Au fil de l'eau

"Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants."

29 mai 2009

L'écologie à ma façon

Dans la série ça n’arrive qu’à moi, je vais finir par écrire un bouquin.

Pas les trucs graves non, rien de dramatique … rien ne vient faire palpiter mon quotidien au point d’en retourner la planète …

Justement, je parlais avec un ami dernièrement de l’histoire de nos familles, des destins assez extraordinaires de ces enfants de la guerre, de la vie hors du commun de leurs parents. Et du côté banalement paisible de nos vies à côté …. Ça laisse rêveur non ? Et lui, dubitatif

-          Quoi ? tu aurais voulu vivre une guerre ?

-          Mais non ! mais je ne dis pas ça ! je dis juste que leur vie, parfois, c’est Balzac à eux tout seul !

-          Quoi ? t’aurais voulu faire comme ta grand-mère ? mourir à ton âge ?

-          Mais non !!! je dis juste que c’est quand même …. Dingue ce qui lui est arrivé quoi et la façon dont elle s’est battue et dont ses gosses se sont battus pour survivre tout ça …

-          Quoi ? t’as besoin de reconnaissance ? qu’on parle de toi ?

-          OH PUTAIN C’EST BON LAISSE TOMBER !

Donc ma petite vie est bien tranquille, je ne fais rien d’extraordinaire, je fais mon boulot aussi bien que je le peux, Rahan continue à faire la gueule pour aller bosser et les gosses vont user leur fond de pantalon sur les bancs de l’école. Donc tout comme vous.

Par contre cette petite vie banale est pleine de petits accros qui le sont tout autant sauf que quand ça s’accumule, on finit par se dire que merde quoi. Pourquoi moi ?

Alors je vous fait grâce des situations dans lesquelles je me colle toute seule comme une grande et qui sont dues à ma grande blondeur. Comme lorsque je passe aux caisses automatiques de ma grande surface préférée et que je décide, pour une fois, de payer en liquide. Et qu’il y a du monde derrière moi et que ce monde vérifie bien que je n’ai pas plus de 10 articles dans mon panier. Parce que sinon, le monde, s’il voit que quelqu’un devant tente de frauder à la caisse en passant une vingtaine d’articles, et bien ce monde ne se contente pas de faire la gueule, non, il va cafter. Ben oui, après tout, nous sommes les arrières petits enfants de la guerre, l’occupation, c’est dans nos gènes.

Donc ça va, ils ont tout bien compté, je n’ai que six articles. Ils ne perdent néanmoins aucun de mes gestes des yeux. Maintenant qu’ils sont rassurés sur mon honnêteté, ils s’en vont vérifier ma rapidité. Et plus je mets de temps à trouver le code barre, plus ils soufflent fort. Eh oh ! mon premier boulot, c’était caissière ok ? y’a pas plus doué que moi pour trouver un code barre et le passer sur le lecteur ok ? Et je devine un éclair d’envie passer dans leur regard. T’ain ! elle est vachement à l’aise la nana là.

Ces regards insistants, moi ça me stresse quand même. Je les sens près à bondir sur moi à la moindre hésitation et ça me stresse. Alors je me donne une certaine contenance, je me tiens droite fière et sure de moi. Et puis j’ai l’habitude quoi. Sauf que d’habitude, je paye par CB. Et là, l’air de rien, tout en continuant à passer mes derniers articles, je détaille bien le petit dessin représentant la caisse et signalant d’une flèche l’endroit où je dois glisser mes billets. Vous avez remarqué que c’est toujours super évident super bien indiqué quand on paye par CB que presque la machine va se mettre à clignoter tout en débitant d’une voix robotique « glissez-votre-carte-ici » mais que ça devient tout de suite le bordel dès qu’on cherche l’endroit où il faut glisser le billet ? hum ???

Le dessin me montre une ouverture, là, juste sous les touches, ça me semble complètement idiot de coller le paiement par billet à cet endroit là, m’enfin le dessin le dit hein. Donc l’air de rien, limite sifflotant et regardant autour de moi de cet air détaché qui transpire le « je-suis-habituée-je-fais-ça-tous-les-jours-admirez-l’artiste » je tente de glisser le billet là où le dit le dessin.

Ben il rentre pas. L’air de rien, ignorant les nouveaux signes d’impatience des clients derrière moi, j’insiste. Un peu. Tout en gardant mon air de rien. Mais déjà, je sens une goutte de sueur couler le long de ma colonne vertébrale, pas bon ça. Je respire tranquillement, histoire de ne pas précipiter mes gestes, un œil sur le billet, l’autre sur le dessin pour vérification (si, si, c’est possible) le billet rentre un peu, puis il bloque. Merde y’a un truc qui bloque. Je retire le billet, et là j’en oublie de regarder tout autour de moi l’air de rien, là je suis totalement concentrée sur le geste que je suis en train de faire, là je commence à forcer un peu pour que ce putain de billet rentre dans leur putain de machine que ça commence à me gaver sévère ces conneries de trucs à la con qui ne fonctionnent jamais ! Bordel !

Arrive une gentille hôtesse pleine de sourires

-          Vous avez besoin d’aide Madame ?

-          Oui, il doit y avoir quelque chose qui bloque, mon billet ne rentre pas.

-          Ah mais là vous pouvez toujours essayer Madame, là vous êtes en train de le glisser sous la caisse, Madame.

-          Ah bon ?

-          Oui Madame, c’est ici (à au moins dix km de l’endroit où je m’excite comme une malade) c’est ici qu’on met les billets Madame

Là c’est plus une goutte de sueur qui coule le long de ma colonne vertébrale, ce sont les chutes du Niagara. Je déteste me taper la honte comme ça, je déteste. Les épaules légèrement à peine voutées, je glisse mon billet à l’endroit prévu, je ramasse mes affaires, mon tickets, mes pièces de monnaie, et JE ME CASSE.

-          MADAAAAAAAAME  !

Oh putain non, oh putain non faites que ce Madame ne me soit pas adressé, oh putain non ! Ben putain si, c’est bien pour moi.

-          Madame ! vous oubliez votre monnaie Madame !

-          Mais non, je l’ai ma monnaie

Et là, elle me montre les deux billets qui me narguent là, juste sous la caisse là.

Alors non, je ne vais pas vous parler de ça, non, je vous épargne les hontes monumentales que je me tape comme ça en public parce que sinon, je vous le dis, on pourrait en faire un livre tellement c’est fréquent.

Aujourd’hui, je vais plutôt rester dans le ça n’arrive qu’à moi parce que c’est vrai, j’en ai la preuve, ça m’est arrivé pas plus tard que ce matin, et ça n’est arrivé qu’à moi bien entendu.

Je venais de récupérer mon panier de légumes, celui qui m’attend sagement tous les vendredis matin, direct chez l’agriculteur. Au rond point, j’attend trois plombes comme toujours pour pouvoir me glisser dans le flot de la circulation.

Le fait de prendre ma voiture me fout un peu les boules puisque c’est contraire à mes convictions légèrement écolo, mais bon aller au boulot en vélo, ce serait suicidaire moi je vous le dit. Donc, voiture puisqu’en plus y’a pas un moyen de transport qui me conduirait d’un point à l’autre dans ma ville.

Donc je ne mets pas la clim dans ma voiture, parce que c’est encore moins écolo que de prendre sa voiture pour aller bosser en mettant la clim. Donc je me donne bonne conscience en laissant ma clim éteinte et je roule vitres ouvertes.

Quoi ça fait consommer plus ? Eh oh vous avez une idée de la chaleur qu’il fait ici ? et vous voudriez que je sois en train de cuire dans ma bagnole par 40° à l’ombre sans clim et fenêtres fermées sous prétexte que rouler les fenêtres ouvertes ça fait consommer plus ???? Ca va aller oui ?

Je suis écolo suivant mes moyens moi merde alors ! Donc, je roule vitre ouverte. Faut quand même que je respire quoi. J’en étais où … vous me faites perdre le fil avec vos réflexions désobligeantes là … ah oui. Je me glisse dans le flot de circulation. Et je reste sur ma gauche, je longe donc le rond point tout joliment fleuri.

Comme il y a beaucoup de voitures, on n’avance pas très vite. Comme il fait chaud et que je ne veux pas utiliser ma clim, j’ai ma vitre baissée. Comme je roule vitre baissée, j’entend tous les bruits dehors … et j’entend ce tic-tic-tic-tic-tic-tic-tic-tic-tic qui m’est très familier mais … qu’est-ce donc ?

Vous savez, c’est comme quand vous rencontrez quelqu’un dans la rue qui vous demande des nouvelles de votre petite famille toussa, mais que vous n’osez même pas lui poser de questions trop précises sur sa petite vie à lui parce que sa tête là, elle vous dit bien quelque chose mais … c’est qui ?

Ben voilà. Le tic-tic-tic-tic-tic-tic-TIC-TIC-TIC il me dit bien quelque chose, et je l’entend qui se rapproche, mais c’est quoi ?

