Au fil de l'eau

"Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants."

30 janvier 2009

Privilégié

Il y a quelques temps, en quittant le travail, j’ai emprunté une portion de route non éclairée et ai activé du bout de la main gauche mes phares. Le paysage ne s’est pas illuminé brusquement, mes phares n’ont pas inondé de lumière blanche la forêt sombre que je traversais alors.

Nullement surprise, j’ai de nouveau activé le machin pour mettre mes phares, mais rien ne se produisit. Ni inondation de lumière, ni petit voyant bleu sur mon tableau de bord.

J’ai tenté diverses manipulations avec le truc, aussi inutiles que stupides : il y a un moment où il faut se dire que quand ça ne veut pas fonctionner, il faut laisser tomber. Et sus aux mauvaises langues que je vois venir avec leurs grosses chaussures à crampons : je ne me suis pas trompée de bidule, je n’ai pas activé les essuies glaces !

J’annonce la bonne nouvelle avec précaution à Rahan, afin de m’assurer une soirée dépourvue de « j’en ai plein le cul … tout ça c’est de la merde …. C’est de la merde qui coûte une fortune ». Et j’ai bien fait de prendre des gants, Rahan a juste dit

-          Ce doit être les fusibles, ils doivent être …

-          Ah ça va alors, tu peux t’en occuper demain ?

A une copine qui m’a regardée offusquée « comment ???? tu ne peux pas changer tes fusibles toute seule ???? » j’ai répondu que non seulement je ne pouvais pas, mais que surtout je ne voulais pas. Déjà, je me sens obligée de conduire et c’est un exploit pour moi que d’avoir passé mon permis il y a quelques années, je m’en serais bien passée. Ensuite, je sais déjà la conduire, faire le plein, ouvrir le capot et le faire tenir avec son petit crochet qu’on a beau faire, il est toujours dégueulasse, ne pas me gourer quand je remplis le compartiment du lave glace… Quoi que. Une fois, j’ai fait une connerie.

Je ne me suis pas trompée de compartiment, ça non. Je fais toujours bien attention à verser le produit là où des essuies glaces sont dessinés. Je me suis trompée de produit. Un collègue avait mit dans mon coffre un bidon de produit détergeant super méga puissant de la mort qui tue et j’ai oublié que ce bidon contenait ça. J’ai vidé le contenu de ce bidon dans mon compartiment essuie-glace. A plusieurs reprises. Parce que le bidon, il faisait quand même 5 litres ….

Au bout de quelques jours, Rahan et moi avons remarqué que tout de même, le pare brise était super gras … que ok, la voiture dormait au bord de la mer avec les embruns toussa mais quand même… Même pas je n’avais fait attention que le produit était blanc et non pas bleu comme d’habitude, ni qu’il était épais, ni qu’il avait quand même une autre odeur … Bref. Tout ça m’a coûté un dégraissage complet du véhicule et le changement des essuie-glaces : ils étaient cuits.

Tout ça pour en revenir à cette connerie de manette qui ne veut plus passer en phares.

Je vais donc chez le concessionnaire et j’apprends une grande nouvelle et un nouveau mot (que j’ai aussitôt oublié) le comotruc est cassé. J’ai beaucoup de chance, ça se change. J’ai énormément de chance, ils l’ont en stock. J’ai un bol fou, ça prend dix minutes, je reste donc sur place et j’attends.

J’aurais du prendre un bouquin les 10 minutes se sont transformées en une heure, un comotruc tout neuf pour la bagatelle de 75 € et … un nouveau rendez-vous parce qu’en fait, le comotruc était bien cassé (mon cul) et il fallait le changer, mais les phares ne fonctionnent toujours pas.

J’ai rapporté mon véhicule jeudi matin. En réceptionnant le véhicule, gentil garagiste me montre mes pneus arrières qui sont d’après lui à deux doigts d’exploser.

-          Mais si ! regardez là ! ces signes ne trompent pas (oui bon c’est un pneu hein )

-          Who Who Who ! on se calme ! je demanderais à Rahan de s’en occuper, là je viens juste réparer mes phares.

-          Et l’essuie glace arrière, il est mort

-          Bon changez-le

-          Et les pneus ?

-          Non, pas grave s’ils explosent.

Gentil garagiste n’a rien compris à mon humour. Une collègue vient me chercher pour que je puisse aller travailler. Je trouve une bonne âme qui accepte de me déposer chez mon concessionnaire favori vers 15h30, heure à laquelle ils ont juré craché me rendre ma voiture réparée. Mais …

Appel de 15h00 ….

-          C’est bien plus compliqué qu’on ne pensait (attendez, je vais prendre une minute pour les plaindre.)

-          Vous ne trouvez pas la panne ?

-          Si, mais en fait c’est une (et là j’ai totalement zappé son explication) il faut la commander, nous l’aurons demain, elle coûte 500 €.

Vlam ! ça, c’est le bruit que j’ai fait en tombant de ma chaise en apprenant la nouvelle. C’est peut être de la merde qui coûte une fortune, mais c’est de la merde en or massif !

J’ai trouvé une bonne âme pour me ramener chez gentil garagiste spécialisé et y louer une voiture. Oui parce que figurez vous que gentil garagiste veut bien me rendre ma voiture en attendant de recevoir la pièce mais pour ce faire, gentil garagiste doit remonter tout ce qu’il a démonté. Main d’œuvre à mes frais. En échange, gentil garagiste me propose donc un véhicule. De location. A mes frais. Gentil garagiste me propose ensuite une espèce de carte pour client vache à lait privilégié, qui me permet d’avoir une remise sur la location. 20 € par jour.

Gentil garagiste attend mes remerciements. Longtemps, très longtemps.

Ce matin, Timousse s’émerveillait devant la voiture louée et je tentais de le dissuader de trop s’y attacher « je la rend ce soir, tu ne la verras plus »

Ce matin, j’oublie de laisser ma deuxième clé parce que non seulement la pièce qu’on me change est en or massif au prix où elle coûte, mais en plus il faut reprogrammer les clés. Je retourne donc voir mon garagiste …

-          J’allais vous appeler.

Là, mon sourire de politesse, il est tombé d’un coup comme ça splash, sur mon menton et j’ai attendu.

-          Nous n’avons pas reçu la pièce, nous ne l’aurons que lundi.

-          Vous l’aurez certain ou vous l’aurez peut être ?

-          Nous devrions l’avoir.

Et si je reprends ma voiture, le remontage et démontage est à mes frais. Et si je conserve la voiture de location, celle-ci reste aussi à mes frais. Quoi que je fasse, ça me coûtera la modique somme de 100€. Minimum. En plus. En plus des 500 €. Minimum eux aussi. Sans compter ce que j’ai déjà payé pour rien …

Est ce que j’ai le choix ? est ce que j’ai eu le choix une seule fois depuis le début ? où elles sont les vieilles voitures qu’on avait avant et que nos papas et tontons pouvaient démonter remonter et réparer en un week-end après un passage à la casse ?

