Au fil de l'eau

"Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants."

05 mai 2009

Il était une fois

Il était une fois une fille qui n’était pas une très bonne fille. Elle devint femme. Puis mère. Ou peut être l’inverse. Qu’importe, aujourd’hui je parlerais de la mère. Qui n’était pas non plus une très bonne mère. Ce sont des choses qui arrivent me direz vous ; il existe des personnes qui naissent imparfaites et resteront à tout jamais imparfaites parce que l’imperfection fait partie d’elles. Elles sont l’imperfection.

Dans un monde où, quoi qu’en disent certains spécialistes, les parents (et particulièrement les mères) sont systématiquement culpabilisés, cette mère imparfaite a donc tenté d’élever ses enfants du mieux qu’elle put. Ce qui, vous vous en doutez, fut assez imparfait.

Cette mère imparfaite a beaucoup crié. Un peu trop même. Allez, n’ayons pas peur des mots, beaucoup trop. A se casser la voix, à terroriser la chair de sa chair. Un jour, elle cria si fort sur son petit garçon (qui lui même était assez bien pourvu en matière de vocalise ce qui la rendait totalement dingue) elle a tellement hurlé sur ce petit être innocent qui salissait encore ses couches qu’un spasme secoua son petit corps si fragile. Un sursaut, un long sursaut. Cette mère, dans toute son imperfection, était dépassée dès le matin entre une petite fille qui la harcelait de questions et un petit diable qui se débattait en vociférant parce qu’il refusait catégoriquement de quitter sa couche souillée, alors que putain ils étaient déjà en retard !

Parce que ce petit diable, qu’on se le dise, il méritait bien son surnom. Un jour, il fit un caprice phénoménal au retour d’une petite course faite avec sa mère. Il était midi, il faisait chaud, il était énervé, certainement fatigué, avait peut être faim mais surtout bon sang qu’il était capricieux ce môme ! S’enfermant dans son caprice, totalement incapable de maîtriser sa colère et sa frustration, le petit diable haut comme trois pommes s’époumonait. A bout de force, la mère réussit à rentrer chez elle tout en maintenant difficilement un magma gesticulant pivoine de rage. Elle le jeta, sur son lit puis quitta la pièce et referma la porte derrière elle. Parce qu’il fallait impérativement qu’elle s’éloigne de son enfant. Parce que des flashs de violence zébraient ses pensées. Parce qu’elle crevait d’envie de lui en retourner une, une bien bonne, une qui calme parce qu’elle assomme. Une qui la calmerait elle. Une qui ressemblerait à toutes celles qu’elle avait reçues. Une qu’elle pourrait rendre. Une qui lui prouverait qu’elle aussi peut cogner celui qui ne peut pas se défendre. Parce qu’elle croyait qu’elle en crevait d’envie. Alors elle se fit violence pour que sa violence ne s’abatte pas sur son fils. Aussi chiant soit il.

Au bout d’un temps totalement indéfini, la rage au ventre, elle ne put que se rendre à l’évidence, le petit diable n’avait pas cessé de hurler une seule seconde. La voix cassée à force de la malmener, il hurlait et hurlait et hurlait. Alors elle fit ce qu’elle finissait toujours par faire, elle céda. Elle lui ouvrit la porte pour le laisser sortir et envahir à nouveau l’espace de ses cris rageurs. Mais le petit diable avait dépassé le point de non retour, il était dans sa colère, il n’était que colère et rien ne pouvait l’en sortir. Il hurlait dedans, il hurlait dehors, il hurlait porte fermée, il hurlait porte ouverte, il hurlait dans ses bras, par terre, sur son lit, sur la chaise … il n’était que hurlement. Comme une poule cherchant ses petits derrière un grillage et infoutu d’en faire le tour, elle allait et venait autour de son fils ruisselant de sueur. La pièce n’était que rage, celle du fils, celle de la mère. Je ne saurais vous dire par quel miracle la mère put enfin réagir, mais elle reprit son rôle d’adulte, de mère ; elle finit par prendre la boule de colère dans ses bras. La scène, croyez moi, était assez flippante. Un petit diable au bord de l’apoplexie, bercé bien malgré lui dans les bras d’une mère d’un calme olympien. Le même temps indéfini s’écoula au cours duquel imperturbable, la mère berçait l’enfant colère. Jusqu’à ce qu’il tombe d’épuisement. Et la mère resta ainsi, tenant dans ses bras le petit corps secoué de sanglots de son fils enfin endormi. Et la mère resta ainsi, de longues minutes, à mouiller le visage de son fils de ses larmes d’impuissance.

