01 décembre 2009
Une folle dans la ville
Ce matin, on était gelés. Deux jours qu’il pleut gros comme ça et le baromètre qui chute à vue d’œil avec la température. Je dépose Timousse à l’école. Machinalement, je regarde la température extérieure affichée sur le tableau de bord. 6° ! Boudiou ! Je suis encore plus gelée ! Chauffage à fond. Je retourne chercher Boudeuse pour l’accompagner à son stage en entreprise. Machinalement, je regarde la température extérieure affichée sur le tableau de bord. 5° ! Boudeuse claque des dents, chauffage à fond. Je fais demi-tour et me plonge dans les embout’ pour aller bosser. Machinalement, je regarde la température extérieure affichée sur le tableau de bord. 16° !
Euh … il se sent bien le truc là ? Du coup, j’ai chaud, trop chaud. Je coupe le chauffage. J’avance un peu. Machinalement, je regarde la température extérieure affichée sur le tableau de bord. 20° ! J’ouvre la vitre.
C’est quoi ce bordel ? j’ai dormi ? pas vu passer l’hiver ? on est déjà en mai ET PERSONNE NE M’A RIEN DIT ???? J’étouffe, je retire mon écharpe et ouvre mon manteau. J’avance un peu. Plus du tout machinalement, je regarde la température extérieure affichée sur le tableau de bord. 25° !
Inquiète, je regarde les autres occupants de véhicules. Ils sont tout aussi emmitouflés que moi. Le feu passe au vert. Je ne vois rien puisque je suis en train d’engueuler l’indicateur de température extérieure. Coup de klaxon. Je passe la première et paniquée, mon œil droit reste fixé sur la température affichée. 30° Putain ! à ce rythme, ça va exploser ! J’extirpe ma tête à l’extérieur et souffle un grand coup histoire de voir si de la buée s’échappe du fond de ma gorge. La femme à côté me regarde comme si j’étais barge.
Je lui explique alors que c’est incroyable ça ! Ma voiture me dit qu’il fait 30° ! Vous croyez qu’il fait 30° ? Ca fait de la buée quand vous soufflez vous ? Non parce que sous 10° normalement, on buette quand on souffle … Elle baisse sa vitre électrique légèrement agacée.
- Quoi ?
- Il fait quelle température d’après votre voiture ?
- QUOI ????
- IL FAIT …. Non non, ça va, laissez tomber. Je vérifie si je fais de la buée.
Elle me regarde quelques secondes, interloquée puis la voiture derrière elle s’égosillant, elle me laisse à mon délire.
Je quitte la ville, décidée à ne plus regarder du tout cet appareil à la con qui me dit qu’il fait 30° un 1er décembre à 8h30 du matin ! N’importe quoi hein !
Mais mon œil droit n’est pas d’accord, il reste vissé sur la température. 20°
C’est quoi ce délire ? je lui colle une baffe. 23°.
Avec ces conneries, je roule vitres ouvertes, je suis frigorifiée et mes oreilles me piquent. J’engueule mon œil droit, il serait temps de regarder la route avec le gauche. Je remonte la vitre.
J’arrive au bureau et risque un œil …. 8°
Ouf ! tout va bien ! Je ne suis pas folle. Je rentre au bureau, mes collègues m’attendent.
On boit un café.
Moi : Tu crois qu’il fait combien aujourd’hui ?
Elle : Euh … ben je sais pas. Tu veux que j’aille vérifier ?
- Pourquoi ? on a ce qu’il faut pour ça au bureau ?
- Non, mais j’ai ma voiture …
- Non ça va ! laisse tomber. Au fait, j’ai préparé le dossier Martin, il me manque le contrat d’origine que tu as reçu hier, il faudrait que tu m’en fasses une copie pour que je puisse le joindre au dossier.
- Ok, tu me le diras quand tu auras besoin
- ??? …. ???? ben je te le dis, j’en ai besoin
- Oui mais là, je n’ai pas de quoi noter
- ??? … ??? tu veux une note en 5 exemplaires contresignée par Boss pour te souvenir que j’ai juste besoin d’une copie du contrat ?
- Noooooooooooooooon quand même pas ! Mais bon, tu me le diras.
- Euh …. Justement, je suis en train de te le dire ... c’est une blague ? C’est une coalition avec ma voiture ?
- Une quoi ?
- Non ça va, laisse tomber. Tu peux me la donner cette copie ?
- Bon ok. Tu veux l’original ou la copie ?
Je crois que j’aurais du rester couchée ce matin …
24 novembre 2009
La-maitresse-elle-a-pas-dit
Hier, c’était la révision des mots pour la dictée. Toute une liste de mots à apprendre. Tout allait bien, Timousse recopiait sagement les mots que je lui dictais …. Il faut dire que depuis cette rentrée, les devoirs avec lui, c’est le bonheur. A part un ou deux couacs au début, il n’oublie jamais rien et ô merveille, il les fait avec plaisir et en quelques minutes seulement. Et seul la plupart du temps.
T’ain je vous jure, je revis et je goute à ce bonheur tout neuf. Ce n’est pas l’intello premier de la classe mais ce n’est pas non plus ce que j’attends de lui.
- Z’adore apprendre des nouvelles choses ! z’adore l’école et le français et les maths et l’histoire et la zéographie et les sciences et la récré ! Z’adore ma maîtresse mais si elle continue à crier comme ça dans la classe, la pauvre, elle va avoir mal à la gorge. Alors on en a parlé avec les copains, ça nous inquiète parce que après, elle va devoir prendre des médicaments la pauvre.
Ce qui perturbe salement sa sœur ainée
- Ce gosse n’est pas normal ! il aime les brocolis et les maths !
Donc hier, il avait tout de même besoin de moi pour que je lui dicte les mots. La liste terminée, il me tend fièrement son cahier. Comme tout était bon, je décide de revoir avec lui la leçon qui va avec les mots.
- La maitresse elle a pas dit d’apprendre la leçon
- Oui mais comme tu devais aussi revoir la leçon …
- La maitresse elle a pas dit de revoir la leçon
- Oui mais tu l’avais à apprendre pour vendredi déjà
- Ben ze l’ai apprise vendredi mais là, on fait les devoirs pour mardi et la maitresse elle a pas …
- Ca va Timousse, je sais ! la-maitresse-elle-a-pas-dit, je sais. Mais les mots de la dictée, c’est la suite logique de ta leçon donc ce n’est pas plus mal de réviser un coup
- La mai…
- Je m’en cogne ! on le fait ! c’est pour vérifier si tu as bien compris quand la lettre était muette et quand elle était aspirée.
- Oui oui ze sais ! et quand ze dois faire la liaison et quand ze peux mettre un apostrophe
- Et bien voilà, quelques mots de plus pour vérifier si tu connais bien ta leçon, ça ne va pas te faire de mal. Allez hop ! hiver.
- La maîtresse elle a …
- ON S’EN FOU ! là c’est maman qui dit HIVER !
Merde alors ! C’est quoi ce délire là ? ça va durer combien de temps encore la-maitresse-elle-a-pas-dit- la-maitresse-elle-a-dit ? Et maman alors ? Qui c’est qui commande ici d’abord ?
- Hiver, h-i-v-e-r c’est un h muet alors ze peux dire un nhiver ou l’hiver mais la mai…
- Haut
- H-a-u-t avec un h aspiré au début et un t muet à la fin parce qu’on peut dire haute mais la …
- Timousse, on perd du temps avec tes la-maitresse-elle-a-pas-dit
- Oui mais …
- Je sais, la-maitresse-elle-a-pas-dit. Si tu veux, on fait toute la leçon comme ça. Tu réponds à mes questions et à la place de la virgule, tu ajoutes la-maitresse-elle-a-pas-dit
- Oui mais …
- Hôtel
- H-o-accent-crircronflakes-ou-chapeau-chinois-c’est-la-même-chose-t-e-l mais …
- Oui oui, la-maitresse-elle-a-pas-dit ! Hérisson
- Alors là, hérisson il m’énerve.
