30 novembre 2009
Jamais contents
Comme je suis quelqu’un de foncièrement bon, je voudrais ici bas prendre la défense de nos ados. Parce que c’est facile de se moquer d’eux tout en sachant que nous avons pu être pires au même âge. Sauf que ce n’est pas une raison pour nous le faire payer, même par solidarité pour leurs grands-parents.
Alors voilà. Outre le fait que ces pauvres petits êtres se retrouvent confrontés à une bataille hormonalement interne, il ne faudrait pas oublier que en plus, ils grandissent depuis toujours aux côtés de parents jamais contents.
Moi je dis les pauvres quoi !
Toi, le parent parfait d’enfant et d’ado parfait, éventuellement tu compatis, mais tu évites de préciser que tu n’as rien à voir avec ce qui suit histoire d’éviter de retourner le couteau dans la plaie.
Donc, les pauvres.
Avant d’être des ados, ils furent des bébés. Je sais, à ce jour il est difficile de se les imaginer bébés mais si nous voulons être crédibles en leur affirmant que nous ne sommes pas venus au monde à 40 ans, c’est mieux de faire l’effort.
Un jour, tu découvres ta grossesse. Tu débarques au boulot avec ton petit papier noirci de chiffres que tu brandis sous le nez de tes collègues, en leur expliquant que ce dosage là, ça veut dire que tu portes la vie. Et là, tes collègues font un immense effort pour partager ta joie, vu qu’ils se doutent bien que les emmerdes ne font que commencer. Qu’ils vont devoir subir la première écho sur photo et tenter de déceler un être humain dans le petit haricot que tu agites sous leur nez. Ils vont devoir subir tes nausées, malaises, fatigues, sautes d’humeur. Et sur la fin, s’impatienter avec toi. Toi parce que t’as qu’une envie, reprendre forme humaine et rencontrer enfin ton petit bout d’amour. Eux parce qu’ils n’ont qu’une envie, que tu te tires enfin en congé mat’ et que tu reviennes en pleine forme pour aller picoler un coup après le boulot, comme au bon vieux temps. Et causer d’autre chose que de la forme allien que prend ton ventre quand bébé cherche un peu de place.
C’est là que ça merdoie. Déjà que t’étais chiante à 2 mois de grossesse à râler que tu étais enceinte mais que ça ne se voyait pas, pour arriver au 8ème mois à râler que finalement, c’était cool quand tu ressemblais à autre chose qu’à bibendum … là tu les scotches tes collègues, quand tu reprends ton boulot. Avec ta nouvelle ligne de jeune maman, tes fringues de grossesse que tu as brûlées tellement elles te sortent par les yeux, ton parfum vomi que tu trimballes toute la journée parce que t’étais un peu à la bourre ce matin et t’as oublié de mettre la serviette sur son épaule quand ton bébé rototait. Et ta tronche façon sortie de camp de concentration, vu que bébé ne fait pas ses nuits. Et là, tu commences à les agacer sérieusement avec la nostalgie de ta grossesse que tu traines toute la journée …. Ils commencent à flipper sérieusement … et si tu remettais ça ?
Et l’année qui suit, tes collègues tentent désespérément de fuir tes assauts répétés lorsqu’ils font une pause à la machine à café. Mais toi, t’as qu’une idée en tête. Leur raconter le premier sourire jusqu’à l’éclat de rire, t’extasier parce qu’il vient enfin de se retourner tout seul dans son lit, qu’avec ses petits bras musclés de petit corps d’athlète il a réussi à se hausser et rester dix secondes debout, qu’il commence à ramper et que tu voudrais bien qu’il fasse ses premiers pas parce qu’il commence à faire son poids le petit bout, et que tu as le dos en compote mais surtout que ça craint dès que tu es dehors qu’il se barre à 4 pattes dès que tu relâches ton attention, explorer le monde en évitant si possible de zigzaguer entre les crottes de chien. Sinon, ce serait moins drôle.
Et puis un beau jour tu arrives au bureau en hurlant presque ELLE MARCHE ! Soulagés, tes collègues trinquent avec toi. Mais cette joie ne sera que de courte durée, ils le savent et c’est bien pour ça qu’ils gouttent avec autant de plaisir un exploit dont ils se cognent royalement.
La semaine suivante, tu as de nouveau ta tronche des mauvais jours parce que tu comprends, depuis qu’il sait marcher le môme, tu passes ton temps à lui courir après ou à lui tenir la main et vu sa petite taille, tu es toujours pliée en deux et tu as de nouveau le dos explosé. Ah là là ! C’était si bien quand il rampait ou mieux, quand il restait sagement dans son lit ou alors Ah là là ! vivement qu’il grandisse !
Et il va grandir.
Sauf qu’entre temps, tes collègues auront passé les ¾ de leur temps de pause à te rassurer sur le fait qu’un enfant sans dent, ça n’existe pas puis à t’entendre pleurnicher parce que depuis que ses dents sont enfin sorties, tu ne dors plus la nuit et ça te rend dingue. Sauf qu’entre temps, il y a le passage des cris et autres bruitages à la parole. Et toi tous les jours, tu vas raconter devant la machine à café presque désertée que tu essaies d’apprendre à ton gosse comment dire maman, que ce serait cool qu’il le dise avant papa, parce que merde, c’est quand même toi qui as poussé. Combien ô combien tu voudrais qu’il dise enfin maman, que ça remplirait ton cœur de joie qu’il le dise enfin : ma-man. Ils en ont tellement plein ce que tu sais de t’entendre chouiner que tu voudrais bien l’entendre dire maman qu’ils se sont tous cotisés pour allumer plusieurs cierges à l’église du coin, histoire qu’il le dise ton môme, ce putain de maman et qu’on en finisse.
Et puis un beau jour, tu arrives au bureau en hurlant presque IL A DIT MAMAN ! Soulagés, tes collègues trinquent avec toi. Mais cette joie ne sera que de moyenne durée.
Deux ans après, tu débarques au boulot avec ta tronche des mauvais jours parce que tu comprends, tu commences à saturer de l’entendre « maman », vu que ton môme, maintenant qu’il sait parler, il commence toutes ses phrases par maman et que c’est en train de te rendre chèvre ça, toute la journée d’entendre maman, que tu voudrais bien qu’il commence ses phrases par autre chose que MAMAN parce que ça te rend hystérique à force, maman maman maman maman maman PUTAIN MAIS IL POURRAIT PAS DIRE AUTRE CHOSE ? papa par exemple !
Au fil des ans, tes collègues subiront les rentrées scolaires. A commencer par la maternelle. Au début, t’es folle de joie parce qu’enfin ton môme est sociabilisé et voit d’autres enfants comme lui. Jusqu’au jour où il te balance dans la salle d’attente bondée du pédiatre un samedi matin en gueulant bien comme si il était dans la cour de récré « toi, tu pues de la culotte ! » et que tu tentes désespérément d’expliquer à la moitié de la ville réunie là que c’est à l’école qu’il a apprit ça. Et tu arrives tous les lundis matin au bureau en râlant parce qu’ils ne foutent rien à la maternelle et que bordel, c’est quand même l’école quoi, pas la garderie ! Puis arrive la rentrée en CP et les longues années de primaire que tu passeras la moitié du temps à râler que les instits, ils croient qu’on n’a que ça à foutre de passer les week-ends à faire les devoirs !
Et un jour, ton môme rentre au collège. Tes collègues ont tous demandé une mutation. Parce que collège rimant avec adolescence, ils ne vont pas supporter.
En même temps, avec ce que tu lui as fait subir à ton môme, depuis qu’il mesure un micron millimètre, comment veux-tu qu’il soit paisible, une fois ado ?
