30 mai 2008
Faut vraiment que j’arrête de dire des gros mots.
Le type qui est venu passer ses vacances pour la première fois de sa vie dans le coin, parce que tout le monde lui dit depuis des années que cette île, c’est vraiment magnifique, que le mois de mai c’est totalement géant, qu’il n’a pas envie de mourir con sans jamais pouvoir dire « je connais » … ben ce type là, il doit être dégoûté de la vie.
Et puis surtout, il ne va plus jamais parler à ses potes à son retour, les super potes qui l’auront poussé à casser sa tirelire pour s’offrir des congés hors saison ici. A mon avis même, les potes auront intérêt à se planquer à son retour pendant un long moment, il risque d’être violent.
Parce que ce putain de mois de mai a été un putain de mois de mai !!!
Mais qu’est ce qu’ils foutent là-haut avec la machine à fabriquer le temps hein ? je vous le demande !
Allez voir par là : http://jacquesmaton.com/INONDATION_AJA/index.html
Après des jours entiers d’orage, après avoir eu froid qu’on en gardait nos chaussettes le soir devant la télé, après avoir eu du vent qu’on se serait cru en plein désert, puis un autre à décorner tout ce que vous voulez, nous avons eu quelque chose comme 24 heures de …. Trombes d’eau. Franchement, je n’ai pas l’impression que ce soit la première fois qu’il pleut comme ça ici. Mais alors, qu’est ce qu’il est tombé ! Par contre, c’est la première fois que je vois la ville dans cet état là. Des quartiers entiers totalement inondés, des maisons et hôtels évacués en hâte, des rues sous 1 mètre 50 d’eau boueuse, les voitures les unes sur les autres … nous nous sommes réveillés ce matin avec le bruit des sirènes. Déjà que nous la surnommons la ville des sirènes (vu que les pompiers et Samu du coin n’ont semble-t-il pas encore compris qu’ils peuvent utiliser plusieurs tons) mais alors ce matin, c’était carrément la cacophonie. On ne s’entendait pas bailler !
Courageusement, Timousse et moi avons pris le chemin de l’école à pied. Et nous avons bien fait, j’ai eu le temps d’aller, de papoter devant l’école (t’as vu ce temps ? c’est quoi ce délire ? la ville est sinistrée, tu fais quoi dimanche ?) de revenir et j’ai trouvé les mêmes véhicules toujours bloqués dans le monstrueux embouteillage, pratiquement au même endroit. Je crois que j’aurais sérieusement crisé si j’avais dû prendre ma voiture.
Chez nous par contre, tout va. Notre maison est montée au gré de la mini marée du coin, l’eau du port a prit une couleur marron coulée de boue totalement beurk mais non puante et j’ai délicieusement bien dormi au rythme de la pluie qui fondait sur les capots. Par contre ce matin, la houle est entrée dans le port et c’était légèrement moins glop. Ca bougeait.
Timousse prenait son petit déjeuner tandis que je jetais un œil dehors pour décider de la tenue vestimentaire du jour.
- Y’a des monsieurs merdeux qui se croient plus fort que tout le monde et qui font gna gna gna ze suis plus fort que toi et ze vais te casser la figure dehors ?
- Hein ?
- Ben oui ! ça bouze le bateau là !
- Et c’est quoi le rapport avec les messieurs merdeux qui font gna gna gna ?
- Ben ze demande si c’est eux qui font bouzer le bateau !
- Pourquoi tu as déjà vu des messieurs qui font gna gna gna et qui font bouger le bateau toi ?
- Ben oui ce sont ceux qui rentrent à fond la caisse avec leur bateau dans le port et qui font des vagues !
- Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! mais pourquoi tu les appelles comme ça ?
- Parce que z’avais pas envie de dire « encore un gros con qui est rentré à fond »
- …
- Ben oui toi t’es une adulte, tu as le droit de dire « gros con » mais moi ze peux pas
- Mais ce n’est pas moi qui dis « gros con », c’est papa ! ce n’est pas un mot que j’utilise.
Réflexion intense de Timousse. Yeux dans le vague, menton posé sur sa main droite.
- Ah oui ! c’est vrai tu as raison !
- Ah ! tu vois ?
- Toi tu dis « encore un connard qui va aller s’écraser la gueule sur le quai ! »
Bon euh … je crois qu’il faut vraiment que je fasse un effort sur ma façon de parler moi …
29 mai 2008
Coup de vent
Des fois, je me dis qu’on vit dangereusement.
La tempête de 1999, ce fut le premier mémorable coup de vent que nous avons connu dans notre ville. Et encore, ce n’était rien comparé à ce que le reste de la France a connu. Je me souviens que notre ponton avait été coupé en deux, un trou d’un mètre et des poussière en plein milieu de la panne. Et c’étaient nous, les habitants de la panne, qui avions réparé la chose en utilisant nos chaines de mouillage parce que personne n’était là ce jour là à part nous pour le faire.
Cette tempête m’a rappelée à de très mauvais souvenirs, de notre séjour de 18 mois en haute Corse. Nous vivions à bord et au port comme si nous étions en pleine mer. Rien ne trainait sur la table, rien ne trainait tout court. La télévision était retenue par des sangles … c’est dire. Et vivre dans ces conditions avec une gamine de 3 ans … vivre tout court dans ces conditions, ce n’est pas une vie. Nous étions vissés à la météo marine tous les soirs. Un jour, j’ai dit à Rahan que si c’était ça, vivre sur un bateau, je me mettais en quête aussitôt d’un appartement. Entre les coups d’ouest où le bateau était couché (une fois il s’est carrément encastré sous le ponton en béton) ; les coups d’est où la mer rentrait dans le port et les jours de pétole (orthographe ?) où les rares sorties en mer se faisaient au moteur, il y avait de quoi dégoûter de cette vie.
Donc, arrivés plus au sud de l’île, lorsque les gens nous disaient qu’il y avait du vent, nous nous amusions follement. Nous, nous appelions ça de l’air. Il y a un peu d’air, oui.
Sauf en 1999. Sauf aussi la semaine dernière.
Coup de Sirocco assez balaise, de ceux que nous avons d’ordinaire en été, à nous offrir deux nuits blanches (plus une trouille d’enfer racontée deux notes plus tôt). Les deux premiers jours de ce vent, tout à bien tenu le coup. Au troisième jour, les catastrophes ont commencées.