Ah, ça bouge un peu devant, donc j’avance, le TIC-TIC-TIC-tic-tic-tic-tic-tic-tic s’éloigne … puis se rapproche. tic-tic-tic-tic-tic-tic-TIC-TIC-TIC

Etrange me dis-je tout en admirant le beau parterre de fleurs qui orne le rond-point auquel je suis collée. Je remarque un bel arc-en-ciel créé par le jet automatique. Mécaniquement, je regarde la route … tiens, il est mal réglé leur jet automatique, s’est trempé par terre.

Ah y’en a qui ont du se faire arroser en passant par là, Mouarf !

Rond point, vitre ouverte, parterre de fleur, arrosage automatique … PUTAIN VITRE OUVERTE !

Et splash !

En arrivant au boulot, la bouche de mes collègues s’est arrondie d’un « ohhhhhhhhh ! mais qu’est ce qui t’est arrivé ????? »

C’est rien que j’ai répondu. C’est juste que je suis écolo, moi.

Posté par Kaliuccia à 11:39 - Morte de honte - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 mai 2009

Echec et ....

Ici, jouer aux échecs, c’est presque banal. Les enfants commencent à y jouer en cours de CP, une fois par semaine. Après, le gosse accroche ou pas, c’est selon. Boudeuse, du temps où nous testions toutes les activités parascolaires possibles et imaginables, Boudeuse y est allée environ 1 an.

Euh pardon. 1 heure. Elle est entrée, elle a vu le jeu, elle a trouvé les pièces super rigolotes pour inventer des histoires de princesse enfermée dans une tour puis délivrée par un prince charmant sur son fier destrier, non sans avoir combattu le barge et son armée de soldats nains. Elle est ressortie du cours en affirmant que c’était plus amusant de jouer avec ses petits chevaux et n’y est jamais retournée.

Pourquoi je raconte ça ? je me comprend. Si j’ai inscrit Timousse aux cours d’échecs, c’est parce que Timousse me l’a demandé. En plus, faut bien connaître le gosse pour savoir qu’à moins de le lobotomiser, on ne pourra jamais lui faire faire quelque chose qu’il n’a pas envie de faire. Surtout les échecs quoi. Rester assis pendant une heure, concentré, et reproduire les coups appris une fois rentré chez soi … si t’aimes pas ce genre de sport, jamais de la vie tu t’y colles. De plus, je ne suis absolument pas du genre à forcer mes gosses à faire tel ou tel type de sport.

Sauf pour le foot. Là je suis intervenue.

C’est juste que le foot, avant même qu’il ne vienne au monde j’ai dit niet. Moi passer des heures à me geler la partie la plus trouée de mon anatomie sur des bancs dans des stades remplis de parents hystériques ordonnant à leur mioche de « pulvériser-le-petit-connard-sur-ta-droite» c’est au-dessus de mes forces. Surtout s’il y a des risques que le petit connard à pulvériser soit mon fils. Je n’ai rien contre le foot, j’aime pas. Et puis très égoïstement, je veux garder mes week-end pour les passer en mer avec mes enfants. Je sais, j’assume.

Après le reste, j’ai dit fais comme tu veux. Sauf le foot. Boudeuse a testé ici et là avant de faire son choix et encore aujourd’hui elle a envie de tester de nouvelles choses. Timousse a été plus expéditif. C’est un fidèle. La voile, ça fait deux ans (et je vous rassure, il a toujours le même niveau qu’au premier jour) les échecs, sans compter l’école, ça fait tout juste 4 mois (et je vous rassure, il a toujours le même niveau qu’au premier jour).

Timousse, je voulais qu’il fasse du karaté ou du judo, un truc qui l’explose bien et l’aide à canaliser sa trop grande … énergie, on va dire énergie.

Mais Timousse, LE Timousse qui colle une baffe au premier gamin qui le bouscule, Timousse m’a dit « non, c’est trop violent ». T’être il avait peur de trouver plus fort que lui ?

Enfin bref. Timousse me demandait depuis des mois d’être inscrit au cours d’échec du mercredi, en plus de l’école et j’ai fait la sourde oreille pendant quelques mois parce que je trouvais son emploi du temps déjà chargé. Aussi parce que je pensais qu’il était trop influencé par ses copains de classe et le prof d’échec qui lui en parlaient toutes les semaines. Jusqu’au jour où j’ai trouvé la porte d’entrée de la salle. Je me suis dit que dans le fond, ça ne lui ferait pas de mal à Timousse, un peu de règles à respecter.

Déjà qu’il est fiché à vie parce qu’à la crèche il balançait des cubes en mousse sur ses copains de couche, déjà qu’il est fiché à vie à cause d’une pétasse d’instit de MS qui lui a collé le sobriquet d’hyperactif idiot (dans le sens médical hein) allergique à toute forme d’autorité (je pense surtout qu’il était allergique à ta gueule mais bon, je ne suis QUE sa mère hein) déjà qu’il est fiché à vie pour avoir été pris en charge par un centre (ce qui l’a plus perturbé qu’autre chose mais bon) …

Me suis dit qu’un jour, des gendarmes viendraient le chercher à la sortie du CE1 pour lui coller les menottes à mon fils. Avec la réputation qu’il était en train de se créer, une maman colère allait bien l’accuser d’avoir commis un grave délit comme …. Au hasard …. Vol de bicyclette bleue même si la sienne est rouge. Même si au moment du larcin, il a été remarqué à 50 km de là par une centaine de personnes. En train de coller une baffe au petit copain qui l’a bousculé par exemple.

Alors voilà, j’étais prête à tout à ce moment là, pour aider Timousse à rentrer dans le moule. Même que j’aurais accepté le foot, s’il me l’avait demandé, si j’avais eu l’assurance que ça puisse l’aider … c’est dire à quel point j’étais désespérée. Et au final, les copains de classe de Timousse ont abandonné les échecs pour cette année alors que Timousse continue pour le moment.

A la fin du premier cours d’échec, le prof m’a conseillé fort gentiment de ne laisser Timousse qu’une heure au lieu de deux, question de concentration, c’était mieux pour lui toussa.

J’ai été super vexée. Pas par le prof, non. Par l’attitude de Timousse. J’ai aussitôt pensé qu’au bout d’une heure, Timousse devait lâcher l’affaire (ce que je trouve normal pour son âge) et devenir ingérable … j’imagine bien le Timousse après une heure de concentration. Et là j’ai pensé que merde quoi. Même un truc qu’il me réclame à corps et à cris, même un truc qu’il adore, même ça on ne le supporte pas plus d’une heure.

Ca, ça fait partie des poids que j’ai fait porter à mon fils cette année, un de plus. Après coup, je me suis dit que c’était au moins ça de gagné, une heure durant laquelle il s’éclatait tout en respectant les règles. Mais j’avoue, j’avais un peu mal au ventre de venir le chercher une heure plus tôt.

Et puis hier, en allant chercher Timousse, je croise sa partenaire de jeu, la seule de son âge. Qui quitte le cours. J’ai tout d’abord pensé que je m’étais trompée d’horaire putain horreur merde dans quel état il va être …. Pas Timousse, le prof ! Mais sa maman me rassure : prof lui a demandé de venir la chercher une heure plus tôt. Et comme cette maman n’est pas juge pour enfant, ELLE ! elle a tout de suite compris ELLE ! qu’il demandait ça à tous les enfants en dessous d’un certain âge. ELLE !

Je me sentais donc un peu merdeuse, forte de cette nouvelle découverte, lorsqu’un bolide se jette dans mes bras. Pour s’en extirper aussitôt et se précipiter vers prof

-          Hein que ça c’est bien passé auzourd’hui ?

Quelque peu agacé par cette éternelle question que lui pose Timousse chaque mercredi et surtout par la crainte qu’il lit dans ses yeux, prof lui demande

-          Mais enfin pourquoi demandes-tu ça à chaque fois ? tu sais très bien que tout c’est bien passé !

Alors bon, j’ai vaguement expliqué à prof le pourquoi de l’attitude de Timousse, la petite boite dans laquelle nous avons tous tenté de le faire entrer en forçant un peu et puis ma décision, tardive certes, de tout arrêter. Et là, prof s’est assis sur une chaise pour se mettre à hauteur de Timousse.

-          Tu es un garçon très intelligent et très sympathique, ne laisse jamais quelqu’un essayer de te faire croire le contraire. C’est sur que tu ne fais pas tout comme tout le monde, mais un jour tu comprendras que c’est justement ce qui te rend plus fort. Moi je n’ai aucun doute sur toi, je sais que tu iras très loin, j’ai confiance en toi. Et puis tu seras heureux, c’est tout ce qui compte que tu sois heureux, personne n’a le droit de t’empêcher d’être heureux.

Et puis il m’a raconté ses fils, combien depuis le premier jour Timousse lui rappelait ses fils au même âge. L’école parfois dépassée, les tentatives de suivi avortées. Il m’a expliqué comment lui même, en tant qu’ancien prof, avait eu dans sa classe de 30 gamins des Timousse et combien il était frustré de ne pouvoir les accompagner correctement. La loi du nombre, la loi du moule, la loi de la normalité. Et comment il avait abandonné son métier parce que trop dégouté de ne pouvoir le faire comme il l’aimait.