Je me dois de préciser que j’ai volé des anecdotes ici et là pour mettre au monde cette note. Mes enfants ont fait leur nuit dès la naissance et aucun d’eux ne m’a jamais dit « tu pues de la culotte ». Je ne connais même pas la personne à qui c’est arrivé. Par contre, je connais très bien la mère du bambin qui a été convoquée, parce que c’était une des expressions favorites de son petit monstre qui adorait l’apprendre à tous ses camarades …
27 novembre 2009
Quand j'étais petite ...
Je croyais qu’on avait une âme. Qu’à chaque mensonge, une tache noire et indélébile s’y incrustait et qu’à la fin de notre vie, l’état de notre âme nous envoyait soit en enfer, soit au paradis. Je comptais soigneusement chacun de mes mensonges … j’étais mal barrée.
Je faisais peur à ma jeune sœur la nuit. Je prenais une grosse voix censée imiter le père Noël et je l’engueulais pour toutes les conneries qu’elle avait faites dans la journée. Elle était terrorisée et je lui arrachais toutes les promesses du monde. C’était le pied.
A cause de la petite maison dans la prairie je croyais que j’allais devenir aveugle.
Je refusais de grandir et de rencontrer un homme qu’il me faudrait embrasser : je trouvais dégueulasse qu’il faille mettre la langue !
J’ai prouvé à ma cousine que le père noël n’existait pas : en lui montrant les cadeaux de Noël cachés sous le lit de mes parents. Ca a créé un vrai drame familial. Genre j’avais égorgé le chat du voisin et bu tout son sang.
Avec ma meilleure amie, on avait un mal fou à se quitter. Les yeux pleins de larmes, nous chantions tous les soirs à tue tête dans la rue « le lundi au soleil » en nous tentant les mains. Les gens nous regardaient comme des barges. Nous l’étions.
J’ai échangé mon premier baiser dans la cour de récré (sans la langue) devant tout le monde. J’ai cauchemardé toute la nuit : je croyais que j’étais enceinte et que les flics viendraient me chercher pour me mettre en prison. Et le lendemain, j’ai remis ça.
Mes amies m’appelaient la fontaine et comptaient les heures qui séparaient mes crises de larmes.
Dans ma classe, il y avait des jumelles que je détestais. Je passais mon temps à me battre avec l’une d’entre elle. Elle avait toujours le dessus. Une fois, je me suis retrouvée avec une poignée de ses cheveux dans mes mains, j’ai cru que je l’avais tuée. Sophie, si tu me lis, je ne te demande pas pardon. Tu étais vraiment une sale peste, j’aurais du te scalper.
A 6 ans, je suis entrée dans la boulangerie du quartier et en suis ressortie en courant après avoir volé un bonbon. Un. Pas dix ou vingt, un. Faut être niaise quand même ! Ma mère a vu le bonbon et à force de me questionner a découvert mon larcin. J’ai du prendre l’argent dans ma tirelire puis descendre présenter des excuses en remboursant la boulangère. Je me souviens encore de la brûlure de la honte.
Je regardais derrière la télé, je croyais que les gens se planquaient derrière pour faire leur spectacle.
A 3 ans, j’étais bilingue. Allemand/Français. Forte de ce souvenir, j’ai pris allemand en seconde langue au collège. Je crois que j’étais la dernière de ma classe dans cette matière.
J’ai eu un coq quand nous vivions en Afrique. Un jour, ce con a sauté la clôture et s’est retrouvé chez le voisin. Son monstrueux chien était en train de le déchiqueter quand mes hurlements ont alerté mes parents. Mon père a du s’introduire chez les voisins pour sauver mon coq. Il l’a soigné à coup de mercurochrome. Il ne ressemblait plus à rien pendant plusieurs semaines.
J’avais 6 ans, mes parents devaient sortir et moi je mettais dix plombes pour avaler ma purée. Mon père a tellement pété les plombs qu’il a donné un coup de poing dans le meuble juste au-dessus de moi. Pas de bol, derrière la porte il y avait une étagère. Il s’est brisé le poing. Et du coup, ils ont passé la nuit aux urgences. Quand on a vu mon père plâtré le lendemain, mon frère de 10 ans a fondu en larmes. Moi j’ai trouvé ça rigolo, ça sentait bon l’alcool. Ma mère était persuadée d’avoir mis au monde un monstre insensible. Quelques jours plus tard, un crétin a allumé un briquet sous le plâtre de mon père et il a prit feu (le plâtre, pas mon père… quoi que … ) en tentant d’éteindre, il a mit le feu à son autre bras. De douleur, il a arraché le plâtre et toute la peau est venue avec. Ses cicatrices sont encore visibles. Grace à moi, il touche une petite pension à vie.
J’étais persuadée d’être adoptée. Je ne ressemblais à personne de la famille, j’étais la seule à avoir des problèmes de vue, les jambes arquées, les dents à exploser le bitume si je tombais du 10ème étage et les bras tordus. J’étais décidée à retrouver mes parents biologiques pour les attaquer en justice de m’avoir ainsi loupée.
J’attendais que mes parents ne me regardent pas pour manger la bouche grande ouverte en faisant plein de bruit.
Je passais des heures à lire, même quand je faisais mes corvées. De toute façon, j’avais toujours envie d’aller aux toilettes (avec un livre) au moment de débarrasser ou de mettre le couvert.
A 7 ans, Je regardais la télé en cachette. Ma mère trouvait que j’avais trop de mal à me lever le matin et me couchait de plus en plus tôt. La nuit, je me relevais et regardais planquée derrière la banquette Angélique et Belphégor. Le lendemain, je racontais l’histoire à mes amies. Un jour, la maîtresse m’a entendue et je lui ai affirmé que ma mère me laissait regarder la télé avec elle le soir. Elle l’a donc convoquée en lui expliquant avec les formes que la télé, le soir, pour une petite, Angélique et Belphégor en plus …. Je crois que ma mère a failli s’évanouir. D’ailleurs, elle m’en parle encore.
Sinon j’étais une gosse adorable, tableau d’honneur tous les ans, très polie et affectueuse, les amis de mes parents me donnaient le bon dieu sans confession et me prenait toujours en exemple … la gosse rêvée quoi !
Quand j’étais petite …
C’est Sophissime qui m’a taguée … ok, lui ai un peu forcé la main mais j’ai tellement aimé lire sa note que vous trouverez là : http://sophissime.canalblog.com/archives/2009/11/25/15920025.html#comments
que je suis excusable.
Et comme je dois tagguer à mon tour ….
Allez, au hasard (mais alors vraiment hein !) JATH’ que j’aime très fort hé ! hé ! Luna comme ça vous découvrirez son blog tout neuf, Pakita parce que j’adore quand elle se raconte, La Garce Cuite parce que je suis certaine qu’elle était sage, elle ! Le Refuge parce que s’il était pyromane ado, j’ose pas imaginer ce qu’il était enfant, Gilsoub parce que ça devait être un sacré numéro lui aussi, Seventh’ comme ça elle va nous pondre une nouvelle note, Roxane parce que ça ne doit pas être si vieux pour elle et Monsieur Bleck parce que j’aime bien l’embêter de temps en temps. Et tous les autres qui le veulent, faut aider Sophissime qui lance son premier Tag.
26 novembre 2009
Les P.A.A.
M.A.A. Mères d’Ados Anonymes
C’est le club qu’on voulait monter avec une copine.
Mais après coup, je me suis dit que les (nombreux) hommes qui me lisent vont venir me faire un speech sur l’égalité homme-femme et la place du père … et ils auront raison. Sauf que dans mes lecteurs, je ne connais pas de père d’ado mais tant pis, je vais faire comme ci.
Alors on va l’appeler P.A.A.
Parents d’Ados Anonymes
Et après coup, on pensera aux F.S.A.A … les frères et sœurs, surtout plus jeunes. Parce que eux aussi, des fois … les pauvres quoi.
