06 mai 2008
Sur le dos du dragon
La nuit où j’ai volé sur le dos du dragon, cette nuit là tout a commencé. La fête foraine battait son plein et la foule se bousculait pour accéder au nouveau manège pour adultes. "
« Sensations fortes assurées ! » Hurlait l’animateur dans son micro. « Venez tous découvrir notre nouvelle attraction, entrez dans le monde magique des légendes médiévales, attention ! Âmes sensibles s’abstenir ! Laissez vous emporter …. »
Je lui aurais bien arraché son micro des mains, et sa langue avec pour qu’il se taise enfin, mais je me suis contenté de me concentrer pour que mon esprit chasse ses cris et ainsi ne plus l’entendre. Je suis très fort à ce jeu là, je suis très fort pour isoler mon cerveau de toute action néfaste et perturbante. Je l’ai toujours fait, depuis tout petit. Il le fallait.
Un flot de têtes, de troncs, de bras et de jambes se précipitait vers les dragons et autres monstres moyenâgeux pour les prendre d’assaut, laissant à peine le temps de s’en extraire des corps titubants aux regards hébétés. Sensations fortes. Je me suis contenté d’attendre patiemment mon tour. J’ai tout mon temps, j’ai toute la nuit.
Mon flegme a enhardi quelques petites évaporées qui n’ont pas hésité à chaparder ma place, ne laissant derrière elles que l’effluve de leur parfum entêtant. Je leur aurais bien arraché leur vêtement et leur peau avec, pour que cette odeur provocante disparaisse. Je me suis contenté d’ignorer leur sourire faussement contrit. Mon tour viendra. J’ai tout mon temps, j’ai toute la nuit.
Et mon tour est venu. J’ai pris place sur le dos du dragon, aux côtés d’un couple dégoulinant d’un amour écœurant. Ils se pressaient l’un contre l’autre mélangeant leurs salives goulûment comme si leur vie en dépendait, en attendant le départ. Je leur aurais bien arraché …
Le manège s’est ébranlé, les détachant l’un de l’autre, ils n’ont pas eu besoin de moi. Et le dragon a prit son envol, sans un froissement d’ailes. En cet instant, tout a disparu. Le blabla de l’animateur, les lumières de la fête, le couple insatiable, les hurlements de terreur, le crépitement des flashs, la structure même du manège. Il n’y avait que lui et moi, le dragon et moi, ma monture et moi, nous faisions corps, nous n’étions qu’un et je fermais les yeux pour laisser l’ivresse m’envahir. Je volais. J’étais libre enfin. Et le monde tout entier était à mes pieds, gesticulant. Oh oui ! J’étais le maître du monde.
C’est alors que je l’ai vue, elle, une des évaporées. A vrai dire je l’ai sentie. Elle s’agrippait à moi comme la rescapée d’un naufrage, plantant ses ongles dans mon avant bras. Jusqu’au sang. Je la regardais brailler silencieusement, bouche ouverte, yeux exorbités. Je regardais le sang sur mon bras et ses griffes plantées dans ma chair. Et brusquement le silence s’est tu, laissant place à ses hurlements, aux beuglements de l’animateur, aux cris d’effrois, à ma souffrance ... le tout me frappait en plein fouet.
Ma voisine ne lâchait pas sa prise, se rapprochant comme si elle voulait se fondre en moi. Sa pression s’est fait caresse, je n’ai plus senti la douleur. Juste une douce chaleur dans le bas ventre. Sa chaleur. Elle m’allumait ! Elle a levé vers moi des yeux énamourés sans cesser de hurler. J’ai fermé ses cris de ma bouche tandis que mes mains serraient son cou, à peine de quoi lui faire perdre connaissance, jusqu’à ce qu’elle tombe inerte dans mes bras.
. . .
La foule n’a vu qu’un homme portant sa compagne un peu trop sensible.
Dans le silence de sa voiture, assis derrière son volant, il regarde longuement la silhouette lointaine de son nouvel ami, fier et majestueux et il se fait la promesse de revenir très vite voler avec lui. Très vite. En retenant une grimace, il passe une main rugueuse sur son avant bras. Celui-ci ne porte pas la moindre trace. Pas une seule goutte de sang.
Ce sont ses gémissements qui le tirent enfin de sa torpeur. Il caresse doucement les longs cheveux blonds et dit d’une voix basse « ne sois pas si pressée ma douce, je vais m’occuper de toi, nous avons tout notre temps, nous avons toute la nuit.»
Alors que la nuit les grignote, le hurlement qu’elle pousse n’a plus rien d’humain. Mais il ne l’entend pas. Il est très fort à ce jeu là.
Et voilà, c'était ma participation à l'atelier des impromptus littéraires http://www.impromptus.fr/dotclear/
Commentaires
Brrrrrrrr... Excellent et terrifiant !
Ah ben oui, fectivement t'es folle de nous pondre des notes pareilles. Et moi, de les lire de bon matin.
Tu peux en refaire d'autres hein ! Je viens de lire un auteur qui s'est essayé au thriller avec succès (si on se base sur le nombre de ventes) et qui n'a pas la moitié de ton talent dans le genre. Enfin c'est mon avis à moi, la critique est plutôt bonne il paraît...
Tu peux te lancer dans le roman de terreur, tu es bien partie là ! Gloups
Tu es...
Odieusement bonne dans l'horrifique !
hihihihihihi...
PoutouxXx
À faire frémir, vraiment!
ouai...
...hum, me suis inquiétée...vraiment! me suis dit, ayé, tu disparais quelques mois et tout bascule. Kli change d'orientation sescuelle, vole sur un DRAGON et se met à tuer des gens!!! Corne, couuuuuurrrrs tant qu'il est encore temps, fuis pour sauver ta peau petite gazelle INNOFENSIVE!! hum, c'était avant la phrase en bleu. N'empêche t'es bizarre...m'inquiète pour rahan jesus, planeuse boudeuse et tit mousse trois pommes...LES PAUUUUUVRES.
allez, des bises grosses comme mes fesses.
Tu me sidères. Tu es vraiment très douée tu sais. Vraiment.
bon... comme t'es la 2e ... j'ai compris que ce n'est pas l'effet des tites pilules roses (ou vertes ? non ? blueues ? bref...)
dis donc : t'es gorre toi ! qu'est ce qu'il a fait (ou pas fait ?) Rahan pour que t'es des envies de meutre comme ça ? hum ? ;-)
en tout cas... belle imagination
gros kiss
Tu m'as foutu les miquettes! Et pas qu'un peu!
Mais bravo, impec comme d'hab!
J'aime de plus en plus ta plume chère Kli
Gros bisous et au prochain frisson!
A vous
Merci pour vos appréciations (eh oui, je dois être folle mais j'aime ça hé hé)
En plus, ça a fait sortir de leur réserve deux silencieuses que je ne lisais plus depuis un moment. Je recommencerais ;-)
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