Un bateau de pêche a coulé à pic, un plaisancier s’est noyé alors qu’il allait vérifier le mouillage de son voilier (l’annexe s’est détachée, il a plongé pour la rattraper … putain y’a vraiment des morts trop connes !) et le port …. Ralala le port …
Des voiliers au mouillage ont commencé à chasser (personne à bord) et sont allés s’écraser sur des bateaux qui eux étaient amarrés au port et se pensaient en sécurité. Des amarres ont cassé net, deux bateaux sont allés s’échouer sur la plage.
Fin d’après midi, le Sirocco a enfin décidé de s’en retourner d’où il venait. Nous en étions tous à épousseter et laver la poussière qui s’était incrustée partout. Début de soirée, le vent s’est levé à nouveau, surprenant tout le monde puisque pas du tout prévu. Un vent frais, venu d’ouest, avec de fortes rafales. Tout pareil, mais dans l’autre sens. Certaines installations portuaires n’ont pas du tout apprécié la renverse.
En témoigne cette magnifique passerelle qui a plongé direct au fond des eaux troubles, isolant le ponton du reste du monde.
Impossible pour les occupants de ce ponton de revenir à terre, plus d’électricité, les câbles ont cassé sous le poids de la passerelle. Plus d’eau non plus. Les robinets ont explosés sous le choc, et il nous a fallu un moment de recherche pour trouver la trappe et couper net les geysers d’eau douce et potable qui se déversaient dans la mer. Parce qu’encore une fois, il n’y avait que nous.
Sur le ponton voisin, c’était moins pire mais pas plus gai. La passerelle s’est déportée et tenait sur le côté du ponton par l’opération du saint esprit (merci à lui). Je l’ai vu trop tard pour pouvoir prendre une photo. Au moment de la renverse, la plaque de béton qui reliait la passerelle au sol à été arrachée.
Sur le moment, ça pourrait ressembler à un mur qu’on aurait monté pour que plus personne ne vienne sur la panne.
Mais vu de côté … plus de doute, la main humaine n’a rien à voir avec ça.
Et dire qu’ils parlent de doubler le prix de nos places à l’année pour les personnes vivant à bord de leur bateau. Je crois que le jour de la discussion finale, je vais me faire un plaisir de leur montrer ces quelques photos, histoire qu’ils m’expliquent en quoi cette augmentation peut se justifier. Non parce que comme toujours, ceux qui sont intervenus pour venir en aide aux plaisanciers, ceux qui ont sauvé des milliers de mètres cube d’eau de la noyade dans le port, ce sont encore et toujours des plaisanciers. Des qui vivent à bord et qui sont toujours à l’affut d’une catastrophe. Ceux qui réparent les portes d’entrées qui explosent, ceux qui changent les ampoules grillées du ponton, ceux qui coupent les robinets d’eau ouverts par inadvertance, ceux qui referment les boitiers électriques avec fils à nus, ceux qui …
Ou alors, on leur refacture nos prestations.
27 mai 2008
Trahison
Allez hop, c'est terminé pour la semaine, voici ma participation à la consigne 70 de Paroles Plurielles à lire ici : http://coumarine2.canalblog.com/archives/2008/05/21/9269111.html#comments
Je sors du garage avec une épouvantable migraine.
Ce matin, pourtant, j’allais bien. J’ai déposé Mathilde à l’école et puis j’ai décidé de retrouver Paul. J’aime le surprendre.
Les poupées dansent paisiblement dans mon champ de vision. « Papa, maman, Mathilde » chantonne la voix de ma fille dans ma tête ; trois balles de ping-pong qui rebondissent douloureusement. La lame brille, vengeresse, lorsque je coupe la cordelette reliant les poupées au rétroviseur.
Je roule vers le studio de Sophie, la trop jolie collègue de Paul. Je la soupçonne d’être la propriétaire des cheveux blonds, trop longs pour être les miens, qui rampent sur la veste de Paul ces derniers temps.
Je n’attends pas longtemps. Je les vois tous les deux, insolemment heureux, tandis que la porte du garage s’ouvre lentement. Je m’y engouffre.
Ils se figent en m’apercevant. Il ouvre la bouche mais je ne lui laisse pas le temps de me mentir. Je le saisis à bras le corps et découpe méthodiquement ses membres un à un dans une rage froide. Ils tombent à mes pieds, dans un bruit mat. Chaque coup de lame lui arrache des cris un peu trop aigus et je le trouve terriblement ridicule. Le sang gicle, pas assez pour m’arrêter.
La courageuse Sophie s’extrait de la voiture pour s’enfuir. Elle a raison. Ma propre fureur m’effraie. Paul me dévisage, horrifié. Il étouffe un hoquet émétique. Son regard m’insupporte ; j’incise chaque œil. Et je termine par la tête, tranchée net. Ne reste qu’un tronc informe que j’enfonce sauvagement dans sa bouche. Quelques brindilles pendouillent, grotesques, au bout de ses lèvres.
Une sorte d’étau commence à faire pression sur mon crâne. Mon Dieu cette migraine ! Je m’éloigne en l’entendant hurler « tu es complètement folle ! » Et je souris.
Il faudra que je soigne la plaie que je viens de me faire sur la paume. Je n’ai jamais su me servir d’un cutter ! Je suis rentrée chez moi avec deux poupées que j’ai posées sur la cheminée. Maman et Mathilde … papa n’est plus qu’un débris.
26 mai 2008
Bataille nocturne
Pour le dernier atelier d’écriture des impromptus, http://www.impromptus.fr/dotclear/ j’ai un peu triché. Etant incapable d’écrire une histoire drôle, (ben oui, il fallait écrire un texte drôle pour faire sourire le général) j’ai décidé de participer cette semaine en leur envoyant une note aux couleurs de mon blog, du vécu hélas … arrivé pas plus tard qu’hier.
Dans la marine, on dit Amiral.
Deux heures du matin, je suis épuisée. Je ferme le capot au dessus de ma tête, puis glisse doucement le panneau de la descente sans faire trop de bruit pour ne pas réveiller les trois dormeurs. Le carré est sécurisé, je laisse la pierre de sel allumée et vais prendre une douche avant de me coucher.
Depuis que le Sirocco s’est levé, le grincement des amarres est insupportable. Il couvre même les ronflements de Rahan. C’est dire.