Beaucoup de plus jeunes qui font parti de mon entourage (entre 7 et 10 ans) m’ont confié avec un soupçon d’horreur dans la voix (jusqu’à ma propre fille quand elle avait 10 ans) leur désapprobation.
- Je ne veux jamais être un ado
- J’suis pas pressé d’être un ado
- Faut que j’arrête de grandir pour ne surtout jamais devenir un ado
- Et dire que je serais comme ça plus tard
C’est dire qu’il n’y a pas que les vieux qui se posent des questions.
Pourquoi cette note ?
D’abord parce que je veux travailler avec toi, Ô parent d’ados anonyme pour aborder la vie avec plus de sérénité.
Travailler avec toi, ça veut dire aussi que tu me files un coup de main hein ! Et idem pour les autres, tous les autres. Qu’ils soient parents ou non, d’ado ou de jeunes ou de grands enfants, ados même! Tout le monde, soyons fous !
Première étape de cette série que je souhaite fructueuse ….
Comment vais-je annoncer ça ? Déjà, faudrait pouvoir le définir, l’ado.
Sorte d’hybride à mi-chemin entre l’enfant et l’adulte, qui voudrait bien avoir une peluche pour Noël et qui réalise un beau matin qu’il a des poils sous les bras.
L’hybride ne veut surtout pas qu’on le traite en gamin mais refuse la plus petite responsabilité d’adulte (tu sais que tu peux être chiant quand tu veux ?) c’est pour ça qu’on l’appelle l’ado.
Une fois n’est pas coutume, je vais en faire une généralité de l’ado et mettre l’ado parfait de côté, ne serait-ce que pour me faire un peu de bien, vu que pour le type d’ado dont je parle, il y a deux mondes. Le monde des ados et … tous les autres.
Alors voilà. T’es parent d’ado, et arrive le moment où tu dois avouer ton crime.
Tu as le choix entre
1°) La réunion genre alcoolique anonyme.
- Bonjour, je m’appelle Kali et je suis mère d’ado.
- Bonjour Kali
Et là, toute l’assemblée vient te tapoter l’épaule pour te témoigner un soutien incommensurable.
Toi, tu te viandes presque sur ta chaise d’émotion, tellement c’est bon de te sentir moins seule. Tu as envie de tous les embrasser tellement tu les aimes déjà, toutes ces personnes qui ont au fond des yeux la même lueur et le regard un peu perdu. Celui qui dit « qu’est-ce que j’ai loupé ? »
2°) La maladie honteuse
- Bonjour docteur
- Bonjour Madame X … vous ne voulez pas dire votre nom ? qu’est ce qui vous amène ?
- Et bien c'est-à-dire que …
- Allez-y, je vous écoute
- Et bien ce n’est pas facile à dire …
- Allons, allons, détendez vous
- Vous êtes bien tenu par le secret professionnel hein ?
- Soyez sans crainte, dites moi
- Et bien voilà …. je suis parent d’ado.
PUTAIN JE L’AI DIT !!!!!!!!!!!! JE L’AI DIT !!!!!!!!!!!!!!
3°) Tu travesties la vérité
- Ca va les enfants ?
- Oui oui, impec ! le petit dernier, adorable, premier de la classe comme sa mère et il n’explose la tronche à personne, il ne passe pas l’heure de la récré à ramasser les boulettes de mie de pain qu’il a balancé à l’heure de la cantine sur ses copains qui mangeaient EUX. Un petit gâteau ?
- Merci … Et le grand ?
- Le grand …. Tu veux du café ?
- Non, non, ça va, j’en ai encore. Ca lui fait quel âge le grand ?
Là, tu prends une inspiration profonde, faut que tu aies l’air le plus naturel possible quand tu vas annoncer la nouvelle parce que tu le sens bien que tu vas devoir le dire, tes tentatives pour changer de sujet sont avortées à la seconde …et puis l’autre attend, sa tasse de café dans les mains, tu sens son regard inquisiteur sur toi …
- Et le grand, il vient d’avoir 17 ans….
- Aïe !
- Non non ! pas du tout !
- Il n’a pas 17 ans ?
- Si si ! mais …. C’est pas douloureux, j’te jure.
4°) Et si tu mentais encore pire ?
- Tu as des enfants ?
- Oui, de… un !
- Ah ? et le truc sombre qui vient de passer genre cousin machin avec un casque sur les oreilles c’est quoi ?
- Ah ça ? ah euh c’est rien, c’est le fis du voisin. Il ne va pas rester, il doit … ben tu vois, il est parti.
Bon alors je vais te dire moi, être parent d’ado, c’est pas une maladie. Le premier vrai truc que tu as à faire, c’est juste de ne pas en parler à tes parents. Parce que cette lueur de joie immense que tu vas lire dans leurs yeux là, ce sourire revanchard « ah ! ah ! c’est ton tour d’en baver !» et ce plaisir sadique qu’ils vont prendre à raconter à ton ado comment toi tu étais à leur âge (photos à l’appuie) ….
Tu vas pas supporter.
24 novembre 2009
La-maitresse-elle-a-pas-dit
Hier, c’était la révision des mots pour la dictée. Toute une liste de mots à apprendre. Tout allait bien, Timousse recopiait sagement les mots que je lui dictais …. Il faut dire que depuis cette rentrée, les devoirs avec lui, c’est le bonheur. A part un ou deux couacs au début, il n’oublie jamais rien et ô merveille, il les fait avec plaisir et en quelques minutes seulement. Et seul la plupart du temps.
T’ain je vous jure, je revis et je goute à ce bonheur tout neuf. Ce n’est pas l’intello premier de la classe mais ce n’est pas non plus ce que j’attends de lui.
- Z’adore apprendre des nouvelles choses ! z’adore l’école et le français et les maths et l’histoire et la zéographie et les sciences et la récré ! Z’adore ma maîtresse mais si elle continue à crier comme ça dans la classe, la pauvre, elle va avoir mal à la gorge. Alors on en a parlé avec les copains, ça nous inquiète parce que après, elle va devoir prendre des médicaments la pauvre.
Ce qui perturbe salement sa sœur ainée
- Ce gosse n’est pas normal ! il aime les brocolis et les maths !
Donc hier, il avait tout de même besoin de moi pour que je lui dicte les mots. La liste terminée, il me tend fièrement son cahier. Comme tout était bon, je décide de revoir avec lui la leçon qui va avec les mots.
- La maitresse elle a pas dit d’apprendre la leçon
- Oui mais comme tu devais aussi revoir la leçon …
- La maitresse elle a pas dit de revoir la leçon
- Oui mais tu l’avais à apprendre pour vendredi déjà
- Ben ze l’ai apprise vendredi mais là, on fait les devoirs pour mardi et la maitresse elle a pas …
- Ca va Timousse, je sais ! la-maitresse-elle-a-pas-dit, je sais. Mais les mots de la dictée, c’est la suite logique de ta leçon donc ce n’est pas plus mal de réviser un coup
- La mai…
- Je m’en cogne ! on le fait ! c’est pour vérifier si tu as bien compris quand la lettre était muette et quand elle était aspirée.
- Oui oui ze sais ! et quand ze dois faire la liaison et quand ze peux mettre un apostrophe
- Et bien voilà, quelques mots de plus pour vérifier si tu connais bien ta leçon, ça ne va pas te faire de mal. Allez hop ! hiver.
- La maîtresse elle a …
- ON S’EN FOU ! là c’est maman qui dit HIVER !
Merde alors ! C’est quoi ce délire là ? ça va durer combien de temps encore la-maitresse-elle-a-pas-dit- la-maitresse-elle-a-dit ? Et maman alors ? Qui c’est qui commande ici d’abord ?
