’ont pourrie. Les méchants, pervers, puants, ce qui veulent faire du mal parce que la beauté les insupporte. Ceux là, je les ai fichu hors de ma vie avec un coup de pied au cul (c’est une image hein). Et si je ne l’ai pas fait, je les ai laissé sortir de ma vie en leur balançant le même mépris qu’ils ont eu pour moi ou pour ceux que j’aime.
Vous savez, je suis fatiguée des gens qui ne vont pas bien et qui se donnent le droit de faire chier le monde sous prétexte qu’ils souffrent. Je suis fatiguée de ces petites gens qui s’approprient le monopole de la souffrance et cherchent à faire souffrir leur entourage histoire de ne pas se sentir tout seuls dans leur merde. Ces personnes m’ont fait assez de mal comme ça mais je leur dois quelque chose : j’ai le don aujourd’hui. Je reconnais ceux de leur race assez vite et je m’en protège aussitôt. A la première glissade. Ces gens là, ils me disent intolérante et à la limite, ça me rassure qu’ils pensent ça de moi. Ces gens là, ils ne sont pas bon pour mon karma. Le jeu du fais moi mal pour que je t’aime, très peu pour moi.
Ces gens là je les mets dans la catégorie du pauvre type qui bat sa femme en lui assurant que c’est elle qui l’a poussé à ça ; de la raclure qui viole sa gosse parce qu’elle s’est promenée en sortie de bain sous son nez.
Et ces gens là, ils reviennent vers vous après un petit temps la bouche en cœur, pleins de promesses d’ivrognes. Et ces gens là, ils vous marcheront sur la gueule le jour où vous leur direz que non, les promesses vous n’y croyez plus. Ces gens là cultivent le déni. Ils vous font porter la responsabilité de leurs actes (regarde, tu fais pleurer ta mère !).
Bien. Donc, je suis rancunière. Peut être, dans une certaine limite. Mais en faisant ce point (et surtout en lisant les blogs ces jours ci) j’ai compris que cette rancune était divisée en deux parties.
Il y a la rancune/colère liés à des actes impardonnables. Et ça s’arrête là. Ok, j’estime qu’il devrait présenter des excuses en dix exemplaires, mais ces excuses ne changeraient qu’une chose : l’acceptation par mon bourreau de mon statut de victime. En aucun cas il ne pourrait obtenir mon pardon. Suis je claire ? j’ai des doutes.
Il y a la rancune/colère liée à des actes pardonnables. Et ma rancune est tenace tant que la personne qui m’a fait du mal ne vient pas reconnaître devant moi et ouvertement qu’il m’a fait ce mal et ne vient pas s’en excuser. J’ai pardonné bien des fois par amour ou par amitié. Sur un simple « excuse moi » parce qu’il était vibrant de sincérité et qu’il aurait fallu que je sois un monstre pour entretenir ma rage. Et je parle de repenti sincère hein. Je ne parle pas de manipulation. N’oubliez pas que j’ai le don, je sais les reconnaître …
Alors voilà, je suis rancunière. Bah ! j’ai aussi plein d’autres qualités.
Commentaires
Une longue note pour dire que t'es normale en somme ! (ça faisait longtemps que je n'étais pas venue te lire et ça me manquait tes longues notes ! Sourires...)
et puis la rancune ne fait de mal qu'à la personne qui la ressent, l'individu visé n'en a rien à faire tellement il est occupé de sa petite personne !
Bien sûr que tu es pleine de qualité ! Qui en doute ?? ;-)
des bises !
J'aimerais tant avoir le "don" moi aussi...
Moi aussi j'ai connu quelqu'un qui "a voulu briser ma chair et mon sang".Et moi aussi j'ai opté pour la distance.Je pense lui avoir pardonné maintenant.Mais j'ai un regret: ne jamais avoir pu l'affronter avant de prendre la fuite...
merci merci !
tu as mis des mots sur un malaise que je vis depuis ma rupture avec Pépita (mon ex meilleure amie ha ha) , je ne suis pas rancunière non plus mais quand c'est fini (et il en faut bcp) rien à faire, c'est fini ...
bisous et encore merci car j'avais vraiment du mal avec cela ...
:-)
parfois je me demande si la rancune c'est pas mieux que le "faire semblant de rien"... il y à quelque chose de vrai et franc dans la rancune. Je pense que le côté positif, c'est de nous resotuer nous même par rapport à la façon dont nous souhaitons vivre nos relations.... Ce qui fait mal c'est souvent la trahison qu'on a ressenti....
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