Quelques minutes plus tard, je viens ouvrir la porte des cabines des enfants pour la nuit. Merde, je suis crevée. Je ne vais dormir que quatre heures cette nuit encore. Le panneau de la descente est grand ouvert. Je reste interdite, la brosse à dents dans ma mains, et regarde le panneau en tentant de me rappeler si je l’avais bien fermé ou non. Je gravis les quelques marches de la descente. Mon imagination débordante me susurre à l’oreille qu’un tueur en série vient de rentrer chez nous et qu’il a fait exprès de laisser tout grand ouvert pour ajouter à ma frayeur. C’est qu’ils aiment ça, épouvanter leurs victimes avant de les découper en petits morceaux …
Je me suis toujours dit que si un jour nous devions être agressés par de potentiels sadiques, je serais d’un héroïsme digne de Bruce au féminin. Je les laisserais s’approcher et puis je leur donnerais un coup de manivelle sur la tête, ou un coup de couteau de cuisine dans le gras du ventre, le tout en silence pour ne surtout pas réveiller les enfants. Héroïne, oui, mais maman avant tout.
J’essaie de me convaincre que j’ai cru fermer le capot, mais la scène ressemble un peu trop aux films qui passent en deuxième partie de soirée à la télé ces jours-ci. Le cœur battant, je commence à verrouiller .. quand une ombre se dessine sur le fumé du capot, une hombre humaine dont la main se pose sur la fargue m’empêchant de tourner le verrou.
J’ai oublié l’héroïsme, Bruce, la manivelle et le couteau de cuisine et j’ai poussé un hurlement rauque. Oui, rauque. Parce que je fume. Donc, il est rauque mon hurlement. De toute façon, ça tombe bien qu’il soit rauque mon hurlement, je déteste ceux que poussent les victimes blondes, longilignes, belles et stupides dans les films d’horreur. Ca me crispe. Presque, j’en arracherais la hache des mains du sadique pour les achever à sa place et les faire taire. De l’autre côté du panneau, le hurlement de mon agresseur, parce qu’il hurle lui aussi, me glace sur place. J’en dégringole de la descente sans le quitter des yeux, tout en continuant à hurler. Rauque, oui oui, toujours rauque. Je vois clairement son corps nu qui tente d’ouvrir le capot de la descente. Nu !J’y crois pas ! il est déjà prêt pour l’acte. Il va donc me violer, et Rahan qui ne se réveille pas !
La serviette que j’avais nouée façon pagne autour ma poitrine vient de glisser à mes pieds. Et me voilà nue moi aussi. Y’a pas, j’ai décidé de lui faciliter le travail ! Qu’importe, je me battrais jusqu’à la mort. Sans toujours penser à chercher la manivelle ou le couteau de cuisine, je retiens le panneau de mes petits bras musclés. Et l’autre ver dehors, il s’acharne toujours, « putain mais c’est moi ! ouvre moi ce putain de capot ! » En plus, il est grossier ! mais je panique tellement qu’il faut un certain temps pour que mon cerveau analyse ces quelques mots. Moi qui d’abord ? Depuis quand les copains débarquent t-ils à poil à deux heures du matin en tentant de forcer ma porte d’entrée ?
Un visage déformé par la colère se glisse dans l’ouverture, un visage bien connu, très très bien connu. Oui, vous l’aurez deviné, c’est bien mon Rahan qui se bat contre moi depuis quelques minutes, mon Rahan nu sur le pont du bateau … et dire qu’ils ont posé des caméras sur le port qui filment jour et nuit …
S’en suit une suite de mots vociférés par chacun de nous deux, étrangement les mots que nous proférons sont les mêmes « mais t’es complètement malade ! mais ça va pas de hurler comme ça ? Mais t’es complètement taré (e) ! »
Pause. Attendez voir. Je rêve là ou pas ? il vient de me foutre la pétoche du siècle mon homme, là, que si j’avais un pacemaker, il aurait implosé avec effet d’aspiration, il a failli me faire mourir de peur (même que si j’avais été Bruce au féminin, il se serait prit un coup de manivelle sur la tête) ET EN PLUS IL M’ENGUEULE ?????
Nous sommes tellement en colère tous les deux que nous en oublions l’heure, les enfants, les voisins, la ville, les tueurs en série et jusqu’à Bruce.
J’ai envie d’attraper quelque chose et de le briser à terre. Mais nous avons jusqu’aux assiettes incassables. Et là je vous arrête tout de suite. Rahan n’a pas investit dans un service incassable à cause de mon putain de caractère, ou dans l’éventualité qu’un jour il me foute tellement la pétoche que je lui balancerais une assiette en porcelaine de Guy à travers les dents, non. Je vous rappelle que nous vivons sur un bateau. Un bateau, ça bouge.
Bref, ne trouvant rien à mon goût que je pourrais jeter à la figure de Rahan QUI EN PLUS M’ENGUEULE, je ramasse ma serviette humide et la jette furieusement dans sa direction.
Comme je vise super bien, elle atterri directement sur la tête de Timousse. Qui la retire doucement. A ses côtés, Boudeuse et son éternel air consterné.
Elle détaille notre intolérable nudité froidement, puis dans un pincement de lèvres nous murmure
- C’est un nouveau jeu sexuel ?
- C’est quoi un zeu sessuel ?
- C’est rien ! allez vous coucher tous les deux ! vous avez école demain !
- Oui ben la prochaine fois, louez le bateau d’en face pour répéter votre scénario !
- C’est quoi un scénario ?
- ALLEZ VOUS COUCHER !
Lorsque mes enfants ont enfin eu la décence de retourner à leur couche, j’ai posé un regard noir sur Rahan qui lui même ne décolérait pas. Dignement et toujours nue, je lui ai tourné le dos pour aller me coucher non sans virer rageusement au sol la couette, son oreiller, et tout ce qui trônait sur le lit.
Pendant quelques minutes, j’ai entendu Rahan s’énerver sur les amarres pour les empêcher de grincer. Le silence enfin revenu, j’ai fermé les yeux en tentant de me plonger dans le sommeil.
Rahan a ramassé la couette, son oreiller et tout le reste, puis il s’est glissé tout contre moi. Mais moi, je boudais toujours.
- Mais tu ne te souvenais pas que tu avais fermé la descente ?
- Tu pourrais au moins enfiler un caleçon !
- Mais j’ai enfilé une caleçon ! tous les voisins étaient sur leurs bateaux …
- Ahhhhhhhhh ! je ne veux pas savoir !
Ce matin, je n’ai pas entendu le réveil, c’est Boudeuse qui m’a réveillée.
- Alors maman ? la nuit fut longue ? Quand je vais raconter ça à mes copines …
- TU NE VAS RIEN RACONTER A TES COPINES ! Il avait un caleçon d’abord !
En partant à l’école, Timousse me regardait curieusement et je n’ai pas du tout aimé. Autant je peux faire confiance à ma fille, elle aura bien trop honte pour raconter ça à ses amies, autant j’ai très peur du résumé que Timousse fera de cette folle nuit à ses copains, à sa maîtresse ….