Nous étions là, tous les trois, dans le couloir, à refaire le monde … j’aurai bien continué à discuter avec lui pendant une heure ou deux, devant un bon café, au soleil …. Mais les parents arrivaient, les uns après les autres, chercher leurs enfants.

J’aime les personnes comme lui, qui valorisent l’enfant avant tout. Qui le rendent unique, tout en positivant. Il était radieux Timousse sur le chemin de la bibliothèque.

-          Bon ben puisque ze suis très sympathique, ze peux choisir ma récompense ?

Posté par Kaliuccia à 17:29 - Nous - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 mai 2009

Dans les arbres - 2

J’avais promis de fournir une explication sur les guillemets posés au mot « partager » puisque Rahan et moi n’utilisons pas le même dico pour y rechercher la signification du mot partage.

Sur le chemin d’accrobranche, grande conversation avec Rahan.

-          J’aimerai bien que toi aussi tu t’équipes

-          Ah non, pas trop envie d’en faire non. (z’avez vu ? une phrase ! bon ok manque le sujet, mais une phrase !!!)

-          C’est dommage, parce que Timousse aime bien qu’on en fasse avec lui et Boudeuse a aussi besoin qu’on en fasse avec elle et je n’ai pas encore trouvé la méthode pour me partager en deux. Par contre, deux parents ça peut se partager un peu avec chaque enfant.

-          Ah non, pas trop envie d’en faire non.

-          Bon. Ben je vais en faire un peu avec Timousse et ensuite tu le gèreras du sol tandis que je continuerai avec Boudeuse.

Donc nous voici tous équipés, sauf Rahan qu’a pas trop envie. Je fais trois ou quatre parcours avec Timousse, puis je préviens Rahan que je m’échappe avec Boudeuse pour des parcours plus … physiques.

Deux minutes plus tard, Rahan arrive avec la tête du mec qui vient vous annoncer qu’un avion vient de s’écraser et sur ses pompes même. En même temps, je veux bien reconnaître que ça doit faire mal. Timousse est bloqué.

M’énerve quand il fait ça, m’énerve.

Rahan, c’est le genre à venir me chercher  ou m’appeler dès qu’il y a un truc qui lui échappe avec les enfants.

Tiens, la semaine dernière justement, petit apéro à bord. Boudeuse dine chez scooter bout de ponton et il faut aller la chercher en voiture assez tôt dans la soirée. Rahan se propose, comme ça je peux boire mon ‘ti punch en toute impunité. A l’heure dite, j’appelle Boudeuse et je lui dis de se préparer à descendre pour ne pas faire attendre Rahan. Parce que Rahan, c’est pas moi quoi. Rahan, il ne va pas attendre que la demoiselle finisse de dire au revoir à scooter bout de ponton comme s’ils n’allaient plus jamais se revoir, ça non !

Rahan s’en va. Et quelques minutes plus tard, mon portable sonne. C’est Rahan.

Rahan qui a un portable, sur lequel il y a un répertoire, dans lequel il y a AUSSI le numéro de téléphone de Boudeuse. Ben non, c’est moi qu’il appelle. C’est moi qu’il appelle pour me dire qu’elle n’est pas là. T’as essayé de l’appeler ? Non. Ah !

Ok. Je fais quoi ? je me téléporte direct dans la chambre de scooter bout de ponton, je l’émascule et je balance une raclée à ma fille avant de la coller de force dans la voiture de Rahan puis je reviens (toujours téléportée) terminer mon rhum tranquille ? Hum ? Putain vous y croyez vous ??? hein ???? véridique. Donc j’ai conseillé à Rahan de téléphoner directement à Boudeuse. Vu que à mon avis, ce serait plus simple pour lui de savoir de sa bouche à elle pourquoi elle n’était pas encore sur le parking. Vu que je ne possède ni le don de me téléporter, ni celui de lire dans les pensées. Vu que moi, de là (et dans l’état) où j’étais, je ne pouvais vraiment pas faire grand chose.

Donc à accrobranche, on remet ça. Je dois quitter mon atelier, parce que Rahan n’irait pas chercher un des nombreux profs qui sont là pour aider les naufragés des airs, ça non. Il vient me chercher moi. Avec Boudeuse, je rattrape Timousse et l’aide à traverser la forêt de plots de bois qui s’agitent dans tous les sens dès qu’on pose un pied dessus. Une fois sur la terre ferme, je vais voir Rahan.

-          Ce serait quand même mieux que tu t’équipes pour aller l’aider quand il est coincé plutôt que venir me chercher moi.

- Ah non, j’ai pas trop envie d’en faire, non.

- Oui mais tu vois, nous avons deux enfants et c’est injuste de toujours s’occuper du même. Et là où je vais, y’a un moment où je ne pourrais vraiment rien faire.

Et Rahan est allé s’équiper. Et le voilà parti avec son fils, en tirant légèrement la tronche, que lui n’a pas trop envie de virevolter entre les arbres, que c’est pas son truc, qu’il le fait juste pour aider Timousse mais qu’il n’aime pas du tout ça …et là, je croise des blondasses énamourées qui soufflent d’un air envieux comme il s’occupe bien de son fiiiiiiiiiiiiils !

C’est lorsque que je manque de m’arracher une phalange  que je les retrouve tous les deux et ils attendent que Boudeuse et moi terminions notre circuit. C’est à dire un long toboggan en tube, que tu peux rien faire quand tu arrives au bout, tu t’écrases comme une crotte de pigeon dans le bac à sable. Splash ! Ca, c’est pour le final.

Tout le monde a soif, est un peu fatigué, on fait une pause … et puis hop ! on enchaine sur le second circuit frisson (faut croire que le coup de la corde ne m’a pas servi de leçon). Et en me retournant pour attendre Boudeuse, que ne c’est que je ne vois là tout au loin ? Rahan. Et Timousse ? avec ses grands parents. Ok.

Je me hâte de terminer le parcours, ce qui me prendra 20 mn. Au bout de ce temps, quelques ecchymoses et positions parfaitement ridicules plus tard, nous sommes confrontés à un choix difficile. Sur la droite, encore 15 mn de parcours difficile. Sur la gauche, la suite en plus sportif.

QUOI ???? CA PEUT ETRE PIRE QUE CE QU’ON VIENT DE FAIRE ????

Courageusement, je demande à Rahan de continuer avec Boudeuse puis me précipite vers Timousse qui s’est déjà engagé sur un parcours limite pour lui, avec mon père qui fait la gueule parce que du sol il ne peut pas faire grand chose. Entre temps, Rahan plante Boudeuse pour s’offrir deux ou trois tyroliennes.

Ben en fait, heureusement qu’il n’avait pas envie d’en faire le Rahan, parce qu’il en a fait plus que nous. Quand il décidait de rester avec Timousse, il nous retrouvait sur tous les circuits et quand je lui proposais de rester avec Boudeuse ainsi moi j’irais avec Timousse, il me répondait invariablement.

-          Non, pas envie d’en faire, vas-y toi, je m’occupe de Timousse.

Timousse qu’il plantait très vite : le papa qui n’est angoissé que si la mère est dans le coin pour régler le problème à sa place.

Du coup, on a fait les circuits avec Timousse et le petit bout s’est offert la Tyrolienne de 150 mètres sans avoir trop la pétoche. Du coup, j’ai du continuer à me partager entre mes enfants qu’il y en avait toujours un qui tirait la tronche que je reste avec l’autre parce que Rahan lui, il jouait à Tarzan. Mais Rahan, il m’a soutenu qu’il en avait fait autant que moi avec chaque enfant.

Même que Rahan, faut pas oublier qu’il n’avait pas envie d’en faire.

HEUREUSEMENT QU’IL N’AVAIT PAS ENVIE D’EN FAIRE RAHAN !!!

 

Posté par Kaliuccia à 11:34 - Nous - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 mai 2009

Dans les arbres

Ca fait bien 3 ans que tous les ans nous allons passer quelques heures à accrobranches, il m’est même arrivé une fois de m’équiper pour suivre mon fils, mais je n’en avais jamais « vaiment » fait.

Et hier, c’était le grand jour, sortie en famille.

Avec Rahan, on s’est « partagé » les circuits. J’insiste sur les guillemets, parce que Rahan n’a pas le mêmes sens du partage que moi mais j’en parlerais dans une autre note. J’ai abandonné le père et le fils sur un tout nouveau circuit et suis vite sauvée avec Boudeuse, Les parcours noir et mauve nous attendaient. Frissons qu’ils disent. J’aime les frissons. De plus, ma fille à la limite du rachitisme, ma fille pas plus haute que moi et pas du tout sportive contrairement à moi, ma fille qui n’a pas un pet de force dans les bras (alors que les miens ne font pas encore beuleu beuleu quand je fais coucou de loin) ma fille dis-je, est capable de les faire ces circuits. Donc je peux moi aussi.