-          Au fait, j’ai oublié de vous demander … je vous fait un lavage au rouleau ? Ca vous coûtera …

-          Vous croyez que le coût d’un passage au rouleau a vraiment de l’importance au point où j’en suis de ma douloureuse là ?

-          Avec la carte client vache à lait privilégié …

-          Allez, soyons fou ! lavez là.

Vous croyez que j’aurais du dire oui pour les pneus ?

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29 janvier 2009

Le sacrifice

Je déteste le sacrifice. J’avais commencé à réagir il y a quelques jours sur un commentaire du refuge qui parlait de sacrifice et j’avais laissé ma note en suspens. Mais j’y pense souvent à cette notion de sacrifice et je vais vous dire, je la fuis.

Si j’admire le parent qui va mettre de côté sa propre vie pour s’occuper de ses enfants, c’est lorsque je vois qu’il le fait par amour et sans amertume. J’admire cette force en lui que je n’aurai certainement pas moi. Par contre, celui qui a voté pour le célibat sous prétexte que sa fille ne supporterait pas de voir une autre femme dans son lit et qui ronge son frein en attendant le jour où il pourra lui cracher au visage « tout ça je l’ai fait pour toi ! » Ou qui le sous-entend, silencieusement, sournoisement, des années durant … celui là … oh celui là ! D’autant que son môme ne lui a rien demandé. En tout cas, il ne lui en demandait pas tant. Son gosse, il n’a même pas demandé à venir au monde mais maintenant qu’il y est, il demande juste à grandir normalement. Et un parent qui lui fait porter le poids d’un sacrifice auquel il n’aurait même pas pensé … je plains son gosse, de tout mon cœur. Parce qu’au moindre faux pas, il va le prendre dans la gueule son putain de sacrifice.

Je déteste les personnes qui passent leur vie à la sacrifier s’ils ne le font que dans un seul but : le faire payer à la personne pour qui ils se sacrifient. J’ai rencontré un jour une méchante femme qui c’était sacrifiée selon elle, pour son fils. Elle voulait quitter un homme qu’elle n’aimait plus. Son fils était alors âgé de 10 ans et elle lui a demandé son avis (déjà à la base, je trouve ça très con, mais bon). Bien entendu, son gamin a paniqué et l’a suppliée de conserver leur statut de famille. Cette conne ne l’a jamais pardonné à son fils, il a continué à grandir sous les « si je reste c’est pour toi, je me sacrifie chaque jour pour toi ! » elle l’a rendu au moins aussi dingue et méchant qu’elle.

J’en suis venue à penser que ceux qui se sacrifient de cette façon sont de gros lâches. Des lâches qui n’ont pas le courage d’assumer le fait qu’ils ne sont pas capables de briser leur couple déjà en miettes. Je sais qu’il est difficile de partir, je sais qu’on trouve des tonnes de raisons pour ne surtout pas partir, pour ne pas s’avouer un échec cuisant. Mais de là à se planquer derrière son môme en lui balançant un « si je suis restée c’est pour toi » plein de fiel, là je dis merde. Si tu es restée c’est parce que tu n’as pas réussi à partir. Mais non, c’est beaucoup plus facile de trouver un coupable qui sera incapable de se défendre. Et faire porter ça à son gamin, lui faire porter cette culpabilité, l’élever en le persuadant qu’il est responsable de cette situation c’est dégueulasse, c’est criminel.

J’ai vécu une sale période il y a quelques années, ou Rahan mourait dans un hôpital et je devais continuer à assumer ma vie professionnelle et surtout mon rôle de mère. Deux enfants de 2 et 11 ans. Je me suis divisée en trois parce qu’il le fallait. Je l’ai très mal vécu parce que je faisais très mal ces trois choses, j’avais toujours la sensation de bâcler. Mais je n’ai rien sacrifié. Ni mon amour pour Rahan, ni mon amour pour mes enfants, ni mon travail qui quelque part nous permettait de bouffer. Je n’ai rien sacrifié et j’ai bien fait : je n’en veux à personne d’autre qu’à moi.

Je m’emporte. Du sacrifice, il y en a partout autour de moi, c’est dingue le nombre de personnes qui se sacrifient. Et qui m’en veulent à cause de ça. Oui, oui, qui m’en veulent. Parce que moi je ne le fais pas. Sur le moment, j’ai accusé difficilement le coup. A la limite, j’ai même poussé le bouchon à entrer dans leur jeu « merde ! eux ils se sacrifient, (bon ok, on le sait qu’ils se sacrifient, ils le crient assez fort qu’ils se sacrifient) et moi je n’y arrive pas ! je suis une mauvaise fille et eux (ceux qui se sacrifient) ils sont bons » Alors j’ai terriblement culpabilisé un temps, de ne pas avoir ce truc en moi. De ne jamais penser au sacrifice, d’avoir des boutons rien qu’à l’idée de me sacrifier ou pire, de sacrifier ceux que j’aime. De ne pas rentrer dans ce jeu si à la mode surtout par chez nous.

J’ai terriblement culpabilisé, oui et je leur ai tendu le bâton pour me battre, aux sacrifiés, j’ai courbé le dos pour les laisser me battre de tout leur mépris et leur haine et leur colère.

La haine et la colère, c’est lorsque j’ai plus sérieusement pensé à ces mots et à leur déclencheur que j’ai collé ma culpabilité dans ma poche. J’ai compris que ce n’était pas du mépris qu’éprouvaient les sacrifiés de mon entourage, mais de l’envie. Je vis une vie qui  n’a rien d’exceptionnelle mais que j’aime tout simplement. Et ça les rend dingue. Dingue d’envie. J’ai tout simplement l’insolente insouciance d’une parfaite égoïste qui va faire passer sa sécurité, son bien être, sa qualité de vie et celle de la famille qu’elle s’est fabriquée avant tout le reste.

Autour de moi, je n’entend que ce mot, sacrifice et il me donne la nausée. Parce que le vrai sacrifice, il se fait en silence, on ne s’en vante pas ; on l’assume et on ne le reproche à personne ; on le fait par amour pas pour se faire aimer. Il y a de l’humilité dans le sacrifice, pas de l’arrogance. C’est un don, pas un empoisonnement.

Si on ne sait pas faire, on fait comme moi : on ne fait pas. Et les autres, allez donc vous sacrifier ailleurs.

Posté par Kaliuccia à 13:18 - Coup de gueule - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 janvier 2009

Mon mercredi

En bref, il n’y a eu aucun cri, pas même un haussement du ton et moins encore des épaules.

Elle a écouté ce que j’avais à lui dire comme si elle attendait ça depuis toujours et a répondu un «d’accord maman » qui m’a définitivement trouée.

Toute la soirée, j’ai attendu qu’elle me demande quelque chose en échange de sa grande et haute compréhension, rien nada.

21h30, le téléphone sonne. Boudeuse me fait son plus beau sourire et file s’enfermer dans sa chambre pour palabrer avec scooter bout de ponton.

Euh …. Je n’avais pas dit juste avant plus de coups de fils le soir ?

A côté de ça, j’ai décidé de donner un peu de piment à ma vie le mercredi. Jour que je consacre à mon unique fils.