23 mai 2008
Respect
Je me disais il y a peu de temps que j’étais beaucoup entourée de personnes qui vont mal dans leur vie, qui vont mal dans leur couple, qui vont mal dans leur peau.
Le mal du siècle ? la conjoncture ? je n’en sais rien, c’est comme ça.
Moi, les deux fois où j’ai quitté le compagnon qui partageait ma vie, je l’ai fait avec pertes et fracas.
Mes ami(e)s, ma famille ont découvert « l’histoire » le jour où j’ai bien voulu la mettre au grand jour, le jour où je suis partie. Il n’y a jamais eu de sonnettes d’alarmes à l’extérieur, même si certains pensaient que nous étions mal assortis, personne ne se doutait de rien.
Tout le monde est tombé sur le cul les deux jours où, ma valise à la main j’ai annoncé « ayé, je l’ai quitté, maintenant je vis ici ».
Je fonctionne comme ça, mes emmerdes de couple sont mes emmerdes de couple. Enfin je fonctionnais. Aujourd’hui, après ma dispute annuelle avec Rahan, je convoque une ou deux amies, je dégueule bien toute ma colère et ma rancœur, je me sens plus légère (et elles, bien emmerdées avec tout ça) et je vais mieux. Aujourd’hui, ce que je n’aime pas chez Rahan, j’en parle avec elles et il n’est pas un Dieu, juste un homme que j’aime.
Autour de moi, beaucoup de couples souffrent, se font mal, se défont, s’éloignent et je le vis au quotidien.
Je voudrais parler de ces personnes que nous connaissons tous et toutes, qui depuis des années vivent des montagnes russes dans leur couple. De ces amies qui nous racontent au café ou lors de soirées filles combien leur bonhomme leur devient insupportable, combien leur vie devient vide ou trop pleine de souffrance, ces amies à qui on meure d’envie de dire « putain mais quitte ce mec ! » Et on peut changer les sexes dans l’histoire, l’inverse arrive aussi.
Moi j’en ai des autour de moi des comme ça, qui depuis des années sont au bord de la rupture mais qu’un petit quelque chose empêche de franchir le pas. Je les comprends parce que j’ai vécu la même chose qu’elles, sauf que je taisais ce vécu.
Ces personnes, elles peuvent agacer une grande partie de leur entourage, donner la sensation de se complaire dans la situation, de ne rien faire pour s’en sortir, de certainement être maso pour accepter de vivre ça … c’est tellement facile de juger hein ? Et bien souvent, ceux qui jugent et ne comprennent pas que Julie n’arrive pas à se décider à partir, ceux là même sont les premiers à désapprouver Julie le jour où elle se décide à franchir le pas.
Je voudrais parler d’une personne en particulier que je connais depuis quelques années et qui depuis quelques années avant qu’on ne se rencontre vivait déjà une situation de couple très difficile. Quoi elle est pas claire ma phrase ?
On a parlé des heures toutes les deux, des heures de son histoire et bien des fois la seule solution qui semblait salvatrice était la séparation. Pourtant, elle restait. Et je peux vous dire que parfois, ça me dépassait. Qu’est ce que je voyais de mon côté ? une femme qui n’était pas aimée comme elle aurait du être aimée, une femme qui ressemblait un peu trop à celle que j’étais 15 ans plus tôt, une femme qui laissait son compagnon l’effacer.
Il prenait toute la place. Et ça me chiffonnait de plus en plus. Il prenait toute la place en ne lui en laissant aucune. Vous allez me dire qu’elle a laissé faire. Peut être. Mais des fois, le choix ne se présente pas. Les choses s’installent comme ça d’elle même, petit à petit ; c’est un travail de longue haleine, minutieux, ça s’appelle de la manipulation et quand vous êtes confronté à quelque chose que vous ne maitrisez pas (parce que ce n’est pas votre façon de fonctionner) et bien ça vous dépasse.
S’était installé dans ce couple, tranquillement, une sorte de compétition. Dès qu’elle excellait dans un domaine, quel qu’il soit, il finissait par s’y lancer. Et la nature l’ayant doté d’un don particulier, cette passion qu’il a usurpée, il la maîtrisait à chaque fois à la perfection. Et qu’est ce qu’elle a fait ? elle s’est effacée. Elle a mit son don à elle en sommeil pour le laisser lui exposer le sien. Elle lui a laissé toute la place et elle n’a rien dit. Moi ça m’a mise en colère et je le suis toujours, parce que je l’ai vécu. Tout pareil. Et que personne ne mérite qu’on devienne invisible pour le laisser briller.
Surtout ne vous avisez pas à juger ça, vous seriez bien dans la merde si vous aviez à vivre des années comme ça. Ne vous avisez pas à juger l’un ou l’autre, je vous explique juste ce que c’était pour vous parler de ce que c’est maintenant.
Elle était pratiquement totalement et physiquement dépendante de lui. Comme moi, longtemps sans permis de conduire dans une ville où sans ce petit papier, on ne fait pas grand chose pour ne pas dire rien. Et du coup, je me rends compte que plein de copines sont restées longtemps sans permis comme moi (Tonga Soa, Barbasucre …) je dois m’entourer de personnes qui me ressemblent un peu …
Jusqu’à la cuisine qu’elle ne faisait pas, parce que lui maîtrisait plus que tout le maniement des casseroles. Et c’est vrai que nous étions tous ébahis devant ce mec « qui sait tout faire ». Ca vous fait saliver hein les filles ? et bien prenez un mouchoir et essuyez moi ce filet de bave, l’envers de la médaille n’est pas toujours très rose.
Elle disait détester cuisiner et c’était certainement vrai, elle disait mal s’occuper de ses gosses et le croyait tout aussi certainement, un peu comme ces gens qui vivent à côté de leurs mômes en ayant la sensation de ne rien partager avec.
Cette nana, parce que je peux vous dire que c’est une putain de nana, elle a un jour prit son courage à deux mains, elle a décidé de vivre sans son mec … depuis toutes ces années à vivre un peu dans son ombre. Un peu j’ai dit. Parce que bon, faut pas que déconner non plus, elle a quand même une putain de personnalité, ce n’était pas la femme soumise, elle affirmait une certaine indépendance que moi même je n’ai pas. Oh là là ! que c’est dur des fois de décrire une personne sans vouloir donner une fausse image. Enfin bon, ce n’est pas la fille effacée non parce que j’ai l’impression que c’est ce qui ressort de ce que je dis. Pas du tout effacée. Mais effacée par lui quand même. Indépendante dans sa tête et dans ses actes et dans ses convictions, et s’affirmant, mais dépendante matériellement parlant … enfin bon c’est compliqué, débrouillez vous pour trier, vous devez bien connaître quelqu’un comme ça.
