Au fil de l'eau

"Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants."

05 mai 2008

Tant d'amour à partager

(Je pique les mots de Pandora qui explique très bien le jeu, trouve-je.

Une lettre à double usage puisqu’elle a à la fois été écrite pour Paroles plurielles http://coumarine2.canalblog.com/ mais aussi pour participer aux vendanges poétiques de la cause des causeuses http://la_cause_des_causeuses.typepad.com/la_cause_des_causeuses_/ . La consigne est d’écrire une lettre à qui vous voulez, dont le thème est « l’éloge de l’autre ».

Moi je ne suis pas sortie des sentiers battus (pardon pardon) et je n’ai trouvé que ces mots, mais ils sont miens et c’est déjà ça :-)

Je ne me souviens pas que  tu me l’aies dit mais j’entend encore ces  « je t’aime » qui ont bercé mon enfance.  Ni  que tu m’aies serrée contre toi et pourtant je me sens encore bercée dans tes bras.

J’ai le souvenir de ton baiser tendre et chaud que j’emportais dans mon sommeil mais j’ignore si j’ai créé celui de ta voix douce fredonnant des airs enfantins.

J’ai ancré en moi ton regard anxieux lorsque tu posais une main fraîche sur mon front brûlant. Tu venais d’un temps où la fièvre emportait les êtres aimés, je le savais. Et moi je voulais retenir cette fièvre et que durent ces instants où tu n’étais qu’à moi.

J’ai grandi dans ton amour et il était si fort que les mots n’étaient pas nécessaires, tout en toi me le chantait. Ta main qui essuyait mes larmes lorsque mes chagrins d’enfant étaient trop gros, ta main qui préparait mon gâteau d’anniversaire, ta main que tu passais dans mes longs cheveux avant que je ne parte à l’école, ta main qui tenait la mienne lorsque nous marchions dans la rue.

Tout cet amour que tu ne m’as pas dit, il m’a portée. Un amour muet qui m’a aidée à traverser bien des épreuves, à aimer la vie, à donner l’amour comme j’ai reçu le tien.

Beaucoup te pensent fragile mais moi je te sais forte. Il te fallait l’être pour vivre ce que tu as vécu et rester debout, toujours. Pour survivre aux souffrances de tes enfants.  Tu m’as protégée à ta façon même si je ne l’ai pas toujours compris. Si je t’ai idolâtrée toutes ces années, au moins aujourd’hui es tu redevenue humaine, je sais tes erreurs, celles que je ne commettrais pas.

Si je devais dire mon plus beau souvenir d’enfant, je répondrais « l’amour de ma mère. Il était partout, dans chacun de ses gestes ».

Me voici mère à mon tour. Et pour la première fois, tu as dit m’aimer. Comme il était doux de l’entendre. Tu as dit m’aimer et tu m’as prise dans tes bras. Comme il était doux de te sentir.

Aujourd’hui, lorsque je dis à mes enfants combien je les aime, je lis dans leur regard ce que tu as du voir dans le mien, il y a bien des années. Alors je ferme les yeux  ta voix s’enroule à la mienne, j’ai à nouveau dix ans, tu me prends dans tes bras et tu me dis « je t’aime ».

Merci d’avoir été cette maman.

Je t’aime.

Posté par Kaliuccia à 22:40 - Exercices d'écriture - Commentaires [30] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Premier week-end en mer

Premier week-end en mer depuis des mois.

Quand j’ai su vendredi que nous allions sortir, plus rien ne pouvait me bloquer au port.

Lorsque je suis rentrée les bras chargés de courses vendredi soir, j’étais radieuse et déjà loin de ma ville dans ma tête. Boudeuse vient gentiment m’aider à porter les paquets et non, Boudeuse n’a rien à me demander, Boudeuse est dans sa bonne période.

Je lui annonce que nous larguons les amarres samedi matin, elle me répond « ah ça va pas être possible, j’ai cours de guitare samedi après midi ».

Vous avez déjà vu un gosse qui a commandé au père Noël une voiture de pompier et qui ne la trouve pas dans ses milliers de paquets cadeaux ? vous l’avez déjà vu, ce gosse capricieux piquer sa crise de nerf parce qu’il n’a pas LE cadeau ?

Non ? ben essayez d’imaginer.

Ce gosse, c’était moi. Moi je n’ai entendu que « ça va pas être possible ». Comment ça, ça va pas être possible ?

Je n’ai pas décoléré de la soirée.

Comment ça ? je paie des cours à ma fille, je l’ai inscrite le MERCREDI exprès pour que ses mercredis après midi soient agréablement occupés, pour répondre à une de ses passions, pour ne pas toucher à nos précieux week-end des beaux jours …. J’ai payé l’intégralité du mois d’avril et tous les cours ont été annulés (je ne veux pas savoir pourquoi) et pour rattraper le retard dont ILS SONT responsables, ils nous balancent un cours de rattrapage le SAMEDI qui plus est un samedi en plein milieu d’un pont ! (que je n’ai pas fait mais ça, ils ne sont pas censés le savoir). Merde alors ! de qui on se moque ?

