21 juillet 2008
De tout et de rien
Ce week-end, nous sommes partis en mer puisque Dame météo était clémente. Une belle journée était prévue hier, et c’est en toute confiance que nous avons jeté l’ancre dans un petit mouillage sympathique loin de la ville. Vers 17 heures nous avons quitté la grande plage presque déserte sur laquelle j’ai joué avec Timousse durant trois bonnes heures.
Nous avons relevé l’ancre et une légère brise nous a permis de hisser les voiles pour le trajet du retour. Mer belle, à peine un petit frisotis à la surface.
Je m’endormais au gré du léger balancement du bateau quand Rahan m’a appelée. De ce ton à la fois calme et ferme qui me fait me lever aussitôt. Je ne saurais vous le décrire, ce ton, mais je le reconnais à chaque fois. Sans lâcher la barre, il m’a demandé d’aller fermer hermétiquement tous les capots que nous avions laissés grands ouverts afin de créer moult courants d’air à l’intérieur.
J’ai plongé dans le bateau sans même regarder autour de moi, je suis une matelote parfaite qui s’exécute d’abord et pose des questions ensuite. J’ai jeté un regard circulaire à l’intérieur pour m’assurer que rien ne risquait de verser en cas de manœuvre agitée et j’ai installé mon petit garçon sous la capote.
Puis, sans qu’un mot ne soit échangé, j’ai remplacé Rahan à la barre tandis qu’il s’occupait des voiles. J’aime notre entente silencieuse lorsqu’il faut faire vite.
En quelques minutes, la mer avait revêtu un manteau blanc et formait des creux impressionnants. Les rafales de vent étaient si puissantes et irrégulières tant dans leur force que dans leur direction que nous n’avons conservé qu’un bout de génois pour avancer. Pendant la manœuvre, une rafale a arraché l’écoute du génois de son emplacement. La voile s’est déroulée presque entièrement et l’écoute s’est mise à battre violemment contre la capote. Timousse était terrorisé par le bruit que pouvait faire un petit bout de « corde » contre la bâche et le plastique. Sans lâcher la barre, je le rassurais en l’obligeant à se concentrer sur moi tout en suivant les directives de Rahan « face au vent ! direction la ville ! marche avant ! arrête le moteur ! tiens le cap c’est bon ! »
En quelques secondes, Rahan a rétablit le génois et moi je m’accrochais à la barre, bien campée sur mes jambes pour garder le cap. Des gerbes d’eau ont recouvert le pont et le cockpit mais la capote nous a sauvés de la douche salée. Pendant presque une heure, nous avons navigué dans une mer agitée par un vent devenu fou. La girouette elle-même en a perdu la tête.
Voilà pourquoi on dit que la Méditerranée est traitre. En quelques secondes, elle peut passer de la petite fille sage à l’hystérie la plus totale. C’est pour ça que je la respecte autant. Elle est plus forte que tout. Il faut savoir faire preuve d’humilité lorsqu’on est entre ses mains.
Rahan était dans son élément. Je regardais mon héros et me disais qu’il était vraiment le plus beau des marins. Timousse riait aux éclats et moi j’étais radieuse. D’ailleurs, en écrivant cette note, j’ai gardé un sourire immense, d’une oreille à l’autre.
Si l’on me demandait de décrire rapidement ce que j’ai ressenti à ce moment là, je répondrais simplement que c’était terriblement excitant.
Et pour finir, le calme revenu, alors que je caressais la capote martyrisée par l’écoute en furie en la couvrant de « ma pauvre petite capote chérie » (elle n’a rien, merci) Timousse m’a dédaigneusement assuré que « ça va hein ! elle n’est pas vivante non plus ! »