Voici mon nouvel emploi du temps.

-          10h30 – 11h15 Timousse au centre à côté de chez nous.

-          11h00 – 13h30 cours de voile pour Timousse à l’autre bout de la ville (gardez vos commentaires pour les horaires s’il vous plait JE SAIS !)

-          14h00 – 16h00 Cours d’échecs pour Timousse à côté de chez nous

-          16h30 – 18h00 Bibliothèque avec Timousse.

Et entre temps, il faut aussi qu’il déjeune. Si si ! je vous jure que j’arrive à le faire déjeuner entre temps. Le premier qui dit que j’ai du bol d’avoir mon mercredi, il se prend ma main dans la tronche.

A Côté de ça, Timousse voit sa nouvelle psy une fois par semaine. Et comme cette nouvelle psy est super sympa, elle a décidé de donner des rendez-vous au moment où seul son papa peut s’occuper de l’accompagner et venir l’y chercher.

Allez, j’avoue, je l’ai un peu aidée sur ce coup là.

Le lundi à 17h15.

Donc la semaine dernière, je rappelle à Rahan le rendez-vous de Timousse à 17h15

-          Ah ?

-          Oui, le lundi

-          Ah bon.

-          A 17h15.

-          Ah.

-          Donc, il ne va pas en étude le soir

-          Ah ?

-          Ca veut dire que tu dois aller le chercher à la sortie à 16h30

-          Ah.

-          J’ai dit dis toi, pas moi. Tu c’est toi.

-          Moi ????

-          Ben oui toi. Tu ne travailles plus à cette heure là alors que moi je suis encore au boulot. Tu ne veux tout de même pas que je quitte à 16h00 alors que toi tu es disponible ?

-          Non non. Ca va. (Mais alors sur un ton de pauvre victime, je vous laisse imaginer)

-          Et du coup, comme il ne va pas à l’étude, il aura ses devoirs à faire après le rendez-vous.

-          Ah bon ? (putain ça m’énerve qu’il découvre ça à chaque fois, ça m’éneeeeeeeeerve !)

-          Oui et avec toi, puisque je ne serais pas encore rentrée

-          Quoi ????????? Pfffffffffffffff !

-          Cache ta joie. Tu veux échanger ton lundi après-midi avec mon mercredi ?

Posté par Kaliuccia à 15:21 - Nous - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 janvier 2009

La révolte d'une mère d'ado

A quoi pourrait-on reconnaître un ado de nos jours ?

A son foutage de gueule, entre autre. Il faudrait que je vérifie, on a du être en lune montante ou pleine ces derniers jours parce que Boudeuse est en train de me pousser dans de tels retranchements que je craindrais presque pour sa vie.

Je passe sur les menaces « si tu m’obliges à faire ça, je te garantis une soirée gueule » et les aberrations « et pourquoi je devrais manger ? une tartine au chocolat, ça me suffit ! »

Non mais sans déconner, ça me troue que ma fille ose me dire « si tu m’obliges à faire ça, je te garantis une soirée gueule » non mais où on va là ????

Je passe sur les difficultés à respecter l’heure et les retards systématiques et de principe, un peu comme le fait de toujours laisser quelque chose dans son assiette. Je passe aussi sur ses compréhensions des « tu ne sors pas après les cours » et d’en profiter pour faire venir scooter bout de ponton chez nous … tiens, parlons en de ça.

Pourquoi les gosses restent-ils si longtemps chez leurs parents ? hein ? je me souviens des larmes de maman lorsque nous parlions de quitter la maison à 17 ans et la quittions réellement à 19 pour nous plonger dans la vie réelle sans airbag maternel. Ben maman, je vais te dire une bonne chose TU NE CONNAIS PAS TON BONHEUR ! parce que les mômes là, cette génération qui se déploie et celle de ma fille qui suit, ils ne sont pas prêts de partir de la maison, ils y sont trop bien ! Ils y sont tellement bien qu’ils y passent tout leur temps libre.

Alors vous allez me dire que c’est super méga cool d’avoir fi-fille à portée de main tout le temps, au moins n’ai-je pas le souci de la savoir dehors, à trainer fumer et boire (ou pire) avec des fréquentations plus ou moins fréquentables….

Et vous aurez raison de me le dire. Mais je vous répondrais sans hésiter :

SERAIT-IL POSSIBLE D’AVOIR UN JUSTE MILIEU ???

Genre l’ado, il sort un peu mais pas trop. Genre l’ado, il dégage le mercredi après-midi. Genre l’ado, il va se faire un ciné avec son scooter bout de ponton au lieu de rester vautré sur la banquette de notre lieu de vie principal à jouer à la XEE pendant que Rahan ronfle sans complexe à 50 cm d’eux.

J’en ai d’ailleurs fait la remarque à Boudeuse dernièrement et avec tact. Parce qu’il faut en plus ménager l’extrême sensibilité susceptible de nos ados lorsqu’on a une remarque à leur faire. Du style :

-          Comment se fait-il que scooter bout de ponton et toi passiez L’INTEGRALITE DE VOTRE TEMPS LIBRE ici ?

-          Parce que j’en avais un peu marre de m’incruster chez lui, je ne veux pas déranger ses parents, tu comprends, ils travaillent.

-          …………………………………………

Ca c’est une réponse nucléaire qui a totalement dévasté mon pauvre gruyère !

-          Dis voir … Ote-moi d’un doute … tu crois qu’on fait quoi Rahan et moi ? Tu crois qu’on passe nos journées au club Méd ?

-          Mais non mais je sais que vous travaillez mais c’est pas pareil

-          Alors là, je veux bien que tu m’expliques la différence parce que je n’ai pas tout compris là, à vrai dire.

-          C’est que ça me gène c’est tout.

-          Et qu’est ce qui te gène ?

-          Ah ! j’ai compris ! en fait, tu es en train de me dire que scooter bout de ponton et moi, on te gène.

Et voilà, nous y voilà, j’ai beau essayer de biaiser dans tous les sens, on y arrive à l’accusation implacable du faut-le-dire-si-on-dérange.

J’avoue, je n’ai pas encore osé le dire, mais ça va finir par arriver lorsque je n’aurais plus d’arguments. OUI ! VOUS DERANGEZ !

D’autant que je ne lui demande pas non plus de s’incruster chez scooter bout de ponton, mais vu la chance que nous avons de vivre sur une île où il fait beau et bon 11 mois sur 12 … ils sont tout de même mieux dehors quoi !

J’ai donc tenté d’expliquer à Boudeuse ce qui me dérangeait dans le fait des les avoir toujours dans les jambes, mais Boudeuse en bon ado qui se respecte a réponse à tout.