Donc elle avait réussi à ne pas battre ses enfants. Elle était fière d’elle, elle ne malmenait pas ses enfants. Elle préférait ignorer, cette mère imparfaite, qu’elle les malmenait avec ses propres cris. Et ce matin là, ils étaient en retard. Les questions de sa fille, les hurlements de son fils, à nouveau.

Au énième coup de pied dans l’estomac, au énième hurlement du tout petit, à la énième question de l’enfant, la mère prit son souffle et poussa un hurlement dantesque. Les poings serrés et dressés de part et d’autre de son visage, les yeux fermés et la mâchoire à la limite du déboitement. Ce qui réduisit la minuscule pièce dans laquelle tout ce petit monde s’agitait au silence le plus merveilleux qui soit. Et la mère vit le sursaut de son fils.

Au-delà du sursaut, ce fut ses yeux. Leurs yeux. Les yeux de ses enfants. Arrondis d’épouvante. De celle qui dansait dans ses yeux d’enfant à elle, lorsque son père s’approchait d’elle, le ceinturon à la main. Ses enfants avaient peur. Ils connaissaient sa peur de petite fille. Dans l’immense amour qu’elle se glorifiait d’avoir pour eux, elle avait réussi à partager ce merveilleux cadeau avec ses enfants. La peur. La maltraitance ne se trouve pas que dans les coups. Elle comprit alors qu’irrémédiablement, elle entrainait ses enfants dans la spirale infernale de la peur.

Je ne pourrais pas vous dire qu’elle aurait voulu mourir ce jour là parce qu’il ne faut pas que déconner. Mais elle s’est détestée. Elle a eu envie de se battre, de se battre jusqu’au sang. Sauf que bon, ce spectacle, vous en conviendrez, n’était pas pour ses enfants. Ils avaient déjà eu leur dose, on avait largement dépassé celle prescrite. Alors dans sa grande imperfection, la mère opta pour les larmes. Une vraie fontaine cette mère. Elle  n’avait que cette arme pour apaiser sa violence. Les larmes, celles que son père lui interdisait de verser sous les coups.

Et son fils recommença à rugir. Et sa fille de questionner.

Mais la mère, plus jamais ne hurla. Enfin si, elle pousse encore des cris ici et là parce que c’est une gueularde dans l’âme. Et ses enfants, habitués à ses gesticulations, laissent passer l’orage lorsqu’elle cri un peu trop fort, parce qu’ils savent l’imperfection de leur mère. Mais plus jamais elle ne hurla sur ses enfants.

Je voudrais trouver une belle transition pour raconter la suite de l’histoire, parce que ces lignes ne sont qu’une entrée en matière, mais les mots me manquent. J’y reviendrais donc, plus tard. Pour comprendre les cris de la mère, il faudrait connaître la souffrance de son fils. Pour comprendre la souffrance de son fils, il faudrait connaître la souffrance de sa fille. Pour comprendre la souffrance de cette mère, il faudrait reprendre l’histoire plus tôt. Quand son cœur de mère imparfaite a commencé à se fragmenter. Et c’est une bien longue histoire.

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29 février 2008

La rancune

La rancune.

Nous devisions à la terrasse d’un café, au soleil bien entendu, sur la rancune.

Les personnes rancunières, ça énerve une certaine qui se reconnaitra si elle vient me lire.

Je me suis targuée de ne  pas être rancunière. Toujours. C’est vrai que j’ai le « pardon » facile.  C’est vrai qu’il m’en faut beaucoup pour me fiche hors de moi au point de me braquer à tout jamais. Je ne suis pas quelqu’un de méchant, j’ai même plutôt un bon fond je trouve. Sauf que faut pas faire quelque chose que j’estime moi pas du tout acceptable.

Sauf que en détaillant un peu le problème, j’ai fini par me dire que oui, j’étais rancunière. Si je me braque. Et quand je me braque, la porte est fermée. Définitivement.

