26 mai 2008
Bataille nocturne
Pour le dernier atelier d’écriture des impromptus, http://www.impromptus.fr/dotclear/ j’ai un peu triché. Etant incapable d’écrire une histoire drôle, (ben oui, il fallait écrire un texte drôle pour faire sourire le général) j’ai décidé de participer cette semaine en leur envoyant une note aux couleurs de mon blog, du vécu hélas … arrivé pas plus tard qu’hier.
Dans la marine, on dit Amiral.
Deux heures du matin, je suis épuisée. Je ferme le capot au dessus de ma tête, puis glisse doucement le panneau de la descente sans faire trop de bruit pour ne pas réveiller les trois dormeurs. Le carré est sécurisé, je laisse la pierre de sel allumée et vais prendre une douche avant de me coucher.
Depuis que le Sirocco s’est levé, le grincement des amarres est insupportable. Il couvre même les ronflements de Rahan. C’est dire.
Quelques minutes plus tard, je viens ouvrir la porte des cabines des enfants pour la nuit. Merde, je suis crevée. Je ne vais dormir que quatre heures cette nuit encore. Le panneau de la descente est grand ouvert. Je reste interdite, la brosse à dents dans ma mains, et regarde le panneau en tentant de me rappeler si je l’avais bien fermé ou non. Je gravis les quelques marches de la descente. Mon imagination débordante me susurre à l’oreille qu’un tueur en série vient de rentrer chez nous et qu’il a fait exprès de laisser tout grand ouvert pour ajouter à ma frayeur. C’est qu’ils aiment ça, épouvanter leurs victimes avant de les découper en petits morceaux …
Je me suis toujours dit que si un jour nous devions être agressés par de potentiels sadiques, je serais d’un héroïsme digne de Bruce au féminin. Je les laisserais s’approcher et puis je leur donnerais un coup de manivelle sur la tête, ou un coup de couteau de cuisine dans le gras du ventre, le tout en silence pour ne surtout pas réveiller les enfants. Héroïne, oui, mais maman avant tout.
J’essaie de me convaincre que j’ai cru fermer le capot, mais la scène ressemble un peu trop aux films qui passent en deuxième partie de soirée à la télé ces jours-ci. Le cœur battant, je commence à verrouiller .. quand une ombre se dessine sur le fumé du capot, une hombre humaine dont la main se pose sur la fargue m’empêchant de tourner le verrou.
J’ai oublié l’héroïsme, Bruce, la manivelle et le couteau de cuisine et j’ai poussé un hurlement rauque. Oui, rauque. Parce que je fume. Donc, il est rauque mon hurlement. De toute façon, ça tombe bien qu’il soit rauque mon hurlement, je déteste ceux que poussent les victimes blondes, longilignes, belles et stupides dans les films d’horreur. Ca me crispe. Presque, j’en arracherais la hache des mains du sadique pour les achever à sa place et les faire taire. De l’autre côté du panneau, le hurlement de mon agresseur, parce qu’il hurle lui aussi, me glace sur place. J’en dégringole de la descente sans le quitter des yeux, tout en continuant à hurler. Rauque, oui oui, toujours rauque. Je vois clairement son corps nu qui tente d’ouvrir le capot de la descente. Nu !J’y crois pas ! il est déjà prêt pour l’acte. Il va donc me violer, et Rahan qui ne se réveille pas !
La serviette que j’avais nouée façon pagne autour ma poitrine vient de glisser à mes pieds. Et me voilà nue moi aussi. Y’a pas, j’ai décidé de lui faciliter le travail ! Qu’importe, je me battrais jusqu’à la mort. Sans toujours penser à chercher la manivelle ou le couteau de cuisine, je retiens le panneau de mes petits bras musclés. Et l’autre ver dehors, il s’acharne toujours, « putain mais c’est moi ! ouvre moi ce putain de capot ! » En plus, il est grossier ! mais je panique tellement qu’il faut un certain temps pour que mon cerveau analyse ces quelques mots. Moi qui d’abord ? Depuis quand les copains débarquent t-ils à poil à deux heures du matin en tentant de forcer ma porte d’entrée ?