-          Tu vois, le dimanche par exemple, il m’arrive d’avoir envie d’en faire un dimanche pyjama à traîner ici et là avec mes gros chaussons ridicules et ma coiffure tue l’amour et juste bouquiner enveloppée dans ma grosse couverture et …

-          Ah mais tu peux hein ! scooter bout de ponton il s’en fou si il te voit comme ça

Boudeuse, y’a plus rien à dévaster ! je n’ai plus de gruyère tu m’entends ? parce que moi, je m’en tape de savoir s’il s’en fou ou pas de me voir dans le même état que si je sortais d’un sèche linge, JE NE VEUX PAS QU’ON ME VOIT COMME CA ET PISSETOU ! merde alors quoi !

A bout d’argument, lorsque scooter bout de ponton est venu la chercher à 14h30 précise, alors même que nous terminions le repas dominical, j’ai grogné à Boudeuse entre mes dents.

-          Vous sortez !

-          Et pourquoi ? je n’ai pas envie moi !

-          Parce que je l’ai dit, et ça suffit comme réponse : vous sortez.

Et Boudeuse est sortie en … boudant.

Mais je m’égare, l’objet de ma note se basant sur un ultime agacement créé par Boudeuse pas plus tard qu’hier soir, alors que je lui rappelais à 20h30 que si elle voulait se doucher c’était maintenant, vu qu’il n’était pas question qu’elle se couche à minuit, vu qu’elle me fait le coup à chaque fois à nous coller le sèche cheveux dans les oreilles alors que le lendemain matin, elle se lève à 6h30. Quand même quoi !

20h32, Boudeuse allume MON ordinateur. Je lui ordonne de l’éteindre, elle s’exécute en soufflant puis s’affale bruyamment en tripotant son téléphone portable.

20h34, je lui rappelle que si elle veut se doucher c’est maintenant pour pouvoir se coucher aux environs de 21h00.

20h36, Boudeuse reçoit un appel sur le filaire et je ne peux plus gérer la situation vu que j’ai un Timousse survolté à coucher. Tandis que Rahan Mourant se meure dans notre lit mais ceci est une autre histoire.

21h00, je somme Boudeuse de raccrocher. Elle me regarde comme on dévisage un extra-terrestre et je traduis ça pour un accord. C’est que j’ai un film à regarder.

21h30, Mourant se lève pour me dire, tenez vous bien …. « je vais me coucher ». Plus rien ne me surprend dans cette famille.

22h00, j’ai terminé ma couture et pendant la pub je commence à engueuler sérieusement l’ado qui se fout royalement de ma gueule en continuant à téléphoner.

22h15, je reste plantée devant elle jusqu’à ce qu’elle raccroche. Et je rate le moment crucial de mon film. Boudeuse raccroche en faisant la gueule.

22h30, j’entends ma fille rire alors que je la pensais déjà sous la douche et surprise !!! scooter bout de ponton l’a rappelée sur l’autre ligne.

22h40, j’ai loupé la fin du film et confisqué tous les téléphones. Je lui ordonne de se coucher sans prendre de douche, tant pis pour elle.

22h50 Boudeuse prend sa douche. Et le sèche cheveux, et les va-et-vient rageurs …

Ce soir, il y a conversation sérieuse. Et ce soir, ça va chier.

Posté par Kaliuccia à 11:44 - Les ados - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 janvier 2009

Souvenir d'école

L’air est si lourd, si moite dans la classe que même la règle qui vient d’échapper aux mains de mon voisin semble mettre un temps infini à flotter dans les airs avant de s’écraser sur le sol.

Le seul mouvement que je m’autorise est le va et viens d’une feuille double petits formats à grands carreaux retirée de mon classeur. Je transpire à grosses gouttes et des auréoles sournoises se dessinent déjà sur mon tee-shirt. Même ma peau me semble trop lourde à porter.

Profitant de l’appel, je pose des noms sur les visages de mes nouveaux camarades.

Je n’ai jamais vu de classe aussi colorée de toute ma vie d’élève. De là où je viens, nous portions des vêtements gris comme le temps pour cacher nos peaux blafardes. Ici, les peaux noires s’égayent de robes vives, de bijoux étincelants, de sourires éclatants de blancheur.

C’est mon premier jour d’école en Afrique, fraichement débarquée de ma banlieue. Le choc pour la petite Européenne protégée que je suis. Le seul contact que je n’avais jamais eu avec la pauvreté était ma rencontre avec les deux clochards de ma cité. Ils avaient choisi ce mode de vie qui nous semblait si pittoresque. Nous échappions à la surveillance de nos parents pour aller partager nos gouters avec eux, assis à même le sol à la porte de leur cabane faites de branches et de bâches. Ils sentaient l’alcool et la crasse, ils étaient certainement couverts de puces et de poux, mais c’est avec eux que nous passions les meilleurs moments de nos journées. Nous jouions aux pauvres. Nous n’étions pas cruels, nous étions des enfants.

Le jour où j’ai posé le pied sur le sol Africain, j’ai compris que j’étais une privilégiée.

Après avoir terminé l’appel, notre professeur se présente. J’ai oublié son nom mais je me souviens de sa grande taille et de ses larges épaules. De sa peau aussi blanche que la mienne. De sa barbe sombre qui le rend si sévère et de ses cheveux en batailles. D’une voix grave et forte, il commence son cours d’histoire. Napoléon. Il marche de long en large sur l’estrade, prend une craie pour noter quelques noms au tableau, puis la lance sur la tête d’un élève distrait et nous étouffons nos rires. Il traverse les rangs en posant ses longs doigts sur nos livres pour appuyer son discours de photos ou d’extraits de textes. C’est lorsqu’il arrive à mon niveau que je remarque qu’il lui en manque. Il est amputé des deux index, à moins que ce ne soit une malformation, je n’ai pas le temps de m’y attarder.

Aussitôt, je me suis rappelée mon arrivée sur ma nouvelle terre d’accueil, la traversée de la Médina et les mendiants aux nez rongés par la maladie, les enfants mutilés en haillons qui frappaient sur les vitres de la voiture pour nous libérer d’une pièce. Tant de pauvreté, de misère et toujours le même sourire découvrant des dents éclatantes. Lorsqu’il y en avait.

Une légère douleur interrompt mes pensées et je ne peux retenir un cri de surprise en portant la main à mon front. Il est rougi par la craie qu’il vient de me jeter tout en continuant son monologue.

Rouge pour les blancs, blanche pour les noirs, il voulait laisser une trace.

-          Et je vous signale ….

Par la suite, nous nous sommes habitués à cette expression qu’il aimait à utiliser en haussant un peu plus le ton, comme s’il n’était pas dupe. Il savait que nos jeunes esprits vagabondaient parfois durant le cours et il retenait à nouveau notre attention par cette formule. De nouveaux rires parcourent la salle et il fait mine de ne pas les entendre.

Mes pensées me rattrapent et je retourne dans la Médina.  J e me revois rentrant chez moi et me jetant sur mon lit en pleurant toutes les larmes de mon corps. Deux ans, j’avais deux ans à vivre ici, je n’y arriverais jamais. Je ne veux pas voir toute cette misère. Mais le temps fait bien les choses. Il y a eu le marché et ses parfums enivrants, le cabanon au bord de la mer, les pêcheurs du village voisin et la pirogue qui portait mon nom, la danse du ventilateur autour du feu, les gourmandises que nous achetions dans la rue malgré l’interdiction de nos parents, les mains plongées jusqu’au coude dans la semoule pimentée, la vie fait bien les choses.

