07 mars 2008
Solidarité
Quand j’ai besoin de réconfort, d’être rassurée sur moi en général et en particulier, j’ai la fâcheuse manie de me tourner vers Rahan.
Pourtant, je le sais que je ne devrais pas ! Rahan, c’est l’homme le plus merveilleux que je connaisse, le plus doux le plus affectueux et le plus attentionné mais question réconfort il se paye un zéro pointé à chaque interro.
Faut bien être mauvais quelque part. Et dans ce domaine, il est plus que mauvais. Notez qu’il en est conscient. Donc il fait des efforts. Des fois.
Lorsqu’il sent que la conversation va prendre une tournure attention- égo-surdimensionné-de-Kali-à-ménager-puissance dix-carressage-dans-le-sens-du-poil-à-mettre-en-place je vois toutes ses petites diodes d’alerte virer au rouge et il enrichi automatiquement son vocabulaire.
Parce que faut dire que nos conversations, en temps normal elles se transforment très vite en :
- un monologue super varié avec le ton et tout et dans le premier rôle ma petite personne d’un côté
- et d’un autre côté quelques onomatopées savamment étudiées par Rahan, qu’il sait toujours placer là où il faut et quand il le faut pour donner l’impression à son monologueur qu’il suit bien toute la conversation. Ah-bon-oui-non-je-sais-pas.
Donc, quand les diodes d’alerte virent au rouge, Rahan diversifie ses onomatopées.
Hier soir, j’étais en pleine remise en question spatiotemporelle, est-ce que ce que je fais est bon pour nous, bon pour les enfants, est-ce que je n’en demande pas trop à tout le monde ? est-ce que je ne suis pas trop difficile à vivre ?
Rahan a prit des cours du soir. Pour se donner le temps de répondre à une question dont la réponse va, quelle qu’elle soit, déclencher une guerre nucléaire, Rahan répète la question que je lui pose et il a répète très lentement.
Est cccccccccccce queeeeeeeeeeeeeeeee tuuuuuuuuuuuuuuuuuuu eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeees trooooooooooooooooooooooooooooop diiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiffiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiile ààààààààààààààààààààààà viiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiivre ?
Il sait que je vais détailler un peu plus. Du coup, il répond par des ah-bon-oui-non-je-sais-pas, prononcés mécaniquement et pendant ce temps toute la machine à penser se met en branle pour que malgré mes questions existentielles, la soirée se passe toute douce.
- Ben oui quoi, est ce que je suis chiante à vivre quoi. Est ce que toi par exemple, toi tu me trouves chiante à vivre au quotidien ?
- Nooooooooooooooooooooooooooooon ! pas du tout ! (admirez le progrès !)
- Mouais tu n’es pas très convaincant là. Est ce que tu me trouves chiante quoi ? Est ce que par exemple je te fais chier si tu as envie de sortir ?
- Ben non … De toute façon, je ne sors pas.
- Ah oui effectivement. Mais je ne t’emmerde pas si tu veux t’acheter un truc rien que pour toi.
- Ben non … de toute façon je n’ai pas besoin de grand chose
- Tu m’aides pas là, faudrait un peu plus de bonne volonté de ta part. Trouve un truc où je suis chiante !
Non mais sans déconner ? vous avez déjà rencontré une nana aussi tordue qui exige que son mec trouve un truc chiant chez elle hein ? et ben voilà ! vous ne pourrez plus le dire !
- Ben oui mais si je te dis que t’es pas chiante avec moi, c’est que je ne te trouve pas chiante.
- Ah. Tu précises avec toi. Ca veut dire que je le suis avec d’autres ? (quoi je suis chiante ?)
- Non
- Je suis chiante avec les enfants ?
- Non
- Ah
- Pas trop
- Quoi pas trop ? je suis chiante avec les enfants moi ?
- Non. Pas trop
- Donc je le suis
- Pas trop
Tain ! je suis peut être chiante, mais je trouve que j’ai une patience d’ange moi quand je veux obtenir des réponses à mes questions !
- Oui ben pas trop, ça veut dire que je le suis. Et en quoi je suis chiante avec les enfants ?
- Je sais pas (ah ah ah ! retour aux onomatopées trop facile !)
- Ben si, si tu dis que je suis chiante (pas trop) c’est que tu as une idée.
- Ben je crois que c’est l’heure de manger là, on en parlera plus tard. Et puis y’a des oreilles.
Effectivement, Timousse et Boudeuse étaient sortis silencieusement de leur cabine, et nous écoutaient religieusement. Boudeuse était visiblement la plus déçue.
- Ben moi j’aurais bien aimé connaître ton avis sur la question, parce que si tu n’as pas de réponse, je peux donner quelques idées …
- Boudeuse ? est ce que tu as déjà entendu parler de la solidarité féminine ?
- Non !
- Bon. A table !
J’espère que si je vous dis que je n’ai pas (encore) réussi à en savoir plus, j’espère que ça vous frustre. Parce que moi, j’en suis restée à ce stade de la conversation et que je n’ai rien réussi à savoir de plus.
Et en plus, ma fille a passé le repas à se marrer sous cape dès que je croisais son regard !
Donc vous ferez comme moi, vous attendrez le prochain numéro pour savoir en quoi moi, perfect woman, il est possible d’envisager l’éventuelle possibilité que je puisse être chiante avec mes enfants.
Fragile
Suis pas toujours inspirée, mais j'avais envie de particper au nouveau thème des impromptus. Ici http://www.impromptus.fr/dotclear/index.php
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Il est des mots qui vous collent à la peau depuis toujours et vous pouvez vous débattre et les combattre, rien n’y fait. Dans mon village, nous sommes le fils de, la fille de, le frère de et parfois même la mère de …. Mais jamais nous même.
En ce qui me concerne, j’ai toujours été la petite fille de mon grand père à tel point que mes parents m’ont baptisée de son prénom. J’ai grandi dans son ombre et elle était si grande, si imposante, que mon teint pâle proteste dès les premières caresses du soleil.
J’ai grandi dans l’ombre d’un homme que je n’ai jamais connu si ce n’est à travers les histoires que les vielles aimaient à raconter à la veillée, couvrant à peine de leurs voix chevrotantes le crépitement du feu de bois. Cet héritage était bien lourd à porter pour la petite fille fragile que j’étais.
Fragile, c’est ainsi que chacun aimait à me qualifier. J’étais maigre et plus petite que la moyenne et les jours de grand vent, mon oncle glissait des cailloux dans mes poches pour que je ne m’envole pas. J’y croyais à la force de ces cailloux, je les enveloppais dans mes tous petits poings et marchais tête basse jusqu’à la grille de l’école en priant Dieu de me protéger des bourrasques.
Fragile j’étais, parce qu’il ne se passait pas un jour sans que je ne fonde en larmes. Mes amies m’appelaient la fontaine et comptaient les heures où mes yeux restaient secs.
Et puis j’ai grandi, suis devenue adulte, mais aujourd’hui encore, lorsqu’on parle de moi c’est le mot fragile qui revient encore et toujours. Il leur est difficile de me libérer de ce cocon protecteur dans lequel ils m’ont enveloppée.
Un cocon si épais qu’il a étouffé quelques traumatismes qui se rappellent à mon souvenir les nuits de cauchemar. Des traumatismes auxquels mon grand père n’aurait peut-être pas survécu. Malgré toute sa force.
Ne vous fiez pas aux apparences, les êtres les plus fragiles portent en eux une force abyssale que vous ne pourriez même pas soupçonner. J’ai survécu à l’inacceptable dans toute ma fragilité.