Un visage déformé par la colère se glisse dans l’ouverture, un visage bien connu, très très bien connu. Oui, vous l’aurez deviné, c’est bien mon Rahan qui se bat contre moi depuis quelques minutes, mon Rahan nu sur le pont du bateau … et dire qu’ils ont posé des caméras sur le port qui filment jour et nuit …
S’en suit une suite de mots vociférés par chacun de nous deux, étrangement les mots que nous proférons sont les mêmes « mais t’es complètement malade ! mais ça va pas de hurler comme ça ? Mais t’es complètement taré (e) ! »
Pause. Attendez voir. Je rêve là ou pas ? il vient de me foutre la pétoche du siècle mon homme, là, que si j’avais un pacemaker, il aurait implosé avec effet d’aspiration, il a failli me faire mourir de peur (même que si j’avais été Bruce au féminin, il se serait prit un coup de manivelle sur la tête) ET EN PLUS IL M’ENGUEULE ?????
Nous sommes tellement en colère tous les deux que nous en oublions l’heure, les enfants, les voisins, la ville, les tueurs en série et jusqu’à Bruce.
J’ai envie d’attraper quelque chose et de le briser à terre. Mais nous avons jusqu’aux assiettes incassables. Et là je vous arrête tout de suite. Rahan n’a pas investit dans un service incassable à cause de mon putain de caractère, ou dans l’éventualité qu’un jour il me foute tellement la pétoche que je lui balancerais une assiette en porcelaine de Guy à travers les dents, non. Je vous rappelle que nous vivons sur un bateau. Un bateau, ça bouge.
Bref, ne trouvant rien à mon goût que je pourrais jeter à la figure de Rahan QUI EN PLUS M’ENGUEULE, je ramasse ma serviette humide et la jette furieusement dans sa direction.
Comme je vise super bien, elle atterri directement sur la tête de Timousse. Qui la retire doucement. A ses côtés, Boudeuse et son éternel air consterné.
Elle détaille notre intolérable nudité froidement, puis dans un pincement de lèvres nous murmure
- C’est un nouveau jeu sexuel ?
- C’est quoi un zeu sessuel ?
- C’est rien ! allez vous coucher tous les deux ! vous avez école demain !
- Oui ben la prochaine fois, louez le bateau d’en face pour répéter votre scénario !
- C’est quoi un scénario ?
- ALLEZ VOUS COUCHER !
Lorsque mes enfants ont enfin eu la décence de retourner à leur couche, j’ai posé un regard noir sur Rahan qui lui même ne décolérait pas. Dignement et toujours nue, je lui ai tourné le dos pour aller me coucher non sans virer rageusement au sol la couette, son oreiller, et tout ce qui trônait sur le lit.
Pendant quelques minutes, j’ai entendu Rahan s’énerver sur les amarres pour les empêcher de grincer. Le silence enfin revenu, j’ai fermé les yeux en tentant de me plonger dans le sommeil.
Rahan a ramassé la couette, son oreiller et tout le reste, puis il s’est glissé tout contre moi. Mais moi, je boudais toujours.
- Mais tu ne te souvenais pas que tu avais fermé la descente ?
- Tu pourrais au moins enfiler un caleçon !
- Mais j’ai enfilé une caleçon ! tous les voisins étaient sur leurs bateaux …
- Ahhhhhhhhh ! je ne veux pas savoir !
Ce matin, je n’ai pas entendu le réveil, c’est Boudeuse qui m’a réveillée.
- Alors maman ? la nuit fut longue ? Quand je vais raconter ça à mes copines …
- TU NE VAS RIEN RACONTER A TES COPINES ! Il avait un caleçon d’abord !
En partant à l’école, Timousse me regardait curieusement et je n’ai pas du tout aimé. Autant je peux faire confiance à ma fille, elle aura bien trop honte pour raconter ça à ses amies, autant j’ai très peur du résumé que Timousse fera de cette folle nuit à ses copains, à sa maîtresse ….