Au fil de l'eau

"Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants."

01 avril 2008

Humeur Pffffff

Lorsque j’ai reçu la convocation, je me suis dit que zut, j’avais assisté au conseil de classe de Boudeuse, j’en étais déjà sortie dans un état proche de je ne sais où et il fallait que je remette ça.

Quand j’en ai parlé à mon ami dont le fils est dans la même classe que Boudeuse « tiens, nous allons nous voir au collège ! maintenant, ils nous convoquent pour nous donner le bulletin scolaire c’est bien non ? » j’ai compris à son air surpris que nous n’avions pas tous reçu ce courrier. Parce que mon ami, il avait reçu son bulletin par la poste. Et il était drôlement fier de le montrer. J’ai compris que les parents des « mauvais élèves » étaient convoqués, avec les « mauvais élèves » en question. Et c’est con mais j’ai eu une terrible envie de pleurer.

Ben oui, on a beau savoir que sa gosse ne fou rien en classe et en fait encore moins chez elle, il n’en reste pas moins que lorsqu’on est confronté à son bulletin, ça fait mal. C’est le côté « officialisé » qui fait mal. C’est le je te retourne le couteau dans la plaie qui fait rejaillir la douleur. Et il faut tourner hein, des fois qu’elle cicatrise cette putain de plaie.

Pffffffffffffffffffff.

Voilà, je suis sortie pfffffffffffffff du boulot hier, j’ai roulé pffffffffffffff j’ai marché jusqu’au collège pffffffffffff.

J’en ai un peu plein le cul de passer des nuits blanches et agitées à tourner et retourner l’avenir de ma fille, de ressasser et de tourner les situations dans tous les sens sans trouver la plus petite solution.

Je suis rentrée au collège pfffffffffffffff

J’ai cherché ma fille des yeux … elle n’était nulle part. Je suis arrivée 15 mn en avance, et la cour était presque vide pffffffffffffff.

Et puis en 5 mn, les parents sont arrivés par grappe. La cour s’est noircie de monde, on se reconnaissait pour certains, on se retrouvait. Et ça y allait des bonnes excuses  qui expliquaient le manque de travail de son enfant « son grand père est mort, j’ai un nouveau travail, on a déménagé, on a divorcé … » Quelque part, j’ai eu une pensée pour les profs qui allaient recevoir des milliers de malheurs dans la tronche, parce que c’est dur de dire tout simplement « oui, je sais, mon enfant n’y arrive pas ». Et puis c’est quoi mon excuse pour Boudeuse hein ? C’est à elle d’expliquer son bulletin, pas à moi. Des mamans m’ont dit que ça ne les consolait pas mais que de voir tout ce monde les faisaient se sentir moins seules. Si l’ont peut dire. Moi j’avais l’impression de porter tout le poids de ma solitude dans toute cette foule de solitude.

Prof principal nous a « invités » à entrer en classe comme s’il s’adressait à ses élèves. Froidement, l’heure était grave. Nous étions cinq parents convoqués dans cette (très bonne) classe les cinq dernières roues du carrosse. D’autres classes comptaient au moins les trois quart des élèves. Glups.

Alors on s’est pris un joli savon, que les résultats étaient décevants depuis le début de l’année, que ce n’était pas un accident mais un état constant, que les notes au brevet blanc étaient catastrophiques, que nous devions réfléchir ensemble à l’avenir de nos enfants parce que NOUS n’avions pas le droit de NOUS tromper dans NOS choix. Et moi pendant ce temps, j’inondais Boudeuse de SMS pour qu’elle rapplique en salle à la seconde.

Prof principal s’est adressé à moi, m’expliquant que Boudeuse, elle lui glissait entre les mains, qu’il avouait ne pas comprendre. J’aime cette franchise mais … j’sais pas quoi faire de cette grande nouvelle. J’ai appris que le dernier conseil de classe c’était fin mai … c’est quoi ce bordel dites ? il leur reste à peine un mois (parce qu’on a les vacances plus les jours fériés en mai) pour le dernier trimestre ! Donc les jeux sont faits, rouge impair et manque, la décision doit être prise.

On est sorti avec la promesse de prendre rendez-vous à la rentrée, pour un délicieux tête à tête parents/prof principal.

Boudeuse et sa copine de classe nous attendaient devant la porte. Prof de je ne sais plus quelle matière avait refusé de les laisser sortir du cours alors qu’il était stipulé sur la convocation que la présence de l’élève était indispensable.