- Hiver, h-i-v-e-r c’est un h muet alors ze peux dire un nhiver ou l’hiver mais la mai…
- Haut
- H-a-u-t avec un h aspiré au début et un t muet à la fin parce qu’on peut dire haute mais la …
- Timousse, on perd du temps avec tes la-maitresse-elle-a-pas-dit
- Oui mais …
- Je sais, la-maitresse-elle-a-pas-dit. Si tu veux, on fait toute la leçon comme ça. Tu réponds à mes questions et à la place de la virgule, tu ajoutes la-maitresse-elle-a-pas-dit
- Oui mais …
- Hôtel
- H-o-accent-crircronflakes-ou-chapeau-chinois-c’est-la-même-chose-t-e-l mais …
- Oui oui, la-maitresse-elle-a-pas-dit ! Hérisson
- Alors là, hérisson il m’énerve.
- Et pourquoi il t’énerve ?
- Parce que moi, z’ai envie de dire un nhérisson
- Ben oui mais tu ne peux pas. Et pourquoi tu ne peux pas ?
- Parce que c’est un h aspiré mais ..
- Je sais, la-maitresse-elle-a-pas-dit
- Non c’est pas ça que ze voulais dire ! mais moi z’ai quand même envie de dire un nhérisson c’est plus zoli que de dire un hérisson.
- Ben non, tu ne peux pas
- Oui mais …
- Je sais, la-maitresse-elle-a-pas-dit.
- Mais non mais c’est pas ça que ze voulais dire rolala ! tu me coupes tout le temps la parole ! (oups !) mais moi z’ai aussi envie de dire l’hérisson
- Ben non, tu ne peux pas non plus. Tu dis le hérisson. C’est un h aspiré
- Ben oui mais si moi z’ai envie de dire que c’est un h muet ?
- Ben non, ce n’est pas possible, tu ne peux pas changer les règles. Tu ne vas pas dire le hôtel, tu vas dire l’hôtel …
- Oui mais … NOOOOOON NE ME COUPE PAS LA PAROLE ! Le hôtel, c’est moche mais l’hérisson, c’est zoli alors que le hérisson, c’est moche.
- …. (désolée, je ne sais que répondre à tant de logique enfantine)
- Alors moi, si z’ai envie de dire l’hérisson, ben ze dis l’hérisson (et là, il croise ses bras sur son petit corps musclé d’athlète)
- Ben non tu ne peux pas, c’est un h aspiré (oui, je sais, ça peut durer un moment)
- Ze le sais ça rolala ! Et pourquoi si z’ai envie de changer les règles z’ai pas le droit quand c’est plus zoli ?
- Parce que.
- Parce que quoi ?
- Parce que c’est comme ça, il y a des règles, tu les apprends et c’est comme ça.
- Mais pourquoi ?
- PARCE QUE LA-MAITRESSE-ELLE-A-DIT !
Merde alors !
23 novembre 2009
L'arnaque
Le mois dernier, je fais remarquer à Rahan comme ça, par hasard, en passant innocemment devant ma voiture que le capot ne se ferme pas vraiment.
- Ah mais oui, tu as raison … mais faut pas laisser ça comme ça
- Justement pour ça que je te le dis. A chaque fois, faut que je monte dessus et que j’appuie de mes 50 kg et 100 g pour le fermer.
Donc Rahan mon héros ouvre ma voiture, tire sur la languette et la bobinette le capot s’entrouvre. Il revient vers le capot, débloque la sécurité et ça fait zwiiiiiiiiiiiiiiiim ! Un ressort à gauche, un truc noir à droite qui rebondit sur le bitume poc poc poc et roule sous la voiture. Tout à coup, j’ai ressenti un grand moment de solitude à quatre pattes en train de tenter de récupérer le truc noir et je me suis demandée pourquoi j’avais décidé de lui en parler. Je sens que ça va être pire que s’asseoir sur le capot pour le refermer.
Le diagnostic de Rahan ne se fait pas attendre.
- Il faut que TU le fasses changer.
Oui parce qu’il faut savoir deux choses tout de même.
Je sais depuis environ deux ans où se trouve le réservoir pour les essuie-glaces et par conséquent comment on ouvre le capot. Et je n’ouvre le capot de ma voiture que pour cette raison. Je déteste la mécanique et je refuse même d’essayer d’y comprendre quoi que ce soit. Je crois que j’aurais besoin d’une Jathounette dans mes relations proches …
Rahan est diplômé en mécanique entre autre mais il a passé tellement d’heures sur les parkings à réparer des centaines de voitures qu’il y touche le moins possible aujourd’hui.
Pendant un mois, j’ai roulé avec mon ressort et le bidule noir cassé sur mon tableau de bord histoire de ne pas oublier que je devais les faire changer.
Et la semaine dernière, je me suis enfin décidée à passer chez le voleur concessionnaire. Elève sage, je tenais précieusement le ressort dans ma main pour expliquer au Monsieur la panne dont j’étais victime.
Dans la foulée, j’ai demandé à ce qu’on me change les essuie-glaces … soyons fous !
Je fais le tour du voleur de la concession pour m’offrir un café et je m’installe au soleil, mon dernier roman entre les mains pour tromper l’attente. Et le temps que je me pose, je vois ma voiture passer sous mon nez à une vitesse que j’aurais bien engueulé le mec qui la conduisait si j’avais eu le temps, puis deux minutes après repasser à la même vitesse sous mon nez, ruisselante. Le type la gare sur le parking et là je me dis …
Noooooooon ???? c’est pas déjà fait ? Je retourne voir le Monsieur qui m’avait reçue cinq minutes plus tôt, il m’attendait tout sourire
- Nous l’avons passé au rouleau aussi, elle est propre.
Ok, c’est pas du luxe. Je m’installe sur la chaise qu’il me désigne et attends qu’il imprime ma facture. Et là, je m’étrangle en terminant mon café.
Très commerçant, le Monsieur s’interroge sur l’absence de visites de contrôle.
- Euh … ben je viens à chaque fois passer la visite avant le contrôle technique.
- Ah oui mais ce n’est pas une visite de contrôle ça.
- Ah. C’est quoi une visite de contrôle ?
Et là, il me sort un papier pour me causer vidange, vérification des niveaux etc …
- Ahhhhhhhhhhhh ? ah ces trucs là ? ah mais si je le fait ça, régulièrement. Mais vu que vous m’extorquez 112 € pour changer deux balais d’essuie-glace et un malheureux ressort le tout en moins de deux minutes, je préfère que mes collègues s’occupent de ça à votre place, voyez-vous ?
Le Monsieur n’a pas du tout apprécié ma remarque (par contre, le type qui attendait sur un siège derrière, il était mort de rire.) Le Monsieur a ajouté qu’il fallait que je change la courroie de distribution.
A tes souhaits. Ca distribue quoi ce truc ?
- C’est impératif de la changer tous les 130 000 km, si vous ne la changez pas, elle peut casser et là c’est le moteur qui est mort.
Et il me montre un tableau technique confirmant ses dires.
- Ah ben ça va, je suis à 54 000 km j’ai encore le temps de voir venir …
- Ah mais non, il y a une seconde indication, c’est l’âge de la voiture et elle a plus de 5 ans.
Oui oui, ne vous affolez pas les français, nous n’avons pas les mêmes distances à parcourir que vous, sur notre belle île.
- Et donc, ça coûte combien cette petite bagatelle ?
- Il faut compter 800 €
Il a eu du bol le Monsieur, que j’avais terminé mon café, parce qu’il a échappé à ce que je lui recrache ma dernière gorgée à la figure.
Il m’a fallu plus de temps pour faire le tour du voleur de la concession et aller payer à la caisse qu’ils n’en ont eu besoin pour me changer un ressort de merde et deux essuie-glaces.
Le lendemain, Rahan remarque qu’on y voit enfin à travers le pare-brise
- Ah ben c’est mieux comme ça hein ?
- Ah oui ! ça peut être mieux ! pour 112 € ça peut !