Putain les mecs qui les ont conçus sont de gros malades ! dès le début, faut s’agripper, s’accrocher, se lancer dans le vide, se suspendre à bout de bras … mais ma fille peut, donc je vais le faire. En plus, fallait la voir Boudeuse, radieuse, riant aux éclats, fallait la voir ma Boudeuse, toute heureuse de partager ce moment avec moi !

Et puis Boudeuse s’arrête à une plateforme.

-          Oh là là ! celui là me fait peur, il faut s’accrocher à la corde, se balancer dans le vide, se laisser projeter contre la toile d’araignée là, s’accrocher tout de suite, ramper à la verticale (si si, c’est possible) jusqu’à l’autre plate forme et enfin se décrocher.

Boudeuse se lance sous mes encouragements, hurle, est projetée contre la toile, l’attrape tout de suite, rampe jusqu’à la plate forme et met un temps fou à se détacher parce que en plus, on est limite niveau taille elle et moi.

Je récupère la corde. Je m’accroche. Je me prépare comme les tennisman en me balançant d’un pied sur l’autre … et je bloque.

-          Ah non je peux pas

-          Allez maman ! Surtout ne réfléchis pas (trop tard). Tu te lances, tu attrapes de suite la toile et c’est bon.

-          Non non, pas possible, je bloque.

Et des yeux, je cherche un échappatoire, une échelle posée là pour me permettre d’éviter de me balancer dans le vide à la force des bras. La corde, y’a pas, je bloque. Mais rien, nada.

Après de longues suppliques de ma Boudeuse et puis surtout parce que si elle peut le faire, JE peux le faire, j’attrape la corde des deux mains. Ah non, là je peux pas, ça glisse. Au-dessus de leur mousse enrubannée de scotch, là où les deux câbles se resserrent, c’est bien. Je respire un bon coup et zooooooooooooooooooooooooom ! En même temps, sachez le, je hurle. Je hurle un truc du genre que je vais mourir. Je suis projetée contre le filet avec autant de grâce qu’un hippopotame. Je libère ma main gauche pour attraper une maille, n’importe laquelle pourvu que je ne reparte pas dans l’autre sens. Sauf que je repars dans l’autre sens, parce que ma main n’a pas lâché cette putain de corde ! AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH je suis re-balancée vers la plate forme d’où je viens. AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH splash ! rencontre entre un hippopotame et un filet AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH me voici repartir dans l’autre sens.

Et Boudeuse, complètement morte de rire qui m’ordonne entre deux hoquets de lâcher la corde.

Je peux pas ! Merde alors ! Bon là sérieux, faut que j’arrête de me bidonner comme une baleine, parce que toute mon énergie s’envole. Et il faut surtout que je me concentre sur ma main gauche. Pourquoi ne veut elle pas lâcher la corde ??? Ben en fait, mon annulaire s’était glissé malencontreusement entre les deux câbles et comme je glissais de plus en plus sur la corde, j’ai fini par me rendre compte que ce pauvre doigt portait à lui tout seul tout mon poids (faut que je songe sérieusement au régime moi !) et que justement, à cause de ce poids, il se coinçait de plus en plus entre les deux câbles, mon doigt. Et que toujours à cause de mon poids, les deux câbles se refermaient carrément dessus. C’est là que j’ai enfin senti la douleur. Toujours morte de rire, je tente d’expliquer à ma fille que je suis coincée. Mais comme elle ne comprend rien, trop occupée à reprendre son souffle, je rassemble mes dernières forces pour hurler un au secours comme vous ne l’avez jamais entendu. Le tout en continuant d’être balancée entre le filet et la plate forme. Zoooooooooom splash ! Là, c’est sur, je vais vomir. Juste avant de mourir.

Arrive très vite un animateur, merde le plus mignon, celui là ne me regardera plus jamais comme avant, c’est foutu ! Non sans se foutre de ma gueule, n’ayons pas peur des mots, Il attrape la ficelle qui pendouille par terre (comme quoi ça doit pas arriver qu’à moi) et me prévient.

-          Je vais vous balancer pour que vous puissiez vous accrocher au filet.

-          NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!!! JE VEUX DESCENDRE !!!!

-          Ah non c’est pas possible, je vous balance et hop vous attrapez le filet

-          PUTAIN MAIS JE PEUX PAS L’ATTRAPER CE PUTAIN DE FILET (râpé pour de bon, plus jamais il ne me regardera comme avant) JE SUIS COINCEE !

Eh oh ! sans déconner ! personne ne m’écoute ou quoi là ? Y’a ma gosse qui se tient le ventre tellement elle se marre, le mec en bas qui a carrément du mal à me balancer tellement il se marre, les mômes qui s’attroupent juste en dessous de moi qui vont finir par se faire pipi dessus tellement ils se marrent ALORS QUE MOI JE SUIS BLOQUEE ! Et pire que tout, tout au loin au loin, je vois Rahan et Timousse venir vers nous.

J’ai fini par comprendre qu’encore une fois je ne pouvais compter que sur moi même. Du bras droit, je me suis hissée comme je pouvais tandis que l’autre malade en bas commençait à me balancer zooooooooooooom ! splash ! Attrapez le filet ! J’SUIS PAS DECOINCEE !!!! Difficilement, je monte assez haut sur la corde pour soulager mon doigt zooooooooooooom ! splash ! Attrapez le filet ! J’SUIS PAS DECOINCEE !!!! Avec mes jambes, je coince tant bien que mal la corde pour ne plus glisser.

-          Non ne vous accrochez pas avec les jambes !

Laisse faire coco, je suis en train de sauver mon doigt de l’ablation là ! De la main droite, j’arrive à peine à écarter les deux câbles. zooooooooooooom ! splash ! Attrapez le filet ! J’SUIS PAS DECOINCEE !!!! Et ziiiiiiiiiiiiiiiii je glisse AHHHHHHHHHHHHH ! tout le poids de mon corps supporté par mon doigt. Et comme l’autre en bas continue entre ses larmes à me balancer, zooooooooooooom ! splash ! Attrapez le filet ! J’SUIS PAS DECOINCEE !!!! Alors je recommence. Deux fois. Deux putain de fois. Et miracle, je me libère enfin. zooooooooooooom ! splash ! Attrapez le filet ! J’SUIS DECOINCEE !!!!

Une fois que j’ai attrapé le filet, je ne l’ai plus lâché. Je ne l’ai tellement plus lâché que je ne voulais plus bouger du tout. Mais bon, j’ai bien fini par m’en sortir. Et le pire, c’est qu’il a fallu continuer le parcours. Alors je vous épargne le passage des anneaux suspendus au bout d’une corde (y’a pas, j’ai un souci avec les cordes) qui bien entendu se balancent. Je vous épargne les grand écarts un pied dans chaque anneaux, au-dessus du vide. En plus d’avoir l’air con, ça fait super mal ! Je vous épargne les bleus un peu partout, même en des zones inavouables.

Ce matin, j’ai mal à peu près partout. Faut pas me toucher, faut pas m’effleurer. Même mes abdos ont été mis à l’épreuve. Et les bras, oh les bras, le simple fait d’enfiler mon jean était une torture.

Mais je suis ra-vie ! On y retourne le plus tôt possible, en plus Timousse peut faire les super tyroliennes de 150 mètres et ça c’est complètement géant comme sensation !

Et puis Boudeuse, si vous aviez vu le sourire de Boudeuse !

Bon en même temps, faut que je me fasse une raison. Elle n’a pas 17 ans et moi j’ai dépassé les 40. Y’a des trucs que je paie plus cher qu’elle le lendemain.

Posté par Kaliuccia à 12:51 - Nous - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 mai 2009

Moi, en dix lignes

Etoile a lancé un défi que je me dois de relever par amitié blogguesque : se décrire en dix lignes.

Dix lignes, moi. Déjà, parler d’un truc complètement anodin, banal à mourir, qui arrive à tout le monde et particulièrement à moi quand c’est une emmerde … déjà il me faut trois pages. Sous word. En police calibri, taille 11. Voyez un peu le nombre de lignes que ça peut comporter ça. Surtout que mes phrases son longues (à ce qu’on dit) que je colle des parenthèses ici et là (à ce qu’on dit) et que je m’égare la plupart du temps du sujet principal (à ce qu’on dit) pour y revenir au paragraphe suivant (sauf si j’ai autre chose qui me vient à l’esprit entre temps).

Que là, rien qu’au dessus, j’ai déjà bouffé plus de la moitié de mon quota de lignes sans rien dire.

Déjà que quand je parle de moi, je suis intarissable, que même les ados les plus nombrilistes n’arrivent pas à se mettre autant en avant que je le fais moi, même si parfois je suis l’héroïne bien malgré moi d’un fait plutôt humiliant et il faudrait que j’arrive à conditionner le tout en dix lignes !

Et puis d’abord, sur quoi se base-t-on pour les dix lignes ? non parce que même si j’écris tout petit minuscule genre pate de mouche qu’il faudra activer le zoom 400% pour caresser l’espoir de pouvoir me lire, même là je ne sais pas si je serais capable de relever le défi. Et puis après, une fois qu’on met le tout en forme sur notre blog, qui me dit que les dix lignes resteront dix lignes ? Qui me dit qu’on n’arriverait pas à 15 lignes à cause des marges non respectées ?