-          Et je vous signale ….

Cette fois-ci, j’échappe à la craie. Rires étouffés dans la salle de classe, je les ignore, tout autant que mon professeur.

Je vagabonde à nouveau. Je ne sais pas si je vais pouvoir m’intégrer dans cette classe. Ils se connaissent depuis toujours. Il n’y a que trois garçons pour vingt filles et ils sont aussi stupides que des gamins de trois ans.

-          Et je vous signale …

La cloche sonne qui annonce la fin du cours dont je n’ai pas suivi grand chose. Je le paierai au contrôle surprise de la semaine suivante, avant de devenir sa meilleure élève. Ses mots se perdent dans le brouhaha qui remplit la classe et je comprend enfin les rires étouffés qui n’ont cessés de secouer les épaules de mes camarades de classe.

A chaque « et je vous signale », lorsqu’il ne jetait pas une craie, notre professeur levait ses deux mains en l’air et pointait deux doigts vers le plafond écaillé. Démuni de ses index, c’était ses majeurs qu’il dressait, provocateurs, pour appuyer ses paroles. Et j’ai rejoins alors le concert de rires silencieux de mes camarades.

Comment vous dire ? nous ne nous moquions pas, pas vraiment. Le rire est le propre de ce peuple que j’ai appris à aimer en vivant à ses côtés. Ils rient de toutes les tragédies parce qu’il ne peut rien leur arriver de pire que ce qu’ils vivent. Parce que c’est tout ce qu’il leur reste, parce qu’ils savent la valeur de la vie et qu’ils savent l’aimer malgré tout. Et j’ai essayé de rire comme eux.

.../...

C'est une histoire vraie. C'est pour ça que je la publie chez moi avant de savoir si les impromptus valident ma participation. (parce que je dois être leur élève la plus indisciplinée en matière de suivi des consignes ...)

C'était ma participation à leur dernière consigne, ici  http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/

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20 janvier 2009

Tag

Je suis taguée par le refuge http://lerefugedep.blogs.psychologies.com/

L’optimisme c’est allumer mon portable le matin en étant certaine que Rahan ne m’appellera pas en fin d’après midi pour me dire : que Timousse a de la fièvre sans avoir prit sa température, juste parce qu’il trouve Timousse chaud, puis après avoir pris la température de son fils (à ma demande) me rappeler 10 mn après pour m’annoncer qu’il a 40° de fièvre et me répondre que non, il ne lui a rien donné et quand je lui conseille vivement de filer du paracétamol au fiévreux, me demander « euh … ça se trouve ou ? »

L’optimisme, c’est allumer mon portable le matin en étant certaine que dans la journée le secrétariat de l’école ne m’appellera pas pour me dire que Timousse vient : d’embrasser le bitume avec le front, ou de dessiner la partie la plus intime de son corps, ou d’exhiber la partie la plus intime de son corps, ou de dégobiller son déjeuner sur les belles chaussures toutes neuves de son instit’, ou de tenter de décapiter son camarade dans la cour de récré parce que le pauvre malheureux l’aurait malencontreusement bousculé au moment même où il allait enfin réussir à embrasser Zulie sur la bousse et que s'il m'appelle, le secrétariat termine par « ne vous en faites pas, on s’occupe de tout, on appelle son père. »

L’optimisme, c’est de rentrer chez soi en fin de journée en étant certaine que Boudeuse aura fait la vaisselle, rangé le truc qui lui sert de chambre, nettoyé son coin de petit déjeuner, rangé son fer à raidir, au lieu d’allumer son ordinateur portable ou de répondre aux appels téléphoniques et ainsi bloquer la ligne du filaire tout en jouant à la XEE et tout en s’empiffrant de tartines au Nutella alors qu’on va passer en table et en m’assurant qu’elle n’a pas de boulot parce qu’elle a trop de chance, Boudeuse, elle tombe toujours sur des profs trop sympas qui ne lui donnent jamais de boulot à faire à la maison.

Voiiiiiiiilàa tout ça pour faire plaisir au Refuge qui m’a taguée et qui m’a donné un défi à relever, juste trois phrases. Ben y’a trois phrases.

Je me permets de conclure que l’optimisme, ça reviendrait à me bercer de douces illusions et me convaincre que lorsque je sors le samedi soir et avale 5 délicieuses Téquila sunrise avec mes copines alcooliques, je passerais un  dimanche normal.

Règlement :

Recopier le début du texte: L'optimisme, c'est...

Ajouter trois nouvelles fins de phrases inventées ou en citations.

Recopier les règles.

Désigner cinq blogopotes pour prendre la suite et les prévenir sur leur blog.

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16 janvier 2009

Ils vont l'avoir ma peau

Et pourtant, cette année, j’ai bien fait attention en complétant la fiche d’information remise à l’école pour Timousse.

J’ai noté en premier le numéro du papa, vu qu’il est quand même son papa au même titre que je suis sa maman et que quand Timousse se déchire la tête à la récré, l’école peut tout aussi bien appeler le papa.

L’an dernier, le secrétariat m’avait fait remarquer que j’avais noté mon numéro en premier, logique qu’ils appellent au premier numéro proposé.

Ok. Donc, j’ai noté le numéro de Rahan en premier.

Ben faudrait peut être que je songe sérieusement à cesser de me bercer d’illusions.

Même si je colle mon numéro tout en bas de la page, ils le cherchent mon numéro. C’est la mère qu’on appelle ! mauvaise mère qui essaie de planquer son numéro pour qu’on ne la dérange pas au bureau, tu vas voir si on va la laisser se planquer derrière sa montagne de dossiers à traiter !

Donc, coup de fil de l’école.

Timousse semble ne pas avoir accepté la digestion post repas de midi, prions pour que ça ne soit « que » ça parce que j’ai déjà fort à faire avec une scarlatineuse …

Et c’est moi qu’ils appellent, alors que le numéro de Rahan est noté trois fois bien avant le mien.

Donc j’appelle Rahan … t’ain heureusement qu’on a prit un abonnement lui et moi pour nous appeler gratuitement, sinon je ne vous raconte pas la tête de la facture de téléphone à la fin du mois …

Et là, je n’ai absooooooooooolument pas culpabilisé, applaudissez des deux mains s’il vous plait. Plus fort ! je n’entend rien ! Parce qu’en temps normal, soit j’aurais tout plaqué pour aller chercher mon fils, soit j’aurais appelé Rahan en m’excusant de lui demander pardon mais s’il avait l’amabilité de bien vouloir aller chercher SON fils à l’école qui se sent mal ça m’arrangerait bien, mais que s’il ne pouvait pas c’était pas grave j’y vais et on en revient au premier soit.

Ben là, non. Rien de tout ça. Là, j’ai dit à Rahan « l’école m’a appelée, il faut aller chercher Timousse »

Rahan a bien tenté un « ah ? j’arrive tout juste là … » qu’il fallait traduire par « je n’y serais pas tout de suite, je dois me changer, faire pipi, me brosser les dents … »

J’ai dit pas de souci. Il vient juste de dégobiller sur les pompes à la Directrice, il t’attend sagement.

