Au fil de l'eau

"Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants."

29 mai 2008

Coup de vent

Des fois, je me dis qu’on vit dangereusement.

La tempête de 1999, ce fut le premier mémorable coup de vent que nous avons connu dans notre ville. Et encore, ce n’était rien comparé à ce que le reste de la France a connu. Je me souviens que notre ponton avait été coupé en deux, un trou d’un mètre et des poussière en plein milieu de la panne. Et c’étaient nous, les habitants de la panne, qui avions réparé la chose en utilisant nos chaines de mouillage parce que personne n’était là ce jour là à part nous pour le faire.

Cette tempête m’a rappelée à de très mauvais souvenirs, de notre séjour de 18 mois en haute Corse. Nous vivions à bord et au port comme si nous étions en pleine mer. Rien ne trainait sur la table, rien ne trainait tout court. La télévision était retenue par des sangles … c’est dire. Et vivre dans ces conditions avec une gamine de 3 ans … vivre tout court dans ces conditions, ce n’est pas une vie. Nous étions vissés à la météo marine tous les soirs. Un jour, j’ai dit à Rahan que si c’était ça, vivre sur un bateau, je me mettais en quête aussitôt d’un appartement. Entre les coups d’ouest où le bateau était couché (une fois il s’est carrément encastré sous le ponton en béton) ; les coups d’est où la mer rentrait dans le port et les jours de pétole (orthographe ?) où les rares sorties en mer se faisaient au moteur, il y avait de quoi dégoûter de cette vie.

Donc, arrivés plus au sud de l’île, lorsque les gens nous disaient qu’il y avait du vent, nous nous amusions follement. Nous, nous appelions ça de l’air. Il y a un peu d’air, oui.

Sauf en 1999. Sauf aussi la semaine dernière.

Coup de Sirocco assez balaise, de ceux que nous avons d’ordinaire en été, à nous offrir deux nuits blanches (plus une trouille d’enfer racontée deux notes plus tôt). Les deux premiers jours de ce vent, tout à bien tenu le coup. Au troisième jour, les catastrophes ont commencées.

Un bateau de pêche a coulé à pic, un plaisancier s’est noyé alors qu’il allait vérifier le mouillage de son voilier (l’annexe s’est détachée, il a plongé pour la rattraper … putain y’a vraiment des morts trop connes !) et le port …. Ralala le port …

Des voiliers au mouillage ont commencé à chasser (personne à bord) et sont allés s’écraser sur des bateaux qui eux étaient amarrés au port et se pensaient en sécurité. Des amarres ont cassé net, deux bateaux sont allés s’échouer sur la plage.

Fin d’après midi, le Sirocco a enfin décidé de s’en retourner d’où il venait. Nous en étions tous à épousseter et laver la poussière qui s’était incrustée partout. Début de soirée, le vent s’est levé à nouveau, surprenant tout le monde puisque pas du tout prévu. Un vent frais, venu d’ouest, avec de fortes rafales. Tout pareil, mais dans l’autre sens. Certaines installations portuaires n’ont pas du tout apprécié la renverse.

En témoigne cette magnifique passerelle qui a plongé direct au fond des eaux troubles, isolant le ponton du reste du monde.

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Impossible pour les occupants de ce ponton de revenir à terre, plus d’électricité, les câbles ont cassé sous le poids de la passerelle. Plus d’eau non plus. Les robinets ont explosés sous le choc, et il nous a fallu un moment de recherche pour trouver la trappe et couper net les geysers d’eau douce et potable qui se déversaient dans la mer. Parce qu’encore une fois, il n’y avait que nous.

Sur le ponton voisin, c’était moins pire mais pas plus gai. La passerelle s’est déportée et tenait sur le côté du ponton par l’opération du saint esprit (merci à lui). Je l’ai vu trop tard pour pouvoir prendre une photo. Au moment de la renverse, la plaque de béton qui reliait la passerelle au sol à été arrachée.

Sur le moment, ça pourrait ressembler à un mur qu’on aurait monté pour que plus personne ne vienne sur la panne.

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Mais vu de côté … plus de doute, la main humaine n’a rien à voir avec ça.

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Et dire qu’ils parlent de doubler le prix de nos places à l’année pour les personnes vivant à bord de leur bateau. Je crois que le jour de la discussion finale, je vais me faire un plaisir de leur montrer ces quelques photos, histoire qu’ils m’expliquent en quoi cette augmentation peut se justifier. Non parce que comme toujours, ceux qui sont intervenus pour venir en aide aux plaisanciers, ceux qui ont sauvé des milliers de mètres cube d’eau de la noyade dans le port, ce sont encore et toujours des plaisanciers. Des qui vivent à bord et qui sont toujours à l’affut d’une catastrophe. Ceux qui réparent les portes d’entrées qui explosent, ceux qui changent les ampoules grillées du ponton, ceux qui coupent les robinets d’eau ouverts par inadvertance, ceux qui referment les boitiers électriques avec fils à nus, ceux qui …

Ou alors, on leur refacture nos prestations.

Posté par Kaliuccia à 12:43 - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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