Cette nana donc, elle a fait le pas. Ca, c’est pour dire à celles qui ont peur de le faire que c’est possible. Et non, ce n’est pas pour se coller dans l’ombre d’un autre gars, c’est juste pour entrer dans sa propre lumière. Elle vit enfin des moments apaisés avec ses enfants, elle gère les tensions et fabrique une nouvelle et très belle relation. Elle fait la cuisine et non je ne vous filerais pas son adresse, parce que je voudrais rester son cobaye attitré encore quelques temps, c’est le monde à l’envers puisque je lui pique des idées de recette. Elle est parti un week-end, seule avec ses gosses, sans le moindre confort matériel, un truc que moi je ne ferais même pas aujourd’hui, je vous le dit de suite, et surtout pas sans Rahan, j’aurais bien trop la pétoche de prendre la voiture seule pour une si longue virée et elle leur a offert des souvenirs merveilleux. Elle refait son intérieur à son image. Elle gère seule les affaires qu’il gérait lui. Elle va jusqu’à envisager sérieusement un changement professionnel. Je pourrais vous parler pendant des heures de tout ce qui change en elle, tant la transformation nous laisse toutes, nous ses amies, sans voix.
Moi j’ai l’impression d’assister à neuf mois de grossesse et j’ai la merveilleuse sensation que je vais avoir bientôt le privilège d’être aux premières loges le jour de sa naissance. Parce que la femme qu’elle devient, je peux vous dire qu’elle est vraiment belle.
Je me souviens qu’un jour, je parlais d’elle avec sa meilleure amie et qu’elle m’avait dit « le jour où elle se réveillera, ce sera l’explosion ». Elle était loin de la vérité. Vous voyez, même si ils décident de revivre ensemble ces deux là, elle ne sera plus jamais celle qu’elle était. Elle sera celle qu’elle est aujourd’hui. Et je crois qu’il aura beaucoup de chance s’ils retombent amoureux de l’autre. A moins que ce ne soit un autre qui ait cette chance. En attendant, cette chance ce sont ses enfants qui en profitent.
Alors je ne sais pas vous, mais il n’y a qu’un mot qui me vient à l’esprit. Et ce mot, c’est respect.
Faudra peut être qu’un jour j’arrive à lui dire tout ça.
21 mai 2008
Rebondissements
Ca ne m’arrive pas souvent, mais je vais rebondir sur une note de Coumarine : http://coumarine.canalblog.com/. Coumarine que j’aime beaucoup lire parce qu’elle écrit vraiment trop trop bien (mais ça je n’ai pas besoin de le lui dire, elle le sait déjà, c’est bien pour ça que je le dis ici parce que ici je peux dire plein d’évidences si je veux, vu que c’est chez moi).
En lisant sa dernière note donc, j’ai devinez quoi ? pensé à ma petite personne, mon blog, la relation que j’avais avec lui, ce qu’il m’apportait ou pas, ce que je faisais de lui … ou ce qu’il fait de moi.
Sans être tombée dans l’addiction totale, j’aime bien venir souvent ici parce que, vous ne l’aurez certainement pas deviné mais … je suis quelqu’un d’ultra super bavard et j’adore parler de moi.
Parler de soi, avec son entourage, ce n’est pas toujours facile. Pour que ça se passe bien, il faut que toutes les conditions soient bien réunies et avouons le, ce n’est pas toujours le cas.
Il y a des personnes de ma famille qui pensent (et disent) que je « ramène tout à moi ». Ce qui n’est pas tout à fait faux. Je suis nombriliste et égocentrique, éternelle ado qui se remet en question et s’interroge bien souvent sur des petits trucs insignifiants. Seulement bon, je sens l’agacement là parce qu’en rapportant tout à moi, j’empêche l’autre de le faire. Je passe devant, lui pique la first position et ça, ça ne se fait pas. Oui je sais, je peux sembler méchante, mais non. Juste, je deviens lucide. Froidement lucide.
Il y a Rahan qui répond par oui-non-ah-bon et quand il fourni un énorme effort : je-sais-pas. Difficile avec ça de causer longuement de soi, de son petit nombril et du connard qui nous a fait une queue de poisson ce matin.
Il y a mes proches, les autres, ceux que j’ai choisi, qui ne sont pas toujours disponibles. Qui ont leurs propres soucis, un très joli nombril aussi mais qui eux au moins m’écoutent et me répondent. S’ils le peuvent. Parce que mes questionnements sur le dernier bouquin que je viens de lire à deux heures du matin, y’a pas grand monde qui voudra en discuter devant un bon café ou un thé brûlant.
Il y a mon blog. Ah là là, celui là, comme je l’aime ! Lui il va m’écouter à toute heure et il va mettre son humeur dans sa poche quand je viendrais balancer la mienne. Lui, il n’aura pas de gosses qui viendront le tirer par la manche pour venir voir un truc suuuuuuuuuuuuuuper important au moment où j’en serais à la chute de mon histoire. Et lui, quand je lui aurais confié un truc important, si la honte me vient à ce moment là, je peux toujours appuyer sur la touche effacer et il oubliera vraiment ce que j’ai dit.
Oui oui, j’y viens à la note de Coumarine. Elle dit ceci : « alors soudain cela devenait comme une mission que j’avais à remplir : ne pas décevoir ceux qui me lisaient, leur apporter leur nourriture quotidienne, les idées sur lesquelles ils allaient pouvoir réfléchir ou rebondir .. »
Ne pas décevoir ceux qui me lisent. Croyez pas, ça m’est arrivé avec l’autre blog. Et c’est aussi en partie pour ça que je l’ai fermé (en partie j’ai dit, on se calme) mon blog ne m’appartenait plus.
Avant d’écrire une note, je me demandais si elle allait plaire, cette note. Je me demandais ce qu’elle allait susciter chez l’autre, je me demandais si j’allais avoir des commentaires, si on rebondirait ici et là, si je n’allais pas choquer en abordant ce sujet, si je ne collais pas trop de gros mots à chaque phrase, si je n’employais pas trop de « on » … j’ai fini par écrire mes notes en fonction de l’humeur de mon entourage et non plus de la mienne.
Et ça m’a rappelé un peu trop une époque de ma vie où j’étais incapable de choisir un vêtement (entre autre). Je restais des heures à regarder la même jupe, le même pull, sans réussir à me décider. Est ce que ça allait LUI plaire ? Est ce qu’il aimera ou est ce qu’il me rira au nez ? qu’est ce qu’il va dire si je l’achète ? est ce qu’il préfèrerait cette couleur ou celle là ?