- 112 € ??????????????????? t’as payé 112 € ????????????? Et dire que j’aurais pu le faire en quelques minutes moi-même !
Et là, sur le parking brûlant du port, un homme des âges farouches a trouvé la mort.
20 novembre 2009
Les cordonniers et nous
Quand on me demande ce que je fais comme boulot, je réponds comptable.
Ca va plus vite.
Pour certain, c’est comme si je leur disais que je travaille aux impôts : soit ils m’évitent tout le restant de leur vie, soit ils me demandent de les aider à faire leur déclaration.
Pour d’autres, c’est vraiment LE boulot sans intérêt. Ils cherchent les petites lunettes rondes, l’attaché-case, et le tailleur strict. Sur que vu le style déjanté que je me traîne, je perturbe un peu leur idée de base. Ils m’imaginent toute la journée à saisir des factures et les règlements correspondant et il m’arrive de leur expliquer que ce n’est pas QUE ça, être comptable. Ce qu’ils imaginent, c’est une aide-comptable. Les gens qui occupent le même type de poste que moi se contentent de saisir les pièces compliquées.
En même temps, je ne jette la pierre à personne. Je pensais la même chose avant d’être comptable. (Oui parce que j’ai été comptable avant d’être ce que je suis). Et dans ce boulot, on est capable de passer une tonne d’écriture comptable pour une petite opération de merde qui s’élève à quelques centimes d’€uros.
Donc voilà, je continue à dire que je suis comptable, alors que ce n’est qu’une petite partie de mon boulot. Et j’ai même poussé le vice à laisser ce terme sur ma fiche de paie (de toute façon, c’est moi qui fais les paies).
En bonne comptable qui se respecte, je tiens mes comptes parfaitement à jour. Aheum ! Ca fait un peu plus de trois ans (4 ? 5 ?) que j’ouvre tout juste mes relevés bancaires, (et encore, pas tous) je m’extasie en découvrant le solde qui me reste en banque et je range mon relevé dans un coin. Au début, j’ai eu honte. Mais comme ça n’a rien changé, j’ai fini par assumer mon manque total de sérieux. Moi, les rapprochements bancaires, ça me gave.
Il y a un proverbe qui dit que ce sont les cordonniers les plus mal chaussés et je n’aime pas contrarier les proverbes moi.
Rahan non plus.
Ceux qui s’achètent un bateau par passion, pour y vivre et qui n’ont pas encore gagné au loto, ils ont intérêt à être multitâches. Outre la navigation, faut savoir faire de la menuiserie, de la plomberie, être bricoleur, connaître divers matériaux …. Etc.. mais il faut aussi toucher sa bille en électricité.
Parce que sur un bateau, si tu y vis et si tu navigues avec, il te faut le 220 comme à la maison et le 12 pour être indépendant. Il faut savoir qu’une mauvaise installation électrique peut causer de l’électrolyse ce qui est très gênant : ton bateau, il peut finir par couler.
Moi j’étais tranquille, Rahan touche sa bille dans à peu près tout. Il est doué, ingénieux et il bosse bien.
Quand nous avons acheté notre bateau, il y avait donc un tableau électrique et des tas d’appareils branchés dessus. A peine installés, Rahan a démonté le tableau électrique pour vérifier toute l’installation et débrancher des fils inutiles. Parce que le proprio d’avant, il s’installait un pilote automatique, puis il en changeait mais il ne retirait pas l’ancienne installation électrique. Je ne vous dis pas le bordel que ça a donné.
Ca fait 7 ans que nous vivons sur cette petite merveille. Sept ans que le tableau électrique est comme ça :
Si je n’ai pas honte de ne pas faire mes comptes … là, je te le dis tout net : la TE-HON !
Surtout que tu rentres chez nous, tu regardes à droite vers la table à carte, et hop tu tombes sur ce … truc. Le tableau, il tient par la seule vis que Rahan a daigné laisser.
A l’origine, l’ancien propriétaire avait collé des étiquettes pour préciser à quoi correspondaient les mini-interrupteurs. Rahan a tout laissé en l’état.
L’autre jour, un ami était avec nous et comme la nuit tombait, il a voulu allumer la lumière du cockpit. Bien entendu, il n’a pas trouvé l’interrupteur correspondant. Et moi de lui répondre le plus naturellement possible
- Ah mais non mais si tu veux allumer la lumière, c’est « feux de pont ».
Interloqué, il est resté pétrifié devant le truc qui nous sert de tableau électrique puis a demandé
- Ah ? et feux de pont c’est quoi ?
- Instruments (de navigation)
- Euh … c’est original … et instruments ?
- Pilote … de toute façon, il est mort.
- Ah ah ! et avant, pilote c’était quoi ?
- Feux de navigation
- Certes …. Et feux de navigation tu les trouves comment ?
- Pompe de douche
- Whaaaaaaaaaa ! et quand tu veux vider l’eau de la douche ?
- Laisse tomber, on a viré l’étiquette, y’a du scotch dessus comme ça on repère de suite.
- Ah ben oui c’est plus facile Et pour l'eau c'est quoi ?
- Ben c'est eau ! tu nous prends pour qui ?
- … et la pompe de la douche à l’avant alors ?
- Ah oui, cette étiquette aussi a disparu, faut compter le 7ème interrupteur en partant du bas
- Ah y’a pas, ça fait travailler la mémoire…. Mais dis moi … c’est quoi le boulot de Rahan déjà ?
Devinez …
17 novembre 2009
Du rire aux larmes.
Hier soir, j’ai visionné pour la millième fois quelques épisodes du docteur Maison.
Oui ben ça va hein, je vois venir les critiqueurs, moi je l’aime parce qu’il est immonde ce type. Et puis je suis comme ça, une accro des séries télévisées.
Alors c’est sur que quand je cause avec la haute société, je vais parler du dernier reportage sur Arte parce que ça le fait. Sauf qu’en vrai, dans ma vie à moi, je déteste les reportages. Je ménage mes neurones. De manière générale, j’évite les images de toute façon, je préfère lire des articles de presse que me laisser traumatiser par des images qui n’auront jamais chez moi l’impact des mots que je lis.
Pour moi, une bonne soirée télé en solitaire (vu que tout le monde ronflait hier soir) c’est une série, de préférence américaine, mon nouveau nom c’est beaufette. M’en cogne, j’assume complètement.
Tu peux les compter sur les doigts d’une main, les séries télé américaines que je n’aime pas. C’est dire qu’il faut vraiment que ça dépasse le niveau navet de série Z pour me dégouter.
Donc hier, je regardais docteur Maison. Et pendant les pubs, je reprenais mon livre pour le dévorer. Merci Seashell, je m’éclate.
Grosse parenthèse ouverte.
Quand on sait qu’avant, je regardais emergency …. Que j’ai arrêté au bout de quelques années parce que j’en avais un peu marre de terminer un lot de trois séries avec les yeux bouffis, le nez bouché et des cadavres de kleenex un peu partout autour de moi.
Quand on sait qu’après j’ai regardé l’anatomie de gray …
D’ailleurs un soir, Rahan sort de sa léthargie ordinatesque et s’interroge sur mon choix télévisuel.
- Mais ??? c’est encore ton truc là que tu regardais sur les urgences avec tous les médecins là ?
- Ah non, ça c’est mieux. C’est presque le même principe à la base, mais c’est mieux parce que tu rigoles bien et y’a pas trop d’images dégueu. L’autre, je passais mon temps à pleurer. Là, au moins, je rigole du début à la fin.
Sauf qu’il arrive que ce soit triste. A la moitié de l’épisode, Rahan lève un œil perplexe vers moi. M’énerve quand il fait ça.
- Tu pleures ?
Putain m’énerve quand il fait ça ! Nooooooooooon bien sur que non ! je suis morte de rire là tu vois pas ?