- Et pourquoi il t’énerve ?
- Parce que moi, z’ai envie de dire un nhérisson
- Ben oui mais tu ne peux pas. Et pourquoi tu ne peux pas ?
- Parce que c’est un h aspiré mais ..
- Je sais, la-maitresse-elle-a-pas-dit
- Non c’est pas ça que ze voulais dire ! mais moi z’ai quand même envie de dire un nhérisson c’est plus zoli que de dire un hérisson.
- Ben non, tu ne peux pas
- Oui mais …
- Je sais, la-maitresse-elle-a-pas-dit.
- Mais non mais c’est pas ça que ze voulais dire rolala ! tu me coupes tout le temps la parole ! (oups !) mais moi z’ai aussi envie de dire l’hérisson
- Ben non, tu ne peux pas non plus. Tu dis le hérisson. C’est un h aspiré
- Ben oui mais si moi z’ai envie de dire que c’est un h muet ?
- Ben non, ce n’est pas possible, tu ne peux pas changer les règles. Tu ne vas pas dire le hôtel, tu vas dire l’hôtel …
- Oui mais … NOOOOOON NE ME COUPE PAS LA PAROLE ! Le hôtel, c’est moche mais l’hérisson, c’est zoli alors que le hérisson, c’est moche.
- …. (désolée, je ne sais que répondre à tant de logique enfantine)
- Alors moi, si z’ai envie de dire l’hérisson, ben ze dis l’hérisson (et là, il croise ses bras sur son petit corps musclé d’athlète)
- Ben non tu ne peux pas, c’est un h aspiré (oui, je sais, ça peut durer un moment)
- Ze le sais ça rolala ! Et pourquoi si z’ai envie de changer les règles z’ai pas le droit quand c’est plus zoli ?
- Parce que.
- Parce que quoi ?
- Parce que c’est comme ça, il y a des règles, tu les apprends et c’est comme ça.
- Mais pourquoi ?
- PARCE QUE LA-MAITRESSE-ELLE-A-DIT !
Merde alors !
23 novembre 2009
L'arnaque
Le mois dernier, je fais remarquer à Rahan comme ça, par hasard, en passant innocemment devant ma voiture que le capot ne se ferme pas vraiment.
- Ah mais oui, tu as raison … mais faut pas laisser ça comme ça
- Justement pour ça que je te le dis. A chaque fois, faut que je monte dessus et que j’appuie de mes 50 kg et 100 g pour le fermer.
Donc Rahan mon héros ouvre ma voiture, tire sur la languette et la bobinette le capot s’entrouvre. Il revient vers le capot, débloque la sécurité et ça fait zwiiiiiiiiiiiiiiiim ! Un ressort à gauche, un truc noir à droite qui rebondit sur le bitume poc poc poc et roule sous la voiture. Tout à coup, j’ai ressenti un grand moment de solitude à quatre pattes en train de tenter de récupérer le truc noir et je me suis demandée pourquoi j’avais décidé de lui en parler. Je sens que ça va être pire que s’asseoir sur le capot pour le refermer.
Le diagnostic de Rahan ne se fait pas attendre.
- Il faut que TU le fasses changer.
Oui parce qu’il faut savoir deux choses tout de même.
Je sais depuis environ deux ans où se trouve le réservoir pour les essuie-glaces et par conséquent comment on ouvre le capot. Et je n’ouvre le capot de ma voiture que pour cette raison. Je déteste la mécanique et je refuse même d’essayer d’y comprendre quoi que ce soit. Je crois que j’aurais besoin d’une Jathounette dans mes relations proches …
Rahan est diplômé en mécanique entre autre mais il a passé tellement d’heures sur les parkings à réparer des centaines de voitures qu’il y touche le moins possible aujourd’hui.
Pendant un mois, j’ai roulé avec mon ressort et le bidule noir cassé sur mon tableau de bord histoire de ne pas oublier que je devais les faire changer.
Et la semaine dernière, je me suis enfin décidée à passer chez le voleur concessionnaire. Elève sage, je tenais précieusement le ressort dans ma main pour expliquer au Monsieur la panne dont j’étais victime.
Dans la foulée, j’ai demandé à ce qu’on me change les essuie-glaces … soyons fous !
Je fais le tour du voleur de la concession pour m’offrir un café et je m’installe au soleil, mon dernier roman entre les mains pour tromper l’attente. Et le temps que je me pose, je vois ma voiture passer sous mon nez à une vitesse que j’aurais bien engueulé le mec qui la conduisait si j’avais eu le temps, puis deux minutes après repasser à la même vitesse sous mon nez, ruisselante. Le type la gare sur le parking et là je me dis …
Noooooooon ???? c’est pas déjà fait ? Je retourne voir le Monsieur qui m’avait reçue cinq minutes plus tôt, il m’attendait tout sourire
- Nous l’avons passé au rouleau aussi, elle est propre.
Ok, c’est pas du luxe. Je m’installe sur la chaise qu’il me désigne et attends qu’il imprime ma facture. Et là, je m’étrangle en terminant mon café.
Très commerçant, le Monsieur s’interroge sur l’absence de visites de contrôle.
- Euh … ben je viens à chaque fois passer la visite avant le contrôle technique.
- Ah oui mais ce n’est pas une visite de contrôle ça.
- Ah. C’est quoi une visite de contrôle ?
Et là, il me sort un papier pour me causer vidange, vérification des niveaux etc …
- Ahhhhhhhhhhhh ? ah ces trucs là ? ah mais si je le fait ça, régulièrement. Mais vu que vous m’extorquez 112 € pour changer deux balais d’essuie-glace et un malheureux ressort le tout en moins de deux minutes, je préfère que mes collègues s’occupent de ça à votre place, voyez-vous ?
Le Monsieur n’a pas du tout apprécié ma remarque (par contre, le type qui attendait sur un siège derrière, il était mort de rire.) Le Monsieur a ajouté qu’il fallait que je change la courroie de distribution.
A tes souhaits. Ca distribue quoi ce truc ?
- C’est impératif de la changer tous les 130 000 km, si vous ne la changez pas, elle peut casser et là c’est le moteur qui est mort.
Et il me montre un tableau technique confirmant ses dires.
- Ah ben ça va, je suis à 54 000 km j’ai encore le temps de voir venir …
- Ah mais non, il y a une seconde indication, c’est l’âge de la voiture et elle a plus de 5 ans.
Oui oui, ne vous affolez pas les français, nous n’avons pas les mêmes distances à parcourir que vous, sur notre belle île.
- Et donc, ça coûte combien cette petite bagatelle ?
- Il faut compter 800 €
Il a eu du bol le Monsieur, que j’avais terminé mon café, parce qu’il a échappé à ce que je lui recrache ma dernière gorgée à la figure.
Il m’a fallu plus de temps pour faire le tour du voleur de la concession et aller payer à la caisse qu’ils n’en ont eu besoin pour me changer un ressort de merde et deux essuie-glaces.
Le lendemain, Rahan remarque qu’on y voit enfin à travers le pare-brise
- Ah ben c’est mieux comme ça hein ?
- Ah oui ! ça peut être mieux ! pour 112 € ça peut !
- 112 € ??????????????????? t’as payé 112 € ????????????? Et dire que j’aurais pu le faire en quelques minutes moi-même !
Et là, sur le parking brûlant du port, un homme des âges farouches a trouvé la mort.
20 novembre 2009
Les cordonniers et nous
Quand on me demande ce que je fais comme boulot, je réponds comptable.
Ca va plus vite.
