29 juillet 2008
Les malheurs d'une ado
Donc, ma fille est amoureuse. C’est beau une ado amoureuse.
Ca tire la tronche toute la journée, et ça s’illumine au moindre sms-coup-de-fil-mms-msn.
Ca passe l’après-midi avec son amoureux, ça demande à 19h00 si ça peut rentrer à 20h00, ça picore le repas du soir, tente de sauter celui de midi, et ça fonce sur msn dès 22h00 jusqu’à 2 heures du matin. Et puis ça rattrape les heures de sommeil le matin. Jusqu’à midi.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, j’ai eu un sérieux conflit à gérer de mon bureau, par téléphone.
Et moi ce que j’aime, c’est la façon dont Rahan et Boudeuse ont de me raconter la même scène mais d’une manière tout à fait différente.
- Tiens, j’ai fait la connaissance de scooter bout de ponton.
C’est ainsi que les vieux du coin surnomment les petits amis passés présents et à venir de ma fille.
Scooter bout de ponton, c’est donc ce charmant garçon qui renverse le cœur de ma jolie ado.
- Ah bon ? il était où scooter bout de ponton ?
- Et bien … au bout du ponton. Il voulait voir Boudeuse
- Et alors ? il est comment ?
- Ben … c’est un scooter bout de ponton.
Pffffffffffff ! totalement impossible d’avoir des détails croustillants avec cet homme des âges farouches ! Comme pour Timousse. « ben c’est un garçon et il est zentil ! »
Oui mais moi, je voudrais des détails moi ! la couleur de ses yeux par exemple. Et quand je pose la question voici les réponses que j’ai.
- Boudeuse : il a des yeux ohhhhhhhh si tu voyais ses yeux !!!!
Bon donc, il a des yeux.
- Timousse : euh … ze sais pas !
- Rahan : en fait, en matière d’yeux, je ne les ai pas vu derrière sa mèche.
Donc, je sais au moins qu’il n’est pas chauve. Et qu’il a des yeux, même si Timousse n’est pas certain.
Boudeuse s’est donc levée vers euh … midi … quelque chose comme ça. Rahan est allé se chercher son petit cadeau à lui tout seul, un laser (les connaisseurs apprécieront) que je me demande comment on va faire pour se trainer ça cet été nous …
A son retour, en bout de ponton, il croise scooter bout de ponton. Qui n’a, je précise, aucun scooter.
Ne me demandez aucun détail de si ils se sont parlés l’un et l’autre, battus, s’ils ont bu un pot ensemble ou ont marché silencieusement côte à côte à se jauger … je n’en sais rien, Rahan étant avare de détails.
En même temps, j’ai la haine QUE TOUTE LA FAMILLE ET MEME LES VOISINS SACHENT A QUOI RESSEMBLE CE GARCON SAUF MOI !
Dixit Rahan :
Rahan est monté sur le bateau, à toqué (je suppute) à la porte de la cabine de ma fille et lui a dit que scooter bout de ponton était là. DANS le bateau.
Ce à quoi, en parfaite ado, ma fille lui a répondu
- Ah mais il est en avance
Ce à quoi Rahan a rétorqué
- Eh bien il attend.
Dixit Rahan : 15 minutes plus tard.
- Boudeuse (il ouvre la porte de sa chambre) scooter bout de ponton est toujours là.
- Ah mais non dis lui qu’il repasse plus tard.
Boudeuse était toujours allongée dans le noir à écouter sa musique et n’avait pas bougé d’un poil. Rahan s’est agacé légèrement. Scooter bout de ponton est donc entré dans la cabine de Boudeuse. C’est qu’il voulait la voir lui ! Rahan était très chiffonné que Boudeuse ose le prendre pour son messager, il a autre chose à faire et elle règle elle même ses problèmes avec ses amis, sinon on va avoir droit aux coups de fils « dis lui que je suis pas là ! » Rahan estime de même que quand quelqu’un vient nous voir, la moindre des choses est de le recevoir. Ce en quoi il n’a pas que tort.
Dixit Boudeuse.
Rahan a dit « Boudeuse, il y a scooter bout de ponton qui est là ! »
Boudeuse a paniqué. Ok, il était 14h00 mais ils avaient rendez-vous à 14h30. Et Boudeuse n’est pas ma fille pour rien. Ok, il était 14h00 et Boudeuse était encore en PYJAMA
- En plus t’imagines maman ? j’étais en py-ja-ma ! pas coiffée pas maquillée rien du tout !
Donc Boudeuse n’a trouvé que ça à dire :
- Il est en avance.
Puis Boudeuse est restée cloitrée dans sa cabine, planquée toutes lumières éteintes et rideaux tirés pour que surtout surtout, il ne la devine pas, scooter bout de ponton. Elle est restée cloitrée en attendant que scooter bout de ponton se sauve.
Ce qu’il n’a pas fait.
Ce qui a énervé Rahan qui de toute façon « s’énerve toujours pour rien »
Et Rahan a osé IL A OSE MAMAN ! laisser entrer scooter bout de ponton dans le bateau. Et scooter bout de ponton a fini dans la cabine de ma fille.