Il faut donc que j’estime la personne coupable de m’avoir fait sciemment du mal pour lui en vouloir au point d’être incapable de parler d’elle ou de ce qu’elle a fait sans sentir la colère monter en moi.

Pire que de la rancune, je m’aperçois que je suis toujours en colère. Alors ce n’est pas la colère qui me nourrie, ce n’est pas la haine qui me ronge non, j’ai bien trop à vivre pleinement pour me lever chaque matin avec cette rage en moi. En fait, les personnes qui m’ont poussée dans ce retranchement, je prends garde à ne pas y penser. Ils ont rejoint certains de mes souvenirs noirs, quelque part au creux de ma mémoire et j’ai refermé la porte derrière. Néanmoins, la chose n’étant pas réglée, ma colère est toujours vivace dès que leur nom est prononcé.

Il y a peu de gens qui ont l’honneur de se trainer ma rancune au derrière.

D’abord, il y a lui qui m’a fait énormément de mal. Jamais je n’en reparlerais avec lui, il est incapable de se remettre en question. Nous irions inévitablement vers le conflit, nous ne pourrons rien résoudre, et je risquerais de perdre une personne chère à mon cœur. Parce que c’est lui qu’elle choisirait. Ou je risquerais de la blesser. Parce qu’elle en mourait si elle savait. Alors voilà, j’ai choisi le rôle de l’autruche et lui restera un éternel non-dit. Ceci dit je ne souffre pas de ce non-dit. Il y a des thérapies qui se font sans la personne incriminée. J’ai accepté mon statut de victime.

Ensuite il y a l’autre qui a voulu briser ma chair et mon sang. Si j’avais eu une once de courage, je vais vous dire, l’autre serait en tous petits morceaux éparpillés dans toutes les décharges de la terre. A sa place. Mais je n’ai pas eu ce courage et ai opté pour la distance. Sincèrement, atteindre la bassesse comme il a pu le faire, ça ne m’avait même pas effleuré l’esprit que la chose fut possible. L’autre, il est peut être la chose que j’abhorre la plus au monde. Oh oui, j’ai une immense colère qui me secoue lorsque je parle de lui. Et cette colère ne tombera même pas à l’heure de sa mort. L’autre, j’irais danser sur sa tombe si je le pouvais. Alors oui, je suis rancunière.

Enfin il y a les personnes qui ont partagé avec moi des moments de ma vie et qui me l’ont pourrie. Les méchants, pervers, puants, ce qui veulent faire du mal parce que la beauté les insupporte. Ceux là, je les ai fichu hors de ma vie avec un coup de pied au cul (c’est une image hein). Et si je ne l’ai pas fait, je les ai laissé sortir de ma vie en leur balançant le même mépris qu’ils ont eu pour moi ou pour ceux que j’aime.

Vous savez, je suis fatiguée des gens qui ne vont pas bien et qui se donnent le droit de faire chier le monde sous prétexte qu’ils souffrent. Je suis fatiguée de ces petites gens qui s’approprient le monopole de la souffrance et cherchent à faire souffrir leur entourage histoire de ne pas se sentir tout seuls dans leur merde. Ces personnes m’ont fait assez de mal comme ça mais je leur dois quelque chose : j’ai le don aujourd’hui. Je reconnais ceux de leur race assez vite et je m’en protège aussitôt. A la première glissade. Ces gens là, ils me disent intolérante et à la limite, ça me rassure qu’ils pensent ça de moi. Ces gens là, ils ne sont pas bon pour mon karma. Le jeu du fais moi mal pour que je t’aime, très peu pour moi.

Ces gens là je les mets dans la catégorie du pauvre type qui bat sa femme en lui assurant que c’est elle qui l’a poussé à ça ; de la raclure qui viole sa gosse parce qu’elle s’est promenée en sortie de bain sous son nez.

Et ces gens là, ils reviennent vers vous après un petit temps la bouche en cœur, pleins de promesses d’ivrognes. Et ces gens là, ils vous marcheront sur la gueule le jour où vous leur direz que non, les promesses vous n’y croyez plus. Ces gens là cultivent le déni. Ils vous font porter la responsabilité de leurs actes (regarde, tu fais pleurer ta mère !).

Bien. Donc, je suis rancunière. Peut être, dans une certaine limite. Mais en faisant ce point (et surtout en lisant les blogs ces jours ci) j’ai compris que cette rancune était divisée en deux parties.