Pour certain, c’est comme si je leur disais que je travaille aux impôts : soit ils m’évitent tout le restant de leur vie, soit ils me demandent de les aider à faire leur déclaration.
Pour d’autres, c’est vraiment LE boulot sans intérêt. Ils cherchent les petites lunettes rondes, l’attaché-case, et le tailleur strict. Sur que vu le style déjanté que je me traîne, je perturbe un peu leur idée de base. Ils m’imaginent toute la journée à saisir des factures et les règlements correspondant et il m’arrive de leur expliquer que ce n’est pas QUE ça, être comptable. Ce qu’ils imaginent, c’est une aide-comptable. Les gens qui occupent le même type de poste que moi se contentent de saisir les pièces compliquées.
En même temps, je ne jette la pierre à personne. Je pensais la même chose avant d’être comptable. (Oui parce que j’ai été comptable avant d’être ce que je suis). Et dans ce boulot, on est capable de passer une tonne d’écriture comptable pour une petite opération de merde qui s’élève à quelques centimes d’€uros.
Donc voilà, je continue à dire que je suis comptable, alors que ce n’est qu’une petite partie de mon boulot. Et j’ai même poussé le vice à laisser ce terme sur ma fiche de paie (de toute façon, c’est moi qui fais les paies).
En bonne comptable qui se respecte, je tiens mes comptes parfaitement à jour. Aheum ! Ca fait un peu plus de trois ans (4 ? 5 ?) que j’ouvre tout juste mes relevés bancaires, (et encore, pas tous) je m’extasie en découvrant le solde qui me reste en banque et je range mon relevé dans un coin. Au début, j’ai eu honte. Mais comme ça n’a rien changé, j’ai fini par assumer mon manque total de sérieux. Moi, les rapprochements bancaires, ça me gave.
Il y a un proverbe qui dit que ce sont les cordonniers les plus mal chaussés et je n’aime pas contrarier les proverbes moi.
Rahan non plus.
Ceux qui s’achètent un bateau par passion, pour y vivre et qui n’ont pas encore gagné au loto, ils ont intérêt à être multitâches. Outre la navigation, faut savoir faire de la menuiserie, de la plomberie, être bricoleur, connaître divers matériaux …. Etc.. mais il faut aussi toucher sa bille en électricité.
Parce que sur un bateau, si tu y vis et si tu navigues avec, il te faut le 220 comme à la maison et le 12 pour être indépendant. Il faut savoir qu’une mauvaise installation électrique peut causer de l’électrolyse ce qui est très gênant : ton bateau, il peut finir par couler.
Moi j’étais tranquille, Rahan touche sa bille dans à peu près tout. Il est doué, ingénieux et il bosse bien.
Quand nous avons acheté notre bateau, il y avait donc un tableau électrique et des tas d’appareils branchés dessus. A peine installés, Rahan a démonté le tableau électrique pour vérifier toute l’installation et débrancher des fils inutiles. Parce que le proprio d’avant, il s’installait un pilote automatique, puis il en changeait mais il ne retirait pas l’ancienne installation électrique. Je ne vous dis pas le bordel que ça a donné.
Ca fait 7 ans que nous vivons sur cette petite merveille. Sept ans que le tableau électrique est comme ça :
Si je n’ai pas honte de ne pas faire mes comptes … là, je te le dis tout net : la TE-HON !
Surtout que tu rentres chez nous, tu regardes à droite vers la table à carte, et hop tu tombes sur ce … truc. Le tableau, il tient par la seule vis que Rahan a daigné laisser.
A l’origine, l’ancien propriétaire avait collé des étiquettes pour préciser à quoi correspondaient les mini-interrupteurs. Rahan a tout laissé en l’état.
L’autre jour, un ami était avec nous et comme la nuit tombait, il a voulu allumer la lumière du cockpit. Bien entendu, il n’a pas trouvé l’interrupteur correspondant. Et moi de lui répondre le plus naturellement possible
- Ah mais non mais si tu veux allumer la lumière, c’est « feux de pont ».
Interloqué, il est resté pétrifié devant le truc qui nous sert de tableau électrique puis a demandé
- Ah ? et feux de pont c’est quoi ?
- Instruments (de navigation)
- Euh … c’est original … et instruments ?
- Pilote … de toute façon, il est mort.
- Ah ah ! et avant, pilote c’était quoi ?
- Feux de navigation
- Certes …. Et feux de navigation tu les trouves comment ?
- Pompe de douche
- Whaaaaaaaaaa ! et quand tu veux vider l’eau de la douche ?
- Laisse tomber, on a viré l’étiquette, y’a du scotch dessus comme ça on repère de suite.
- Ah ben oui c’est plus facile Et pour l'eau c'est quoi ?
- Ben c'est eau ! tu nous prends pour qui ?
- … et la pompe de la douche à l’avant alors ?
- Ah oui, cette étiquette aussi a disparu, faut compter le 7ème interrupteur en partant du bas
- Ah y’a pas, ça fait travailler la mémoire…. Mais dis moi … c’est quoi le boulot de Rahan déjà ?
Devinez …
17 novembre 2009
Du rire aux larmes.
Hier soir, j’ai visionné pour la millième fois quelques épisodes du docteur Maison.
Oui ben ça va hein, je vois venir les critiqueurs, moi je l’aime parce qu’il est immonde ce type. Et puis je suis comme ça, une accro des séries télévisées.
Alors c’est sur que quand je cause avec la haute société, je vais parler du dernier reportage sur Arte parce que ça le fait. Sauf qu’en vrai, dans ma vie à moi, je déteste les reportages. Je ménage mes neurones. De manière générale, j’évite les images de toute façon, je préfère lire des articles de presse que me laisser traumatiser par des images qui n’auront jamais chez moi l’impact des mots que je lis.
Pour moi, une bonne soirée télé en solitaire (vu que tout le monde ronflait hier soir) c’est une série, de préférence américaine, mon nouveau nom c’est beaufette. M’en cogne, j’assume complètement.
Tu peux les compter sur les doigts d’une main, les séries télé américaines que je n’aime pas. C’est dire qu’il faut vraiment que ça dépasse le niveau navet de série Z pour me dégouter.
Donc hier, je regardais docteur Maison. Et pendant les pubs, je reprenais mon livre pour le dévorer. Merci Seashell, je m’éclate.
Grosse parenthèse ouverte.
Quand on sait qu’avant, je regardais emergency …. Que j’ai arrêté au bout de quelques années parce que j’en avais un peu marre de terminer un lot de trois séries avec les yeux bouffis, le nez bouché et des cadavres de kleenex un peu partout autour de moi.
Quand on sait qu’après j’ai regardé l’anatomie de gray …
D’ailleurs un soir, Rahan sort de sa léthargie ordinatesque et s’interroge sur mon choix télévisuel.
- Mais ??? c’est encore ton truc là que tu regardais sur les urgences avec tous les médecins là ?
- Ah non, ça c’est mieux. C’est presque le même principe à la base, mais c’est mieux parce que tu rigoles bien et y’a pas trop d’images dégueu. L’autre, je passais mon temps à pleurer. Là, au moins, je rigole du début à la fin.
Sauf qu’il arrive que ce soit triste. A la moitié de l’épisode, Rahan lève un œil perplexe vers moi. M’énerve quand il fait ça.
- Tu pleures ?
Putain m’énerve quand il fait ça ! Nooooooooooon bien sur que non ! je suis morte de rire là tu vois pas ?
M’énerve quand il fait ça ! Je fais tout pour renifler en silence (essaie un peu, tu vas voir comme c’est facile) j’essuie mes larmes aussi vite que je peux (mais bon y’en a tellement que j’ai du mal à suivre le rythme) j’ai les yeux explosés d’une droguée et le nez d’une ivrogne ET TU ME DEMANDES SI JE SUIS EN TRAIN DE PLEURER ???? Merde alors !
