Au fil de l'eau

"Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants."

16 juin 2008

Animaux de compagnie

Avoir un animal sur un bateau, ça peut aussi devenir votre pire cauchemar.

Chez nous, on aime les bêtes. Rahan et moi avons eu chacun de notre côté des compagnons poilus qui ont égayé nos journées pendant des années et ont emporté un peu de nous lorsqu’ils ont décidé de visiter le paradis des animaux.

Le hic sur un bateau, c’est surtout quand on part en voyage. Déjà que j’ai du mal à supporter la vue des animaux en cage ou en bocal, l’idée de garder un tout autre bestiaux à quatre pattes enfermé dans un aussi petit espace que notre lieu de vie m’est tout aussi difficile. Le hic donc sur un bateau, c’est de partir en mer,  ce qui me direz vous est tout de même le leitmotiv principal de tout marin qui se respecte. Et partir avec un chien qui a besoin, quelle que soit sa taille, de se défouler en courant dans la nature, de faire ses besoins à l’extérieur, (vu que chiens ou chats, conserver un bac à excréments dans un lieu réduit, je vous souhaite bien du courage) ça devient très vite pénible.

Le chat aurait moins besoin de se dégourdir selon vous ? Même si je pouvais admettre la chose, même si je reconnaissais qu’il ne serait pas fugueur (quoi que en haute mer, on ne risque pas grand chose sur le plan des fugues) figurez vous que le chat (en majorité) est malade en mer. Alors remarquez bien que j’ai précisé en majorité parce qu’il va bien y avoir un énervé qui va bondir en m’infirmant cette terrible information pour avoir connu un chat qui n’était pas malade en mer.

Ce à quoi je lui répondrais qu’il a bien eu de la chance.

La majorité des chats a le mal de mer c’est comme ça, c’est une institution, on a (presque) tous eu des chats à bord pour nos voyages et on a tous eu des chats malades en mer. Merde alors je sais encore de quoi je cause ! et un chat qui a le mal de mer, ça ne fait pas que vous regarder avec des yeux larmoyants et suppliants de « j’ai maaaaaaaaaaaaaaaaal au coeuuuuuuuuuuuuuur ! ». Nan. Ca se vide de tout ce qu’il peut vider. Et dans des endroits que vous ne pourrez même pas imaginer.

Depuis que nous sommes passés par là, nous avons décidé d’un commun accord que les seuls animaux ayant droit de vie à bord seraient dotés d’un certaine forme d’intelligence, de la parole et marcheraient sur deux pieds. Seule la race humaine a donc droit d’hébergement chez nous.

Nous vivions très bien avec cette grande décision jusqu’à ce que nos enfants décident de se liguer contre l’autorité parentale et faire front commun pour obtenir un petit animal de compagnie tout en jurant crachant par terre qu’ils s’en occuperaient, qu’ils le sortiraient pour les besoins quotidiens, qu’ils iraient chez le véto, qu’ils iraient même jusqu’à payer le véto avec leur argent de poche.

Sur cette dernière affirmation, j’ai rétorqué à Boudeuse qu’elle n’avait même pas d’argent de poche. (ben oui, que voulez vous, j’ai une ado atypique de bientôt 16 ans qui ne réclame pas d’argent de poche). J’aurais du fermer mon clapet pour une fois, Boudeuse m’a répondu que si elle avait un animal de compagnie, on pourrait alors commencer à lui donner de l’argent de poche.

Je me laisse attendrir comme du veau depuis quelques semaines, à deux doigts de céder à l’insistance de mes amours d’enfants, même si je ne crois pas une seconde aux milliers de promesses qu’ils font autour de l’éventualité d’avoir un chien ou à chat. Parce que bon, faut pas que déconner, moi aussi j’ai eu 7 et 16 ans hein. Alors bon.

Mais Rahan lui, il tient bon. Ca passe de la blague déplacée que si un chat franchit la passerelle il termine directe dans le barbecue à l’énervement à peine retenu du « Il n’est PAS QUESTION que moi vivant à bord il y ait un animal sous mon pont !»

Gaffe à ce que tu dis Rahan quand même, j’ai vu des enfants se débarrasser de leurs parents pour moins que ça. On va donc dire que nous étions 2 et demi contre 1 et demi, vu qu’une partie de moi continuait à s’opposer à l’arrivée d’un petit compagnon. Même si je m’imagine bien garder un minuscule chien avec moi toute la journée au bureau … non. Pas d’animal à bord.

Entre temps, quelques évènements sont venus égayer notre quotidien. Le meilleur copain de bateau de Timousse a eu un petit chien il y a six mois. Des amis ont changé de ponton et sont venus s’installer non loin de nous avec un tout petit chien. Les chiens à sa mémé vous voyez ? taille idéale pour un bateau. A la vue de ce charmant canin, mon intime moitié contre, commençait à se scinder en deux pour venir renforcer les troupes de ma moitié pour. Nous étions à presque 2 trois quart contre un peu plus de 1 un quart. La partie devenait ardue. Mais chez nous, les lois de la majorité ne fonctionnent pas, nous sommes comme les 12 hommes en colère, tout le monde doit être d’accord.