Il y a la rancune/colère liés à des actes impardonnables. Et ça s’arrête là. Ok, j’estime qu’il devrait présenter des excuses en dix exemplaires, mais ces excuses ne changeraient qu’une chose : l’acceptation par mon bourreau de mon statut de victime. En aucun cas il ne pourrait obtenir mon pardon. Suis je claire ? j’ai des doutes.

Il y a la rancune/colère liée à des actes pardonnables. Et ma rancune est tenace tant que la personne qui m’a fait du mal ne vient pas reconnaître devant moi et ouvertement qu’il m’a fait ce mal et ne vient pas s’en excuser. J’ai pardonné bien des fois par amour ou par amitié. Sur un simple « excuse moi » parce qu’il était vibrant de sincérité et qu’il aurait fallu que je sois un monstre pour entretenir ma rage. Et je parle de repenti sincère hein. Je ne parle pas de manipulation. N’oubliez pas que j’ai le don, je sais les reconnaître …

Alors voilà, je suis rancunière. Bah ! j’ai aussi plein d’autres qualités.

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06 février 2008

Le silence

Dans les histoires ou dans les films, il y a toujours une poupée super moche, une peluche cyclope, ou un être invisible vu par les seuls yeux du tout petit, bref, le meilleur de tous les amis du monde. Un ami imaginaire certes, mais un ami, un vrai.

Celui qui peut entendre tous les secrets du monde et les garder. Celui qui peut entendre les pires choses, jusqu’à l’inacceptable. Dans la pénombre d’une chambre, le silence à peine brisé de sanglots étouffés, cet ami attend patiemment le retour du calme pour écouter la confidence d’un innocent, l’inavouable.

Un peu comme si l’enfant s’allégeait d’un poids bien trop lourd en le posant sur les épaules de son ami, sa poupée, sa peluche. Un peu comme si le dire lui rendait le présent plus supportable et ses rêves moins cauchemardesques.

Ca me touche drôlement tout ça, mais le gosse, si on y regarde bien, ami ou pas ami, il est salement secoué. Et bien souvent, le scénariste ou la vie en font un psychopathe serial killer, ceci expliquant cela sans l’excuser. J’ai dis bien souvent. Pas toujours. Certains ne reproduisent pas, certains mènent à vie un combat, d’autres encore portent tout simplement leur douleur, et ne tente même plus de soigner une blessure si béante qu’elle ne cicatrisera jamais.

Et en grandissant, que lui reste t-il à cet enfant ? si tant est qu’il puisse grandir. Qu’advient il de ce merveilleux ami qui sait tout ? Les films où les histoires ne le disent pas. La magie de l’enfance fait place aux troubles de l’adolescence et l’ami n’a plus sa place.

Ce que l’on pouvait trouver mignon chez un petit « oooooh ! tu as vu ? il s’est endormi avec son ours serré tout contre lui ! » (mais pourquoi le serre t-il si fort ?) deviendrait pathologique avec une ado de 13 ou 14 ans. «et ça fait longtemps que tu parles à ta poupée ? ».

Alors j’aimerais bien savoir moi, ce qu’il devient cet ami, parce que s’il n’est plus là, comment fait il cet enfant meurtri devenu grand ? S’il passe d’un confident inerte à un confident bien vivant, il continue à se confier et c’est bien heureux. Le poids est il moins lourd à porter ? pas forcément, mais au moins sa souffrance est mise en mots. Les mots soignent ils ?

Et puis il y a cette enfant qui a eu une peluche, un truc qui n’avait plus rien de peluche après avoir passé quelques années à partager ses nuits d’enfant. Un truc qui avait perdu le soyeux de sa fourrure synthétique depuis bien longtemps lorsqu’elle a décidé de la laisser au pied de son lit plutôt que sous ses draps, et dans ses bras (mais pourquoi le serre t-elle si fort ?). Ce truc, s'il a entendu ses secrets de petite fille, elle ne se souvient pas les lui avoir murmuré.

Ne pas croire qu’un enfant qui ne confie pas n’a rien à confier.

Ado, elle a trouvé des amies bien vivantes pour leur raconter ses haines, en partie. Ses colères, en partie. Ses hontes ou ses douleurs, jamais.