- MAAAAAAAAAAAAAAMAAAAAAAAAAAAAAN ! J’ETAIS EN PYJAMA …
Oui oui, je sais ma fille, pas coiffée, pas habillée.
J’étais au bureau en train de me battre contre mes paies lorsque Rahan et Boudeuse m’ont tour à tour raconté leur version des faits.
- MAAAAAAAAAMAAAAAAAAAAAN LA HONTE QUE J’AI EU !
Et bien entendu, j’ai pris la défense de ma fille.
- M’enfin Rahan ! t’as déconné là ! la pauvre ! elle n’était pas prête !
- Ben oui mais lui il attendait
- M’enfin elle était en pyjama !
- Ah bon ? elle était en pyjama ? (j’hallucine là, je vous jure que j’hallucine !) Ben pourquoi elle m’a pas dit qu’elle était pas prête ?
- Elle te l’a dit mais tu n’as pas compris
- Oui bon ça va, et même si elle était en pyjama … à 14h00 en plus, ce n’est pas grave hein, pas besoin d’être en beauté pour recevoir scooter bout de ponton.
Rahan, mon amour, je t’aime oui je t’aime vraiment. Mais tu ne comprends rien aux femmes !
La crise du Yucca
Pourtant, j’étais bien dans mon sud sableux, avec le ciel étoilé au-dessus de mes grappes de fleurs blanches. Mais non, il a fallu qu’ils me mettent en pot. Me voici dans cet appartement sordide à l’air vicié par de stupides bestioles enfermées ou en semi liberté. Animal ou végétal, vous autres les humains nous préférez en cage.
J’ai eu beaucoup de mal à m’adapter mais j’ai vite compris que je ne craignais pas grand chose des canaris aux ailes coupées qui s’agitent dans leur prison dorée en me lorgnant de leurs petits yeux vitreux.
Il y a aussi ce stupide canin, mais il passe le plus clair de son temps aux pieds de sa maîtresse.
Par contre, le félin miniature, il a bien assaisonné mes journées ! Dans le genre envahissant celui-là, on peut dire qu’il s’est posé là !
Sa maîtresse avait poussé sa couche pour m’y installer et il a cherché à se venger de quelques coups de griffes rageurs. Je lui avais volé son emplacement stratégique, tout contre la baie vitrée et il ne lui était plus possible d’offrir son corps poilu aux premiers rayons de soleil. Il lui a fallu quelques semaines pour accepter l’inacceptable. C’est surtout lorsqu’il a compris que je souffrais terriblement du soleil direct qu’il a cessé de me harceler. C’était bien plus amusant de me voir endurer un tel supplice.
Jusqu’à ce jour de juin où j’ai vu les yeux du félin miniature briller d’un je ne sais quoi qui ne valait rien de bon. Dès qu’Elle a quitté la pièce, il s’est collé à moi et a entrepris une danse frénétique qu’il voulait certainement enjôleuse. Il a reniflé ma base humide. Il a bravé l’interdit en sautant sur la terre et j’ai senti un liquide chaud couler le long de mon tronc.
Félin miniature venait de déclarer la guerre. Il s’était soulagé sur moi ! Et cette odeur ! Ciel cette puanteur !
« Je marque mon territoire » a-t-il affirmé d’un ton orgueilleux la dernière fois qu’il a aspergé la base de mon tronc de son liquide acide. La dernière fois qu’il est sorti tête haute, queue fièrement dressée. La toute dernière fois.
« Je suis bien obligé de marquer mon territoire, c’est ma nature. C’est pour qu’aucun autre mâle de ma race ne s’approche ». Quel mâle ? où il voit un mâle lui ? On est enfermés du matin au soir, 7 jours sur 7 ! personne n’entre et personne ne sort et il a besoin de marquer un territoire (le mien de surcroit) où aucun autre ne pourrait se risquer ?
Le lendemain, félin miniature a fait son petit tour chez moi, sourd à mes protestations. C’est là que j’ai décidé de lui rappeler que ce territoire était et resterait le mien. A ma façon. Avec mes armes. Mes feuilles acérés, aussi coupantes qu’une épée. Surtout pour un micro appendice pendouillant et s’offrant son dernier petit plaisir.
Slash ! D’un coup d’un seul, j’ai décapité l’intrus. Castré l’animal ! Et ce faisant, je rendais un fier service à sa maîtresse. Parce que l’odeur ….
Bon c’est vrai qu’au début, sa maîtresse n’était pas plus réjouie que ça. Elle a convoqué ses voisins et ils ont longuement étudié le phénomène. Le félin miniature castré, mes feuilles, le félin miniature castré, l’odeur …Ils ont appelé ça la crise du Yucca mais en fait personne n’y croit vraiment.
Depuis, félin miniature évite de se frotter à moi. D’ailleurs, son besoin irrépressible de marquer son territoire est parti avec le morceau que je lui ai découpé.
Mais ce matin, stupide canin a fouillé ma terre de sa truffe baveuse. Et avant de s’éloigner de moi, il a levé la pate. J’ai senti un liquide chaud couler le long de mon tronc.
Sur mon territoire !
Et voilà, c’était ma participation au dernier atelier des Impromptus Littéraires.
http://www.impromptus.fr/dotclear/index.php