QUOI JE SUIS CHIANTE ?

Et puis quoi comme description d’abord ? non parce que si c’est physique, vu ma hauteur, on a vite fait hein ! C’est comme quand de nouveaux arrivés débarquent chez nous et qu’ils veulent visiter. Alors là, c’est la pièce où on mange on fait à manger, on regarde la télé, attention pousse toi, on ne passe pas à deux là, on fait les devoirs, on danse, on s’engueule, on se réconcilie … là c’est la cabine de l’ado mais t’as pas le droit de regarder … là c’est la cabine du petit dernier tu regardes, tu fais une symétrie et tu obtiens celle de l’ado en plus bordélique. Quoi ça bouge ? mais non ça bouge pas ! Là c’est notre cabine à nous oui, je sais, vu la taille du lit on s’aime très fort, là on se lave les dents et là on se lave tout court et voilà, on peut ressortir avant que tu ne choppes le mal de mer.

J’ai déjà calculé, en 2mn30 on peut faire le tour du propriétaire (si l’invité pose des questions) et la nana te demandera jamais où se trouvent les toilettes. Je dis bien la nana parce que le mec, la plupart du temps, il va réaliser un rêve de môme, il va pisser dans l’eau. Comme ça personne ne viendra lui dire qu’il a encore loupé la cuvette, il a toute la place qu’il faut pour tester son agilité.

J’en étais où ? ah oui, la description personnelle. Donc le physique on oublie ok ?  D’autant que ça va énerver les filles qui me lisent si je commence à décrire la perfection de mon physique. Même si quand j’étais petite, mon père aimait à dire que le jour où je tomberai du 10ème étage, il plaindrait le bitume (la faute à mes dents). Même si mes premiers surnoms ont longtemps été serpent à lunettes, quat’zyeux (merci la petite maison dans la prairie, merci pour l’idée débile, merci !) ou mieux, têtard à hublot. Même si les garçons me demandaient à tour de rôle si j’étais née sur un camion citerne. C’est très con un garçon, je l’ai déjà dit ? Même si certaines nanas de ma famille aimaient à m’appeler squelettor quand j’avais 20 ans. Bon à part ça, c’est tout parfait alors je ne voudrais pas complexer mes lectrices assidues.

Que me reste-t-il ? le psychologique.

En dix putains de lignes.

A ce qui se dit, je suis chiante. Oui oui, je sais, vous avez beaucoup de mal à y croire, mais ce monde est plein de langues de vipères. Alors oui, c’est vrai qu’un jour, après avoir visionné une série très à la mode, je me suis imaginée morte et Rahan rencontrait la femme de sa vie, superbe, plantureuse, sexy … et cette …. Et cette …. Et cette pé-tasse, elle ne trouvait rien de mieux à faire qu’à chercher à se faire appeler maman par MES enfants, après avoir dormi dans MON lit … et cette double pé-tasse qu’a même pas eu le temps de venir au monde, vu que je l’ai massacrée avant, cette triple pé-tasse donc, elle demandait à Rahan s’il ne voulait pas être papa. Il est DEJA PAPA PE-TA-SSE ! donc vous voyez, rien que d’en reparler, je m’énerve encore. Je me suis extirpée de ce cauchemar et j’ai aussitôt réveillé Rahan qui ronflait juste à côté de moi. Et je lui ai le plus simplement du monde demandé s’il m’aimait. C’est pas mignon ça ? et forte de sa réponse comateuse mais positive, je lui ai demandé de prendre rendez-vous dès le lendemain pour une vasectomie. Ainsi, quand je serai morte, la pétasse pourra peut être faire des crêpes avec MES poêles, mais pour les gosses elle repasserait. Et à cause de ça, des langues de vipères ont OSE dire que j’étais chiante. Et jalouse.

Moi ! Je suis organisée, c’est tout !

A ce qui se dit, je suis susceptible et parano. Moi ! Eh oh sans déconner ! C’est pas parce que nous, iliens très particuliers, avons cette réputation qu’il faut me coller dès que vous découvrez mes origines sudistes ! Je ne me vexe jamais moi ! d’ailleurs, j’avais fait à ce sujet une note superbe, rien ne me vexe. Absolument rien. Faut juste éviter de se fendre la poire si je suis juste à côté si je ne sais pas pourquoi vous vous fendez la poire. Faut juste éviter de me regarder ou de ne pas me regarder si vous me croisez dans la rue. Faut juste éviter de me faire une remarque sur le jean que je porte ou sur ma façon d’attacher mes cheveux. Faut juste éviter de faire la moindre petite remarque sur mes gosses. C’est pourtant pas compliqué ça ! Ce n’est pas moi qui suis susceptible ou parano, ce sont les autres qui ne savent pas se tenir. Nuance.

A ce qui se dit, je suis hyperactive. Sérieux, y’en a qui me connaissent, ils entendent ça, ils font un malaise. Ils me voient toutes les semaines vautrée dans le cockpit, un bouquin à la main, alors ça les fait doucement marrer de m’imaginer hyperactive. C’est juste que je n’aime pas regarder la télé si je n’ai pas mon ordinateur allumé et mon tricot ou mon jeu de logique dans les mains. Et le téléphone pas loin. C’est juste que je suis incapable de faire un seul truc à la fois je trouve que c’est ennuyeux. C’est pas de l’hyperactivité ça, c’est être multi tâches. Et ça s’apprend super vite quand on a un boulot comme le mien, sinon faut changer de crèmerie.

Et ça s’apprend super vite quand on a une Boudeuse et un Timousse au quotidien qui ne peuvent pas comprendre qu’il me soit impossible de préparer le repas, tout en m’enquérant de la journée (de merde) de boulot (de merde) de Rahan, tout en frictionnant Timousse après la douche, tout en cherchant un placébo pour la nouvelle maladie de Boudeuse, tout en rassurant les «z’ai pas eu 20, z’ai eu que 19 et z’ai pas de bon point avec 19 parce que c’est trop nul 19 » de Timousse, tout en relisant le dernier devoir de français de Boudeuse, tout en interrogeant Timousse sur le groupe nominal, tout en écoutant le dernier groupe découvert sur le net par Boudeuse, tout en cherchant comment expliquer à Rahan qu’il peut aussi apprendre à lui dire sans la vexer que bon …. Ce groupe, c’est de la merde, tout en expliquant à Rahan ce qu’il doit prendre pour son mal de tête, tout en plaignant le pôôôôôvre Timousse qui a une minuscule égratignure (elle est où la loupe ?) sur le genoux droit (oups pardon gauche), tout en rétorquant à Boudeuse qu’elle aurait peut être moins les yeux boursouflés le soir si elle entourait moins de noir toute la journée, tout en rappelant à Rahan où se trouve NOTRE pharmacie pour y trouver son médoc, tout en demandant à Boudeuse pour la millième fois d’éteindre MON ordinateur et de mettre le couvert à la place, tout en allant chercher ce putain de médoc pour Rahan, tout en demandant à Timousse pour la millième fois de cesser de tirer sur son appendice et de s’extasier sur sa taille et d’aider plutôt sa sœur à mettre le couvert … non finalement, tu vas d’abord te laver les mains … tout en finissant par mettre moi même ce putain de couvert …. Et merde, c’est cramé (ben quoi ? z’avez pas suivi ce que je faisais au début ?)

ET Y’EN A QUI VOUDRAIENT QU’EN PLUS JE PRENNE UN CHAT A BORD ????

A ce qui se dit, je suis contradictoire. Je ne suis pas contradictoire, je m’auto complète. Je suis à la fois dépensière et radine, gourmande et frugale, généreuse et mesquine, hystérique et ultra calme, méchante et gentille, efficace et nulle à chier, jean-qui-rit et jean-qui-pleure, lunatique et d’humeur égale, silencieuse et …

A ce qui se dit, je suis bavarde.

Ca vous troue pas ça ?

Mais en même temps, comment vous voulez vous décrire en 10 lignes ? hein ? c’est pas sadique de me demander de faire ça ? vous y arriveriez vous ?

Et voilà, je voulais vous raconter que Timousse était tombé dans le port, oui oui, dans l’eau dégueulasse du port, je voulais vous raconter comment ça c’était passé, et à cause d’Etoile, ben j’ai dépassé mon quota de pages journalières.

Alors si vous avez des réclamations sur le sujet, c’est là : http://etoile25.blogspot.com/

Posté par Kaliuccia à 13:20 - Commentaires [29] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 mai 2009

Sa toute première bulle

Dès la rentrée, Timousse a eu toute une semaine d’évaluations. Et hier, il m’attendait avec sa bouille des mauvais jours.

La triste, la pétocharde, celle qui dit j’ai fait une connerie, une connerie monstrueuse à l’école, ma dernière heure est arrivée, mes parents vont me massacrer.

