Au fil de l'eau

"Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants."

23 mai 2008

Respect

Je me disais il y a peu de temps que j’étais beaucoup entourée de personnes qui vont mal dans leur vie, qui vont mal dans leur couple, qui vont mal dans leur peau.

Le mal du siècle ? la conjoncture ? je n’en sais rien, c’est comme ça.

Moi, les deux fois où j’ai quitté le compagnon qui partageait ma vie, je l’ai fait avec pertes et fracas.

Mes ami(e)s, ma famille ont découvert « l’histoire » le jour où j’ai bien voulu la mettre au grand jour, le jour où je suis partie. Il n’y a jamais eu de sonnettes d’alarmes à l’extérieur, même si  certains pensaient que nous étions mal assortis, personne ne se doutait de rien.

Tout le monde est tombé sur le cul les deux jours où, ma valise à la main j’ai annoncé « ayé, je l’ai quitté, maintenant je vis ici ».

Je fonctionne comme ça, mes emmerdes de couple sont mes emmerdes de couple. Enfin je fonctionnais. Aujourd’hui, après ma dispute annuelle avec Rahan, je convoque une ou deux amies, je dégueule bien toute ma colère et ma rancœur, je me sens plus légère (et elles, bien emmerdées avec tout ça) et je vais mieux. Aujourd’hui, ce que je n’aime pas chez Rahan, j’en parle avec elles et il n’est pas un Dieu, juste un homme que j’aime.

Autour de moi, beaucoup de couples souffrent, se font mal, se défont, s’éloignent et je le vis au quotidien.

Je voudrais parler de ces personnes que nous connaissons tous et toutes, qui depuis des années vivent des montagnes russes dans leur couple. De ces amies qui nous racontent au café ou lors de soirées filles combien leur bonhomme leur devient insupportable, combien leur vie devient vide ou trop pleine de souffrance, ces amies à qui on meure d’envie de dire « putain mais quitte ce mec ! » Et on peut changer les sexes dans l’histoire, l’inverse arrive aussi.

Moi j’en ai des autour de moi des comme ça, qui depuis des années sont au bord de la rupture mais qu’un petit quelque chose empêche de franchir le pas. Je les comprends parce que j’ai vécu la même chose qu’elles, sauf que je taisais ce vécu.

Ces personnes, elles peuvent agacer une grande partie de leur entourage, donner la sensation de se complaire dans la situation, de ne rien faire pour s’en sortir, de certainement être maso pour accepter de vivre ça … c’est tellement facile de juger hein ? Et bien souvent, ceux qui jugent et ne comprennent pas que Julie n’arrive pas à se décider à partir, ceux là même sont les premiers à désapprouver Julie le jour où elle se décide à franchir le pas.

Je voudrais parler d’une personne en particulier que je connais depuis quelques années et qui depuis quelques années avant qu’on ne se rencontre vivait déjà une situation de couple très difficile. Quoi elle est pas claire ma phrase ?

On a parlé des heures toutes les deux, des heures de son histoire et bien des fois la seule solution qui semblait salvatrice était la séparation. Pourtant, elle restait. Et je peux vous dire que parfois, ça me dépassait. Qu’est ce que je voyais de mon côté ? une femme qui n’était pas aimée comme elle aurait du être aimée, une femme qui ressemblait un peu trop à celle que j’étais 15 ans plus tôt, une femme qui laissait son compagnon l’effacer.

Il prenait toute la place. Et ça me chiffonnait de plus en plus. Il prenait toute la place en ne lui en laissant aucune. Vous allez me dire qu’elle a laissé faire. Peut être. Mais des fois, le choix ne se présente pas. Les choses s’installent comme ça d’elle même, petit à petit ; c’est un travail de longue haleine, minutieux, ça s’appelle de la manipulation et quand vous êtes confronté à quelque chose que vous ne maitrisez pas (parce que ce n’est pas votre façon de fonctionner) et bien ça vous dépasse.

S’était installé dans ce couple, tranquillement, une sorte de compétition. Dès qu’elle excellait dans un domaine, quel qu’il soit, il finissait par s’y lancer. Et la nature l’ayant doté d’un don particulier, cette passion qu’il a usurpée, il la maîtrisait à chaque fois à la perfection. Et qu’est ce qu’elle a fait ? elle s’est effacée. Elle a mit son don à elle en sommeil pour le laisser lui exposer le sien. Elle lui a laissé toute la place et elle n’a rien dit. Moi ça m’a mise en colère et je le suis toujours, parce que je l’ai vécu. Tout pareil. Et que personne ne mérite qu’on devienne invisible pour le laisser briller.