Et adulte, rien n’a changé. Il est des secrets qu’elle garde en elle, qu’elle n’a jamais confié. Ni à sa peluche truc, ni à son ami(e), ni à son amant, ni à un journal intime, … ni même à elle-même. Elle avance depuis des années avec ces souvenirs en elle, mais ne les met jamais en mots. Pas même pour elle seule. Comme si en parler à voix haute, comme si briser le silence devait rendre l’horreur bien réelle. Comme si le dire revenait à accepter que ce soit arrivé. Non, elle le sait que c’est arrivé. Mais le dire reviendrait à lui rendre une réalité et non plus un souvenir. Et lorsque les souvenirs viennent la surprendre lâchement entre deux rêves, un peu avant de se réveiller tout à fait, lorsque elle sent que leur force l’étouffe, elle les chasse en secouant la tête. Elle ne les laisse pas revenir tout à fait, jamais. Ils sont un serpent qui ne peut entrer que sa tête et une partie de son corps dans le terrier, mais un éboulement lui interdit d’aller plus en avant. Et il creuse, il creuse à nouveau. Mais le temps qu’il retrouve l’entrée du terrier, elle reprend son souffle et la vie continue.

Je me demande. Ces souvenirs si douloureux qu’ils sont aussi difficiles à confier qu’à entendre, est ce que les chuchoter, est ce que les dire tout haut nous aide plus à les combattre que si nous arrivons à les faire taire ?

Lequel de ces enfants survivra ? Celui dont la poupée lui murmurait des mots apaisants, ou celui qui s’endormait dans le silence, jusqu’à faire taire ses propres pensées ?

Il y a bien plus d’enfants à tout jamais silencieux que nous ne le saurons jamais.

Posté par Kaliuccia à 00:23 - Violences et injustices - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 janvier 2008

29 ans ...

A ton âge, je venais au monde. Dans lequel te trouves-tu dis ?

A ton âge, je quittais un monstre pour aimer à nouveau. Est-ce que tu l’aimais ?

A ton âge, j’aurais pu mourir sous la haine d’un amant éconduit. Un amoureux bafoué aurait il eu raison de toi ?

A ton âge, je m’apprêtais à tout abandonner pour recommencer une nouvelle vie. Et toi, tu termines la tienne.

A ton âge, j’avais un enfant, comme toi. Un enfant si jeune, si fragile. Le tien n’aura plus son père pour le regarder grandir.

A ton âge, il m’aurait été insupportable d’imaginer ma fille privée de moi. As-tu pensé à ton fils ?

A ton âge, je rêvais voyage et liberté. Tu courrais vers quoi ?

A ton âge j’avais des bouffées de haine. Les tiennes t’auraient t elles tuées ?

Si j’avais du mourir à ton âge, j’aurais abandonné ma fille et cette idée m’est insupportable. J’aurais brisé le cœur de ma mère, et cette pensée m’est intolérable.

Si j’avais du mourir à ton âge, bien des larmes auraient été versées, et mon amour naissant aurait avorté. Mon fils n’aurait pas vu le jour et je n’aurais pas revu mon île.

Où allais tu ? qui retrouvais tu ? qu’as-tu fais ? que n’as-tu pas fait ? le saurons nous jamais ?

Est-ce que c’est important ?

Déjà les sanctions tombent, déjà certains te montrent du doigt. Pas encore jugé, déjà condamné. Pas encore pleuré, déjà maudit.

Pas moi. Je me moque de ce que tu étais ou pas. Je me moque de ce rendez-vous auquel tu te rendais … ou pas. Toute question n’appelle pas une réponse. Et à celle-ci je n’en veux pas.

Ce soir, je pense à un père qui ne se pardonnera jamais de ne pas avoir vu. Je pense à une mère dont les seins nourriciers lui font si mal. Je pense à leur douleur, et à leur manque de toi. Ce soir, je pense à un frère qui cri peut être déjà vengeance, je pense à une femme qui te cherche dans son lit trop grand.

Ce soir, je pense à ton petit garçon qui n’a pas pu te dire au revoir. Je pense à ce tout petit homme qui grandira dans l’ombre d’un père trop absent. Ce bout de chou innocent à qui l’on a peut être pas encore dit que son papa, son papa chéri ne rentrera plus le soir, n’effacera plus ses chagrins d’un baiser chaud, n’ira plus en mer avec lui.