J’attendais le récit d’une bagarre, le gosse à l’hôpital et les parents chez le procureur. J’entendais déjà les sirènes de la police qui venait chercher mon fiston … à moins que ce ne soit le Samu ?

Enfin bon. J’attendais un petit quelque chose qui allait me valoir une convocation, un coup de fil des parents, un encart dans le journal à la page faits de société …

-          Tu te souviens maman quand ze t’ai dit que z’avais quand même fait la moitié de la fiche de grammaire ?

-          Oui je me souviens

-          Et ben en fait, en vrai, mais tu vas pas me gronder hein maman ? en vrai, ze t’ai menti. En fait, z’ai pas fait la moitié.

-          Et tu as fait quoi ? le quart ?

-          Non, z’ai fait …. Rien du tout.

-          Ah ! Tu as la bulle quoi.

-          NOOOOOOOOOOOOOON ! Z’ai pas la bulle !!!!! …. Mais en fait, z’ai zuste zéro.

-         

Sur la fiche de grammaire que me tend Timousse, effectivement je remarque que les questions sont restées désespérément sans réponse. D’autant plus surprenant de sa part puisqu’il avait bien assimilé la leçon …. Mais la page n’était pas vierge. Des commentaires de la maîtresse ont aussitôt expliqué cette superbe bulle qui n’en est pas une mais reste tout de même un beau zéro.

« Timousse ne voulait pas me rendre sa fiche de lecture parce qu’il n’avait pas terminé .Timousse a donc « boudé » durant l’évaluation de grammaire. »

Ok. Je vois bien la scène. La fiche de lecture, ce sont les questions posées après la lecture d’un texte. Et Timousse, qu’on se le dise, Timousse est super méga lent lorsqu’il s’agit d’écrire. Je vois ça sur pratiquement tout le travail qu’il fait « n’a pas eu assez de temps, n’a pas terminé, n’a pas pu terminer … » Et je sais, pour le voir travailler avec moi, qu’il comprend très bien ce qu’il doit faire, puisqu’il la donne parfaitement à l’oral la réponse. Mais ça le gave d’écrire que c’en est désespérant.

Alors il mâchouille son stylo, pose une ou deux lettres, efface parce que son o ressemble à un a, fulmine parce qu’il a oublié la majuscule, relis la question …

Donc, sa fiche de lecture, il en connaissait parfaitement les réponses, mais il a mit trois plombes pour la compléter.

-          Allez les enfants, c’est terminé on pose le stylo, je ramasse

-          Noooooooooooooon ! encore un petit truc à écriiiiiiiiiire !

-          Non non non ! ça suffit, c’est terminé

-          (M’en fou, je continue)

Ca ne vous rappelle rien ça ? à moi ci. Je n’avais jamais terminé mon travail lorsque les copies étaient ramassées parce que je rêvais un peu trop (ma fille dessinait des petits cœurs et des chats, à chacun son truc hein). Sauf que bon, nous au bout du compte, on finissait par rendre la copie la mort dans l’âme, en haïssant même l’instit ou le prof, en l’imaginant cramer sur un bucher conçu par nos soins … mais on rendait la copie.

Ben pas Timousse. Timousse, quand il dit non, c’est non. Et il passe à l’acte. Sur la copie de la fiche de lecture d’ailleurs, on remarque parfaitement la trace de ses petits doigts chiffonnant la feuille, plutôt la déchiqueter que la donner. A l’opposé, les traces de force de la maîtresse … j’imagine que le combat a du être rude. Après un mois et demi d’absence, la maîtresse n’avait plus aucun doute : Timousse était toujours Timousse.

Et quand il perd un bras de fer Timousse, il boude. Enfin bouder ne serait pas le terme exact. Il tire la tronche. Quoi que, même là je suis trop cool. Il pète un câble. Le Vésuve à côté, c’est de la gneugneute. Les sourcils froncés, le regard mauvais, les lèvres serrées, le visage vert de rage. Presque il pourrait penser qu’il arrive à nous faire peur. Et quand il tire la tronche Timousse, il s’enferme dans sa colère et un je ne sais quoi d’orgueil mal placé lui bouche la porte de sortie.

Donc lorsque l’instit a distribué la copie de grammaire, ben Timousse il a pensé … des clous. Si tu crois que je vais ne serait-ce que jeter un œil sur ta copie de merde, tu te fourres le doigt dans l’œil. Bon ok, il n’a peut être pas pensé les choses ainsi, mais on traduit comme on peut. Et Timousse a fait grève avec ses moyens de petit garçon de presque 8 ans. Il a refusé de faire l’évaluation de grammaire.

Ca promet pour l’avenir.

Pour l’heure, hier soir, la principale inquiétude de Timousse était ma réaction. J’ai donc admiré le jolie bulle qui  n’est pas une bulle, sur le non moins joli 20. Et j’ai demandé à Timousse ce qu’il pensait de son attitude. Il a reconnu qu’il avait été stupide pour le coup, puisque la maîtresse n’a pas cédé sur son caprice et qu’en plus, il l’a payé ultra cher ce caprice.

-          Ben voilà, ça te fait les pieds

-          Tu me grondes pas ? demande Timousse en inspectant ses pieds

-          Je pense que tu as déjà été puni avec ta note, c’est ton bulletin pas le mien, je pense que ton comportement a très bien été noté et que c’est déjà une belle punition que tu as là. Mais je ne te félicite pas non plus.

Bon pour le reste, Timousse peut être fier de lui, son CE1 touche à sa fin avec une moyenne de notes tout à fait respectables. D’autant que l’instit a eu l’intelligence de préciser que son 12/20 de moyenne en grammaire n’était absolument pas le reflet de ses notes habituelles.

Toutefois, en inspectant les autres évaluations, je remarque une moyenne difficilement obtenue en sciences. Et l’avis de l’instit « tu devrais apprendre tes leçons » Ce que j’ai assez mal pris puisque Timousse apprend ses leçons. Et à la première question …

-          Qu’est ce que la nourriture ?

Soit dit en passant, j’avoue que moi même cette question me perturbe mais un petit effort de Timousse à ce moment là lui aurait permis de répondre correctement en récitant sa leçon.

A cette question donc, Timousse a vaillamment répondu

-          La nourriture est mangeable.

Certes. C’est une façon de voir les choses. D’ailleurs, dame instit a eu assez d’humour pour ne pas se contenter de barrer le terme « mangeable » elle s’est ravisée en commentant d’un « heureusement » suivi de quelques points d’exclamation. Perso, j’aurais ajouté les deux points, le tiret du 6 et la parenthèse fermée, mais nous ne sommes pas sur le net …

La nourriture est donc mangeable. Qu’on se le dise. Et si on l’oublie, Timousse est là pour nous le rappeler.

Après signature du bulletin, Timousse a rangé ses notes dans son cartable puis est parti retrouver son amie sur le ponton tandis que des amis de passage s’invitaient à bord pour l’apéro.

Timousse a terminé sa course dans le port. Mais ceci est une autre histoire.

Posté par Kaliuccia à 13:09 - Nous - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 mai 2009

La mère

Elle marche tête haute portant sur ses épaules toute la fierté de son île. Depuis des générations, les envahisseurs se sont succédés, ce ne sont pas ces Italiens qui vont l’effrayer. Elle a des enfants à nourrir, ses enfants. Alors elle brave les interdits, le couvre-feu et les bombes pour se frayer un chemin à travers les hommes en uniforme, les bras chargés de provision.

Elle déteste ces italiens, elle les a toujours détestés. Et plus encore aujourd’hui qu’ils foulent sans la moindre considération cette terre qui est la sienne. Et elle leur fait savoir, elle n’a pas peur. Sa haine est bien plus forte. Ce sont pourtant ces hommes à l’accent chantant qui lui sauvent la vie lorsqu’un éclat d’obus américain lui fend le sommet du crâne. Mais aucune reconnaissance, aucune. S’ils n’avaient pas violé le sol de son île, aucun avion de guerre n’aurait brisé le bleu du ciel.

C’est à travers les yeux de ses jeunes enfants que je l’imagine car elle a traversé la vie comme une étoile filante. Peut être ne l’était-elle pas vraiment, mais ses enfants m’ont dit qu’elle était grande, plus grande que le père. De corps et d’esprit. Ses longs cheveux noirs serrés dans un chignon strict, le visage sévère encadrant des yeux d’aigles, aussi noirs que le charbon. Aussi noir que ses vêtements. Une vie à porter le deuil. De son père, de sa mère, de ses frères et sœurs. Jusqu’à son fils qu’elle retrouvera inerte un matin au creux de son lit. Mais les huit enfants qu’elle a porté au creux de son ventre ne verront jamais une larme dans ses yeux.

Une femme forte, une femme de tête. La guerre ne lui a pas volé son époux, trop handicapé pour aller au front mais assez vaillant pour travailler durement chaque jour. Toutes les fin de mois, l’homme lui remet son maigre salaire. Elle lui laisse croire qu’elle n’a pas vu qu’il avait glissé quelques billets supplémentaire dans la poche de son pantalon. Même si elle sait que ces billets partiront dans l’alcool qui le tuera bien des années plus tard. Une femme de tête qui élève seule ses huit enfants affamés, quand son époux brillera par son absence.