Je crois que Rahan n’a jamais marché aussi vite pour aller chercher la prunelle de ses yeux à l’école.

Deux minutes plus tard, Rahan m’appelle sur le chemin.

-          J’ai appelé le médecin (c’est pas qu’on s’affole hein, mais on a une épidémie de gastro et de scarlatine sur les bras ces jours ci) elle est absente jusqu’à demain.

Là déjà, croyez pas, je me suis pincée pour m’assurer que je ne rêvais pas. Rahan ne m’a pas demandé d’appeler le médecin, Rahan A appelé le médecin. Bon ok, je lui avais glissé l’info juste avant mais tout de même ! Et Rahan continue

-          Appelle le 15 pour avoir la liste des médecins de garde.

Wo wo wo ! on se calme là. Et d’une il peut le faire le 15 de son portable non ? et de deux on est vendredi, les médecins ne sont pas encore de garde. Et de trois …

-          Timousse, ce n’est pas le médecin qui le suit

-          Ah bon ? C’est qui ?

-          C’est le pédiatre.

-          Ah bon ????

Alors celle-là, elle a troué ce qui restait entre les trous parce que Timousse, quelque part il a 7 ans (et demi, très important le demi) et ça fait 7 ans et le très important demi que Timousse est suivi par un pédiatre. Rahan ne connaît ni son adresse, ni son nom, il ne sait même pas à quoi il ressemble, pensez bien qu’il  n’a même pas son numéro de téléphone ! Mais Timousse est suivit par un pédiatre. Et ça fait sept ans et un putain de très important demi quand même ! c’est pas que j’insiste mais bon …

-          Bon ok, je vais tenter de le joindre. Mais tu as pensé à prendre son carnet de santé à Timousse si tu dois y aller direct ?

-          Ah ? faut prendre le carnet de santé ?

Noooooooooooooooon ! on en a un juste pour décorer, avec le nom de Timousse brodé dessus. Donc, J’AI tenté de joindre le pédiatre. Et comme nous sommes dans notre période carma pourri, le pédiatre est absent pour deux jours. Il revient lundi.

Pour la dixième fois, j’ai attrapé mon portable pour prévenir Rahan que de pédiatre, point il n’y aura.

Nous aviserons demain. Pour l’heure, Timousse est au lit, pas de fièvre, pas d’autres symptômes.

Je pense à un truc, là, tout à coup. Par pitié, faites que ce ne soit qu’une petite indigestion de rien du tout. Parce que si on se choppe tous les microbes de la ville dans notre minuscule chez nous, une fois que mes enfants seront guéris, les microbes iront visiter Rahan.

Et Rahan malade, c’est l’enfer ! Il meurt avec un rhume ! Alors pensez, une gastro scarlatineuse ce que ça va donner !

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15 janvier 2009

Ils veulent ma peau

-          Je suis chez X

-          Ah ? c’est bien. Je ne sais même pas qui c’est ce X

-          Ben le chirurgien. Ca fait une heure que j’attends et j’ai encore trois personnes devant moi.

-          Ah ?

-         

-          Bon

-         

Nous y revoilà. Rahan et la communication. Ses éternels … silences. Que Rahan m’appelle pour me dire qu’il est dans la salle d’attente d’un chirurgien, ça ne me surprend pas plus que ça. Quand quelque chose agace Rahan, genre attendre, Rahan m’appelle pour me le dire. Des fois que j’ai un truc à lui donner pour gruger tout le monde. Mais là, comment vous dire ? les … silences répétés de Rahan ont fini par me programmer en mode télépathique.

Je reconnais que je n’ai pas assuré très vite sur ce coup là, j’aurais du comprendre l’objet de son appel avant même ses … silences. Mais à ma décharge, je dois dire que je suis en période un peu surbookée au bureau, période où le courant est toujours aussi difficile à gérer, à quoi s’ajoute l’entrée dans un trimestre infernal pour ma profession à quoi vient aussi s’ajouter une urgente surcharge exceptionnellement imprévisible de boulot. Croyez moi, je suis ravie. Et dire que je comptais arrêter de fumer …

Enfin bon. Le coup de fil de Rahan est tombé fort mal à propos et sur le moment, j’étais tellement agacée que j’ai bien failli lui répondre qu’on pouvait échanger nos enveloppes corporelles quelques heures pour voir comment il réagirait sous la pression, lui. Mais fort heureusement, au second … silence, je suis passée en mode télépathique.

Voyons voir. S’il m’appelle, ce n’est certainement pas pour me parler de la décoration de la salle d’attente. Il attend une solution à un problème qui se présente à lui, puisqu’il est dans une salle d’attente. Oui mais quoi ? Quelle heure est-il ? 17h.

Putain ! il est déjà 17h ! Ah zut, surtout ne pas m’éparpiller dans mes pensées, sinon je vais perdre la connexion télépathique. Qu’est censé faire Rahan à 17h en semaine ? Ben … il fait une sieste. Ou il joue sur son ordi. Il veut peut être que je lui avance son jeu ? Noooooooooon ! il n’oserait pas.

Il est 17h et il n’est pas sorti de là avant un moment. Donc, le problème se pose pour lui après 17h.

Oui bon ça va, pardonnez ma lenteur, j’ai tout de même été coupée en plein élan dans mon travail hein ! Que doit faire Rahan après 17h ?

Je sais ! Chercher Timousse à la sortie de l’étude.

-          Tu es en train de me dire que tu ne seras pas à l’heure pour Timousse c’est ça ?

-          Oui

-          Et donc, je dois te trouver une solution là (alors que je suis à mon boulot, à l’extérieur de la ville et que même en partant maintenant, j’ai peu de chance d’être à l’heure)

-          Ben si il faut, je m’en vais et je reprendrais rendez-vous.

Je l’adore celle-là, je l’adore. C’est tout petit !

-          Noooooooooooon te fatigue pas, je vais trouver une solution (de mon boulot)

-          Bon

-          Il faut demander à Boudeuse d’aller le chercher.

-          Ah ? elle n’est pas en cours ?

-          Ben non, ses copains ont mis le feu aux poubelles encore ce matin, c’est toujours la grève.

-          Ah oui c’est vrai. Tu l’appelles ?

-          Ok.

J’ai dit ok ! je vous jure, si je n’avais pas si peur de me faire mal, je me collerais des baffes des fois. Il ne pouvait pas l’appeler lui ? ça n’aurait pas été plus simple qu’il l’appelle lui ? Ben non.

J’ai tout de même eu une petite appréhension. Comme chacun sait, Boudeuse a un téléphone siamois. Je n’ai absolument pas le souvenir d’avoir mis au monde cette chose en même temps que ma fille, je pense donc que c’est une sorte de mutation génétique qui s’est opérée dès son entrée dans l’adolescence. Et ce siamois, il doit reconnaître mon numéro quand je tente de joindre ma fille : il ne sonne pas. « ah ? mais non ! il n’a pas sonné je t’assure ! » Mais bon. J’ai feinté et j’ai réussi à la joindre. Et Boudeuse a accepté d’aller chercher son petit frère pour nous dépanner.