Surtout ne vous avisez pas à juger ça, vous seriez bien dans la merde si vous aviez à vivre des années comme ça. Ne vous avisez pas à juger l’un ou l’autre, je vous explique juste ce que c’était pour vous parler de ce que c’est maintenant.

Elle était pratiquement totalement et physiquement dépendante de lui. Comme moi, longtemps sans permis de conduire dans une ville où sans ce petit papier, on ne fait pas grand chose pour ne pas dire rien. Et du coup, je me rends compte que plein de copines sont restées longtemps sans permis comme moi (Tonga Soa, Barbasucre …) je dois m’entourer de personnes qui me ressemblent un peu …

Jusqu’à la cuisine qu’elle ne faisait pas, parce que lui maîtrisait plus que tout le maniement des casseroles. Et c’est vrai que nous étions tous ébahis devant ce mec « qui sait tout faire ». Ca vous fait saliver hein les filles ? et bien prenez un mouchoir et essuyez moi ce filet de bave, l’envers de la médaille n’est pas toujours très rose.

Elle disait détester cuisiner et c’était certainement vrai, elle disait mal s’occuper de ses gosses et le croyait tout aussi certainement, un peu comme ces gens qui vivent à côté de leurs mômes en ayant la sensation de ne rien partager avec.

Cette nana, parce que je peux vous dire que c’est une putain de nana, elle a un jour prit son courage à deux mains, elle a décidé de vivre sans son mec … depuis toutes ces années à vivre un peu dans son ombre. Un peu j’ai dit. Parce que bon, faut pas que déconner non plus, elle a quand même une putain de personnalité, ce n’était pas la femme soumise, elle affirmait une certaine indépendance que moi même je n’ai pas. Oh là là ! que c’est dur des fois de décrire une personne sans vouloir donner une fausse image. Enfin bon, ce n’est pas la fille effacée non parce que j’ai l’impression que c’est ce qui ressort de ce que je dis. Pas du tout effacée. Mais effacée par lui quand même. Indépendante dans sa tête et dans ses actes et dans ses convictions, et s’affirmant, mais dépendante matériellement parlant … enfin bon c’est compliqué, débrouillez vous pour trier, vous devez bien connaître quelqu’un comme ça.

Cette nana donc, elle a fait le pas. Ca, c’est pour dire à celles qui ont peur de le faire que c’est possible. Et non, ce n’est pas pour se coller dans l’ombre d’un autre gars, c’est juste pour entrer dans sa propre lumière. Elle vit enfin des moments apaisés avec ses enfants, elle gère les tensions et fabrique une nouvelle et très belle relation. Elle fait la cuisine et non je ne vous filerais pas son adresse, parce que je voudrais rester son cobaye attitré encore quelques temps, c’est le monde à l’envers puisque je lui pique des idées de recette. Elle est parti un week-end, seule avec ses gosses, sans le moindre confort matériel, un truc que moi je ne ferais même pas aujourd’hui, je vous le dit de suite, et surtout pas sans Rahan, j’aurais bien trop la pétoche de prendre la voiture seule pour une si longue virée et elle leur a offert des souvenirs merveilleux. Elle refait son intérieur à son image. Elle gère seule les affaires qu’il gérait lui. Elle va jusqu’à envisager sérieusement un changement professionnel. Je pourrais vous parler pendant des heures de tout ce qui change en elle, tant la transformation nous laisse toutes, nous ses amies, sans voix.

Moi j’ai l’impression d’assister à neuf mois de grossesse et j’ai la merveilleuse sensation que je vais avoir bientôt le privilège d’être aux premières loges le jour de sa naissance. Parce que la femme qu’elle devient, je peux vous dire qu’elle est vraiment belle.

Je me souviens qu’un jour, je parlais d’elle avec sa meilleure amie et qu’elle m’avait dit « le jour où elle se réveillera, ce sera l’explosion ». Elle était loin de la vérité. Vous voyez, même si ils décident de revivre ensemble ces deux là, elle ne sera plus jamais celle qu’elle était. Elle sera celle qu’elle est aujourd’hui. Et je crois qu’il aura beaucoup de chance s’ils retombent amoureux de l’autre. A moins que ce ne soit un autre qui ait cette chance. En attendant, cette chance ce sont ses enfants qui en profitent.

Alors je ne sais pas vous, mais il n’y a qu’un mot qui me vient à l’esprit. Et ce mot, c’est respect.

Faudra peut être qu’un jour j’arrive à lui dire tout ça.

Posté par Kaliuccia à 13:39 - Nous - Commentaires [35] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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