Jusqu’au jour où j’ai compris que je ne regardais pas avec mes yeux mais avec les siens. Non parce que vous allez me dire que c’est un peu normal de vouloir plaire à l’élu de son cœur quand on choisi un vêtement. J’avais depuis longtemps dépassé ce stade. Je m’étais placée au second plan pour lui laisser toute la place, je restais sagement assise dans un minuscule recoin, spectatrice de ma propre vie. Parce que quand on en vient à réagir comme ça pour le simple achat d’une putain de jupe de merde qui risque fort de terminer sa vie de jupe tout au fond d’un placard, et bien c’est que c’est à l’image de notre propre vie : tout au fond d’un placard. Insipide, invisible, sans intérêt, vide, morte.
Bon ok, je vous accorde que j’ai de bien étranges façons de raisonner. Je rebondis de Coumarine à mon égo, en passant par mon blog et ma relation à lui, et je termine par l’achat d’une jupe dont j’ai jusqu’à oublié la forme.
Aujourd’hui, j’en suis à mon troisième blog je crois. Mais en même temps, c’est le tout premier. Le tout premier où je décide. Je décide ce que j’ai envie de faire, d’écrire, de lire … ou pas. Je. Pas lui, pas vous, pas eux. Moi. Mes notes sont à l’image de mon humeur bien souvent. J’ai volontairement décidé de ne pas aborder de sujets trop intimes (ne vous énervez pas, je sais très bien ce que je veux dire par intime) et je sais que ce faisant, j’ai perdu pas mal de monde en route. Ce n’est pas grave. Je fais ce que j’aime, et je partage ce que j’aime avec ceux qui veulent bien recevoir.
Il y a un ou deux ans, je n’aurais jamais pu participer à des ateliers d’écriture en ligne. Parce que je savais que ce n’était pas ce qu’attendaient ceux qui venaient me lire. Et puis allez avouons, parce que j’avais un tout petit honte de me lancer là-dedans.
Maintenant, je me dis que si j’étais écrivain (oui on se calme, je parle au conditionnel, non mes chevilles ne gonflent pas, non je ne me la joue pas, je dis SI, c’est comme Paris dans sa bouteille) donc, si j’étais écrivain, j’écrirais un livre et j’attendrais certainement l’avis des critiques, de mon entourage direct, j’espèrerais qu’il ferait un tabac, je m’imaginerais déjà riche et adulée, harcelée par les médias et les foules mais … je n’attendrais pas un avis sur une page, une idée que j’aurais posée. J’attendrais un avis général. Sur la qualité d’écriture, sur l’histoire, les personnages etc.
Ben sur un blog c’est quand même complètement différent. A partir du moment où on s’autorise à passer devant l’autre, et écrire aussi des choses qu’il n’aime pas lire, cet autre, aussi proche soit il.
Sur un blog, on va écrire une note qui peut aller de 2000 signes ;-) à trois pages, et on va attendre. Attendre les réactions. (Ca c’est l’addiction aux coms mais on en parle tellement que je n’ai rien de plus à ajouter)
On va pondre sa note et on va avoir des réactions parfois très rapides, parfois sur plusieurs jours. Pourquoi je raconte ça moi ? ah oui.
Sur mon blog, depuis que je suis moi (et croyez moi, j’ai vachement changé dans ma vraie vie aussi ces derniers mois il y a des copines qui ont du mal à me reconnaître) j’écris de plus en plus volontiers. Je suis heureuse très heureuse lorsque je suis commentée (sinon je tiendrais un journal) mais je comprend si je n’ai pas de réaction. C’est sur que celle (celui) qui débarque sur mon blog en se disant que tiens, elle va voir les dernières péripéties de Timousse et Boudeuse et qu’elle tombe sur un texte comme, au hasard, la date de péremption, elle doit regarder plusieurs fois si elle ne s’est pas plantée de lien. Il y en a même qui m’ont dit ne même pas lire mes participations aux ateliers d’écriture.
Avant, il aurait fallu qu’une personne me dise ça pour que je ne participe plus aux ateliers d’écriture. Aujourd’hui, je continue parce que j’aime ça, tout simplement.
Donc, je suis en train de m’emberlificoter dans mes explications, mais la dernière note de Coumarine m’a tout de même inspiré ceci. Aujourd’hui, je me sens libre. Libre d’écrire ou pas ici. Libre de me la péter avec un texte que j’ai adoré écrire ou de me ridiculiser en racontant la dernière honte de ma vie. Je vis une belle histoire avec mon blog, j’ai moins de hantise à ce que l’on me reconnaisse à travers mes mots, je me dévoile moins tout en me racontant. Mais surtout, je fais ce que j’aime.
Et de vous savoir toujours là, au rendez-vous, silencieux ou pas, et bien ça me touche vraiment. Vous passez au-dessus de mon « égoïsme ». Je ne suis plus dans l’attente, je me contente de donner et de recevoir et putain que c’est bon d’être comme ça.
20 mai 2008
Illusions
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas réussi à me rappeler de mon rêve. Elles ont tenu leur promesse.
D’ordinaire, je tremble encore de son souvenir et alors que j’en suis toute imprégnée, je tends la main vers mon cahier et le retranscris fidèlement d’une main fiévreuse. C’est mon psy qui m’a demandé de le faire. Il dit que ça devrait m’aider à faire la différence entre ma vie et l’illusion que j’en ai. Chaque matin, il arrache la page de mon cahier et la glisse dans mon dossier. Parfois sans même la lire.
Mais ce matin, rien. J’ai ouvert les yeux et mes souvenirs remontaient à la veille, lorsque je me suis glissée sous les draps rêches, lorsqu’ils ont coupé la lumière et que les ombres ont commencé à danser sur les murs blancs.
Je lui ai dit pourtant, à mon psy, que les ombres n’arrivaient qu’à ce moment là, que s’ils me laissaient la lumière, elles resteraient terrées dans un coin et ne viendraient pas me torturer. Ce sont elles qui m’ont poussée à commettre l’irréparable. Elles arrivent en glissant sur les murs comme des serpents, chapeaux de fête et longues vestes, elles s’étirent comme si elles sortaient d’un long sommeil, elles sont affamées, elles ricanent, elles me parlent, elles hantent mes nuits et les transforment en cauchemar.
Hier soir, elles m’ont glissé dans l’oreille ce que je devais faire pour ne plus laisser mon psy fouiller mon esprit. Elles ont peur qu’il finisse par les trouver. Elles ne veulent pas le rencontrer.