Alors je ne réponds pas. Rahan se laisse à nouveau happer par son ordi puis lève un nouvel œil perplexe vers moi. M’énerve quand il fait ça.
- Effectivement, elle a vraiment l’air plus drôle que l’autre cette série là, vraiment.
Il m’énerve quand il fait ça !!!!
Quand on sait que maintenant, je suis accro au docteur maison et qu’en plus, pendant les pubs, je lis un livre qui s’appelle les trois médecins et qui n’est que la suite logique de la maladie de Sachs (même si l’histoire se passe avant mais ça j’en causerais quand vous aurez moins mal au crâne et puis on va encore dire que mes notes sont soit disant trop longues).
Quand on sait tout ça, on pourrait penser que je suis accro à l’univers médical. Comme chacun sait, on est un con. Je tourne de l’œil si je vois une seule goute de sang, je suis persuadée d’avoir la maladie dès qu’on me cause d’un de ses symptômes, j’ai la phobie des hôpitaux au point qu’il faut me menacer pour que j’aille voir une copine qui vient d’accoucher. Donc il ne faut pas se fier aux apparences, même sur un blog. C’est une coïncidence.
Grosse parenthèse fermée.
J’en étais où ? Ah oui. Hier soir, je regardais donc docteur Maison. Eh vous avez remarqué que j’attaque déjà le 690ème mot et que j’en suis toujours à la première phrase ? Dingue ça.
J’étais donc littéralement morte de rire même si je connaissais déjà par cœur les épisodes. Sérieux. Tu croise un type comme lui, il te dit un dixième de ce qu’il balance aux familles des malades, le type il est mort. Et plus c’est immonde, plus je suis hilare.
Arrive ce qui devait arriver, l’un de mes éclats de rire réveille Rahan. Le voilà qui sort de son lit, hirsute, l’œil hagard et la marque du drap sur sa joue mal rasée.
- Qu’est ce que tu fais ?
- Rien (secousse de rire) je regarde juste docteur Maison (secousse de rire), pardon mais c’est trop drôle (double secousse de rire).
- Humpf !
Rahan s’éclipse quelques minutes et je reprends ma lecture en attendant que la page de pub termine.
Passage troublant, émouvant, je fonds en larmes. Rahan reviens, l’œil toujours aussi peu vif mais tout de même assez pour …
- Tu pleures ?
M’énerve quand il fait ça !!!! Il m’énerve !
- Ah oui effectivement, ça a l’air très drôle !
IL M’ENERVE QUAND IL FAIT CA !
12 novembre 2009
Ingrats
Je suis en train de faire une overdose d’ado.
Particulièrement d’ado-nombrilisto-susceptibilo-parano.
Ado aurait suffit me direz vous. Oui, je généraliste, oui oui oui oui oui, je généralise, j’ai un putain de besoin de généraliser là, vous n’avez pas idée à quel point ça me fait du bien !
Mon ado à moi a le don de me trouer le gruyère qui me sert de derrière à coup de remarques/réflexions ha-ll-u-ci-nantes.
- Tu me/nous vires alors qu’il pleut dehors.
- Tu ne veux plus me/nous voir.
- Tu me/nous mets dehors.
Tu l’écoutes, je la martyrise.
Au début, je l’ai rassurée Boudeuse.
- Mais nooooooooooon je ne te vire pas ! je veux juste que tu arrêtes de passer tout ton temps libre avec scooter bout de ponton chez nous. Si encore vous vous isoliez …
- Ah ben c’est ça ! tu ne veux plus me voir !
- Mais noooooooooooooooooon je n’ai pas dit ça mais bon, vous êtes au milieu là, je ne peux plus rien faire, vous prenez toute la place
- Ah ben c’est ça, tu dis qu’il est gros !
- Mais nooooooooooooooooooon je n’ai pas dit qu’il était gros ! m’enfin bon, vous vous étalez là et vous restez sur l’ordi ou jouez à la Wii pendant des heures alors que vous seriez mieux dehors …
- Ah ok ! alors tu nous mets dehors !
- Putain Boudeuse là tu commences à me faire sérieusement caguer ! Tu vois pas comme c’est tout petit chez nous ???? la chambre de scooter bout de ponton fait deux fois la pièce dans laquelle on vit !
- Ah tu voudrais que je sois tout le temps chez lui c’est ça ? que j’y vive ?
Maintenant, je ne rassure plus personne.
Désolée, je n’ai pas envie. Surtout qu’en plus, je sature sévère, particulièrement les journées pluvieuses, de les avoir dans les jambes. Ils s’installent, ils sont chez eux, limite je les emmerde d’y vivre. Le week-end dernier, ça a explosé, scooter bout de ponton est parti (je dérange, je vois bien que je dérange, je m’en vais) après avoir attendu une demi-heure dès fois que je me jette à ses pieds en le suppliant de rester (je dérange, je vois bien que je suis de trop) mais comme je n’ai rien dit, il est parti.
- Tu as gâché mon après midi ! à cause de toi, il ne viendra plus jamais !
- Ben toi, c’est un après midi qui est gâché, moi ce sont tous mes après midi de week-end. Alors j’ai presque envie de te répondre TANT MIEUX !
Ok, je sais, j’ai eu son âge, j’ai été excessive comme elle. Sauf qu’aujourd’hui, j’ai l’âge qu’avait ma mère. Et je suis la mère.
- En plus, je suis sage comme ado quand même ! je ne fume pas (je fume pour toi va !), je ne bois pas (tu devrais pourtant, de temps en temps, c’est rigolo. Ca va ! je déconne !), je ne sors pas (hélas !!!!!!) je me suis mise à bosser (c’est pour toi que tu bosses ma belle) je ne vole pas (ben non, pas besoin, t’as tout ce que tu veux), je ne me drogue pas (t’as pas besoin, tu planes naturellement), je ne …
- Et alors ???? Sous prétexte que tu n’es pas une délinquante que je dois aller chercher au poste à 3 heures du matin, je vais te laisser me virer de chez moi ?????? J’étouffe ! là tu as compris ??? je rentre du boulot le soir, il est là au milieu. Le mercredi après midi, il est là. Le samedi et le dimanche, il est là. Les jours fériés et les jours de vacances, il est là. J’ETOUFFE !
Et la toute dernière en date :
- C’est pas parce que je vais avoir 18 ans dans quelques mois qu’il va falloir en profiter pour me mettre à la porte.
Dans les familles NORMALES, ce sont les parents qui balancent à leur ado futurement majeur des remarques genre « c’est pas parce que tu vas avoir 18 ans que tu pourras faire ce que tu veux » ou alors « 18 ans ça te donnera juste le droit de voter » ou encore «même tant que tu vivras sous mon toît, 18 ans où pas, tu feras tout ce que je te dis de faire quand même … »
Ben non. Chez nous, c’est Boudeuse qui se fourre toute seule dans le crâne que le jour où elle va souffler ses 18 bougies, nous lui offrirons en guise de cadeau un baluchon avec toutes ses petites affaires (quoi qu’il faudrait plutôt un camion de déménagement vu que tout ce qui est à nous est à elle dans son esprit) avec un billet de train aller-simple pour Tombouctou.
Elle me fatigue.
Lundi matin, j’étais encore agacée par l’attitude adoesque de Boudeuse et Timousse le sentait bien. Nous marchions vers la voiture, et j’ai fait un grand geste de la main. L’ongle de mon pouce a croisé le coin de l’œil gauche de Timousse et … Aïe ! Bon, il n’avait rien. Ouf ! A l’article de la mort, se tenant la tête dans une main, Timousse me rassurait
- Arrrrrrrrr ça va maman, ça va aller c’est pas grave Arrrrrr je sais que tu es énervée mais ça va aller t’en fais pas.
