04 mars 2008
C'est notre histoire
Boudeuse et moi, depuis un ou deux ans, avons des relations ascenseur. J’ai beaucoup de chance, nous atteignons rarement le premier étage, et lorsque ça arrive, nous n’y restons que très peu. Le temps que l’une de nous deux enfonce le bouton de n’importe quel étage.
Je déteste l’ascenseur pour la bonne raison que je suis claustrophobe. L’idée panique de me retrouver coincée entre deux étages me fait bien souvent préférer la montée de dix étages à pied plutôt que m’y engouffrer.
J’ai toujours beaucoup de chance, Boudeuse et moi ne restons jamais coincées entre deux étages. Nos disputes sont rares, et notre colère tombe aussi vite qu’elle est montée.
Néanmoins, je dois dire que je déteste tout autant l’ascenseur que notre relation ascenseur. Parce que mine de rien, elle me perturbe et je me trouve souvent démunie. Je la vois toujours en petite fille fragile que je dois protéger et si vous pouviez la voir, vous auriez ce même élan protecteur vis à vis d’elle. Mais je me fais violence pour la laisser grandir. Il m’arrive de « laisser courir » certaines de ses remarques pour éviter le conflit. Non par lâcheté mais juste parce que je me dis que là, ses paroles ont certainement dépassé sa pensée et que ce sera assez difficile à gérer pour elle lorsqu’elle le réalisera. Et elle le réalise souvent assez vite.
Boudeuse, elle peut jouer la toute petite fille immature aux réflexions si enfantines qu’il m’arrive de douter de son âge. Mais Boudeuse, elle continue à me scotcher lorsque nous nous jetons à corps perdu dans une conversation d’adultes qu’elle est tout à fait capable de suivre. Il y a une maturité en elle, depuis longtemps, que peu de son âge possèdent. Une gravité aussi, face à certaines situations qui m’effraie parfois, peut être parce que je sais d’où cette gravité est née.
Il m’arrive de l’observer silencieusement, et dans ces moments là mon cœur de maman se gonfle d’orgueil. Parce que je sais ce qu’a traversé ma fille, parce que son apparente fragilité cache une force insoupçonnable, parce qu’elle s’est battue là ou d’autres seraient tombés, parce qu’elle a réussi à se forger une personnalité malgré les embuches. Et je me dis que cette ado à la jolie coupe « visu », c’est moi qui l’ai mise au monde, qui l’ai nourrie, qui me levais la nuit au moindre bruit suspect, qui l’ai tenue de longues heures dans mes bras même endormie, pour prolonger un peu plus le contact, qui ai soigné ses premiers bobos et ses chagrins d’amour. Je me dis que c’est moi sa mère, et que tous ces combats valaient la peine. Que je les mènerais à nouveau sans hésiter, rien que pour la voir telle qu’elle est aujourd’hui.
Alors oui, nous vivons une relation ascenseur, et je n’aime pas l’effet ascenseur.
Mais ces jours-ci, nous avons atteint les sommets du plus grand gratte-ciel du monde et la vue y est superbe. J’ai gardé en moi tous nos plus beaux souvenirs communs, ces quinze dernières années. Bientôt seize. Et je sais que ce que nous vivons actuellement a déjà sa place dans ma boite à souvenirs. Ceux où elle me joue des morceaux de Hotel California à la guitare … où elle pose sa tête sur mon épaule sans aucune raison, où elle me laisse l’agripper lorsque le héros du film court un grand danger, où elle me dit qu’elle m’aime, où elle reste un peu plus tard pour me raconter sa journée, où elle m’écoute lui parler de la mienne, où elle souri lorsque je lui dis que je l’aime, où je nous sert une tasse de thé, où elle recherche un geste tendre comme lorsqu’elle était toute petite.
Donc finalement, y’a du bon dans la relation ascenseur. Et je ne garde que le bon. Et c’est Boudeuse.
Ze t'aime maman
J’ai fait un drôle de rêve qui ne l’est pas du tout, drôle. Je ne sais pas si tous les rêves ont une signification et je ne sais pas si j’ai envie de la connaître dans ce cas précis.
Je rentrais de promenade avec Timousse, une voisine était avec nous. Je croulais sous les paquets comme toujours, plus mon appareil photo en bandoulière, mon téléphone dans la main …
Et puis juste à l’entrée du ponton, Timousse a fait mine de trébucher sur une annexe que je me demande bien ce qu’elle faisait là, de rouler dessus, et de plonger dans le port.
Comment dire ? n’importe quel témoin aurait vu une chute accidentelle, mais moi je sentais bien (et chaque geste de Timousse me le prouvai) qu’il avait sciemment provoqué cette chute. Il l’a fait en me provoquant, en me regardant droit dans les yeux. C’est du moins la sensation que j’ai.