Les deux mamans devant, les deux filles suivaient timidement derrière  nous. Boudeuse me dit

-          Bon maman, tu le savais déjà pour mes notes puisque tu étais au conseil de classe

-          Oui, mais on s’est un peu fait engueuler pour vous là, moi je sors bousculée de ce type de confrontation, il faut que je digère maintenant.

Nous avons souri toutes les quatre, d’un sourire jaune.

-          Et bien ! on dirait que vos notes vous amusent mesdemoiselles ?

Discrètement, je demande à Boudeuse qui est ce … type.

-          C’est le nouveau principal maman, s’il te plait maman, reste cool maman.

Ah mais je suis cool.

-          Bonjour Monsieur le principal. Je suppose que votre position vous amène à côtoyer régulièrement des ados de cet âge ? Moi je pense que ce que vous avez vu sur les visages de nos filles, ce sont des sourires gênés et ils n’ont pas grand chose à voir avec des sourires de bien être.

-          Oui bien entendu, mais il y a des élèves qui ne semblent pas prendre conscience de la gravité de la situation. Et des parents non plus.

-          Oh si,  nous en avons conscience, mais ce n’est pas pour ça que nous avons la solution baguette magique aux problèmes qu’ils rencontrent dans leur scolarité. Et si nous nous moquions réellement de l’avenir de nos enfants, pensez-vous que nous quitterions notre travail à 15h00 pour venir chercher leurs bulletins catastrophiques ?

-         

J’allais m’en aller quand je me suis ravisée.

-          Au fait, je tiens à vous dire que vous avez eu une très bonne démarche cette année, et que c’est une excellente idée de convoquer les parents d’élèves en difficulté pour leur remettre en mains propres les bulletins et en discuter.

Néanmoins, il serait utile de faire passer l’information aux professeurs, beaucoup ont refusés de laisser sortir les élèves alors qu’ils étaient convoqués. C’est dommage qu’ils ne puissent être présents lorsqu’on parle de leur avenir.

Principal a promis de revoir le système d’ici les prochaines convocations.

Mais quelque part, je m’en fou parce que quoi qu’il arrive, Boudeuse ne pourra pas tripler et ne mettra plus un orteil dans ce collège. Par contre, où elle ira, c’est une autre histoire.

Et je suis sortie toujours aussi pffffffffffff le cœur gros comme une pastèque. Confrontée à une ado dont le seul souci du moment est de savoir comment elle va bien pouvoir s’habiller demain.

Je suis fatiguée. Boudeuse est larguée et Boudeuse ne fait rien pour s’accrocher.

Je m’en fou de savoir si bidule était super nul au collège et s’est réveillé une fois arrivé au bac, je m’en fou de savoir que le cancre de la classe de machin a aujourd’hui un boulot dans lequel il s’épanouit. Je m’en contre tape d’apprendre que truc qui avait 0,8 en Français est aujourd’hui un grand écrivain. Bidule truc ou machin ne sont pas Boudeuse. Et je m’en bats tout ce que vous voulez de savoir que le système n’est pas adapté à ces enfants là.

Il faut être parent d’un enfant différent pour comprendre ces moments difficiles, ces moments où on vous balance dans la tronche que votre gosse là, ben on ne sait pas quoi en faire, on ne le comprend pas, on le pousse discrètement par la petite porte, qu’il est inadapté.

Je sais que je radote et que je passe mon temps à tourner la situation dans tous les sens et c’est bien pour ça que je me contente ces jours ci de participer à des exercices d’écriture, ça me soulage les neurones de faire autre chose. Je sais que son avenir, c’est Boudeuse qui le prendra en main je sais qu’elle est jeune et qu’elle a encore des chemins à suivre. Moi j’ai l’impression d’avoir tout donné et tout essayé pour qu’elle s’en sorte et le résultat est là. Ca n’a rien changé. Faut que je digère tout ça, faut que je surmonte le malaise que cause mon impuissance. J’ai déjà réussi à foutre la paix à ma fille, mais à l’intérieur de moi, c’est un véritable chantier et je n’en suis qu’aux fondations. Et puis pour ne pas emmerder Boudeuse avec ça, faut bien que je me défoule quelque part non ?

Mais moi, j’ai encore le droit d’avoir mal à mon petit cœur de maman non ?

Posté par Kaliuccia à 13:35 - Nous - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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