Sur ce, il s’installe sur le siège arrière et comme je rabats le siège avant, il se redresse à ce moment là et Vlaaaaaaaam ! il se prend le siège sur la tempe droite et Aïe !
Sérieux, on le sait si on vient de leur dévisser la tête où s’ils ont juste un peu cogné. Donc j’ai consolé Timousse complètement agonisant, il n’avait rien, mais je me suis quand même fait engueuler parce que je trouvais tout ça très amusant finalement. Pauvre Timousse !
On arrive devant l’école, on voit sa maîtresse et Timousse se présente devant elle. Cartable sur le dos, une main qui empêche son œil gauche de tomber et l’autre qui recolle les morceaux de sa tempe.
- Ben alors Timousse ? qu’est ce qui t’arrive ?
- Oh c’est rien ! Ma sœur elle dit qu’elle va avoir 18 ans et que maman va la mettre dehors parce qu’elle étouffe quand son amoureux vient chez nous et que Boudeuse dit que maman dit que scooter bout de ponton il est gros. Et que Boudeuse, elle a dit que heureusement qu’elle ne se drogue pas et que maman a dit que de toute façon, elle ne se lèverait pas à 3h du matin pour aller la chercher à la police. Alors ça a énervé maman tout ça, alors maman elle m’a griffé et elle a zeté le siège de la voiture sur ma tête.
Y’a pas, mon fils est aussi nul que moi en résumé. Puis voyant le regard légèrement inquiet de la maîtresse, il attrape ma main et ajoute
- Mais c’est pas grave hein, elle a pas fait exprès maman, elle était zuste énervée. Sauf qu’elle s’est quand même moqué de moi alors que z’avais mal !
Vous voyez ces films qui nous agacent parce que le héros se retrouve dans une situation pas possible et qu’il est trop con pour réussir à empêcher le quiproquo de s’installer, que c’est sensé être comique mais que c’est trop énorme pour nous faire rire … ben j’étais exactement dans ce cas là, devant la maîtresse, en ce jour de reprise des cours.
J’ai risqué un timide
- C’est pas tout à fait ce qui s’est passé
Ce à quoi m’a répondu la maîtresse, non sans poser une main rassurante sur mon épaule
- J’ai une fille de 17 ans moi aussi.
Ca faisait très alcoolique anonyme.
Bon en même temps, si avec ça j’évite la visite d’une assistante sociale ….
10 novembre 2009
Souvenirs d'auto école
J’ai eu mon permis relativement tard. Pour tout dire, j’avais dépassé la trentaine. Il faut savoir qu’avant, je n’avais pas du tout l’utilité de ce petit bout de papier. Si j’étais restée à Paris, je n’aurais d’ailleurs certainement jamais cherché à l’avoir.
Sauf que sur notre belle petite île, si t’as pas une voiture par adulte, tu es dans une sacrée merde.
Ce matin, en abordant un rond point, alors que je mettais sagement mon clignotant pour informer le motard que j’apercevais dans mon rétroviseur que ce n’était pas le moment de me doubler par la droite, j’ai repensé à mes cours de conduite.
C’était un calvaire pour moi, mon moniteur était un hystérique qui passait sa journée à avaler des pastilles pour les brûlures d’estomac. Paraît qu’il était stressé.
Si notre moniteur était stressé, c’était à cause de nous. Paraît qu’on ne faisait que des conneries. En même temps, je reconnais que j’étais particulièrement mollassonne : il me fallait un maximum de concentration pour penser à enfoncer la pédale d’embrayage avec un pied tandis qu’une main passait la vitesse … vous imaginez d’ici les réflexes que je pouvais avoir.
Et dans ces moments de haute activité cérébrale, il avait le chic pour se mettre à hurler toute une série d’ordres que je n’avais même pas le temps d’analyser le premier qu’il en était déjà au dixième.
Ton clignotant (ben il y est !) A droite ! Mets ton clignotant à droite (oups !) ! Freine ! Accélère ! (ah mais faut savoir) Attention la vieille sur le passage piéton (ça va ! on ne voit qu’elle !) Le panneau là (quel panneau ?) trop tard ! T’as froid là ? (euh non) ben accélère (ah ! ah !) Rétrograde ! Rétrograde ! Non tu n’arrives pas à un feu en 3ème ! Lâche cette putain de pédale d’embrayage (« putain de pédale » étant arrivé dès le troisième cours) passe tes vitesses ! on ne va pas se payer le rond point en première ! (réfléchir à tourner tout en passant une vitesse, tout ce que j’aimais à l’époque) T’as priorité là ! tu avances ! (mais si je veux le laisser passer moi ?) NON TU AVANCES (Tain mais avale une pastille ! dix même !)
Eh oh ! merde alors ! merde-merde-merde-merde-merde ! Ras la casquette de me faire engueuler comme ça pendant une heure de cours ! Non mais ce mec était un grand malade ! Et plus il me hurlait dessus, plus je bloquais, plus je faisais de conneries, plus il s’avalait de pastilles contre les brûlures d’estomac.
Un jour où j’étais un peu plus sensible que les autres, j’ai garé (non sans difficultés) la voiture sur le côté et j’ai littéralement fondu en larmes. Genre gros chagrin du bébé d’amour à sa maman qui vient de laisser tomber sa boule de glace à la vanille splatch ! sur le bitume, et qui regarde son cornet vide, hébété. Entre deux hoquets, morte de honte de me laisser aller ainsi mais espérant tout de même que mes larmes l’amadoueraient, je lui ai expliqué que déjà j’étais stressée d’apprendre à conduire mais que plus il vociférait, plus je perdais mes moyens.
Ce à quoi il m’a répondu avec tout le tact qui le caractérisait :
- Oh mais si tu veux, je ferme ma gueule et je te laisse te démerder.
Ok. Mon charme naturel n’avait donc aucun impact sur son cœur de pierre. J’aurais pu, me direz-vous, demander à changer de moniteur. Mais il y a toute une éducation derrière qui m’interdisait de franchir ce pas. J’ai donc suivi mes trente heures de cours (marrez-vous, je m’en cogne, j’étais nulle et puis c’est tout) avec ce monsieur.
Il y avait un truc que me gonflait particulièrement avec lui, c’était le rétro.
- Regarde dans ton rétro avant de tourner
- Mais j’ai regardé !
- Non ! tu dois me montrer que tu regardes !
Alors j’étirais mon cou telle une girafe, je marquais bien le fait que j’avais bien regardé dans son putain de rétro extérieur, j’étirais mon cou dans l’autre sens je marquais bien le fait que j’avais bien regardé dans son putain de rétro intérieur…. Et je me faisais engueuler parce que pour se faire, il me fallait trois plombes et que pendant ce temps, je ne regardais pas ce qu’il y avait devant moi !
Eh oh ! merde alors ! merde-merde-merde-merde-merde !
Ce matin, en regardant le motard dans mon retro sans me dévisser le cou, vu que j’emmerde le moniteur maintenant et je regarde COMME JE VEUX dans mon rétro, j’ai repensé à ce qu’il me disait toujours.
- Vérifies dans ton rétro que le type derrière, il a bien vu que tu freinais (ou au choix, qu’il a bien vu ton clignotant)
Alors celle-là, je l’ai toujours aimée celle là. Non parce que j’aimerais bien qu’on me dise comment je peux voir si le type derrière, il a bien vu que je freinais ! Y’a un signe distinctif pour ça ? Si encore il existait dans le monde automobile, un langage gestuel genre le mec lève le pouce pour me dire « ok, j’ai compris, tu freines » ou lève l’index et le majeur en forme de V pour me dire « ok, j’ai vu ton clignotant » là encore, j’aurais compris.