Moi j’étais en crise, et Boudeuse me répondait « bon ben ça va t’énerve pas hein ! »

Et puis j’étais aussi agacée par Boudeuse qui m’annonce ça la veille au soir, quand je ne peux plus rien organiser (à part annuler ma sortie en mer ce dont il n’était pas question) et qui ne sait même pas à quelle heure elle est censée avoir cours ! ça c’est l’organisation de ma Vénusienne préférée.

Début avril, elle apprend qu’elle aura cours un 3 mai, même pas elle regarde à quel jour ça correspond, même pas elle se renseigne sur l’heure, ses copines la préviendront dans les temps. Et moi, je m’adapte. Ben  non. Je ne m’adapte pas.

J’ai passé la soirée à demander à Rahan si j’avais raison (ou pas) de m’énerver ainsi. Pas une seconde Rahan n’a démenti.

Boudeuse me regardait sans trop bien comprendre, faut dire qu’elle n’avait pas encore pris son yop. Et moi je continuais qu’on bossait toute l’année, qu’on avait eu des journées merdiques cet hiver avec coup de vent sur coup de vent, qu’on ne sait pas encore de quoi sera fait le mois de mai, alors quand je sais que je peux sortir, faut pas me parler d’un cours de guitare en plein milieu pour me garder scotchée au port, ou je pète une durite.

Et Boudeuse de me dire « bon ben c’est bon, j’appelle mes copines. De toute façon, c’est une répétition générale, je connais mes notes, je réviserais toute seule ne t’en fais pas ».

Même pas eu le temps de chercher une copine qui pouvait me l’héberger samedi, elle avait trouvé sa solution. Et là, elle m’a scotchée.

Le lendemain matin, nous voici sur les flots, un bon petit vent idéal (sauf qu’on l’a dans le nez, donc on se tape la traversée au moteur). Boudeuse se lève et là je me dis que nous allons passer un difficile week-end.

Non parce que Boudeuse, vous voyez, depuis deux ans, partir avec nous ce n’est plus trop son truc. Et elle fait la gueule de se retrouver, je la cite « en pleine mer sans eau ni électricité »

….

….

Ca fait super plaisir hein ?

Bientôt, on va m’envoyer les services sociaux moi avec ce que je fais subir à mes pauvres enfants !

Et bien non. Boudeuse n’a pas fait la gueule. Au contraire. Elle était radieuse. Souriante et agréable dès le réveil.

A tel point que je me suis mise à culpabiliser dès 10 heures du matin. Mon caprice voiture de pompier m’est revenu à la figure vlam ! comme un boomerang. Je suis une mauvaise mère égoïste qui a privé sa fille de sa répétition générale de guitare parce que j’avais décidé de sortir. Et c’est bien la première fois que je fais passer mon plaisir avant les obligations liées aux enfants. Et c’est la première fois que je laisse assumer à 100% à Boudeuse ses « oublis ». Je n’en reviens pas d’avoir fait ça ! J’ai culpabilisé tout le week-end et Boudeuse s’est payé ma tête.

Vous savez ce qu’elle m’a dit ?

Elle m’a dit « ça doit te plaire de culpabiliser, je ne vois pas d’autre explication. Même quand je te dis que tout va bien, tu culpabilises. Alors ça doit te manquer si tu ne trouves aucune raison pour culpabiliser. Moi, je suis bien. »

Et elle a montré qu’elle était bien pendant deux jours. Elle a même voulu barrer le bateau, s’est intéressée aux bases de navigation, a posé un milliers de questions intelligentes (qui ne commençaient jamais par pourquoi) elle m’a vraiment sciée ! Elle a voulu aller à la plage avec nous, elle s’est occupée de son petit frère, a révisé sa guitare (j’adore, j’adore quand elle joue) et a participé à tout. Elle a été le pot de miel du week-end.

Et dimanche soir, je l’ai serrée fort contre moi tellement j’étais ravie de son attitude, tellement elle a été adorable et sympathique et douce et …. Tellement elle a été ma fille.

Alors je lui ai dit combien j’étais heureuse qu’elle soit elle. A toujours me surprendre. Ca me fait oublier tous les moments plus difficiles.

Vous savez, sur un bateau, l’espace est si confiné qu’il suffit qu’un fasse la gueule pour que l’atmosphère soit pesante. Mais à l’inverse, il suffit d’une humeur radieuse pour que toute la famille se détende. Et Boudeuse, c’était notre rayon de soleil du week-end.

Posté par Kaliuccia à 17:17 - Nous - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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