Il y a ce superbe coupe papier sur son bureau, elles m’ont dit comment faire.
Elles me laisseront en paix après ça, elles me l’ont juré. Elles retourneront dans leur monde et ne viendront plus briser le mien. C’est pour ça qu’elles m’ont laissée dormir cette nuit, d’un sommeil sans rêves pour me montrer ce que serait ma vie si je leur obéissais.
Je vais le faire, je ne veux pas sombrer dans la folie avec elles pour seules compagnes.
C’était ma participation au dernier thème de paroles plurielles, les consignes sont là : http://coumarine2.canalblog.com/archives/p30-20.html
19 mai 2008
Le chagrin de Timousse
C’est peut être le temps. Oui, chez nous il fait un temps de chiotte depuis des jours ET ALORS ? z’allez voir cet été quand vous ressortirez les pulls et que nous serons sur la plage à dorer orteils écartés, z’allez voir !
C’est peut être la lune qui devient pleine. Et qui nous dérange autant lui que moi.
Ce sont peut être ses hormones qui le travaille, on dit que sept ans c’est l’âge de raison. Il lui reste 20 jours pour y accéder à cette putain de raison et le premier qui tente de me priver de mes illusions je le pulvérise. Donc il nous cumule absolument tout ce qu’il peut pour le peu de temps qu’il reste à ses six ans … l’âge de toutes les conneries.
En tout cas, Timousse, je l’aurais volontiers pendu par les pieds du haut du mât avec un élastique histoire de lui rafraîchir les idées dans l’eau du port. Mais je n’ai pas osé : Y’avait des témoins.
Il a passé son temps à nous pousser à bout et à se faire engueuler. Mais ça devait lui plaire, il revenait à la charge toutes les dix minutes en changeant à chaque fois de victime. Nous ne sommes que trois à vivre avec lui, notre tour arrivait vite. Trop vite.
J’ai tout de même eu droit à 2 minuscules minutes de paix. Il est allé jouer sur le ponton durant ces 2 minuscules minutes sans avoir besoin de moi, sans placer des cacas, des prouts et des zizis à chaque fin de phrase (ça vous fait peut être marrer, mais je vous jure que ça fatigue au bout d’un moment, ça fatigue).
J’ai eu droit à ces deux petites minutes, parce que pendant que je préparais une délicieuse tarte aux poires miam, que sa sœur léchait le récipient qui contenait le mélange quelques secondes plus tôt, Timousse est allé voir son père qui discutait avec des amis sur le ponton et il lui a dit « maman prépare un gâteau qui sent mauvais ».
Les bonhommes étaient hilares, jusqu’à ce que je sorte avec ma cuillère en bois dégoulinante de chocolat chaud. Se sont arrêtés net « et alors pour le winch tu vas faire comment ? »
Bien. Ca au moins, c’était réglé. J’ai donc fait la tête à Timousse parce que d’abord mon gâteau ne sentait pas mauvais et qu’ensuite même si ça devait arriver que mon gâteau pue, ce n’est pas une raison pour aller le raconter à tout va. Et puis surtout, ce n’était pas un gâteau mais une tarte.
J’ai donc viré Timousse de mon espace, la pièce où j’évoluais devenant brusquement trop petite pour nous deux et la cuillère en bois nappée de chocolat me démangeant au point que je l’aurais bien aplatie sur sa (jolie) petite bouille. C’eut été gâché. (Le chocolat, bien entendu).
Danger, lumière rouge, Timousse a senti le vent tourner (on est marin où on l’est pas) « ze vais zouer dehors » C’est ça, fais donc.
Deux minutes plus tard, j’étais calmée. Ma tarte glissée dans le four, je rangeais les derniers ustensiles. Et revoilà Timousse qui re-pointe le bout de son nez. Il me semble calme, j’en profite pour lui coller un bisou qu’il me rend. Le traité de paix est signé. Sourire de Timousse, tout va bien.
- Maman, ze sais pas pourquoi mais z’ai les zambes qui tremblent
- Allons donc ! tu dois avoir faim, c’est l’heure du goûter. Tu veux de la tarte qui pue ?
- Non, z’ai pas faim
- Bon alors tu es comme ton père. Tu n’as rien.
Regard courroucé de Rahan. T’apprendra à rire des conneries de ton fils.
Et puis je m’active tranquillement.
- Maman, tu sais ma voiture de Car’s, ze l’ai apportée sur le ponton et plouf ! elle est tombée dans l’eau.
Yeux immenses agrandis par la tristesse qu’il contient malgré lui.
- Et bien nous te mettons en garde depuis toujours, pas de petites voitures sur le ponton elles passent entre les lattes, tu le sais bien.
- Mais c’est pas ma petite voiture maman !
Là, ses lèvres tremblent malgré tous les efforts qu’il fait pour les en empêcher.
Ca m’a fait mal au cœur de le voir comme ça, moi qui passe mon temps à lui dire « tu veux emporter ce jouet à l’école ? à ta guise. Je ne veux rien entendre si tu le perds, le casse, l’oublie. Pas une larme. »
Et voilà mon petit bout qui n’a pas encore 7 ans au bord des larmes, des vraies larmes de chagrin, de ces gros chagrins comme on ne peut en avoir qu’à son âge. Je me mets à son niveau pour le regarder droit dans les yeux. J’arrête dans sa course une grosse larme qui roule sur sa joue. Et je pense à ses petites jambes qui tremblent.
- Ta grosse voiture Car’s qui parle et qui avance toute seule quand on appuie sur un bouton ?
- Ouiiiiiii (petit hoquet de sanglot) ma voiture préférée (gros hoquet de sanglot) elle a avancé toute seule (regard d’effroi de Timousse, une larme s’est encore échappée alors qu’il tente désespérément de les retenir ces traitresses) z’ai couru derrière mais plouf ! elle est tombée et elle a coulé tout de suite !
Et le voilà qui se tient tout droit devant moi, tortillant ses mains dodues, serrant ses lèvres fermement, ses yeux immensément bleus et humides, s’interdisant de laisser voir sa profonde tristesse parce que maman passe son temps à lui dire tu perds tu casses, je ne veux rien entendre. Pas une larme.
Timousse attendait en plus l’engueulade.
Ben j’ai pas pu. Moi j’ai ressenti tout le chagrin qui envahissait le cœur de mon petit homme, j’ai senti le poing qui devait serrer sa poitrine, je l’ai vu vivre là sous mes yeux le plus gros malheur de sa toute petite vie et oublié les conneries de la journées, les caca prout zizi et les tartes qui puent, j’ai pris mon petit garçon dans mes bras.