Mais vu qu’il n’existe aucun langage en ce sens (à part le majeur tout seul m'enfin ça c'est pour autre chose) et que tu dois quand même regarder un peu la route devant toi histoire de ne pas emboutir le couillon devant toi qui lui n’a pas vérifié que tu avais bien vu qu’il freinait …. Je fais comment moi ? hum ? A moins d’être dotée d’un quelconque don de perception des pensées, je ne vois vraiment pas.
Je vous jure, j’ai tout essayé pourtant. Je me suis dit que peut être une lueur d’intelligence traversait alors le regard du conducteur et que je devais trouver un moyen de la capter dans mon rétro. Sauf que si le mec porte des lunettes de soleil, t’es mal.
Je me suis dit que peut être une expression sur son visage serait perceptible dans le rétroviseur, mais en général, si on change de tronche brutalement en voiture, c’est que c’est déjà trop tard.
Je me suis exercée, quand Rahan conduisait, à regarder la tronche des gens dans le rétro pour capter la moindre petite chose qui me permettrait de voir que l’autre derrière avait compris que Rahan allait tourner …. Rien. Nada, le vide le néant.
M’enfin en même temps, dans mon malheur, j’ai eu une chance inouïe. J’ai décroché mon permis du premier coup. Faut dire que je ne m’imaginais pas repasser trente heures de conduite à nouveau aux côtés d’un hystérique à pastille contre les brûlures d’estomac. Mais peut être que c’était lui qui avait payé l’inspecteur pour ne plus avoir à passer trente heures de conduite à mes côtés, qui sait …
04 novembre 2009
Célibataire, sans enfant.
Célibataire sans enfant depuis vendredi. C’était une grande première pour moi. Ca fait du bien, une semaine sans devoirs, sans bataille pour le choix de la musique à écouter, les banquettes pour moi toute seule, sans repas à préparer ….
Mais bon c’est un peu trop silencieux. A tel point que je vais finir par me causer toute seule histoire d’avoir la sensation que je raconte encore quelque chose.
La nuit, avant de me coucher, je fais le tour de mon chez moi minutieusement. Je vérifie partout si un satyre en mal de sadisme ne s’est pas planqué dans un coin. Je sais, j’ai trop d’imagination.
Je pensais faire une cure de sommeil pour commencer. Ca a merdé dès le premier jour. Après une super soirée filles chez moi le jour du départ de ma petite famille, autre grande première pour moi, je me suis couchée vers 3h30. Du matin. Yeux grands ouverts à 6h, j’avais la haine. Je me suis obligée à rester au lit parce que bordel, j’ai pas à me lever pour bosser, j’ai pas à me lever pour les gosses, alors je dors !
Ben je n’engueulerai plus jamais mes gosses qui n’arrivent pas à s’endormir le soir. C’est vrai quoi ! tu débarques dans sa chambre, y’a école le lendemain, il est pas loin de 22h et tu vois bien à sa façon de fermer les yeux qu’il est en train de faire tout ce qu’on veut, sauf dormir. Alors après mille et une tentatives douces et compréhensives, tu pètes un câble et tu quittes leur chambre dans une froide et sèche injonction (la tienne) MAINTENANT TU DORS ! Et même que tu es persuadée que ça va fonctionner.
Que hop ! coup de baguette magique, le môme il se dit que là, faut arrêter de chercher des poux dans la tête à maman et hop ! le môme s’endort. Ben ça, c’est dans les films. Les tiens. En vrai, tu peux lui dire sur tous les tons de s’endormir, s’il n’y arrive pas, il n’y arrive pas.
Même que j’ai essayé sur moi-même ce fameux samedi matin. Et de guerre lasse, à 8h, je me suis levée. En plus, il faisait un temps de merde. Et je reçois un appel breton qui me parle de grand soleil, de jardin en tee-shirt alors que chez nous, le ciel commence à pleurer.
Lundi, je bosse alors que j’ai des courbatures, des frissons, mal de gorge latent …. Je me couche avec un bon bouquin et ne le referme que vers 3 heures du mat’.
Je dois être abonnée à cette heure là. Eh oh ! j’ai lu jusqu’à 3 heures du mat’ DANS MON LIT ! avec la grande lumière éblouissante, personne pour grogner à côté que le bruit que je fais en tournant les pages le dérange …. Le pied. Sauf qu’il fait froid dans un grand lit vide. Je me disais que pas grave, le lendemain j’avais posé ma journée, j’allais rattraper mes heures de sommeil. Doit y avoir un petit rigolo là-haut, qui attend juste que je me propose de m’offrir une grasse mat’ sans la moindre petite culpabilité. A 5h30, un bruit énorme me réveille en sursaut. J’ouvre les yeux, m’attendant à voir un homme armé d’une hache dressée au-dessus de moi, un bon gros sadique sanguinolent qui tient à ce que ses victimes le voient les découper, je m’apprête à hurler comme la folle de massacre à la tronçonneuse (mais si, tu sais, la nana à la fin du film qui court partout en hurlant que toi t’as qu’une envie, c’est que l’autre malade qui lui court après l’achève pour qu’elle arrête de hurler) bon en fait, je crois bien que j’ai hurlé …. Mais je ne vois que l’annexe du bateau, et son moteur. Oui parce que au-dessus de mon lit, y’a un capot qui me permet de voir le beau ciel bleu ou étoilé, suivant l’heure à laquelle j’y suis.
Rassurée, ce n’est pas maintenant que je vais faire la une des journaux, je me recouche.
L’annexe du bateau … et son moteur … au-dessus de moi. Pas banal ça. Enfin au moins, c’était pas un malade avec une tête de porc sur la figure. L’annexe du bateau. Et son moteur. PUTAIN MAIS QU’EST-CE QU’ELLE FOUTAIT LA ????
Là, j’en oublie toutes les précautions d’usage et je me précipite au dehors comme une malade, en petite tenue pieds nus. Des rafales de vent comme on en a jamais ici, des trombes d’eau qui n’en finissaient pas de tomber et moi couchée sur l’annexe pour l’empêcher de s’envoler à nouveau. Au bout d’un moment, je me dis quand même que je ne vais peut être pas passer la nuit là, trempée et grelottante, à prévenir les rafales de vent. Alors je retourne à l’intérieur, j’en oublie de vérifier que personne n’en a profité pour s’introduire chez moi, je m’habille plus chaudement, j’enfile un ciré et des bottes, je ressors … bon je fais quoi ? Putain mais pourquoi il faut toujours que ça arrive quand il n’est pas là ????
Il me faut un bout’ (ou une corde, mais vous avez interdiction de dire corde sur un bateau). Bien entendu, Rahan le maniaco a tout viré sur le pont, tout est bien ficelé et rangé. Je retourne à l’intérieur, cherche les clés du coffre extérieur, fouille pour trouver une amarre (ou une corde, mais vous avez interdiction de dire corde sur un bateau) n’importe laquelle m’en fou. J’en trouve une, je repars sur le pont, je me jette juste à temps sur l’annexe pour qu’elle ne s’envole pas à nouveau, putain de nuit de merde, et je commence à saucissonner l’annexe pour qu’elle reste plaquée au pont …. Sauf qu’en fait, elle est en suspens au-dessus du pont, l’annexe. Ben oui, c’est comme ça qu’on la laisse quand on est au port. Légèrement en suspens et tenue à l’avant pour qu’elle ne se balade pas.
Merde merde merde merde merde. Je cherche la drisse (ou la corde, mais vous avez interdiction de dire corde sur un bateau) qui maintient l’annexe en hauteur, je déroule tout ce que Rahan a bien lové autour du winch, je lâche tout doucement histoire que l’annexe ne se viande pas non plus sur le pont et entre temps une nouvelle rafale, mon saucissonnage est maintenant lâche et ne sert plus à rien, je me jette sur l’annexe pour qu’elle ne s’envole pas encore une fois, putain de nuit de merde !