Je pense à ce petit être qui se demandera peut être toute sa vie ce que tu faisais là, et pourquoi cette mort si violente.

Tu l’attendais ? il t’attendait ? Tu lui tournais le dos. Il a du se sentir si fort. Que lui as-tu fait pour qu’il en vienne à cette horreur ? Tu étais assis, sur les marches d’un lieu où l’on sauve les vies. La tienne t’a été volée, lâchement, dans la tête, dans le corps. Il t’a enjambé, et il est parti. Il t’a enjambé. J’ai cette vision horrible. Il a enjambé ton corps alors que tu n’étais pas encore mort. Comment a-t-il pu ?

Peu importe ce que tu as fait ou pas pour mourir comme ça. Moi je pense à ton fils. Ma colère et mon chagrin se mélangent.

Est-ce que tu pensais à ceux qui t’aiment en allant à ce rendez vous ? et lui, est ce qu’il a pensé à eux ? Il est donc si facile de briser tant de vies en quelques secondes ?

Ce soir, comme tous les soirs, mais un peu plus que les autres, ce soir j’ai serré mon fils si fort contre moi que nous aurions pu ne faire plus qu’un, comme lorsqu’il était dans mon ventre.

Ne peut-on vous protéger, ne peut on vous empêcher de nous briser le cœur qu’en vous portant ?

Ce soir, j’ai regardé ma fille devenue une si jolie ado, et je suis heureuse de ne pas avoir quitté la vie à ses plus belles heures.

Où que tu sois, vas en paix. Les tiens ne la connaîtront plus, mais tu ne le sauras jamais. Je voudrais tellement apaiser leur douleur. Je leur souhaite juste d’avoir des réponses à tous leurs pourquoi.

Posté par Kaliuccia à 22:07 - Violences et injustices - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 janvier 2008

De la violence parentale

J’étais assise à la terrasse d’un café, mon dernier roman sur les genoux, je goûtais avec délice aux derniers rayons de soleil d’une bien belle journée.

Trois jeunes filles, à peine sorties de l’adolescence se sont installées à la table jouxtant la mienne. A grand fracas, elles ont prit place autour de la petite desserte ronde, raclant les chaises sans ménagement, brisant le silence dans lequel je m’étais glissée quelques minutes auparavant.

Il m’eut été difficile de ne pas remarquer leur présence, elles parlait et riaient fort, les lignes se sont mises à danser sous mes yeux, mon cerveau se remplissait de leurs vocalises.

« Depuis que ma mère a quitté ce type, ma vie est un vrai paradis. Quand j’étais plus jeune, elle me dégoûtait de faire autant de simagrée devant ce pauvre truc. Ils étaient tout le temps en train de se tripoter sous mon nez, je trouvais ça dégoûtant que des vieux fassent des choses comme ça. »

Les deux autres pouffent de rire.

« C’est pas drôle ! je vous jure ! en plus, il fallait lui servir son café à Monsieur. Un soir, il m’a envoyée dans ma chambre parce que je l’avais envoyé chier. Il m’a mit une baffe vous vous rendez compte ???? il m’a mit une baffe ! j’ai hurlé, ma mère a hurlé, tout le monde hurlait et il m’a envoyée dans ma chambre ! Après, je les ai entendu s’engueuler pendant au moins une heure ! j’osais même pas ressortir de ma chambre pour aller me brosser les dents , mais je ne pouvais pas aller me coucher comme ça. Alors j’ai fini par sortir en douce. Je me suis glissée dans la salle de bain sans faire de bruit, et eux semblaient se calmer.

Et puis la porte a fait vlam ! et c’était encore lui. Il a recommencé à me hurler dessus, y’avait rien qui l’arrêtait. Il me poussait comme s’il voulait se battre avec moi à chaque fois que je répondais plus fort que lui. Il avait trop bu, il puait l’alcool. Il m’a poussé tellement fort que je me suis cognée la tête et que ça m’a fait une énorme bosse !

Et il a recommencé à me frapper. Il a du m’envoyer une dizaine de gifles au moins. J’avais le visage tout gonflé. J’ai hurlé tellement fort que ma mère est arrivée ; et elle nous a séparés. Je me suis sauvée dans ma chambre et quand je me suis endormie, ils s’engueulaient encore.

