27 juillet 2008
16 ans
J’ai parlé de toi il y a quelques jours avec une amie qui lutait contre le sommeil tandis que nous rentrions de nuit, d’un concert. J’ai parlé de toi et de ce tout premier moment où j’ai su que tu étais là, en moi, un tout petit bout de moi qui allait vitre grandir et prendre toute la place. En moi et dans ma vie plus tard. J’ai parlé de cette toute première fois où j’ai entendu le galop de ton cœur, et de cette toute première rencontre sur un écran noir et blanc. Tu étais déjà tellement belle.
Tu m’as fait mère en venant au monde et bien souvent je me réjouis à haute voix d’avoir vécu une nouvelle naissance, la mienne, le jour où une femme émue a posé ton minuscule corps sur ma poitrine. Je suis une autre depuis toi, ta délivrance m’a délivrée.
Dès la naissance, tu as su montrer ce caractère qui te détermine encore, que j’admire même si cela m’a souvent déstabilisée : cette faculté que tu as de t’opposer dans la douceur.
Ma petite fille devenue une belle jeune fille aujourd’hui. Ma petite fille pour toujours malgré tout. Chaque année, je me souviens avec bonheur de ce merveilleux moment de notre rencontre. Aucune nostalgie. Chaque âge que tu as traversé à mes côtés a apporté son lot de bonheur, de douceur et d’amour. Aucune nostalgie, juste de merveilleux souvenirs. Et la promesse d’autres à venir.
Ma petite fille, une enveloppe si fragile qui protége une force incroyable. Je t’admire, jolie ado, je t’admire et je suis fière d’être ta mère, tellement si fière ….
Ma jolie ado qui cache de si beaux yeux tendrement sombres derrière une mèche toujours trop longue. Ma si jolie ado au si joli sourire qui tournera bien des têtes …
Oh bien sur, tout n’est pas tous les jours rose entre nous. Il y a des moments où je dévisserais volontiers ta jolie petite tête de ton joli petit cou lorsque tu repousses mes limites. Mais ces moments ne sont rien à côté de la beauté de notre relation. Je suis fière de nous, fière de ce que nous avons construit ensemble au fil des ans. Fière de notre complicité et de nos fous rires, fière de nos réconciliations et de nos longues confidences. Fière de cette confiance que nous avons l’une en l’autre. Fière de rester ta mère et toi ma fille. Nous ne sommes pas amies, nous sommes mère et fille. Et je suis comblée par cet amour qui nous lie malgré tout.
J’aime cette jeune fille pleine de vie et d’assurance que tu es devenue. J’aime te voir chaque jour combattre et dépasser la timidité que je t’ai léguée. J’aime ton allure, lorsque tu relèves la tête en marchant à mes côtés. J’aime comme tu ronchonnes lorsque je refuse que tu écoutes ta musique en marchant dans la rue avec moi. J’aime cette gentillesse innée, lorsque tu acceptes de venir déjeuner avec des amis que je meure d’envie de te présenter, alors que tes amis t’attendent un peu plus loin. J’aime à t’écouter jouer de la guitare le soir dans le silence du mouillage. J’aime entendre ta jolie voix si douce et si claire chanter nos airs préférés. J’aime tous ces talents qui se bousculent en toi et que tu exprimes si bien. J’aime comme tu t’occupes de ton frère sans même que je ne t’en fasse la demande. J’aime comme tu le protèges.
Aujourd’hui tu as 16 ans, petit rayon de soleil. Tu as 16 ans et tes premiers amours te rendent plus belle encore. J’aime déjà ce garçon qui me vole des moments de toi. Je l’aime pour ton regard qui part parfois dans le vague, pour ces sourires qui illuminent ton visage lorsque tu penses à lui.
Aujourd’hui tu as 16 ans et je n’oublierais jamais ces premiers instants de ta vie qui n’ont appartenu qu’à nous. J’ai soigné tant d’égratignures, sur tes genoux et dans ton cœur. Je voudrais tant en avoir de moins en moins à guérir. Tu les guériras sans moi, de plus en plus souvent. Et c’est tant mieux, c’est la vie, tu grandis et tu suis ton chemin.
Je t’aime, ma ravissante ado, ma jolie princesse, ma superbe planeuse.
Je voudrais juste que tu t’éveilles un peu plus aux études, à l’avenir qui t’attend même si pour toi l’avenir se résume à demain.
Aujourd’hui tu as 16 ans, 16 ans de bonheur, de larmes, de joie, d’amour. Merci pour tout ça ma petite fille, ma jolie jeune fille, merci pour tout cet amour.
Bon anniversaire mon amour.
L'épicerie de quartier
Maman m’avait bien dit de ne pas sortir de ma chambre tant qu’elle ne serait pas venue me chercher mais j’avais faim.