Je reprends l’amarre, re-saucissonne cette putain d’annexe que bordel, il aurait pu prévoir ça Rahan …. Et là je t’entends t’offusquer mais étant donné que c’est moi qui me retrouve trempée en pleine nuit sur le pont à me battre avec une annexe alors que je voudrais DORMIR, j’ai le droit d’accuser les absents même si j’aurais pu moi aussi prévoir ça. Merde alors ! … Je retourne à l’intérieur, trempée jusqu’aux os parce que bien sur, j’avais oublié d’attacher la capuche du ciré et que bien sur, à la première rafale, elle s’est abaissée et que j’avais autre chose à foutre à ce moment là qu’à penser à me la remettre correctement. Je vire mon ciré dégoulinant et en cherchant une serviette pour me sécher les cheveux, je croise malencontreusement le réveil … 6h30.
Je suis maudite.
Sinon, tout va bien. Eux ils ont beau temps, ils ont arpenté la Bretagne sud et sa super côte sauvage, ils vont à la piscine et au hammam de l’hôtel, ils se sont fait un ciné, ils s’offrent des repas gargantuesques, Timousse découvre les merveilles de l’océan (marée, petits ports à marée basse, pêche à pied, petits villages typiques, tempêtes …) Boudeuse confirme ses talents de photographe et affiche une bonne humeur épatante, tandis que Rahan me noie de photos sur leur périple.
27 octobre 2009
Je suis exceptionnelle
Je pense sincèrement que j’ai loupé un truc. Fut un temps où je leur laissais porter le poids de leurs dérapages.
T’as un grain, t’es pas fini, t’as pas le gaz à tous les étages, tu yoyotes du bulbe, t’es pas clair …
Mais bon je dois bien y être pour quelque chose. C’est moi qui les aie faits.
Ca ne peut pas être que de leur faute, j’ai du louper un truc au cours des 9 mois de conception (oui, parce qu’ils ont été du genre à se laisser porter 9 mois … voire un peu plus) et les petites années d’éducation qui ont suivi.
Le petit encore, ça reste sur des trucs basiques très terre à terre genre va te coucher et non tu ne regardes pas un film avant, termine ton assiette (ou plutôt ce qu’il y a dedans parce qu’une assiette n’est pas très digeste) et non tu ne refiles pas tes carottes à ta sœur ou encore arrête de courir sur ce t’ain de ponton en regardant derrière toi bordel !
Mais la grande, oh là là, la grande, dans le genre experte à me balancer des trucs qui me trouent sévère, elle se pose là.
Comme l’an dernier alors que je lui demandais comment se faisait-il qu’elle passait toutes ses soirées, mercredi après midi et week-end avec scooter bout de ponton CHEZ NOUS en plein centre de notre chez nous que après tout je suis chez moi, mais que lorsqu’ils sont là je ne peux même pas trouver un coin pour m’assoir, et qu’elle me répondit
- Oui mais j’ose pas trop m’incruster comme ça chez ses parents, tu comprends, les pauvres, ils travaillent.
- ????????? ……………….. ?????????????????? ……………. Ils travaillent ? ILS TRAVAILLENT ????? Et tu crois qu’on fait quoi toute la journée Rahan et moi ????????? on va faire bronzette au club Med ???????
- C’est pas pareil.
C’est pas pareil. Je n’ai jamais compris en quoi ce n’était pas pareil, mais tenez-le vous pour dit, c’est pas pareil. Eux ils bossent, et nous on bosse. Mais c’est pas pareil.
La semaine dernière, j’ai rencontré ses professeurs. Pour la première fois depuis des années, je n’ai entendu que des éloges et croyez moi, ça FAIT DU BIEN !
« Boudeuse ? ah elle est volontaire, Boudeuse (..). Je suis très content d’elle (…) Excellente moyenne … elle navigue entre 17 et 19 (...) Si je devais miser sur quelqu’un pour son exam’, ce serait elle (…) Elle est excellente Boudeuse (…) Je m’entends très bien avec Boudeuse cette année…. » Là voyez-vous, à ce stade de la conversation, j’avais un sourire tellement immense que j’en avais mal aux zygomatiques.
« C’est vrai que l’an dernier c’était plus difficile. Toujours son téléphone à la main …. »
Toujours son téléphone à la main …. En cours ? Ma mâchoire s’est viandée sur le bureau de sa prof vlam !
Et l’explication de Boudeuse,
- Je ne jouais pas avec mon téléphone, je regardais l’heure.
- Et le truc là que tu trimballes à ton poignet, c’est un GPS peut être ?
- Ah ben non mais c’est plus discret.
Alors là ma fille, pour la discrétion tu repasseras. Et me voilà partie dans de grandes explications sur le respect que l’on mérite qui commence par se donner, sur le fait qu’un portable, ça doit rester éteint en cours, que même moi, quand je vais en réunion, je le coupe mon portable, que si j’étais prof je me sentirais doublement en boule après elle. Déjà, on ne fait pas mumuse avec son téléphone en cours, (sinon ledit téléphone va rester au chaud près de son lit pendant les heures de cours) et ensuite, on ne regarde pas l’heure sous le nez de son prof. Ca fait genre je m’emmerde quoi. Que même moi, je ne me permets pas ça, même moi à 44 ans, je ne …
… intervention intrusive de Timousse totalement paniqué
- QUOIIIIIIIIIIII ????? T’AS QUA-RANTE-QUATR’ANS ?????
Je suis fatiguée de ces mômes !
Ce week-end, Boudeuse est rentrée en crise de sa petite promenade en ville que ras-le-bol ce ces bas biiiiiiiiiip qui tiennent rien du tout et qu’elle passe son temps à les remonter.
Vrai qu’on n’a pas de bol elle et moi, la taille -2 n’existe pas, vu les cuisses de grenouilles qu’on se trimballe. Quoi que les miennes sont bien plus musclées que les siennes.
- Maman ! faut absooooooooolument que TU me trouves de nouveaux bas ou des collants qui tiennent.
- Euh …. Dis voir ? t’as des jambes ? des pieds au bout ? de l’argent de poche ? un porte monnaie pour le mettre dedans et des mains pour manipuler ton fric si je n’m’abuse ? Alors tu te débrouilles.
- Mais tu te rends pas compte ????????
- Nan nan, je sais, me rends jamais compte.
- Mais j’ai pas le temps MOI !
Franchement, je me demande ce que ma fille pense que je fabrique de mes journées. Franchement hein. Je me demande. Entre les pauvres parents de scooter bout de ponton qui travaillent, EUX, les pauvres, et ma fille qui n’a pas le temps ELLE, la pauvre, je me demande.
- T’as pas le temps ? t’es en vacances et t’as pas le temps ? Mais tu crois que je fais quoi de mes journées moi ? tu sais à quoi elles ressemblent mes journées à moi ? je suis pas encore levée le matin que je cours déjà dans tous les sens, MOI ! Je bosse ma belle, je bosse. Et d’ailleurs, le fait de bosser me permet entre autre de te filer ton argent de poche, figure toi. Je bosse 12 heures par jour ma belle, les bonnes journées. Je mange un sandwich quand j’ai le temps, au-dessus de mon ordi (demande à l’informaticien ce qu’il en pense, quand il doit pianoter sur mon clavier) et quand je ne bosse pas, je passe mon temps à courir pour faire des courses et faire cuire les courses que je viens de faire ET TU ME DIS QUE T’AS PAS LE TEMPS ?????
- Oui mais toi, tu as une voiture, toi.
Allez, soyons cool, on peut mettre à son actif pour ce coup là, qu’elle a eu la présence d’esprit de me regarder et de se rendre compte assez vite qu’elle se mettait en danger. Elle a donc terminé sa phrase dans un souffle, nourrissant certainement le secret espoir que je n’ai pas tout saisi.