C’est là que nos voisins presque direct ont décidé de corser le jeu. Ayant eux même une fille de 10 ans, ils ont cédé à deux reprises à ses demandes en lui offrant un petit hamster enfermé dans sa cage. Les deux bestiaux ont rendu l’âme l’un après l’autre et assez rapidement comme il se doit. Timousse ne me réclamait un hamster que lorsqu’il était invité chez sa grande copine et ne nous a donc pas trop harcelé avec ça. A la mort du second hamster, notre petite voisine était inconsolable. En fait, je pencherais plutôt pour dire que notre petite voisine est le parfait archétype de-l’enfant-unique-arrivée-tard-gâtée-à-qui-on-ne-refuse-rien … toujours est il que ses parents lui ont offert un petit chiot, une adorable petite boule de poils toute tremblante qui pue pas et qui fait craquer les enfants. Et les mamans. Pas les papas.

Nous avions dépassés les 2 trois quart contre un peu moins de 1 un quart et il me manquait peu de choses pour que j’oublie les lois actuelles et ne décide d’appliquer la majorité absolue.

J’en étais à me renseigner sur le type d’animal que nous pourrions avoir à bord quand …

L’adorable petite boule de poils a grandi.

En ces jours de pluie et de froid intense que nous venons de vivre, j’ai vu les parents promener leur chiot sur le ponton. Correction. J’ai vu les parents se maintenir difficilement en équilibre sur leurs deux jambes tant le ponton était glissant, je les ai vu dégoulinants de flotte, mégot trempé aux lèvres, je les ai vus courir courbés derrière leur chiot pour ramasser les petites crottes qu’il laissait ça et là … pendant que moi je sirotais tranquillement mon petit rhum du soir au sec et au chaud.

J’ai écouté le récit des quelques nuits blanches qu’ils ont passé le temps que leur petite bête fasse la différence entre la nuit et le jour. J’ai calculé avec eux les frais de vétos déjà engagés.

Ce week-end fut tout de même décisif dans ma décision finale, et j’ai enfin réuni tous les morceaux de moi-même pour savoir si oui ou non, nous allions adopter un truc à quatre pattes. En discutant avec les parents et leur fille, j’ai innocemment baissé les yeux vers leurs chaussures. Enfin ce qu’il reste de leurs chaussures. Quand il leur reste des chaussures. Devant mon silence plus qu’étonné, ils m’ont dit tout déconfits que la chienne passait son temps à bouffer leurs chaussures et qu’ils ne savaient pas comment faire pour l’arrêter. Et ce n’est pas tout, ajoute le père. J’avais bien dit que je ne voulais pas de chien pourtant ! La chienne dévore aussi tous les bouts qui pendouillent sur le pont du bateau. Et je peux vous dire que sur un bateau prêt à naviguer, il y a ce qu’il faut en matière de cordage. Moi je commence à croire qu’ils se sont trompés à la boutique des chiens, c’est un rat qu’ils leur ont vendu. Hier matin, je courais après la chienne sur le ponton parce qu’elle avait piqué une des plantes de dinosaures de Timousse. Il a fallu pas moins de trois adultes pour la déloger de sous la bâche où elle s’était glissée.

Comme les gosses, elle a des crises de pétages de plomb le soir vers 18 heures et devient incontrôlable. A côté d’elle, les cris de décharge des nourrissons sont de la gneugneute.

Et hier soir, tandis que tout la famille se réunissait derrière la table pour manger, la chienne a profité d’un moment d’inattention de ses « maitres » (je me demande qui commande qui sur ce bateau moi …) et a chipé une escalope cuite et bien grasse dans une assiette. Puis elle a filé pour la grignoter. Elle a filé … sous la couette ! Beurk ! Dans le lit, sous la couette !

Tous mes petits morceaux se sont réunis et nous voici à nouveau à égalité. Deux contre deux. Et comme nous sommes les parents, nous gagnons. C’est non. On est trop vieux pour ces conneries.

Ce matin, Timousse râlait encore qu’il voulait un petit animal de compagnie. Et bien entendu, comme il avait senti ces jours ci que je commençais à pencher de son côté, il en rajoute une couche de tristesse. Pauvre petit garçon qui n’a pas de chien. Lui. En même temps, nous apprenons que son petit copain vient de perdre sa chienne, enfuie de chez eux ce week-end. Timousse me rétorque qu’il ne laisserait pas échapper son chien.

Je lui répond fermement que nous en avons déjà discuté plusieurs fois, nous ne voulons ni chien ni chat à bord.

-          Mais papa a dit qu’il serait d’accord pour avoir un caméléon sur le bateau !

-          Un quoi ?????

-          Un caméléon. Papa il a dit qu’il voudrait bien un caméléon. Ca n’a pas de poils, ni de plumes, ça ne pue pas, faut pas le sortir pour faire pipi-caca, (t’as raison, il nous cague sur la tête !) et en plus ça mange les moustiques !

-          Pas question d’avoir un caméléon sur le bateau !

-          Ah ben papa il a dit qu’il était d’accord.

-          Si ton père rapporte un caméléon sur le bateau, moi je rapporte un chat et un chien et on verra qui s’amusera le plus.

Et là, j’ai vu Timousse me faire un immense sourire et murmurer un « chouette » de victoire.

Rahan, prépare toi à une âpre discussion ce soir. La guerre est déclarée.

Posté par Kaliuccia à 15:58 - Nous - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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