Au fil de l'eau

"Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants."

26 mars 2008

La date de péremption était dépassée

Je préviens tout de suite je participe au nouvel exercice d'écriture des Impromptus : là http://www.impromptus.fr/dotclear/

Le but étant de commencer son texte par :

...

La date de péremption était dépassée et ce n’était pas la première fois que ça arrivait. Tu vois, si ça s’était produit pour la toute toute première fois, j’aurais laissé coulé. Oh bien entendu, je lui aurais collé une trempe pour qu’elle comprenne mais pas trop forte. Juste pour marquer le coup. Parce que tu vois, il n’y a que comme ça que les règles sont intégrées avec elle.

Un chien, tu l’éduques comme un chien. Il pisse, tu lui colles le museau dedans tu lui barbouille bien la truffe de son urine jusqu’à ce qu’il pige le coup. Faut qu’il comprenne qui est le maître. J’avais un pote qui m’aidait à les dresser mes chiens dans le temps. Il débarquait chez moi quand ils étaient encore tout petit genre peluche comme ils les aiment les petiots.

Mon pote, il débarquait comme ça sans prévenir un matin et les chiots lui faisaient une fête d’enfer à chaque fois alors que c’était la première fois qu’ils le voyaient. C’est con un chiot, ça comprend pas grand-chose tant que ça n’a pas pris sa dose de rouste. Alors le pote, il jouait avec eux deux minutes pas plus, juste histoire de se les fourrer dans la poche. Et que j’te gratouille sur le ventre, et que j’te chatouille derrière les oreilles … comme ça ils étaient en confiance tu vois ? Et puis il avait toujours un bout de lard sur lui pas trop gros pour leur petite mâchoire, c’est qu’il savait y faire mon pote avec ces bestiaux pour faire ami - ami.

Il attendait qu’ils aient avalé la moitié de leur bout de lard juste la moitié pour que ça fasse bien effet pour qu’ils aient eu le temps d’apprécier ce qu’ils avaient dans leur gueule et puis il leur balançait un grand coup de rangers là juste sous leur ventre tout rond. T’as pas idée comme ça peut voler loin un chiot de quelques semaines qui se prend un bon coup de rangers dans le bide. Si le caméscope avait existé à cette époque là, on aurait fait de sacrés films et on les aurait diffusé sur votre truc là, Internet.

Enfin bon le chiot, il avait deux solutions. Ou la nature faisait son boulot et il éclatait sous la rangers splash ! comme une baudruche, ou il était costaud apprenait qu’il ne devait pas recevoir la nourriture d’inconnus.

La vie, c’est pas à coup de papouilles que tu apprends à la vivre tu comprends ? Les chiens, si je les avais chouchoutés comme vous faites tous aujourd’hui avec vos peluches vivantes, si je leur avais expliqué dans toutes les langues du monde, ils n’auraient jamais compris cette règle. Y’avait qu’un bon coup de tatane pour leur mettre du plomb dans le peu de cervelle dont le créateur les a pourvu.

Faut qu’ils comprennent qui est le maître. Comme elle, faut qu’elle comprenne. Et pourtant elle le sait que je ne supporte pas l’idée que des bactéries puissent envahir mon frigo. Ils s’emmerdent dans les usines à nous coller des dates de péremption la moindre des choses c’est de respecter leur boulot et de respecter les règles. Les règles tu comprends ? Ca se respecte !

Je reconnais que j’ai peut être cogné un peu fort. Juste un peu. Mais j’ai été surpris quand même parce qu’elle en a reçu des plus costaud sans broncher toutes ces années. Juste, elle ramassait tout ce qui traînait par terre, elle resserrait ce qui lui restait de son horrible robe de chambre sur son corps décharné, un tue-l’amour ce qu’elle planquait sous ce truc informe ! Elle reniflait un peu et puis elle passait quelques minutes dans la salle de bain à faire je ne sais pas quoi. Mais au moins quand elle ressortait, elle était présentable. Elle baissait la tête comme j’aime, elle marchait toute recroquevillée sur elle et elle se faisait oublier. C’est ce qu’elle faisait de mieux d’ailleurs. Sauf ce soir là, quand j’ai découvert les yaourts périmés.

Non mais quelle conne aussi hein ! Des fois je me dis qu’elle le fait exprès. Elle me cherche tu vois, elle me cherche. Alors il faut que je lui montre qui est le chef ici moi tu vois ? Sinon elle oublie les règles. Mais là, y’a un truc qui s’est cassé en elle quand j’ai cogné, j’ai entendu le craquement comme si tout son corps se brisait en mille morceaux.

Et quand elle a dévalé les marches et qu'elle s'est arc-boutée dans tous les sens, il n’y avait déjà plus rien à casser. Mais ils ont quand même dit que c’était l’escalier qui l’avait tuée. Tu vois, c’est pas moi !

Tiens, mouche ton nez, c’est fini maintenant.

L’assistante sociale, elle a dit que tu devais revenir vivre avec moi-même si toi tu disais non. Mais je ne t’en veux pas, tu es tout petit et c’est vrai que tu as du avoir une sacré pétoche en la voyant dévaler les marches sur la tête ta mère ! Je ne t’en veux pas si tu as dit que j’avais tué ta maman. L’assistante sociale, elle a dit, je m’en souviens très bien « mais c’est son père, il a besoin de son père ! »

Ben oui p’tit gars, je suis ton père, je suis là pour t’apprendre les règles. Sur que j’ai pas pu tout apprendre à ta mère mais toi je t’ai eu plus tôt. C’est comme les chiens tu vois, ça se dresse tout petit. Après c’est trop tard et ta mère, c’était déjà trop tard j’aurais du m’en douter.

Dans le fond, c’est pas plus mal c’est comme ça aussi que tu vas apprendre à vivre. C’est bon pour toi tu le verras plus tard. Et puis tu as six ans là hein ? tu es en CP hein ? donc tu vas apprendre à lire d’ici la fin de l’année.

Et tu feras bien attention aux dates sur les yaourts d’accord ?

Allez, viens embrasser papa.

Quelque part, je suis assez effrayée par moi-même. Mais je crois que j’avais besoin de me mettre dans la peau de l’autre « d’un personnage complètement à l’opposé de moi » comme le dit Calu pour exprimer toute ma colère et ma révolte.

Voilà, c’est fait et je pense à tous ces gamins qui vivent ça … et je les embrasse de tout mon amour.

Posté par Kaliuccia à 00:02 - Exercices d'écriture - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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