M’énerve quand il fait ça ! Je fais tout pour renifler en silence (essaie un peu, tu vas voir comme c’est facile) j’essuie mes larmes aussi vite que je peux (mais bon y’en a tellement que j’ai du mal à suivre le rythme) j’ai les yeux explosés d’une droguée et le nez d’une ivrogne ET TU ME DEMANDES SI JE SUIS EN TRAIN DE PLEURER ???? Merde alors !
Alors je ne réponds pas. Rahan se laisse à nouveau happer par son ordi puis lève un nouvel œil perplexe vers moi. M’énerve quand il fait ça.
- Effectivement, elle a vraiment l’air plus drôle que l’autre cette série là, vraiment.
Il m’énerve quand il fait ça !!!!
Quand on sait que maintenant, je suis accro au docteur maison et qu’en plus, pendant les pubs, je lis un livre qui s’appelle les trois médecins et qui n’est que la suite logique de la maladie de Sachs (même si l’histoire se passe avant mais ça j’en causerais quand vous aurez moins mal au crâne et puis on va encore dire que mes notes sont soit disant trop longues).
Quand on sait tout ça, on pourrait penser que je suis accro à l’univers médical. Comme chacun sait, on est un con. Je tourne de l’œil si je vois une seule goute de sang, je suis persuadée d’avoir la maladie dès qu’on me cause d’un de ses symptômes, j’ai la phobie des hôpitaux au point qu’il faut me menacer pour que j’aille voir une copine qui vient d’accoucher. Donc il ne faut pas se fier aux apparences, même sur un blog. C’est une coïncidence.
Grosse parenthèse fermée.
J’en étais où ? Ah oui. Hier soir, je regardais donc docteur Maison. Eh vous avez remarqué que j’attaque déjà le 690ème mot et que j’en suis toujours à la première phrase ? Dingue ça.
J’étais donc littéralement morte de rire même si je connaissais déjà par cœur les épisodes. Sérieux. Tu croise un type comme lui, il te dit un dixième de ce qu’il balance aux familles des malades, le type il est mort. Et plus c’est immonde, plus je suis hilare.
Arrive ce qui devait arriver, l’un de mes éclats de rire réveille Rahan. Le voilà qui sort de son lit, hirsute, l’œil hagard et la marque du drap sur sa joue mal rasée.
- Qu’est ce que tu fais ?
- Rien (secousse de rire) je regarde juste docteur Maison (secousse de rire), pardon mais c’est trop drôle (double secousse de rire).
- Humpf !
Rahan s’éclipse quelques minutes et je reprends ma lecture en attendant que la page de pub termine.
Passage troublant, émouvant, je fonds en larmes. Rahan reviens, l’œil toujours aussi peu vif mais tout de même assez pour …
- Tu pleures ?
M’énerve quand il fait ça !!!! Il m’énerve !
- Ah oui effectivement, ça a l’air très drôle !
IL M’ENERVE QUAND IL FAIT CA !
16 novembre 2009
Un Tag à ma façon
Et voilà que notre jolie Pakita vient de me tagguer ….
LE BLOG A TOI QUE T’AS
- Et pourquoi ce nom ?
Parce que je vis sur l’eau toute l’année depuis environ 15 ans et que j’aime ça. Même si ce n’est pas quelque chose que j’annonce dès que je rencontre quelqu’un. Parce que je veux que la chose soit considérée comme « normale ». En tout cas qu’elle ne déclenche pas de hurlements d’horreur. Ca me gave ça. Est-ce que moi je vous dis « tu vis en appartement ????? jaaaaaaaaaaamais je ne pourrais vivre en appartement !!!!». Parce que vous-même, quand vous vous présentez, vous ne dites pas « salut, je m’appelle Bidule et je vis au 15ème étage dans un F5. »
- Et pourquoi ce pseudo ?
Avant, j’avais un blog et j’étais Caliméro. J’ai fermé ce blog parce que des amies l’avait découvert (oui je sais, je raconte ma vie à des étrangers et je ne supporte pas que mes proches le lisent …) sur le suivant, j’étais Kali. Comme la déesse yeah ! J’ai fini aussi par le fermer parce que je voulais passer à autre chose, mais comme au fond de moi je restais un caliméro … j’ai décidé d’ajouter à mon pseudo ce petit qualificatif qu’on utilise chez nous pour rendre un mot plus mignon. «Petit dans le sens affectif et mignon ». Uccia. Et voilà, Kaliuccia est née.
- Et pourquoi ce look ?
Parce que je suis ultra nulle et que le peu de fioritures que j’ai collé sur mon blog, je le dois à des copines qui se sont occupé de tout pour moi….. et que je n’ai pas vraiment envie d’en faire plus.
- Et pourquoi ce genre ?
J’ai une vie pleine de galères et un vécu qui traine plusieurs casseroles comme grand nombre de ceux qui viennent sur la toile, ouvrir un blog « intime ». Sauf que je n’ai pas envie de me lamenter sur mon petit sort de petite pleurnicharde. Parce que j’ai besoin de tourner en dérision les trucs du quotidien qui pourraient me rendre malade. Parce que je pense que rire un bon coup de nos mésaventures ou de nos drames familiaux rend la vie plus facile. Parce que j’ai tout de même besoin de parler de ce qui me ronge à l’intérieur sans en dire trop. Parce que malgré les horreurs qui ont jalonné ma vie, j’ai envie de garder le sourire et de rester optimiste, de montrer à d’autres que c’est possible. De vivre avec tout ça. Et de vivre bien.
- Et pourquoi cet hébergeur ?
J’aimais bien psycho et son côté très intime mais le site a vraiment trop merdé à une période. Parce que j’ai besoin de me perdre dans la masse aussi, comme si j’avais vraiment déménagé et que je rencontrais de nouvelles têtes qui ne connaissent pas toutes mes casseroles.
- Et à propos des commentaires ?
Ils sont la raison de ce blog. Je mentirais si je disais que je m’en cogne. Ca touche à mon égo surdimensionné. Sur les autres blogs, j’en avais beaucoup plus. Faut dire que j’ai perdu une très grande partie de mes lecteurs. Parce que j’ai déménagé sans donner le nouveau lien, parce qu’ils n’ont plus envie de me lire, parce qu’ils ont fini par quitter la toile … les raisons sont assez variées. Mais à côté de ça, j’ai rencontré de nouvelles personnes …. Alors ça me remonte le moral. Par contre, je suis super fière d’avoir des lecteurs masculins qui interviennent régulièrement. J’aime quand certaines notes transforment mon blog en mini forum de discussion, j’aime quand ça bouge et que ça vit, j’aime quand on me dit « moi aussi !!! moi aussi j’ai exactement ressenti ça ! » j’aime quand on vient se révolter avec moi, j’aime quand on me soutient dans ma colère lorsque je ressens une injustice, j’adore quand j’arrive à faire passer mon ressenti et quand les autres comprennent ce que je dis. J’aime aussi les pas-d’accord qui expriment leur avis sans agression, juste pour lancer un débat qui parfois peut tous nous enrichir. Mais bon, c’est pas non plus un blog qui vole très haut en matière de réflexion alors faut pas non plus demander l’impossible …
ET SI TU POUVAIS CHANGER KIKCHOSE ?
- Le nom ?
Non. De toute façon, on ne m’appelle jamais par le nom de mon blog (même moi je l’oublie d’abord …)
- Le pseudo ?
Non plus, je m’y suis habituée.
- Le look ?
J’ai déjà du mal à m’occuper de mon propre look, alors celui de mon blog restera ce qu’il est.
- Le genre ?
Je voudrais être capable d’aborder plus de sujets généraux, de commenter une actualité. Je voudrais trouver le temps de participer plus souvent à des ateliers d’écriture …. Mais bon, je ne suis pas très douée pour tout ça alors j’y vais plus que tout doucement.