Toujours est-il que je n’étais pas du tout paniquée, juste agacée. Comme lorsque Timousse se traine par terre dans la rue pour s’amuser tain c’est dégueu par terre relève toi !
Mais mon Timousse, là, il avait plongé dans le port. Je ne ressentais rien à part l’agacement. Ni peur, ni inquiétude, ni … et puis mon regard se pose sur mon appareil photo dans sa sacoche, en train de flotter sous le ponton. Je me demande bien comment c’est possible, il aurait du couler à pic. Là, je suis très en colère. Je me dis que j’ai très peu de temps pour le récupérer avant que l’eau salée ne l’engloutisse.
Pendant ce temps, mon fils se démenait pour rester à la surface, et je n’en avais absolument rien à faire, seule m’importait la méthode que j’allais utiliser pour récupérer mon appareil en douceur. J’avais la sensation qu’il flottait par miracle et que le moindre geste brusque allait le faire sombrer au fond du port.
C’est là qu’intervient ma voisine (je n’arrive pas à me souvenir si Timousse hurlait ou pas dans mon rêve) elle est très remontée contre moi et en même temps choquée elle hurle « mais enfin qu’est ce que tu attends ? ton fils va se noyer ! »
Et moi, je commence à paniquer mais juste parce que je m’aperçois qu’en fait, mon appareil est toujours en bandoulière sur moi, qu’il passe derrière ma nuque, et que c’est mon téléphone qui est tombé à l’eau et est foutu pour de bon. Et au fond de moi, je suis très en colère après Timousse « c’est de ta faute ! je vais perdre tout ce que j’ai parce que tu as fait l’andouille ! »
Ma voisine continue à me hurler que je dois plonger pour sauver mon fils. Et moi je ne pense qu’à une chose, il faut qu’elle m’aide à retirer mon appareil photo, il est coincé dans mon blouson. Et puis je dois retirer tout ce que j’ai sur moi si je dois plonger. Et poser mon sac à main, il y a mon argent à l’intérieur. Je sens qu’elle m’arrache tout ce que j’ai sur le dos et là, je me décide enfin à regarder vers Timousse parce qu’une sorte de vague de panique m’envahit. Je vois mon fils sous l’eau, je vois clairement tout le haut de son corps, il ne bouge plus, les bras tendus vers moi et (tain j’ai vraiment énormément de mal à écrire tout ça moi !) et je vois son visage tourné vers moi, il a les yeux grands ouverts et on dirait qu’il me parle mais ses lèvres ne bougent pas. Et ses yeux, vous savez ses yeux, ce sont eux qui me parlent. Ils me supplient, ils me demandent pardon, ils me disent qu’il ne me comprend pas pourquoi je le laisse mourir.
Je plonge enfin, en me disant qu’il est trop tard que je ne saurais jamais le réanimer. Il ne respire plus quand je le remonte à la surface, et moi je hurle qu’il va respirer, je suis certaine qu’il est encore vivant et je hurle tellement que je me réveille assise, hystérique, et en larmes, avec Rahan qui tente désespérément de m’empêcher de me blesser tellement mes gestes sont brutaux.
Je saute aussitôt du lit et je cris que j’ai laissé mon fils se noyer pour sauver mon appareil photo (je n’ose même pas imaginer la tête de Rahan) . Je saute si vite que des vertiges me prennent mais je me dirige quand même en titubant vers le lit de Timousse.
Il est là, allongé, il respire doucement, il respire le calme et la douceur d’un tout petit plongé dans le sommeil. Je respire son odeur là, au creux de son cou, je sens sa chaleur d’enfant, je me glisse à côté de lui et le couvre de baiser. Il ouvre un œil « c’est déza l’heure de se réveiller maman ? »
Et moi je lui répond non, en reniflant, je lui dis juste que j’avais envie de lui faire un bisou, qu’il doit se rendormir. Il se retourne doucement « ze t’aime maman ».
Ca m’a fait encore plus mal. Je suis retournée me coucher et j’ai terminé ma nuit à pleurer sans pouvoir expliquer mon rêve à Rahan tant il me révoltait.
Je ne trouve jamais les mots qui pourraient dire combien j’aime mes enfants. Ils peuvent compter les fois ou ma main a dépassé ma colère et je trouve ça dingue d’avoir à me justifier aujourd’hui de tout ce que j’éprouve pour eux, de tout ce que j’ai déjà été capable de faire par amour eux, de tout ce que je me sens capable de faire, de tout ce que je mets en œuvre au quotidien pour leur rendre la vie douce.
Ze t’aime maman, il me disait qu’il m’aimait et moi je venais de le laisser mourir.