Je lui ai fait la gueule depuis ce jour, je ne lui ai plus parlé, je ne lui pardonnerais jamais, bonjour l’ambiance qu’il y avait à la maison ! »

Au fil de l’histoire, les jolies bouches des deux autres copines ont quitté doucement leur sourire, et au final, elles affichaient la même expression arrondie. Quelques minutes de silence respectueux plus tard, la conversation a reprit son rythme saccadé.

Sur la pointe des pieds, je me suis détachée de leur discussion et ai repris ma lecture.

- Il n’avait pas le droit de te frapper, c’était même pas ton père !

- Ah ça non, et je lui ai dis que ce n’était pas mon père !

- Ah bon ? Parce que le fait d’être un père biologique donnerait le droit de battre son enfant ?

Sans crier gare, leur conversation jusqu’alors enjouée a prit une intonation plus grave, elles ont baissé le ton en se rapprochant et bien malgré moi, j’ai tendu l’oreille pour écouter ce qu’elles se murmuraient.

Le bâton de parole avait tourné, une nouvelle narratrice rentrait en scène. Un je ne sais quoi m’a persuadée qu’il n’y aurait rien d’anodin dans ce qu’elle allait raconter. C’est le ton, plus que la question, qui a retenu toute mon attention. Il y avait dans ce ton, plus de rancœur et de reproches que de question. Et ce ton était bien trop grave pour être celui d’une jeune fille de même pas 20 ans. A peine sortie de l’enfance, pas encore jetée dans le monde adulte et déjà une lourde histoire à porter.

« Mon père nous a toujours terrorisés mes frères et moi. Il a toujours été violent, et il n'avait même pas l'excuse de boire. Pour un rien, il nous battait. Un jour, à dix ans, il m'a donné vingt coups de ceintures. Je le sais parce qu'il m'a obligée à les compter à haute voix. il m'a fait baisser mon pantalon et ma culotte, et il a frappé. A chaque fois que la ceinture claquait, je poussais un hurlement. »

Je n'ai pu retenir un sursaut moi même, comme si je recevais les coups de ceintures au moment même.

« Et lui il hurlait encore plus fort COMPTE ! et moi je comptais.

Il ne voulait pas que je pleure. Il m'interdisait de pleurer. Ca fait mal à la gorge de s'empêcher de pleurer, ça fait mal comme si on avait une énorme angine. Alors je ne pleurais pas. J'arrivais à retenir mes larmes ou je cachais celles qui s'échappaient. Mais en dedans, à l'intérieur de moi, je pleurais. A l'intérieur je hurlais sur lui. Tout se passait à l'intérieur, et c'était encore plus violent que si je l'avais fait réellement.

J'ai porté les marques des coups de ceinture pendant des jours.

Alors ne dis pas des choses aussi ridicules. Qu'il soit le père ou pas, il n'a pas le droit de battre un enfant. Et pourtant, il le fait. »

J'avais drôlement mal à la gorge tout d'un coup, et beaucoup de mal à retenir mon émotion. je me suis refusée à tourner la tête vers elles, surtout pas vers celle qui parlait, j'avais trop peur de me lever et de la prendre dans mes bras pour lui dire ce qu'elle aurait peut être voulu entendre quand elle était petite. Que c'était fini que tout ça c'était fini. Peut être que l'une de ses amies l'a fait. Peut être. Je le lui souhaite. Parce que cette douleur, elle ne l'oubliera jamais. Elle restera au creux d'elle, comme les larmes et les cris qu'elle retenait. Et tout sa vie elle hurlera à l’intérieur. Le réconfort et la tendresse ne sont jamais de trop dans de pareils moments.

Je reprenais difficilement mon calme, mon livre toujours ouvert à la même page, incapable de faire autre chose que garder les yeux baissés.

Et puis elles ont repris leur babillage, les rires ont de nouveau fusés, elles sont reparties aussi bruyamment qu'elles sont arrivées, me laissant seule avec le poids de ces confessions.

Elles sont reparties si alertes et légères que je me suis demandée si je n'avais pas inventé toute cette conversation.

Qui sait ?

Posté par Kaliuccia à 10:38 - Violences et injustices - Commentaires [29] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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