- Là où tu peux trouver tes bas biiiiiiip ou tes collants, c’est au biiiiiiiiip en plein centre ville. Et au centre ville, je n’y vais pas en voiture. J’y vais à pied. Donc, tu te trouves un moment entre la Xee et l’ordinateur et tu y vas comme une grande.
- Pfffffffff mais j’ai pas …
- Ah non hein ! ne me dis pas ENCORE que t’as pas le temps où je te jure que …
- Mais non mais toi, tu as plus l’habitude que moi, tu sauras trouver toi.
Et oui. Parce que je ne vous l’avais pas dit, mais pour Rahan je suis venue au monde avec un fer à repasser dans une main et sa notice dans l’autre. Pour ma fille, non seulement elle reste toujours persuadée que je suis venue au monde à 40 ans, donc déjà vieille, mais en plus que je suis venue au monde en sachant et pouvant faire tous les trucs qui la gonflent. Y’a pas, je dois être quelqu’un d’exceptionnel à leurs yeux.
On se rassure comme on peut non ?
16 octobre 2009
Grande première
C’est quand les vacances ?
C’est une question que me posent souvent mes enfants, les mamans que je vois devant l’école le matin, mes copines ou même mes collègues de boulot, à tel point que je soupçonne tout ce beau monde de penser que je bosse pour l’éduc’nat’ pour être aussi persuadé que j’aurai obligatoirement la réponse.
De tout le monde, oui mais Rahan, jamais.
Rahan, il va me demander TU as du beurre ? TU as de l’aspirine ? TU as des enveloppes ? à tel point que je soupçonne ce beau mâle d’oublier que nous vivons ensemble depuis 15 belles années et qu’il pourrait tout aussi bien utiliser le NOUS à la place du TU. Voir à lever son joli petit derrière de temps à autre pour vérifier par lui-même si NOUS avons du beurre, de l’aspirine, ou des enveloppes.
Mais là n’est pas le sujet du jour.
- C’est quand les vacances ?
Que Rahan me pose la question, ça m’a trouée sur place. D’ordinaire, je déteste ceux qui se prennent pour des Jésuites, à répondre à mes questions par des questions. D’ordinaire, je réponds aux questions avec des réponses. Mais là, j’étais tellement trouée que pas une seconde, je n’ai pensé répondre tout simplement à la question de Rahan.
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Comme ça.
Comme ça ????? toi ? vouloir savoir quand arrivent les vacances des enfants comme ça ? pardon mais mon cul oui ! Toi, tu as une idée derrière la tête et tu n’iras pas te coucher tant que je ne la connaîtrais pas.
- Le 24 pourquoi ?
- T’es sure ?
- Oui. C’est affiché dans le cahier de texte de Timousse, tu peux vérifier
- Et jusqu’à quand ?
- Bon ok, t’as pas envie de vérifier. Jusqu’au 6. Pourquoi ?
- T’es sure ?
- Tu me cherches là ? t’as qu’à vérifier. Pourquoi tu veux savoir ça ?
- Comme ça.
Y’a un tas de truc que n’importe qui pourrait me faire gober, parce que je suis comme ça moi, niaise et naïve, parce que je crois avant tout que les gens disent la vérité, mais personne ne me fera croire que Rahan veut connaître les dates des vacances scolaires …. Comme ça.
Rahan qui ne se donne même pas la peine d’ouvrir l’enveloppe du courrier que nous envoie le centre aéré, tous les deux mois, pour l’inscription de Timousse.
Rahan qui ne sait même pas à quelle heure Timousse va jouer aux échecs, encore moins à quelle heure il termine. Qui ne connait aucun des horaires pour les activités de Timousse, pas même celle qu’il est sensé gérer le vendredi soir.
Rahan qui n’a tellement pas envie de savoir qu’il me téléphone régulièrement pour me demander à quelle heure Timousse quitte l’école, à quelle heure il commence, à quelle heure il doit aller à son cours d’arts martiaux le vendredi soir. RAHAN QUI A ETE EN RETARD AU PREMIER COURS DU VENDREDI SOIR, Rahan qui a poussé le vice, vendredi dernier, pour m’appeler à 18h30, alors que je suis encore au boulot, alors qu’il est avec son fils …
- Il termine à quel heure son cours Timousse ?
- Ben maintenant, à 18h30. (là, une seconde, j’ai eu peur qu’il ne me dise un truc genre meeeeeeerde ! je suis à l’autre bout de la ville, j’avais oublié ! Là, j’ai eu peur pour Rahan. Pour sa vie. Parce que là, Rahan était foudroyé direct par mes soins si c’était le cas.)
- Ah. Ben c’est pas terminé, ils n’ont même pas fait le salut
- Ah.
Je fais quoi ? je me propulse ? je traverse l’espace enveloppée dans la jolie cape de supergirl je viens casser la gueule au prof de Timousse parce que merde quoi ! IL EST 18H30 ET T’AS TOUJOURS PAS FAIT LE SALUT QUI PROCLAME LA FIN DU COURS ?????
Voilà, ça c’est du Rahan tout craché. Alors qu’il me demande les dates des vacances qui arrivent là … ben pardon mais ça me troue. Il a une idée derrière la tête, Rahan et je dois la connaître.
Rahan a décidé de poser une semaine de congés sans solde pour partir en Bretagne. Pendant les vacances scolaires. Et Rahan me demande
- Ca t’embêterait que j’y aille avec Timousse ?
Il faut savoir qu’il y a …. Deux ans ? un an ? j’aurais sacrément été triste de me retrouver toute seule. Je suis de ces mamans qui ont du mal à être séparée de leurs enfants. Je suis de ces compagnes qui n’aiment pas dormir dans un lit vide.
Là, j’ai retenu un hurlement de joie. Parce que ma joie, ce n’était pas seulement que Timousse parte enfin avec son père découvrir la région dont il est de moitié originaire. Ma joie, ce n’était pas seulement que mon demi-breton de fils allait enfin savoir à quoi ressemblait une marée. Ma joie, c’était aussi de me dire oh putain !!!! une semaine pour moi ! Oui parce qu’en plus, Boudeuse a absolument tenu à y aller. Une semaine !!!! Ca ne m’est jamais arrivé !
Ces jours ci, je suis tellement surmenée, fatiguée de tout gérer à la force de mes bras musclés, certes, mais minus tout de même, fatiguée de courir dans tous les sens pour tout le monde, qu’une pause (même en bossant) ne pourrait pas me faire de mal.
Alors j’ai retenu mon hurlement de joie, j’ai même payé les billets moi-même. Pour être certaine qu’ils partent. Et en même temps, je trouve ça génial que Rahan ait envie d’offrir une semaine de vacances et de promenades à ses enfants. Et quelque part, ça me fait quand même chier de ne pas y être, mais ce sera pour une autre fois.
Alors j’ai retenu mon hurlement de joie. Et dès le lendemain, tandis que Rahan dépliait sous les yeux excités des enfants la carte de Bretagne pour leur montrer où ils iraient, tandis que Timousse notait les kilomètres à parcourir en s’écriant « oh ben ça va ! c’est gagné, là c’est sur que ze vais dégobiller si on fait tout ça en voiture ! » j’appelais discrètement toutes mes copines pour leur annoncer la nouvelle. ILS PARTENT LE 30 !!!! T’IMAGINES ?????????? UNE SEMAINE MON CHEZ MOI RIEN QUE POUR MOI ! Ils partent le 30 !!!! On se fait une soirée fille ???? CHEZ MOIIIIIIIIIIII !!!!!!!! LE 30 ! OUI ! OUI !
C’est seulement lorsque j’ai raccroché que j’ai surpris le trio de regards posés sur moi. Rahan s’est alors fendu d’une phrase plus longue que celles dont il est d’ordinaire friand.
- Ca va, tu perds pas le Nord !