La dernière fois que j’ai désobéi à maman, ça c’est assez mal passé alors j’ai attendu longtemps avant de me décider. J’avais dormi deux fois, j’avais même raté l’école ; je le sais parce qu’il n’y avait pas de dessins animés à la télé. Juste des émissions pour les grands. Il n’y avait plus rien dans le frigo et maman ne rentrait pas. Je n’avais pas le droit de sortir tant que maman n’était pas rentrée, mais j’avais faim. Alors je suis descendu à l’épicerie de quartier. Maman m’y envoie parfois et je dis à l’épicier de le noter sur le compte. J’aime bien l’épicier, il est gentil avec moi. Mais je pense qu’il est extra terrestre parce qu’il ne dort jamais, sa boutique est toujours ouverte. Alors comme j’ai quand même un peu peur qu’il m’enlève pour faire des expériences sur moi, je ne reste jamais trop longtemps avec lui. La dernière fois que j’ai désobéi, c’est l’épicier qui a prévenu la police, maman me l’a dit. Elle était drôlement en colère après lui parce qu’une dame m’avait laissé dans une famille jusqu’à ce que maman vienne me chercher. Longtemps après.
Je me souviens de ce jour là, parce qu’elle avait des gros pansements un peu partout et faisait la grimace quand elle se baissait. Elle m’avait dit qu’elle était tombée dans les escaliers et moi je pensais qu’ils devaient être drôlement hauts ces escaliers pour qu’elle se fasse aussi mal et que je reste aussi longtemps dans cette famille. Maman a longtemps été en colère après l’épicier, mais comme c’est le seul qui reste ouvert la nuit, j’ai eu le droit de retourner acheter à manger chez lui. Et puis la bonne nouvelle, c’était que maman avait décidé de travailler à la maison, c’était trop dangereux à son travail. Moi j’étais content, je me disais que je ne resterais plus jamais tout seul, qu’elle serait toujours là avec moi et que je n’aurais plus jamais faim ni peur.
En fait, c’est pas drôle du tout depuis que maman travaille à la maison. Des fois, je rentre de l’école et je croise des messieurs dans l’entrée qui sont toujours trop pressés et qui me bousculent sans me voir. Maman a beaucoup d’amis qui viennent la voir à la maison dans la journée et quand je n’ai pas école je dois rester dans ma chambre avec mes jeux vidéo. Et interdiction de sortir. Je n’aime pas comme maman s’habille pour discuter avec ses amis. Et puis des fois, il y en a qui poussent de drôles de cris alors je dois mettre mes écouteurs sur les oreilles avec le son de la console à fond, sinon ça me déconcentre. C’est maman qui m’a acheté les écouteurs parce qu’avant, la musique de mes jeux dérangeait ses amis.
Ca fait vraiment longtemps que je suis dans ma chambre. Il fait nuit dehors, j’ai faim. Peut être que maman a oublié de venir me chercher, des fois elle oublie. Alors je mets le son de ma console à fond, sans les écouteurs, comme ça elle viendra. En général, ça marche.
Pas ce soir. Personne ne vient. J’écoute. Il y a vraiment trop de silence.
Quand je suis entré dans la salle, j’ai vu que la porte de l’appartement était grande ouverte alors je l’ai fermée pour qu’elle ne claque pas à cause des courants d’air. Je suis allé dans la cuisine, pour me chercher à manger. En passant devant sa chambre, je l’ai vue allongée dans le noir et elle ne bougeait pas. Je l’ai appelée plusieurs fois et comme elle ne répondait pas, je suis entré dans la chambre. Doucement hein, elle n’est pas contente quand je rentre dans sa chambre sans son autorisation. Elle n’avait plus ses habits que je déteste, elle n’avait rien sur elle. Je la vois souvent toute nue maman, mais je n’aime pas la voir là, maintenant, comme ça. Je la secoue un peu, mais elle ne bouge pas. Elle est glacée alors je remonte le drap sur elle.
J’ai bien vu qu’il y avait du sang partout mais je n’ai pas eu peur parce que ça arrive souvent que maman saigne, elle se blesse en jouant avec ses amis. Je ne les trouve vraiment pas drôles leurs jeux. En plus, c’est injuste : elle me gronde quand je rentre de l’école avec du sang sur ma chemise parce que je me suis battu, mais elle a le droit, elle, parce qu’elle est adulte !
Je me suis souvenu que j’avais faim alors je suis allé dans la cuisine. Mais le frigo était vide. Maman avait du oublier de faire les courses. Ca m’embête qu’elle ne se réveille pas.
Ce n’est pas grave, je vais descendre voir l’épicier et il mettra ça sur le compte.
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M'y suis prise un peu tard, mais anniversaire oblige j'étais absente. M'enfin, j'ai tout de même voulu participer au dernier atelier des Impromptus Littéraires. : http://www.impromptus.fr/dotclear/index.php?2008/07/21/4131-semaine-du-21-au-27-juillet-2008#co