Dans la cuisine trop petite, elle s’agite derrière ses fourneaux, épuisée. A 30 ans. Usée par la vie. Et les privations. Elle ne partage aucun repas avec ses enfants. A son époux, elle dit avoir mangé avant. A ses enfants qu’elle le fera lorsqu’ils seront couchés. Et la faim devient sa compagne de tous les jours au point qu’elle ne la sent plus.

De l’amour, elle leur en a donné. A sa façon. Jamais une caresse, un sourire, un baiser, un mot doux. Mais de l’amour, il y en avait plein son cœur, à le faire exploser, au point de s’oublier. Et au-delà des mots, ses enfants l’ont senti cet amour. Ils ont tout pris puis l’ont offert à leurs propres enfants quand vint leur tour de donner la vie.

Et de fatigue en privation, elle tombe gravement malade. Jamais ils ne sauront quelle maladie leur a arraché leur mère. La plus âgée des huit enfants n’a pas 15 ans. Les deux plus jeunes garçons partent chez les sœurs où les attendent les pires années de leur enfance. Fugues et humiliations publiques feront leur quotidien. Et le père se réfugie totalement dans l’alcool. S’organise alors une vie chaotique. L’ainée dépense sans compter et l’argent du père lui brûle les doigts. Elle est si jeune … Très vite, les plus âgés doivent travailler pour nourrir la famille.

Une des plus jeunes a 8 ans et tous les soirs elle tente de mémoriser le visage, la voix de sa mère avant de s’endormir. Mais au fil des jours, le temps lui vole ses souvenirs. Puis viennent ses premiers noëls loin de sa mère. Elle n’aura plus de poupée de chiffon. Sa mère ne reste pas longtemps hospitalisée dans la même ville. Pour tous, elle est perdue et on l’envoie mourir  au fond d’une chambre d’hôpital, de l’autre côté de la Méditerranée. Huit longues années à servir de cobaye pour la médecine.

Huit longues années à mourir loin des siens. Tour à tour, ses enfants pourront se payer un billet de bateau pour venir la voir au moins une fois, juste une fois en huit longues années de calvaire.

Longtemps, je me suis demandée à quoi tu pensais au fond de ton lit blanc, à combattre la mort. Je me suis demandée si tu savais que ton petit dernier n’avait que 6 ans lorsqu’il a fait sa première fugue. J’ai espéré que tu n’aies jamais su ce que ces femmes planquées sous leur voile faisaient subir à tes deux plus jeunes garçons. Je me suis demandée si tu pensais à tes petites filles qui devenaient femmes loin de toi. Si tu pensais à ton ainée qui est partie si tard de la maison. Si tu savais que ta seconde fille allait briser sa vie pour s’occuper de son père. Si tu aimais cet homme qui était la bonté même mais qui était si faible … Je me demande encore aujourd’hui si tu as su qu’un soir de Noël, l’un de tes oncles est revenu de l’étranger pour déposer à la porte de ta maison un sac débordant de friandises pour que tes enfants vivent au moins un moment de magie.

Mon enfance a été bercée des récits de ma mère, elle se souvenait de toi avec ses yeux de petite fille. Tu ne l’as pas su, il faut que je te le dise, son premier fils porte ton nom et il est né dans la chambre où tu avais mis tes enfants au monde. Maman me racontait combien tu étais sévère mais juste, combien ils t’aimaient, combien tu leur as manqué. Je n’ai jamais pleuré ton absence, comment l’aurais-je pu ? Jusqu’à …

Il y a quelques années, maman a retrouvé une vieille lettre écrite de ta main, du fond de ton mouroir. Une lettre envoyée à tes enfants. Ses mains tremblaient lorsqu’elle a déplié le vieux papier jauni, et d’une voix pleine de larmes, elle m’a lu. Elle a lu tes paroles de mère arrachée à ses enfants. Tu racontais le mur de ta chambre d’un blanc immaculé, la photo des tiens qui y était accrochée de façon à ce que tu les voies à chaque moment de la journée. Je n’ai pas pu laisser maman me lire toute la lettre, ça m’a fait trop mal de t’entendre par sa voix, parler à chacun de tes enfants. Un mot doux pour tous, une recommandation pour chacun, un espoir, un souhait. Et dans chaque mot, un jaillissement d’amour. Celui que tu n’as pas pu leur dire. Je n’ai pas pu laisser maman partager son chagrin avec moi, je n’ai pas eu cette force. Je n’ai pas voulu imaginer cette femme de 40 ans, brisée, dont les enfants ont grandi, malgré tout, mais loin d’elle. J’ai posé ma main sur ta lettre, et j’ai demandé à ma mère d’arrêter de lire. Elle pleurait ce qu’elle n’avait pas pu pleurer toutes ces années. Elle pleurait d’avoir oublié tes moments de tendresse, tes baisers et tes caresses. C’était comme si elle te perdait à nouveau. Ma maman orpheline.

J’ai connu ton mari, c’était un bon grand-père. Il parlait peu mais il nous aimait et nous le lisions dans ses yeux. Un jour, je te dirais quel grand-père il était, je suis certaine que tu aurais voulu le savoir. Un jour, je te dirais quelle mère est devenue ta fille, tu seras tellement fière … Je ne t’ai pas connue, comment l’aurais-je pu ? tes enfants eux mêmes ont été privés de toi.

Je ne sais pas comment tu aurais voulu que je t’appelle. Mina ? Mamie ? C’est dur de parler de toi sans te nommer.

Grand-mère, c’est beau grand-mère, ça fait altier dans le sens superbe, souveraine, à la fois proche et lointaine.

Je sais que je t’aurais aimée. A travers ma mère, je t’ai toujours aimée.

Posté par Kaliuccia à 15:48 - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 mai 2009

Il était une fois

Il était une fois une fille qui n’était pas une très bonne fille. Elle devint femme. Puis mère. Ou peut être l’inverse. Qu’importe, aujourd’hui je parlerais de la mère. Qui n’était pas non plus une très bonne mère. Ce sont des choses qui arrivent me direz vous ; il existe des personnes qui naissent imparfaites et resteront à tout jamais imparfaites parce que l’imperfection fait partie d’elles. Elles sont l’imperfection.

Dans un monde où, quoi qu’en disent certains spécialistes, les parents (et particulièrement les mères) sont systématiquement culpabilisés, cette mère imparfaite a donc tenté d’élever ses enfants du mieux qu’elle put. Ce qui, vous vous en doutez, fut assez imparfait.

Cette mère imparfaite a beaucoup crié. Un peu trop même. Allez, n’ayons pas peur des mots, beaucoup trop. A se casser la voix, à terroriser la chair de sa chair. Un jour, elle cria si fort sur son petit garçon (qui lui même était assez bien pourvu en matière de vocalise ce qui la rendait totalement dingue) elle a tellement hurlé sur ce petit être innocent qui salissait encore ses couches qu’un spasme secoua son petit corps si fragile. Un sursaut, un long sursaut. Cette mère, dans toute son imperfection, était dépassée dès le matin entre une petite fille qui la harcelait de questions et un petit diable qui se débattait en vociférant parce qu’il refusait catégoriquement de quitter sa couche souillée, alors que putain ils étaient déjà en retard !

Parce que ce petit diable, qu’on se le dise, il méritait bien son surnom. Un jour, il fit un caprice phénoménal au retour d’une petite course faite avec sa mère. Il était midi, il faisait chaud, il était énervé, certainement fatigué, avait peut être faim mais surtout bon sang qu’il était capricieux ce môme ! S’enfermant dans son caprice, totalement incapable de maîtriser sa colère et sa frustration, le petit diable haut comme trois pommes s’époumonait. A bout de force, la mère réussit à rentrer chez elle tout en maintenant difficilement un magma gesticulant pivoine de rage. Elle le jeta, sur son lit puis quitta la pièce et referma la porte derrière elle. Parce qu’il fallait impérativement qu’elle s’éloigne de son enfant. Parce que des flashs de violence zébraient ses pensées. Parce qu’elle crevait d’envie de lui en retourner une, une bien bonne, une qui calme parce qu’elle assomme. Une qui la calmerait elle. Une qui ressemblerait à toutes celles qu’elle avait reçues. Une qu’elle pourrait rendre. Une qui lui prouverait qu’elle aussi peut cogner celui qui ne peut pas se défendre. Parce qu’elle croyait qu’elle en crevait d’envie. Alors elle se fit violence pour que sa violence ne s’abatte pas sur son fils. Aussi chiant soit il.