Deux minutes après, Rahan me rappelle. Inspiration, expiration. Ok, il n’a aucune idée de ce à quoi ressemblent mes journées au boulot ces jours-ci mais quand même.

-          Alors ? elle y va ?

-          Ben oui bien sur, sinon je t’aurais rappelé ! mais tu aurais pu le faire toi aussi hein ! ça aurait été plus rapide !

-          Tu sais bien que son portable ne sonne jamais pour nous.

Mon pauvre gruyère, ce qu’ils lui font subir tous là hein ! Ca me troue, je vous jure que ça me troue, qu’ils agissent comme ça avec moi et que je leur permette de le faire !

Boudeuse était à l’heure pour récupérer son frère et Rahan est finalement sorti à l’heure de son rendez-vous et était lui aussi à la sortie de l’étude. Le seul qui était heureux dans l’histoire, c’était Timousse qui adore qu’on change ses petites habitudes.

Et personne n’a songé à me téléphoner pour me dire que tout allait bien !

Ce matin, j’étais en train de me demander comment j’allais m’organiser pour mon dossier du jour avec un rendez vous déjeuner important, une réunion à 14h et mon dentiste à 15h lorsque Boudeuse m’a téléphoné

-          Maman ? c’est normal que mes mains aient doublé de volume et que j’ai plein de petits boutons dessus ?

Ah je ne vous l’avais pas dit ? en plus d’être télépathe et multitâche, je suis médecin aussi, et je fais mes consultations par téléphone, à distance.

Sans le savoir, ma fille a trouvé une solution à mon grave dilemme : j’ai du tout reporter à la semaine prochaine. Ce n’est qu’après que j’ai réalisé que la semaine prochaine était déjà bien chargée en rendez-vous.

Nous avons donc filé chez le médecin, Boudeuse et ses 40° de fièvre, ses mains dégonflées et des plaques rouges un peu partout sur le corps.

Vous marrez pas. Elle a la scarlatine.

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13 janvier 2009

Comment se torturer l'esprit ?

Enfant, à défaut de les voir au cinéma, je lisais des contes de princesses enlevées par des dragons et sauvées par de charmants princes. Et mes poupées vivaient comme cendrillon avant de faire la nique à ses méchantes frangines.

Adolescente, à défaut de les voir au cinéma, je lisais des histoires à l’eau de rose où l’héroïne aimait le héros passionnément mais était bien trop orgueilleuse pour se l’avouer. Où le héros était un vrai macho juste pour faire chier l’héroïne, mais se révélait être le plus attentionné et aimant des hommes aux toutes dernières pages.

Je m’évadais dans des scénarios qui ne pouvaient que rester au stade de scénario. Parce que la vie, ça ne pouvait pas être ça et mes lectures d’adultes me l’ont prouvé.

C’est à travers les livres que j’ai grandi mais c’est ma propre vie qui m’a appris à vivre.

Et bien des fois, je peux le dire, j’ai préféré les livres à la vie. C’était moins réel.

J’ai gardé ma naïveté d’enfant, mon très agaçant côté fleur bleue d’adolescente et si cet aspect de mon caractère m’a interdit de vivre bien des amitiés, ça m’a aidé à rendre ma vie moins cruellement réelle. Ce qui fait que j’ai pu conserver un optimisme délirant en toute circonstance. Enfin une fois la galère passée. Parce que pendant la galère, je suis carrément infréquentable.

Ce matin, j’ai fait part à une copamie d’un malaise que je ressens actuellement. Autour de moi, des couples se défont ou se font du mal et j’ai beau avoir vécu ça moi même ou au travers de mon entourage, ça me perturbe toujours autant. La souffrance de celle qui n’aime plus et ne veut pas se l’avouer, la souffrance de celui qui se sent délaissé, la tension dans un couple qui se perd, la douleur d’un amour qui n’est pas réciproque. Il y a peu de sujets tabous entre mes copamies et moi et j’ai la chance d’avoir des copamies qui ne « m’imposent » pas leurs confidences.

Mais pour voir un couple se faire du mal, on n’a pas toujours besoin de passer par les confidences, ça se ressent et c’est tout.

J’essaie toujours d’être présente pour ceux que j’aime, même si je n’ai que rarement une aide concrète à leur proposer. Et mon leitmotiv à moi, c’est de ne jamais juger. D’abord parce que j’en suis incapable, ensuite parce que je déteste les gens qui jugent, enfin parce que je hais être jugée.

Ca ne m’interdit pas de poutatcher pour le plaisir, je ne juge pas ceux que j’aime, mais je ne suis pas une sainte, faut pas que dèc !

Hier, j’étais avec Julie, on l’appellera Julie. Qui m’a contactée parce qu’au bout du rouleau et parce qu’elle avait besoin de parler. Elle ne l’aime plus, il s’accroche, elle culpabilise. Et moi, j’ai passé plus de deux heures à démonter toutes ses raisons de culpabiliser. Sans lui dire ce qu’elle devait faire, j’ai horreur de ça. Juste à contrer une culpabilité que j’estimais mal placée et limite maso. De ces culpabilités qui vous interdisent de penser correctement et vous font faire n’importe quoi. Lorsque nous nous sommes séparées, elle m’a serrée dans ses bras, elle se sentait plus légère, elle se sentait plus forte et elle a même proposé qu’on se revoit cette semaine. J’aurais du être fière de moi, pour avoir réussi à … réussi quoi en fait ? je me le demande. J’ai vraiment la sensation qu’on va me voir comme une briseuse de couple, qu’on se retourne vers moi lorsqu’on a besoin de s’entendre dire « quitte le/la c’est un sal con/conne » alors que jamais je ne me permettrais de dire ça. Même si je le pense. J’ai donc fait part de mon malaise à ma copamie ce matin, au café et bien entendu ma copamie m’a rassurée. Je me trompe, c’est une écoute et une absence totale de jugement qu’est venue chercher Julie chez moi. Mais quand même, je ne suis pas vraiment convaincue. Et si ce n’était pas ça ? et si elle venait simplement s’entendre dire « tu as raison de le quitter, même si ça le rend malheureux ». Et si en pensant à moi, on se disait « kali, c’est la nana qui vous dira toujours de quitter l’autre, même si ça rend l’autre malheureux »

Je ne suis pas une briseuse de couples, j’aime les couples, j’aime les gens qui s’aiment, j’aime les voir amoureux, je suis triste lorsqu’un couple se déchire, je suis triste lorsque quelqu’un que j’aime pleure devant moi et si je pouvais, je lui rendrais son sourire d’un coup de baguette magique. Mais je suis incapable d’entendre Julie me dire qu’elle va vivre les plus belles années de sa vie avec un homme qu’elle n’aime plus parce qu’il y a les enfants, et qu’elle va se sacrifier pour ses enfants et pour ne pas faire de mal à un homme qu’elle n’aime plus. Je suis incapable d’être d’accord avec ça.