- L’hébergeur ?
Tout va bien, même si l’ambiance de psycho me manque.
- Les commentaires ?
J’en veux toujours plus, toujours plus de nouveaux lecteurs qui me permettent de découvrir de nouveaux blogs, je veux garder ceux qui me lisent depuis le début et je voudrais qu’il soit possible de les lire plus facilement parce que souvent, ils sont plus parlants qu’une note.
Et donc il faut que je tague….
Jath’ (parce qu’elle va avoir une nouvelle raison de m’envoyer bouler) Gilsoub (parce que c’est un mec bien, il le fera pour me faire plaisir) Etoile (parce qu’elle aussi a toujours des trucs à dire) Blog de psy (parce que j’étais sa première commentatrice) Mon psy blog (parce que j’aime bien cette nana qui arrive à raconter l’essentiel en peu de mots) Sophissime (parce que je viens de la découvrir et que ce sera un moyen de la connaître un peu plus) Le refuge (parce que lui aussi c’est un mec bien mais c’est pas dit qu’il veuille me faire plaisir.) Et puis tous ceux qui veulent voilà.
12 novembre 2009
Ingrats
Je suis en train de faire une overdose d’ado.
Particulièrement d’ado-nombrilisto-susceptibilo-parano.
Ado aurait suffit me direz vous. Oui, je généraliste, oui oui oui oui oui, je généralise, j’ai un putain de besoin de généraliser là, vous n’avez pas idée à quel point ça me fait du bien !
Mon ado à moi a le don de me trouer le gruyère qui me sert de derrière à coup de remarques/réflexions ha-ll-u-ci-nantes.
- Tu me/nous vires alors qu’il pleut dehors.
- Tu ne veux plus me/nous voir.
- Tu me/nous mets dehors.
Tu l’écoutes, je la martyrise.
Au début, je l’ai rassurée Boudeuse.
- Mais nooooooooooon je ne te vire pas ! je veux juste que tu arrêtes de passer tout ton temps libre avec scooter bout de ponton chez nous. Si encore vous vous isoliez …
- Ah ben c’est ça ! tu ne veux plus me voir !
- Mais noooooooooooooooooon je n’ai pas dit ça mais bon, vous êtes au milieu là, je ne peux plus rien faire, vous prenez toute la place
- Ah ben c’est ça, tu dis qu’il est gros !
- Mais nooooooooooooooooooon je n’ai pas dit qu’il était gros ! m’enfin bon, vous vous étalez là et vous restez sur l’ordi ou jouez à la Wii pendant des heures alors que vous seriez mieux dehors …
- Ah ok ! alors tu nous mets dehors !
- Putain Boudeuse là tu commences à me faire sérieusement caguer ! Tu vois pas comme c’est tout petit chez nous ???? la chambre de scooter bout de ponton fait deux fois la pièce dans laquelle on vit !
- Ah tu voudrais que je sois tout le temps chez lui c’est ça ? que j’y vive ?
Maintenant, je ne rassure plus personne.
Désolée, je n’ai pas envie. Surtout qu’en plus, je sature sévère, particulièrement les journées pluvieuses, de les avoir dans les jambes. Ils s’installent, ils sont chez eux, limite je les emmerde d’y vivre. Le week-end dernier, ça a explosé, scooter bout de ponton est parti (je dérange, je vois bien que je dérange, je m’en vais) après avoir attendu une demi-heure dès fois que je me jette à ses pieds en le suppliant de rester (je dérange, je vois bien que je suis de trop) mais comme je n’ai rien dit, il est parti.
- Tu as gâché mon après midi ! à cause de toi, il ne viendra plus jamais !
- Ben toi, c’est un après midi qui est gâché, moi ce sont tous mes après midi de week-end. Alors j’ai presque envie de te répondre TANT MIEUX !
Ok, je sais, j’ai eu son âge, j’ai été excessive comme elle. Sauf qu’aujourd’hui, j’ai l’âge qu’avait ma mère. Et je suis la mère.
- En plus, je suis sage comme ado quand même ! je ne fume pas (je fume pour toi va !), je ne bois pas (tu devrais pourtant, de temps en temps, c’est rigolo. Ca va ! je déconne !), je ne sors pas (hélas !!!!!!) je me suis mise à bosser (c’est pour toi que tu bosses ma belle) je ne vole pas (ben non, pas besoin, t’as tout ce que tu veux), je ne me drogue pas (t’as pas besoin, tu planes naturellement), je ne …
- Et alors ???? Sous prétexte que tu n’es pas une délinquante que je dois aller chercher au poste à 3 heures du matin, je vais te laisser me virer de chez moi ?????? J’étouffe ! là tu as compris ??? je rentre du boulot le soir, il est là au milieu. Le mercredi après midi, il est là. Le samedi et le dimanche, il est là. Les jours fériés et les jours de vacances, il est là. J’ETOUFFE !
Et la toute dernière en date :
- C’est pas parce que je vais avoir 18 ans dans quelques mois qu’il va falloir en profiter pour me mettre à la porte.
Dans les familles NORMALES, ce sont les parents qui balancent à leur ado futurement majeur des remarques genre « c’est pas parce que tu vas avoir 18 ans que tu pourras faire ce que tu veux » ou alors « 18 ans ça te donnera juste le droit de voter » ou encore «même tant que tu vivras sous mon toît, 18 ans où pas, tu feras tout ce que je te dis de faire quand même … »
Ben non. Chez nous, c’est Boudeuse qui se fourre toute seule dans le crâne que le jour où elle va souffler ses 18 bougies, nous lui offrirons en guise de cadeau un baluchon avec toutes ses petites affaires (quoi qu’il faudrait plutôt un camion de déménagement vu que tout ce qui est à nous est à elle dans son esprit) avec un billet de train aller-simple pour Tombouctou.
Elle me fatigue.
Lundi matin, j’étais encore agacée par l’attitude adoesque de Boudeuse et Timousse le sentait bien. Nous marchions vers la voiture, et j’ai fait un grand geste de la main. L’ongle de mon pouce a croisé le coin de l’œil gauche de Timousse et … Aïe ! Bon, il n’avait rien. Ouf ! A l’article de la mort, se tenant la tête dans une main, Timousse me rassurait
- Arrrrrrrrr ça va maman, ça va aller c’est pas grave Arrrrrr je sais que tu es énervée mais ça va aller t’en fais pas.
Sur ce, il s’installe sur le siège arrière et comme je rabats le siège avant, il se redresse à ce moment là et Vlaaaaaaaam ! il se prend le siège sur la tempe droite et Aïe !
Sérieux, on le sait si on vient de leur dévisser la tête où s’ils ont juste un peu cogné. Donc j’ai consolé Timousse complètement agonisant, il n’avait rien, mais je me suis quand même fait engueuler parce que je trouvais tout ça très amusant finalement. Pauvre Timousse !
On arrive devant l’école, on voit sa maîtresse et Timousse se présente devant elle. Cartable sur le dos, une main qui empêche son œil gauche de tomber et l’autre qui recolle les morceaux de sa tempe.
- Ben alors Timousse ? qu’est ce qui t’arrive ?
- Oh c’est rien ! Ma sœur elle dit qu’elle va avoir 18 ans et que maman va la mettre dehors parce qu’elle étouffe quand son amoureux vient chez nous et que Boudeuse dit que maman dit que scooter bout de ponton il est gros. Et que Boudeuse, elle a dit que heureusement qu’elle ne se drogue pas et que maman a dit que de toute façon, elle ne se lèverait pas à 3h du matin pour aller la chercher à la police. Alors ça a énervé maman tout ça, alors maman elle m’a griffé et elle a zeté le siège de la voiture sur ma tête.