Au bout d’un temps totalement indéfini, la rage au ventre, elle ne put que se rendre à l’évidence, le petit diable n’avait pas cessé de hurler une seule seconde. La voix cassée à force de la malmener, il hurlait et hurlait et hurlait. Alors elle fit ce qu’elle finissait toujours par faire, elle céda. Elle lui ouvrit la porte pour le laisser sortir et envahir à nouveau l’espace de ses cris rageurs. Mais le petit diable avait dépassé le point de non retour, il était dans sa colère, il n’était que colère et rien ne pouvait l’en sortir. Il hurlait dedans, il hurlait dehors, il hurlait porte fermée, il hurlait porte ouverte, il hurlait dans ses bras, par terre, sur son lit, sur la chaise … il n’était que hurlement. Comme une poule cherchant ses petits derrière un grillage et infoutu d’en faire le tour, elle allait et venait autour de son fils ruisselant de sueur. La pièce n’était que rage, celle du fils, celle de la mère. Je ne saurais vous dire par quel miracle la mère put enfin réagir, mais elle reprit son rôle d’adulte, de mère ; elle finit par prendre la boule de colère dans ses bras. La scène, croyez moi, était assez flippante. Un petit diable au bord de l’apoplexie, bercé bien malgré lui dans les bras d’une mère d’un calme olympien. Le même temps indéfini s’écoula au cours duquel imperturbable, la mère berçait l’enfant colère. Jusqu’à ce qu’il tombe d’épuisement. Et la mère resta ainsi, tenant dans ses bras le petit corps secoué de sanglots de son fils enfin endormi. Et la mère resta ainsi, de longues minutes, à mouiller le visage de son fils de ses larmes d’impuissance.

Donc elle avait réussi à ne pas battre ses enfants. Elle était fière d’elle, elle ne malmenait pas ses enfants. Elle préférait ignorer, cette mère imparfaite, qu’elle les malmenait avec ses propres cris. Et ce matin là, ils étaient en retard. Les questions de sa fille, les hurlements de son fils, à nouveau.

Au énième coup de pied dans l’estomac, au énième hurlement du tout petit, à la énième question de l’enfant, la mère prit son souffle et poussa un hurlement dantesque. Les poings serrés et dressés de part et d’autre de son visage, les yeux fermés et la mâchoire à la limite du déboitement. Ce qui réduisit la minuscule pièce dans laquelle tout ce petit monde s’agitait au silence le plus merveilleux qui soit. Et la mère vit le sursaut de son fils.

Au-delà du sursaut, ce fut ses yeux. Leurs yeux. Les yeux de ses enfants. Arrondis d’épouvante. De celle qui dansait dans ses yeux d’enfant à elle, lorsque son père s’approchait d’elle, le ceinturon à la main. Ses enfants avaient peur. Ils connaissaient sa peur de petite fille. Dans l’immense amour qu’elle se glorifiait d’avoir pour eux, elle avait réussi à partager ce merveilleux cadeau avec ses enfants. La peur. La maltraitance ne se trouve pas que dans les coups. Elle comprit alors qu’irrémédiablement, elle entrainait ses enfants dans la spirale infernale de la peur.

Je ne pourrais pas vous dire qu’elle aurait voulu mourir ce jour là parce qu’il ne faut pas que déconner. Mais elle s’est détestée. Elle a eu envie de se battre, de se battre jusqu’au sang. Sauf que bon, ce spectacle, vous en conviendrez, n’était pas pour ses enfants. Ils avaient déjà eu leur dose, on avait largement dépassé celle prescrite. Alors dans sa grande imperfection, la mère opta pour les larmes. Une vraie fontaine cette mère. Elle  n’avait que cette arme pour apaiser sa violence. Les larmes, celles que son père lui interdisait de verser sous les coups.

Et son fils recommença à rugir. Et sa fille de questionner.

Mais la mère, plus jamais ne hurla. Enfin si, elle pousse encore des cris ici et là parce que c’est une gueularde dans l’âme. Et ses enfants, habitués à ses gesticulations, laissent passer l’orage lorsqu’elle cri un peu trop fort, parce qu’ils savent l’imperfection de leur mère. Mais plus jamais elle ne hurla sur ses enfants.

Je voudrais trouver une belle transition pour raconter la suite de l’histoire, parce que ces lignes ne sont qu’une entrée en matière, mais les mots me manquent. J’y reviendrais donc, plus tard. Pour comprendre les cris de la mère, il faudrait connaître la souffrance de son fils. Pour comprendre la souffrance de son fils, il faudrait connaître la souffrance de sa fille. Pour comprendre la souffrance de cette mère, il faudrait reprendre l’histoire plus tôt. Quand son cœur de mère imparfaite a commencé à se fragmenter. Et c’est une bien longue histoire.

Posté par Kaliuccia à 18:06 - Violences et injustices - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 mai 2009

Tag

Enfin quelqu’un qui pense à moi, Sbb m’a taguée. Bon ça va je déconne hein ! Celui ci sera vite fait. Pour une fois, vous aurez une note courte, ça vous fera les pieds.

4 Jobs que j'aurais aimé exercer :

Institutrice. Même si maintenant il faut dire professeur des écoles, institutrice est un mot qui me parle plus.

Journaliste pour repérer tous les trucs honteux et les révéler au monde entier.

Ecrivaine et passer tour à tour du tragique à l’odieux tout en faisant une pause d’humour

Marchande de fleurs. Ca c’est ce que je dis quand ils me font péter un câble au bureau : j’aurais du vendre des fleurs au marché plutôt que me faire chi-er ici (eh oui, au boulot aussi je dis des gros mots)

4 films que je connais par cœur :

La vie est un long fleuve tranquille parce que l’immonde raconté comme ça, j’adore

Tatie Danielle parce que l’immonde … ben oui, elle est complètement génialement immonde cette nana !

Pulp fiction Ca c’est mon film culte. En plus, y’a Bruce. Et Bruce, s’il s’invitait chez nous, il ne dormirait pas dans mon cockpit (désolée, pas de baignoire chez nous)

Quand Harry rencontre Sally J’adore, j’adore quand elle dit « je vais avoir 40 ans !! » « quand ? » « un jouuuuuuuuuuuur ! » et puis bien entendu, la scène dans le restau : trop fort !

4 Émissions et/ou séries que je regarde :

Docteur House On reste dans l’immonde non ?

Super Nanny Tu visionnes 10 mn et tu te dis que putain t’as du bol d’avoir les mômes que t’as ! (on se rassure comme on peut)

Ca se discute Même si à chaque fois je me dis que c’est la dernière fois que je regarde son émission. En plus, ils le passent en même temps que Life pffffffffffffff !

Toutes les séries américaines (sauf numbers je déteste numbers) parce que je suis la parfaite beaufette.

4 Pages web quotidiennes :

La banque pour le boulot, le mail de ma boite, mon mail perso, les blogs. Dans l’ordre pfffffff

4 Plats que je ne mangerai jamais:

Les tripes, les pieds de cochon (t’ain des pieds ! c’est dégueu ! on marche dessus quoi ! en plus, n’ont pas de pieds les cochons, c’est débile d’appeler ça comme ça) le cœur et le foie. Beurk beurk beurk beurk beurk beurk !

4 Plats favoris :

La mousse au chocolat (la mienne)

La cuisine vietnamienne (surtout si c’est maman qui la prépare)

Les cuisses de grenouilles (ben oui)

Les oursins (les pieds dans l’eau, avec les copains c’est là qu’ils sont meilleurs)

4 Endroits où j'aimerais être en ce moment :

Au mouillage loin des sirènes des pompiers et des cons.

Dans mon lit, sous la couette avec Bruce. Je décoooooooooooonne !

A Paris, voir ioutou en concert

Sur l’eau, pour un voyage autour du monde


4 Personnalités actuelles ou du passé que j’aimerai ou j’aurai aimé rencontrer :

Bruce le seul l’unique, et il ne dormirait pas dans mon cockpit !

Anna Gavalda pour lui dire que ses bouquins c’est trop bon à lire mais qu’elle n’écrit pas assez.

Obama parce que c’est un sacré mec

Le pape pour lui offrir des capotes.


4 Voeux pour l'année prochaine :

Quoi l’année prochaine ? Pour tout de suite oui !

Que j’arrête de fumer

Que mes enfants soient heureux

Que ma copamie rencontre l’homme de sa vie

Que Rahan gagne enfin au loto

Oui je sais c’est très égoïste tout ça, mais la paix dans le monde, la couche d’ozone, la fin des catastrophes toussa, je le souhaite comme tout le monde sauf qu’on ne se bouge pas trop le cul pour.

4 Tagué(e)s pour mieux les connaître :

Ahhhhhhh vous l’attendiez tous celui là hein ! sur que certain(e)s y sont allés tout de suite pour voir s’ils devaient s’y coller ou pas ! Euh …. Vu que j’arrive super tard après tout le monde, vu qu’il y en a tout plein qui vont me dire j’ai-pas-envie ; j’aime-pas-les-tags ; QUOI-T’AS-PAS-LU-MON-BLOG-ALORS-QUE-J’Y-AI-DEJA-REPONDU ; je-ne-peux-pas-participer-ça-briserait-mon-image ; il-est-trop-nul-ton-tag (ce que je trouverais parfaitement injuste, vu que ce n’est pas moi qui l’aie pondu) alors démerdez vous, je tague tout le monde.

C’est vrai en plus qu’il était nul ce tag !

Posté par Kaliuccia à 14:56 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1