Hier soir, j’ai regardé un film bonbon rose, une belle histoire d’amour d’un homme et d’une femme qui se sont déchirés puis retrouvés. Ca m’a rappelé mes lectures d’ado. Encore un scénario impossible pour certain mais pas pour moi. C’est tellement beau de rêver et d’y croire. Je crois que les fées existent, j’y crois.

Et je ne suis pas une briseuse de couple.

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12 janvier 2009

Week-end zen

Ce week-end, nous avons décidé de le passer dans le cocon familial une génération au-dessus, mes enfants et moi.

J’avais décidé de prendre le TGV. Ben quoi ? bien sur qu’on a un TGV chez nous, qu’est ce que vous croyez ? On est un pays civilisé ! J’avais donc décidé de prendre le TGV, parce que Timousse est malade en voiture. Et chez nous, ça tourne sec. D’ailleurs, les touristes se font souvent avoir avec les distances. 50 km ? oh ça va ce n’est pas loin. 50 km de virages mon coco. Ce n’est pas en 20 mn que tu vas les parcourir, et tu risques même d’y laisser ton petit déjeuner sur la route.

C’est vrai que c’est beau, sauvage, beau, sauvage, très beau même et super méga sauvage par endroit. Mais putain ça fait chier au bout d’un moment, moi je vous le dis, de se taper des virages toutes les deux secondes que d’ailleurs il y en a tellement qu’ils ne sont même plus signalés.

150 km à parcourir. Avec Timousse, il nous faut trois heures. Vu que nous avons au minimum quatre arrêts. Longs les arrêts. Et vu qu’en général, le 4ème arrêt, c’est le bon pour Timousse. Et encore faut-il pouvoir s’arrêter !

-          Ah non, la Timousse, tu te retiens comme tu peux, tu respires à fond, je n’ai aucun endroit où m’arrêter.

Donc je choisis le TGV. Bon ok, il met 4 heures. Quand tout va bien. Quand on ne croise pas des vaches sur les voies ou quand le conducteur ne rencontre pas son petit cousin quatrième génération à une gare.

4 heures pour faire 150 km, ouaich. Vous allez me dire mais … il est où le « grande vitesse » ? Mais qui vous a dit que GV voulait absolument dire « grande vitesse » ? N’oubliez pas que vous êtes sur mon île, tout se fait dou-ce-ment chez nous. Et pour traverser l’île, nous avons un train grande vibration. Je peux vous dire que vous êtes heureux d’arriver à destination, après avoir passé 4 heures sur des sièges durs comme la pierre, à la vitesse d’un escargot, et qu’en descendant de là, vous vibrez encore pendant quelques heures.

Mais bon, au moins avons nous le temps d’admirer le paysage, et traverser mon île en hiver je peux vous dire que c’est quelque chose de magnifique. Et que c’est difficile d’apprécier en conduisant. J’avais donc tout prévu. Les jeux, coloriages, livres et même devoirs pour Timousse, c’est qu’on peut en faire des choses en quatre heures, même en vibrant ! Et musique et bouquins pour Boudeuse et moi.

Debout 7 heures. Un samedi matin, on fait tous un peu la gueule. Mais c’est pour la bonne cause, le train ne rend pas mon fils malade. Et puis de toute façon, vu l’état de la route, je refuse de prendre ma voiture. Deux éboulements depuis un mois avec circulation alternée (à la démerde la circulation alternée hein, ni feu ni rien. A la démerde.) et le col dangereux à cause du froid et de la neige, très peu pour moi. Plus un retour prévu le dimanche la nuit en montagne, moi qui ressemble à un insecte la nuit, attirée par les phares des véhicules qui viennent en sens inverse, merci bien. Et cette portion de route sinueuse dans le noir et le froid sibérien, avec en prime un peu de brouillard sinon ce serait moins drôle, je laisse ça aux courageux.

Nous, c’est le train. On vibre pendant 4 heures mais on vibre en sécurité et sans le stress de trouver un endroit pour s’arrêter d’urgence.

Comme je suis une angoissée de la vie, j’avais tout bien organisé. J’avais relevé les horaires dans le journal, j’étais allé chercher les horaires à la gare, j’avais même acheté les billets avant, nous vivons à 5 mn à pied de la gare, on ne pouvait pas louper ce train. Et nous étions d’ailleurs même en avance sur le quai de la gare. Tellement en avance, que le train n’était pas encore là.

Je tentais de canaliser la surexcitation de mon fils lorsque Rahan vient vers moi la mine sombre.

-          Il n’y a pas de train.

-          Comment ça il n’y a pas de train ? c’est marqué sur les horaires !

-          Non, c’est le car.

-          LE CAR ?????? pour faire 150 km dont un bon tiers de virages ???? LE CAR ???????????

Non mais ils se foutent de ma pomme ou quoi ? pourquoi ils croient qu’on le prend leur train hein ? pourquoi ils pensent qu’on accepter de se faire secouer comme un shaker pendant 4 heures hein ? parce que le train, ça ne rend pas malade (quoi que, j’ai rencontré une touriste qui n’avait pas vraiment supporté le shaker une année …) le car ???? ah mais ça ne va pas se passer comme ça ! ils vont me le mettre mon train, d’autant que c’était noté partout qu’il y avait un train !

Ben non. Figurez vous que (et ne me demandez pas pourquoi, il n’y a qu’eux qui le savent) tous les jours, ils ne font passer qu’un train sur deux. A 6 heures, il y avait bien un train. A 8 heures, c’est le car. Et ça change tous les jours.

-          C’est marqué là Madame !

Me dit le guichetier en tapotant un papier jauni affiché au-dessus du guichet. Genre petite annonce « cherche jeune fille sérieuse pour garder clone de tatie Danielle jusqu’à la fin de ses jours ». J’étais furieuse. J’ai ramassé tous mes bagages, consolé l’immense chagrin de Timousse, me suis fait rembourser mes billets et suis retournée chez nous. Rahan a interrogé via Internet la météo des bleds que j’aurais à traverser pendant que je fulminais.

Nous avons chargé la voiture, vérifié les pneus et le niveau d’huile, et tout c’est passé comme prévu. A l’aller, quatre arrêt et le quatrième fut le bon pour Timousse. Circulation alternée à deux endroits stratégiques en montagne à cause des éboulements. A la démerde, la circulation alternée. C’est le plus fort qui passe. Gel et boue salée au col. Trois heures de trajet stressée à chercher d’urgence des endroits où me garer à la demande d’un Timousse livide. Retour la nuit, dans le brouillard et le froid sibérien.

Et tout ça pour oublier mon I*pod chez mes parents.

M’enfin bon, le transport en moins, c’était un bon week-end. Et puis j’ai économisé 92 € . C’était le prix pour se faire shakeriser à trois en aller retour. T’ain y’a pas, ça coûte de plus en plus cher les attractions par chez nous !

Posté par Kaliuccia à 11:08 - Nous - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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