Y’a pas, mon fils est aussi nul que moi en résumé. Puis voyant le regard légèrement inquiet de la maîtresse, il attrape ma main et ajoute
- Mais c’est pas grave hein, elle a pas fait exprès maman, elle était zuste énervée. Sauf qu’elle s’est quand même moqué de moi alors que z’avais mal !
Vous voyez ces films qui nous agacent parce que le héros se retrouve dans une situation pas possible et qu’il est trop con pour réussir à empêcher le quiproquo de s’installer, que c’est sensé être comique mais que c’est trop énorme pour nous faire rire … ben j’étais exactement dans ce cas là, devant la maîtresse, en ce jour de reprise des cours.
J’ai risqué un timide
- C’est pas tout à fait ce qui s’est passé
Ce à quoi m’a répondu la maîtresse, non sans poser une main rassurante sur mon épaule
- J’ai une fille de 17 ans moi aussi.
Ca faisait très alcoolique anonyme.
Bon en même temps, si avec ça j’évite la visite d’une assistante sociale ….
10 novembre 2009
Souvenirs d'auto école
J’ai eu mon permis relativement tard. Pour tout dire, j’avais dépassé la trentaine. Il faut savoir qu’avant, je n’avais pas du tout l’utilité de ce petit bout de papier. Si j’étais restée à Paris, je n’aurais d’ailleurs certainement jamais cherché à l’avoir.
Sauf que sur notre belle petite île, si t’as pas une voiture par adulte, tu es dans une sacrée merde.
Ce matin, en abordant un rond point, alors que je mettais sagement mon clignotant pour informer le motard que j’apercevais dans mon rétroviseur que ce n’était pas le moment de me doubler par la droite, j’ai repensé à mes cours de conduite.
C’était un calvaire pour moi, mon moniteur était un hystérique qui passait sa journée à avaler des pastilles pour les brûlures d’estomac. Paraît qu’il était stressé.
Si notre moniteur était stressé, c’était à cause de nous. Paraît qu’on ne faisait que des conneries. En même temps, je reconnais que j’étais particulièrement mollassonne : il me fallait un maximum de concentration pour penser à enfoncer la pédale d’embrayage avec un pied tandis qu’une main passait la vitesse … vous imaginez d’ici les réflexes que je pouvais avoir.
Et dans ces moments de haute activité cérébrale, il avait le chic pour se mettre à hurler toute une série d’ordres que je n’avais même pas le temps d’analyser le premier qu’il en était déjà au dixième.
Ton clignotant (ben il y est !) A droite ! Mets ton clignotant à droite (oups !) ! Freine ! Accélère ! (ah mais faut savoir) Attention la vieille sur le passage piéton (ça va ! on ne voit qu’elle !) Le panneau là (quel panneau ?) trop tard ! T’as froid là ? (euh non) ben accélère (ah ! ah !) Rétrograde ! Rétrograde ! Non tu n’arrives pas à un feu en 3ème ! Lâche cette putain de pédale d’embrayage (« putain de pédale » étant arrivé dès le troisième cours) passe tes vitesses ! on ne va pas se payer le rond point en première ! (réfléchir à tourner tout en passant une vitesse, tout ce que j’aimais à l’époque) T’as priorité là ! tu avances ! (mais si je veux le laisser passer moi ?) NON TU AVANCES (Tain mais avale une pastille ! dix même !)
Eh oh ! merde alors ! merde-merde-merde-merde-merde ! Ras la casquette de me faire engueuler comme ça pendant une heure de cours ! Non mais ce mec était un grand malade ! Et plus il me hurlait dessus, plus je bloquais, plus je faisais de conneries, plus il s’avalait de pastilles contre les brûlures d’estomac.
Un jour où j’étais un peu plus sensible que les autres, j’ai garé (non sans difficultés) la voiture sur le côté et j’ai littéralement fondu en larmes. Genre gros chagrin du bébé d’amour à sa maman qui vient de laisser tomber sa boule de glace à la vanille splatch ! sur le bitume, et qui regarde son cornet vide, hébété. Entre deux hoquets, morte de honte de me laisser aller ainsi mais espérant tout de même que mes larmes l’amadoueraient, je lui ai expliqué que déjà j’étais stressée d’apprendre à conduire mais que plus il vociférait, plus je perdais mes moyens.
Ce à quoi il m’a répondu avec tout le tact qui le caractérisait :
- Oh mais si tu veux, je ferme ma gueule et je te laisse te démerder.
Ok. Mon charme naturel n’avait donc aucun impact sur son cœur de pierre. J’aurais pu, me direz-vous, demander à changer de moniteur. Mais il y a toute une éducation derrière qui m’interdisait de franchir ce pas. J’ai donc suivi mes trente heures de cours (marrez-vous, je m’en cogne, j’étais nulle et puis c’est tout) avec ce monsieur.
Il y avait un truc que me gonflait particulièrement avec lui, c’était le rétro.
- Regarde dans ton rétro avant de tourner
- Mais j’ai regardé !
- Non ! tu dois me montrer que tu regardes !
Alors j’étirais mon cou telle une girafe, je marquais bien le fait que j’avais bien regardé dans son putain de rétro extérieur, j’étirais mon cou dans l’autre sens je marquais bien le fait que j’avais bien regardé dans son putain de rétro intérieur…. Et je me faisais engueuler parce que pour se faire, il me fallait trois plombes et que pendant ce temps, je ne regardais pas ce qu’il y avait devant moi !
Eh oh ! merde alors ! merde-merde-merde-merde-merde !
Ce matin, en regardant le motard dans mon retro sans me dévisser le cou, vu que j’emmerde le moniteur maintenant et je regarde COMME JE VEUX dans mon rétro, j’ai repensé à ce qu’il me disait toujours.
- Vérifies dans ton rétro que le type derrière, il a bien vu que tu freinais (ou au choix, qu’il a bien vu ton clignotant)
Alors celle-là, je l’ai toujours aimée celle là. Non parce que j’aimerais bien qu’on me dise comment je peux voir si le type derrière, il a bien vu que je freinais ! Y’a un signe distinctif pour ça ? Si encore il existait dans le monde automobile, un langage gestuel genre le mec lève le pouce pour me dire « ok, j’ai compris, tu freines » ou lève l’index et le majeur en forme de V pour me dire « ok, j’ai vu ton clignotant » là encore, j’aurais compris.
Mais vu qu’il n’existe aucun langage en ce sens (à part le majeur tout seul m'enfin ça c'est pour autre chose) et que tu dois quand même regarder un peu la route devant toi histoire de ne pas emboutir le couillon devant toi qui lui n’a pas vérifié que tu avais bien vu qu’il freinait …. Je fais comment moi ? hum ? A moins d’être dotée d’un quelconque don de perception des pensées, je ne vois vraiment pas.
Je vous jure, j’ai tout essayé pourtant. Je me suis dit que peut être une lueur d’intelligence traversait alors le regard du conducteur et que je devais trouver un moyen de la capter dans mon rétro. Sauf que si le mec porte des lunettes de soleil, t’es mal.
Je me suis dit que peut être une expression sur son visage serait perceptible dans le rétroviseur, mais en général, si on change de tronche brutalement en voiture, c’est que c’est déjà trop tard.
Je me suis exercée, quand Rahan conduisait, à regarder la tronche des gens dans le rétro pour capter la moindre petite chose qui me permettrait de voir que l’autre derrière avait compris que Rahan allait tourner …. Rien. Nada, le vide le néant.
M’enfin en même temps, dans mon malheur, j’ai eu une chance inouïe. J’ai décroché mon permis du premier coup. Faut dire que je ne m’imaginais pas repasser trente heures de conduite à nouveau aux côtés d’un hystérique à pastille contre les brûlures d’estomac. Mais peut être que c’était lui qui avait payé l’inspecteur pour ne plus avoir à passer trente heures de conduite à mes côtés, qui sait …