Et je l’ai serré très fort en espérant que sa peine allait le quitter pour m’envahir moi. Parce que moi, je saurais la gérer. Allons vilaine fille ! laisse mon enfant tranquille, viens donc te battre avec moi, choisis un adversaire à ta taille !
Timousse a pu enfin se laisser aller à son chagrin. Et c’était tellement émouvant de le voir comme ça que même sa sœur a été touchée et a oublié comme moi les conneries de la journée, les caca prout zizi … (le coup du gâteau qui pue l’ayant plutôt fait marrer elle aussi)
Vous allez me dire cyniquement « que ce soit le plus gros chagrin de sa vie, qu’il ne lui arrive jamais rien de pire. » Je vous répondrais que ce chagrin était à la hauteur de son jeune âge, de l’âge d’un petit garçon qui ne vit pas dans la misère ou sous les bombes ou orphelin ou ….
Dooooooooonc, vous qui êtes tout plein de principes que je n’ai plus vu que j’ai mes gosses aujourd’hui, évitez de lire la suite et fin car je risque de vous agacer.
J’en suis à me mettre à la recherche de la même voiture parce que bon, il était tellement triste mon petit homme et qu’en (presque) sept ans de vie, on peut les compter les jouets qui ont terminé leur course au fond du port : deux.
Et j’en suis à me demander si je la lui offre de suite ou si j’attends son anniversaire ?
Putain que jusqu’à la fin de mes (très nombreux) jours restant à vivre, ce soit le plus grave dilemme que j’ai à gérer …
18 mai 2008
Coup de vieux
Samedi temps pourri. Il faudrait rappeler à quelqu’un là-haut que nous sommes au mois de mai, bordel et qui plus est au sud sud de la France, bordel que plus sud que ça, tu peux pas, bordel !
Et quand je vois ce temps, j’ai envie de dire c’est quoi ce bordel ?
Ceci dit, je reste persuadée qu’il n’y a rien de plus ridicule que de s’énerver après la météo, vu qu’on n’y peut pas grand-chose.
Nous sommes donc sortis faire un petit tour en ville mes enfants et moi, chacun de nous protégés sous son parapluie. Nous avons zigzagué longuement afin d’éviter les énormes flaques d’eau (sauf Timousse, bien entendu, la prochaine fois je lui colle des tongs).
En chemin, nous avons croisé un ami de Boudeuse qui portait les achats de sa maman tête basse comme si une corde reliait ses yeux à ses orteils.
- Pourquoi il baisse la tête comme ça ton copain ? vous vous êtes disputés ?
Regard consterné de Boudeuse.
- Ben non maman, c’est parce qu’il est avec sa mère. C’est la honte quoi.
- Euh ! Je te remercie ! et puis toi tu ne marches pas recroquevillée comme lui, tu n’as pas l’air d’avoir honte ! Tu as honte ?
- Ben non mais toi c’est pas pareil. Ca ne se voit pas que tu es vieille.
J’sais pas. J’sais pas encore si je dois prendre ça pour un compliment.
16 mai 2008
Décalage horaire
Deux heures du matin, le sommeil est fâché avec moi, il m’a abandonnée sous les draps froissés et le tic tac du temps me rappelle cruellement qu’il défile sans moi.
Je me sens toute à l’envers. Toute à l’envers à l’intérieur. Plus rien n’est à sa place, tout se bouscule. Chacune de mes émotions veut passer au premier plan.
Elles ont six ans, elles se battent pour être les premières dans la cour de récréation, lorsque la cloche annonce qu’il faut se mettre en rang avant de retourner en classe.
Mais j’ai perdu l’instit le maître. Plus personne ne tient ces petits monstres qui n’en font qu’à leur tête.
Je m’éparpille et cherche à maîtriser alors que tout m’échappe.
Trois heures. J’ai l’impression de me tenir devant un miroir et que mon reflet vit ma vie à ma place. Miroir tricheur, miroir trompeur. A la fois moi et l’inverse de moi.
Menteuse.
Je dis oui quand ma tête hurle non. Je souris quand ça saigne dedans. Je dis que tout va bien alors que je perds pieds. Je voudrais parler et je m’isole.
Je suis à l’opposé de moi. La lumière me manque mais je reste dans l’obscurité.
Quatre heures. Nous sommes au bout du monde. Il s’est très vite fait au décalage horaire, mais moi je continue à vivre à l’envers. Je le regarde dormir et j’envie sa plénitude. Il pose une main sur moi, je veux le repousser mais je ne le fais pas. Il se tourne vers moi, je l’ai réveillé. Je voudrai qu’il se rendorme mais il me prend dans ses bras, je voudrai ressentir son désir, je n’éprouve rien. Il a envie de moi. Je déteste cette expression dans sa bouche, j’ai la sensation d’être mangée. Mangée sans faim, parce qu’il le faut. Je devrais lui dire non et attendre qu’il se rendorme. Mais je le laisse faire. A l’intérieur, je me recroqueville.
Cinq heures. Je voudrai lui dire que je ne veux plus, je ne peux plus, mais je choisis le silence. Lui dire que j’ai mal, mais j’occulte la douleur. Je me suis perdue dans ce voyage, je suis restée là-bas. Au bout de l’autre monde.
Six heures. Je ne dormirais plus. Je ne sais plus qui je suis. Mais je ne suis pas celle qui vit à ma place. Celle qui vole ma vie et me l’émiette. Je n’ai pas la force. Je voudrai me lever mais je reste à deviner le jour qui se lève à travers les persiennes. Dans une heure nous serons debout. Je voudrais du café et boirais du thé. Il me demandera si j’ai bien dormi et je répondrais oui. Je choisirais un jogging, il m’imposera la robe. Et je passerais la journée à combattre le sommeil qui me gagnera peu à peu. Pour le chercher en vain la nuit prochaine. Et les jours s’ajouteront aux jours, comme une lente agonie.
Je continuerais à vivre avec lui et contre moi.
Je m’efface peu à peu, comme un souvenir qui s’estompe. Je ne suis plus moi, je deviens elle. Une enveloppe. Une image. Elle me grignote. Vivante dehors et morte dedans.
Sept ans. L’enveloppe s’est brisée et la lumière explose. J’ai cassé mon miroir, mes sept ans de malheur. Ecarté la vivante et mis sous terre la morte. Et me voici moi. Je me découvre. Sans lui. Je vis.
Participation presque in extrémis à l'atelier des impromptus litéraires : http://www.impromptus.fr/dotclear/index.php?2000/01/01/1970-le-theme-de-la-semaine




